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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2200757

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2200757

jeudi 4 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2200757
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère Chambre
Avocat requérantFIOL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 janvier 2022, Mme B A, représentée par Me Fiol, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Saint-Martin-de-Crau à lui verser la somme de 30 800 euros augmentés des intérêts au taux légal et de leur capitalisation en réparation de ses préjudices ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Martin-de-Crau la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la commune a commis une faute en recourant abusivement aux contrats à durée déterminée et en violant les règles procédurales qui s'appliquaient à la décision de non-renouvellement de son dernier contrat à durée déterminée ;

- elle a subi un préjudice économique et moral d'un montant total de 30 800 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 septembre 2023, la commune de Saint-Martin-de-Crau, représentée par Me Ladouari, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 8 novembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 11 décembre 2023.

Mme A a été invitée, le 13 mars 2024, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, à produire des bulletins de paie en vue de compléter l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n°88-145 du 15 février 1988 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hétier-Noël, rapporteure,

- les conclusions de Mme Sarac-Deleigne, rapporteure publique,

- et les observations de Me Singer, substituant Me Fiol, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a été recrutée au sein des services de la commune de Saint-Martin-de-Crau pour exercer des fonctions d'agent d'entretien des bâtiments communaux et de surveillance par des contrats à durée déterminée successifs conclus entre le 31 mai 2013 et le 18 décembre 2020. Le 9 décembre 2020, la commune lui a notifié sa décision de ne pas renouveler son dernier contrat. Estimant avoir subi des préjudices en raison de fautes commises par la commune, Mme A lui a adressé une demande indemnitaire préalable le 17 novembre 2021, restée sans réponse. Mme A demande au tribunal la réparation de ses préjudices professionnel et moral.

Sur la responsabilité de la commune :

2. En premier lieu, aucune disposition ni aucun principe général du droit n'impose à une collectivité territoriale de suivre une procédure contradictoire avant de prendre la décision de ne pas renouveler un contrat de travail. Par suite, la circonstance que Mme A n'a pas été invitée à faire valoir ses observations préalablement au courrier du 9 décembre 2020, par lequel la commune de Saint-Martin-de-Crau l'a informée de sa décision de ne pas renouveler son dernier contrat à durée déterminée, ne saurait avoir pour effet d'engager la responsabilité de la commune.

3. En second lieu, un agent qui a été recruté par un contrat à durée déterminée ne bénéficie d'aucun droit au renouvellement de son contrat. Toutefois, l'administration ne peut légalement décider, au terme de son contrat, de ne pas le renouveler que pour un motif tiré de l'intérêt du service. Un tel motif s'apprécie au regard des besoins du service ou de considérations tenant à la personne de l'agent. La décision de ne pas renouveler le contrat de Mme A est fondée sur deux motifs, le premier tiré de son insuffisance professionnelle, notamment un manque de respect des procédures et le second de l'impossibilité de ne plus l'affecter, à sa demande, sur des horaires du soir. Il ressort de l'avis de la supérieure hiérarchique de l'intéressée du 26 novembre 2020 que si plusieurs éléments d'appréciation ont été qualifiés de " correct " (intégration dans l'équipe, intérêt au travail), quatre sur dix ont été qualifiés de " moyen " (ponctualité, efficacité, qualités relationnelles, adaptabilité) et, s'agissant de la qualité du travail, de " mauvais ". Un précédent avis du 9 octobre 2020 évalue également quatre items en " moyen ", parmi lesquels les qualités relationnelles, l'appréciation littérale précisant que Mme A " doit apprendre à ne pas parler sur ses postes et avec les autres agents ", le critère " efficacité " étant seulement évalué en " correct ", assorti du commentaire que l'intéressée travaille trop vite. L'évaluation du 18 juin 2020, si elle indique que la requérante est " un bon agent, toujours disponible ", mentionne également qu'elle doit progresser dans les finitions, " ne pas émettre de jugements sur le travail des autres " et qu'elle " doit faire attention à ne pas parler sur les postes ". Il ressort en outre d'un rapport établi le 23 novembre 2020 par la directrice des ressources humaines qu'il est reproché à la requérante d'avoir effectué un mélange de produits en méconnaissance des consignes sanitaires sans en avertir sa hiérarchie, ce qui a causé un accident de service d'une de ses collègues établissant de nouveau son insuffisance professionnelle. Au regard de l'ensemble de ces éléments, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision de non renouvellement de son dernier contrat à durée déterminée n'aurait pas été prise dans l'intérêt du service. Dès lors, aucune faute de la commune de Saint-Martin-de-Crau ne peut être retenue à ce titre.

4. Toutefois, en troisième lieu, aux termes de l'article 3-2 de la loi du 26 janvier 1984 alors en vigueur : " Par dérogation au principe énoncé à l'article 3 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 précitée et pour les besoins de continuité du service, les emplois permanents des collectivités et établissements mentionnés à l'article 2 de la présente loi peuvent être occupés par des agents contractuels pour faire face à une vacance temporaire d'emploi dans l'attente du recrutement d'un fonctionnaire./Le contrat est conclu pour une durée déterminée qui ne peut excéder un an. Il ne peut l'être que lorsque la communication requise à l'article 41 a été effectuée. / Sa durée peut être prolongée, dans la limite d'une durée totale de deux ans, lorsque, au terme de la durée fixée au deuxième alinéa du présent article, la procédure de recrutement pour pourvoir l'emploi par un fonctionnaire n'a pu aboutir ".

5. Il est constant que Mme A a travaillé pour la commune de Saint-Martin-de-Crau en qualité d'agent d'entretien du 31 mai 2013 au 18 décembre 2020 sous couvert de trente-et-un contrats successifs, en méconnaissance de la durée maximum de deux ans fixée par les dispositions précitées. Dans ces conditions, Mme A est fondée à soutenir que la commune de Saint-Martin-de-Crau, en recourant de manière manifestement abusive au renouvellement de son contrat de travail, a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

Sur les préjudices indemnisables :

6. Les dispositions précitées au point 4 de la loi du 26 janvier 1984 ne font pas obstacle à ce qu'en cas de renouvellement abusif de contrats à durée déterminée, l'agent concerné puisse se voir reconnaître un droit à l'indemnisation du préjudice éventuellement subi lors de l'interruption de sa relation d'emploi, évalué en fonction des avantages financiers auxquels il aurait pu prétendre en cas de licenciement s'il avait été employé dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée.

7. Aux termes de l'article 45 du décret du 15 février 1988 relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale : " La rémunération servant de base au calcul de l'indemnité de licenciement est la dernière rémunération nette des cotisations de la sécurité sociale et, le cas échéant, des cotisations d'un régime de prévoyance complémentaire, effectivement perçue au cours du mois civil précédant le licenciement. Elle ne comprend ni les prestations familiales, ni le supplément familial de traitement, ni les indemnités pour travaux supplémentaires ou autres indemnités accessoires. () ". Aux termes de l'article 46 du même décret : " L'indemnité de licenciement est égale à la moitié de la rémunération de base définie à l'article précédent pour chacune des douze premières années de services, au tiers de la même rémunération pour chacune des années suivantes, sans pouvoir excéder douze fois la rémunération de base. Elle est réduite de moitié en cas de licenciement pour insuffisance professionnelle./() / Pour l'application de cet article, toute fraction de service égale ou supérieure à six mois sera comptée pour un an ; toute fraction de service inférieure à six mois n'est pas prise en compte () ".

8. Il résulte du dernier bulletin de paie de la requérante du mois de décembre 2020 qu'elle a perçu une rémunération nette mensuelle de 1 072 euros primes déduites qu'il convient de diviser par deux puis de multiplier par sept, la somme totale devant être réduite de moitié compte tenu du non-renouvellement pour insuffisance professionnelle. Il sera ainsi fait une exacte appréciation de l'indemnisation due à la requérante par la commune à la somme de 1 876 euros.

9. S'il n'est pas établi par les pièces versées au dossier que le syndrome dépressif de la requérante soit lié à sa situation professionnelle, il sera toutefois fait une juste appréciation du préjudice moral subi par Mme A du fait de la précarité dans laquelle elle a été illégalement maintenue pendant une période de cinq ans en le fixant à la somme de 2 000 euros.

10. Il résulte de ce qui précède que l'indemnité totale due à Mme A par la commune de Saint-Martin-de-Crau s'élève à la somme de 3 876 euros.

Sur les intérêts et leur capitalisation :

11. D'une part, aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. / () ". Lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires dus en application de l'article 1231-6 du code civil courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine.

12. D'autre part, aux termes de l'article 1343-2 du même code : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise. ".

13. Mme A a droit aux intérêts au taux légal sur la somme de 3 876 euros à compter du 17 novembre 2021, date de réception de sa demande préalable d'indemnisation. Il y a lieu de faire droit à la demande de capitalisation des intérêts à compter du 17 novembre 2022, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Saint-Martin-de-Crau demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Saint-Martin-de-Crau une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La commune de Saint-Martin-de-Crau est condamnée à verser à Mme A une somme de 3 876 euros en réparation de ses préjudices. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 17 novembre 2021. Ces intérêts seront capitalisés à compter du 17 novembre 2022 et à chaque échéance annuelle ultérieure.

Article 2 : La commune de Saint-Martin-de-Crau versera à Mme A une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Saint-Martin-de-Crau sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Saint-Martin-de-Crau.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Fabre, première conseillère,

Mme Hétier-Noël, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024.

La rapporteure,

signé

C. Hétier-Noël

Le président,

signé

P-Y. Gonneau

La greffière,

signé

B. Marquet

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2200757

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