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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2200900

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2200900

jeudi 16 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2200900
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCHIARELLA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 janvier 2022, Mme A D, représentée par Me Petit, demande au tribunal :

1°) de condamner la métropole d'Aix-Marseille-Provence à lui verser la somme de 13 005 euros en réparation des préjudices subis du fait de sa chute survenue le 24 février 2019 ;

2°) de mettre à la charge définitive de la métropole d'Aix-Marseille-Provence les frais d'expertise taxés et liquidés à la somme de 700 euros ;

3°) de mettre à la charge de la métropole d'Aix-Marseille-Provence la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la responsabilité de la métropole d'Aix-Marseille-Provence est engagée du fait du défaut d'entretien normal du trottoir sur lequel elle circulait à pied ;

- elle n'a commis aucune faute.

Par un mémoire enregistré le 15 avril 2022, la caisse primaire d'assurance maladie des Alpes-de-Haute-Provence, représentée par Me Chiarella, demande au tribunal de condamner la métropole d'Aix-Marseille-Provence à lui verser les sommes de 1 344 euros au titre des prestations versées à Mme D et 448,28 euros au titre de l'indemnité forfaitaire, et de mettre à la charge de la métropole d'Aix-Marseille-Provence la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 octobre 2023, la métropole d'Aix-Marseille-Provence, représentée par Me Leszczynski, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le lien de causalité entre l'ouvrage public et la chute n'est pas établi ;

- l'obstacle en cause n'excède pas les dimensions de ceux que les usagers doivent s'attendre à rencontrer ;

- la faute d'inattention de la victime est de nature à l'exonérer totalement de sa responsabilité ;

- il n'est pas établi que les prestations versées par la caisse primaire d'assurance maladie soient en lien avec l'accident ;

- les sommes réclamées par la requérante sont excessives.

Vu :

- le rapport d'expertise médicale établi le 7 septembre 2021 ;

- l'ordonnance du 14 septembre 2021 par laquelle la première vice-présidente du tribunal a taxé les frais et honoraires de l'expertise confiée au Dr C à la somme de 700 euros ;

- les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Niquet,

- les conclusions de M. Boidé, rapporteur public,

- et les observations de Me Brillet pour Mme D, ainsi que celles de Me Durand, substituant Me Pontier pour la métropole d'Aix-Marseille-Provence.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, née en 1958, expose avoir, le 24 février 2019, chuté à pied dans une excavation située dans la rue Pavillon à Marseille (13001). Mme D demande au tribunal de condamner la métropole d'Aix-Marseille-Provence à l'indemniser des divers préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de cette chute, à hauteur de la somme totale de 13 005 euros.

Sur la responsabilité :

2. Pour obtenir réparation, par le maître de l'ouvrage, des dommages qu'ils ont subis à l'occasion de l'utilisation d'un ouvrage public, les usagers doivent démontrer devant le juge administratif, d'une part, la réalité de leur préjudice et, d'autre part, l'existence d'un lien de causalité direct entre l'ouvrage et le dommage. Pour s'exonérer de la responsabilité qui pèse ainsi sur elle, il incombe à la collectivité maître d'ouvrage, soit d'établir qu'elle a normalement entretenu l'ouvrage, soit de démontrer la faute de la victime ou l'existence d'un évènement de force majeure.

3. D'une part, il résulte de l'instruction, en particulier des deux témoignages des 28 juin et 9 juillet 2019 émanant d'une amie de Mme D avec qui elle se promenait et d'un témoin direct de la chute, ainsi que de l'attestation de prise en charge des marins pompiers de Marseille, que l'intéressée a chuté, le 24 février 2019, dans un regard destiné au recueil des eaux pluviales, au niveau du 34 de la rue Pavillon à Marseille. Ces attestations, ainsi que le certificat médical établi le même jour par un médecin de l'assistance publique - hôpitaux de Marseille pour délivrer les consignes après la pose d'un plâtre, sont suffisamment précis pour établir la matérialité de la chute et de la présence d'un regard non recouvert d'un tampon non signalé. Si la métropole d'Aix-Marseille-Provence fait valoir que le regard était de faible dimension, il résulte de l'instruction que l'absence de couvercle sur le regard n'avait pas fait l'objet d'un dispositif de protection et n'était pas signalée. Par ailleurs, eu égard aux circonstances de la chute et des blessures ayant affecté la requérante, la profondeur de ce regard, bien que non précisément mesurée par la requérante, est nécessairement supérieure à cinq centimètres. Enfin, la métropole d'Aix-Marseille-Provence n'apporte aucun élément de nature à établir l'entretien normal de l'ouvrage qui lui incombe en qualité de maître d'ouvrage. Dans ces conditions, la matérialité des faits ainsi que le lien de causalité entre le dommage et l'ouvrage public sont établis.

4. D'autre part, la métropole d'Aix-Marseille-Provence fait valoir que le manque de vigilance de Mme D a contribué à la réalisation du dommage et doit l'exonérer de sa propre responsabilité. Il résulte de l'instruction que le regard en cause n'était pas recouvert d'un tampon, ce qui constitue un désordre dont l'intéressée n'était pas censée avoir connaissance. L'accident est toutefois réputé avoir eu lieu vers 16 heures 30 et aucun élément de nature à gêner la visibilité n'est évoqué. Par suite, le défaut d'attention de Mme D est de nature à atténuer la responsabilité encourue par métropole d'Aix-Marseille-Provence. Dans ces conditions, il y a lieu de limiter la part de responsabilité incombant à cette collectivité à la moitié des conséquences dommageables de l'accident.

5. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la responsabilité de la métropole d'Aix-Marseille-Provence est engagée à raison de la chute de Mme D le 26 février 2019, pour moitié de ses conséquences dommageables.

Sur le préjudice :

6. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise judiciaire établi le 7 septembre 2021, qu'en conséquence de la chute dont elle a été victime, Mme D a connu des périodes de déficit fonctionnel temporaire partiel du 24 février au 15 avril 2019 à hauteur de 25 %, et du 16 avril 2019 au 24 décembre 2019, date de consolidation de son état de santé, à hauteur de 10 %. Dès lors, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice, sur la base d'un forfait journalier de 13 euros, en le fixant à la somme de 500 euros, l'indemnité réparatrice. Compte tenu du partage de responsabilité retenu au point 4, la part de cette indemnité mise à la charge de la métropole d'Aix-Marseille-Provence s'élève à la somme de 250 euros.

7. En deuxième lieu, l'intéressée a éprouvé durant la période du 24 février au 24 décembre 2019, date de consolidation de son état de santé, des souffrances dont l'intensité a été évaluée par l'expert judiciaire à 2,5 sur une échelle de 0 à 7, correspondant aux souffrances de sa fracture, au niveau du poignet droit, " peu déplacée de type Pouteau-Colles non articulaire avec légère bascule postérieure et fracture de la styloïde cubitale ". Il y a lieu de faire une juste appréciation de la réparation de ce préjudice en la fixant à la somme de 2 500 euros. Compte tenu du partage de responsabilité retenu au point 4, l'indemnité que versera la métropole doit être fixée à 1 250 euros.

8. En troisième lieu, il résulte du rapport d'expertise que Mme D a subi un préjudice esthétique temporaire évalué à 1,5 sur une échelle de 1 à 7, résultant de son plâtre au poignet, pendant une durée de deux mois du 24 février au 24 avril 2019. Il sera fait une juste appréciation de la réparation de ce chef de préjudice en allouant à Mme D, après application du partage de responsabilité de 50 %, la somme de 150 euros.

9. En dernier lieu, il résulte du rapport d'expertise que le déficit fonctionnel permanent de Mme D a été évalué à 5 %. Compte tenu de ce taux et de l'âge de l'intéressée, née en 1958, à la date de consolidation le 24 décembre 2019, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en le fixant à la somme de 5 000 euros, l'indemnité devant lui être versée, à ce titre, après partage de responsabilité, par la métropole d'Aix-Marseille-Provence, s'élevant ainsi à la somme de 2 500 euros.

S'agissant des préjudices patrimoniaux :

10. L'expert judiciaire, dans son rapport du 7 septembre 2021, a conclu à la nécessité pour la requérante d'une assistance par tierce personne à hauteur de trois heures par semaine, pendant la période du 24 février au 15 avril 2019. Toutefois, faute de justifier, ni lors des opérations d'expertise ni au cours de l'instance, de la réalité de cette assistance, les conclusions à fin de versement de la somme de 240 euros à ce titre doivent être rejetées.

11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D est fondée à demander la condamnation de la métropole d'Aix-Marseille-Provence à lui verser la somme de 4 150 euros (quatre mille cent cinquante euros).

Sur les conclusions présentées par la caisse primaire d'assurance maladie des Alpes-de-Haute-Provence :

12. La caisse primaire d'assurance maladie des Alpes-de-Haute-Provence produit sa créance qu'elle chiffre à 1 264,48 euros au titre de frais médicaux du 24 février au 17 décembre 2019, 113,04 euros de frais pharmaceutiques du 2 mars au 18 décembre 2019, et 36,02 euros de frais d'appareillage du 2 mars au 19 décembre 2019, auxquels sont retranchés 68,70 euros de franchises pour la période du 25 février au 17 décembre 2019. Toutefois, alors que la métropole d'Aix-Marseille-Provence a soulevé l'imprécision de ces demandes, ne permettant pas de déterminer l'imputabilité des sommes engagées à l'accident de Mme D sur la voie publique, la caisse primaire d'assurance maladie n'a pas produit d'état détaillé de ses débours, ni d'attestation d'imputabilité d'un médecin conseil. Dans ces conditions, en l'absence de lien de causalité entre les débours dont le remboursement est sollicité et la chute de Mme D, les conclusions présentées par la caisse primaire d'assurance maladie des Alpes-de-Haute-Provence en remboursement des dépenses engagées doivent être rejetées, ainsi, par voie de conséquence, que la demande au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Sur la charge définitive des dépens :

13. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties () ".

14. Les frais de l'expertise judiciaire ont été taxés et liquidés à la somme de 700 euros par ordonnance du 14 septembre 2021. Dans les circonstances de l'espèce et en application des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre la moitié de cette somme à la charge définitive de la métropole d'Aix-Marseille-Provence et de mettre l'autre moitié à la charge de Mme D.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de la métropole d'Aix-Marseille-Provence tendant à leur application et dirigées contre Mme D, qui n'est pas partie perdante. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application de ces mêmes dispositions et de mettre à la charge de la métropole d'Aix-Marseille-Provence le versement à Mme D d'une somme de 1 500 euros au titre des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La métropole d'Aix-Marseille-Provence est condamnée à verser à Mme D la somme de 4 150 euros (quatre mille cent cinquante euros).

Article 2 : Les frais d'expertise, liquidés et taxés à la somme totale de 700 euros, sont mis à la charge définitive pour moitié de la métropole d'Aix-Marseille-Provence et pour moitié de Mme D.

Article 3 : La métropole d'Aix-Marseille-Provence versera à Mme D la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, à la caisse primaire d'assurance maladie des Alpes-de-Haute-Provence et à la métropole d'Aix-Marseille-Provence.

Copie en sera adressée au Dr B C.

Délibéré après l'audience du 2 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Niquet, première conseillère,

Mme Ollivaux, première conseillère,

Assistées de M. Giraud, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 16 mai 2024.

La rapporteure,

Signé

A. NIQUET

La présidente,

Signé

M. LOPA DUFRENOT

Le greffier,

Signé

P. GIRAUD

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier,

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