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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2200811

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2200811

lundi 27 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2200811
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation10e Ch Magistrat statuant seul
Avocat requérantSCP BOURGLAN DAMAMME LEONHARDT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 janvier 2022 et un mémoire enregistré le 9 novembre 2023, M. B A, représenté par Me Leonhardt demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à verser une somme de 20 000 euros en réparation du préjudice subi du fait de la carence fautive de l'Etat à lui proposer un logement répondant à ses besoins et à ses capacités ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que la responsabilité de l'Etat est engagée dès lors que les propositions de logement n'ont pu aboutir depuis qu'il a été reconnu prioritaire et devant être logé d'urgence le 5 mars 2020, alors même que l'Etat était tenu à une obligation de résultat.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 3 février 2022 et le 9 novembre 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête et à titre subsidiaire, à ce que l'indemnisation allouée au requérant soit minorée.

Il fait valoir que :

- plusieurs propositions de logement ont été faites à M. A depuis sa reconnaissance comme prioritaire et devant être logé d'urgence et la deuxième a échoué en raison du comportement du requérant ;

- l'indemnisation susceptible d'être prononcée ne saurait atteindre le montant demandé par le requérant.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Pecchioli, vice-président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Pecchioli, président-rapporteur.

Aucune partie n'était présente ni représentée.

Après avoir prononcé, à l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a été reconnu comme prioritaire et devant être logé d'urgence par une décision de la commission de médiation des Bouches-du-Rhône du 5 mars 2020. Le préfet des Bouches-du-Rhône disposait d'un délai de six mois pour que M. A se voit attribuer un logement répondant à ses besoins et capacités. Deux propositions de logement ayant échoué, M. A a présenté une demande indemnitaire préalable le 27 octobre 2021, dont le préfet a accusé réception le 3 novembre 2021 et qu'il a implicitement rejetée. M. A demande par conséquent la condamnation de l'Etat au versement d'une indemnisation d'un montant de 20 000 euros.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

En ce qui concerne la faute :

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ". Selon le II de l'article L. 441-2-3 de ce code : " () Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. Elle détermine pour chaque demandeur, en tenant compte de ses besoins et de ses capacités, les caractéristiques de ce logement () / La commission de médiation transmet au représentant de l'Etat dans le département la liste des demandeurs auxquels doit être attribué en urgence un logement. () / Le représentant de l'Etat dans le département désigne chaque demandeur à un organisme bailleur disposant de logements correspondant à la demande. () / En cas de refus de l'organisme de loger le demandeur, le représentant de l'Etat dans le département qui l'a désigné procède à l'attribution d'un logement correspondant aux besoins et aux capacités du demandeur sur ses droits de réservation. () ". L'article R. 441-16-1 du même code dispose que : " A compter du 1er décembre 2008, le recours devant la juridiction administrative prévu au I de l'article L. 441-2-3-1 peut être introduit par le demandeur qui n'a pas reçu d'offre de logement tenant compte de ses besoins et capacités passé un délai de trois mois à compter de la décision de la commission de médiation le reconnaissant comme prioritaire et comme devant être logé d'urgence. Dans () les départements comportant au moins une agglomération, ou une partie d'une agglomération, de plus de 300 000 habitants, ce délai est de six mois ". Les dispositions précitées, éclairées par les travaux parlementaires, fixent pour l'Etat une obligation de résultat dont peuvent se prévaloir les demandeurs ayant exercé les recours amiable ou contentieux qu'elles organisent.

3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'Etat prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court à compter de l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que les dispositions de l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre de logement. Dans le cas où le demandeur a été reconnu prioritaire au seul motif que sa demande de logement social n'avait pas reçu de réponse dans le délai réglementaire, son maintien dans le logement où il réside ne peut être regardé comme entraînant des troubles dans ses conditions d'existence lui ouvrant droit à réparation que si ce logement est inadapté au regard notamment de ses capacités financières et de ses besoins.

4. Le refus, sans motif impérieux, d'une offre de logement adapté est de nature à faire perdre au demandeur le bénéfice de la décision de la commission de médiation.

5. Le préfet fait valoir qu'il a proposé deux logements à M. A, le 30 mars 2021 et le 20 août 2021 et que concernant cette dernière demande, M. A s'est abstenu de présenter un dossier complet. Toutefois, le caractère incomplet d'un dossier ne saurait être assimilé à un refus en l'absence d'éléments probants attestant de la volonté de l'intéressé de ne pas apporter de réponse à l'administration, tel qu'un courrier dûment notifié resté sans suite. En outre, M. A soutient sans être contredit que, si la commission d'attribution du 14 septembre 2021 a rejeté sa candidature au motif qu'il manquait l'avis d'imposition de son épouse dans le dossier, il avait pourtant communiqué à la commission d'attribution une attestation de la direction générale des impôts d'Algérie en date du 29 août 2021 antérieurement à la tenue de ladite commission. Dans ces conditions, M. A ne peut être regardé comme ayant opposé un refus à l'offre de logement du 20 août 2021. Il en est de même jusqu'à la proposition formulée le 30 juin 2022 à laquelle le requérant n'a pas répondu.

6. Il s'ensuit que la carence de l'Etat à assurer le relogement de M. A constitue une faute de nature à engager sa responsabilité.

En ce qui concerne le préjudice indemnisable :

7. Il résulte de l'instruction que M. A avait été évacué du logement où il résidait le 25 février 2020 pour des raisons de sécurité et avait ensuite été hébergé dans divers hôtels par la commune de Marseille jusqu'au 16 août 2021. Ainsi, si la commission de médiation a reconnu M. A comme prioritaire et devant être logé d'urgence le 5 mars 2020 au motif qu'il était dans l'attente d'un logement social depuis un délai supérieur au délai fixé par arrêté préfectoral, de trente mois dans les Bouches-du-Rhône, celui-ci était dépourvu de tout logement à compter de la décision favorable de la commission de médiation. Il s'ensuit que les troubles dans les conditions d'existence résultant de la carence fautive de l'Etat à assurer le relogement de M. A doivent être regardés comme établis.

8. M. A a été reconnu prioritaire et devant être logé d'urgence le 5 mars 2020 et le délai de six mois en vigueur dans les Bouches-du-Rhône imparti au préfet pour assurer son logement a expiré le 5 septembre 2020. Ainsi qu'il a été dit au point 5 du présent jugement, la période de responsabilité pouvant incomber à l'Etat ne saurait s'arrêter au 20 août 2021, dès lors qu'il n'est pas établi que M. A ait refusé l'offre de logement faite à cette date. M. A est ainsi fondé à demander l'indemnisation de son préjudice du 5 septembre 2020 au 30 juin 2022, date à laquelle il n'a pas répondu à la cinquième proposition qui lui a été faite. Compte tenu des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence, d'environ un an et dix mois, et du nombre de personnes ayant vécu au foyer pendant la période en cause, soit uniquement M. A, il sera fait une juste appréciation des troubles de toute nature dans les conditions d'existence dont la réparation incombe à l'Etat en condamnant celui-ci à verser à M. A dans les circonstances de l'espèce et sur une base de 250 euros par personne et par an, une somme de 450 euros.

9. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'Etat à verser à M. A une somme globale de 450 euros.

Sur les frais liés au litige :

10. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Leonhardt, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Leonhardt de la somme de 1 100 euros.

D E C I D E :

Article 1er: L'Etat est condamné à verser à M. A une somme de 450 (quatre cent cinquante) euros.

Article 2 : L'Etat versera à Me Leonhardt une somme de 1 100 (mille-cent) euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Leonhardt renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Anaïs Leonhardt et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 novembre 2023.

Le magistrat désigné,

signé

J-L. PECCHIOLI La greffière,

signé

S. IBRAM

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/ La greffière en chef,

Le greffier,

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