mercredi 18 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2200988 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6e Ch Magistrat statuant seul |
| Avocat requérant | WAHED |
Vu les procédures suivantes :
I.- Par une requête et un mémoire enregistrés le 31 janvier 2022 et le 2 janvier 2023 sous le n° 2200988, Mme C D, représentée par Me Wahed, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 1er décembre 2021 par laquelle la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande de remise de dette relative à un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 7 313,62 euros, dont 6 741,72 euros restant dû, au titre de la période allant du 1er août 2013 au 28 février 2015 ;
2°) de la décharger de l'obligation de payer cet indu ;
3°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales ou à la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône de lui rembourser les sommes retenues à ce titre ;
4°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône, de l'Etat et/ou du conseil départemental des Bouches-du-Rhône les dépens de l'instance, ainsi qu'une somme de 1 800 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- son recours est recevable ;
- il n'est pas justifié de la compétence de Mme E pour signer la décision en litige ;
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- il n'est pas démontré que son recours a été transmis à la commission de recours amiable, de telle sorte que la procédure est irrégulière ;
- il n'est pas démontré que le contrôle a été effectué par un agent assermenté et agréé ;
- elle n'a pas été informée de l'exercice par la caisse d'allocations familiales de son droit de communication, ce qui entache la décision d'un vice de forme ;
- les faits sont prescrits par l'effet de l'article L. 553-1 du code de la sécurité sociale, aucune manœuvre frauduleuse ou fausse déclaration n'étant démontrée ;
- la preuve du paiement effectif de la somme dont la répétition est poursuivie n'est pas rapportée ;
- alors qu'elle a contesté le bien-fondé de l'indu, celui-ci reste infondé dans son principe et incertain dans son montant, et les modalités de liquidation de chacun des indus mis à sa charge ne sont pas précisées.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 décembre 2022, la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône conclut à ce que soit constaté le non-lieu à statuer sur les conclusions de la requête.
Elle fait valoir que, par une décision du 5 décembre 2022, un nouveau calcul de l'indu en litige a été ordonné, impliquant le retrait implicite de la décision du 1er décembre 2021 attaquée.
II.- Par une requête et un mémoire enregistrés le 31 janvier 2022 et le 2 janvier 2023 sous le n° 2200989, Mme C D, représentée par Me Wahed, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 1er décembre 2021 par laquelle la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande de remise de dette relative à un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 1 009,37 euros, dont 0 euro restant dû, au titre de la période allant du 1er mai 2013 au 30 novembre 2014 ;
2°) de la décharger de l'obligation de payer cet indu ;
3°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales ou à la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône de lui rembourser les sommes retenues à ce titre ;
4°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône, de l'Etat et/ou du conseil départemental des Bouches-du-Rhône les dépens de l'instance, ainsi qu'une somme de 1 800 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- son recours est recevable ;
- il n'est pas justifié de la compétence de Mme E pour signer la décision en litige ;
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- il n'est pas démontré que son recours a été transmis à la commission de recours amiable, de telle sorte que la procédure est irrégulière ;
- il n'est pas démontré que le contrôle a été effectué par un agent assermenté et agréé ;
- elle n'a pas été informée de l'exercice par la caisse d'allocations familiales de son droit de communication, ce qui entache la décision d'un vice de forme ;
- les faits sont prescrits par l'effet de l'article L. 553-1 du code de la sécurité sociale, aucune manœuvre frauduleuse ou fausse déclaration n'étant démontrée ;
- la preuve du paiement effectif de la somme dont la répétition est poursuivie n'est pas rapportée ;
- alors qu'elle a contesté le bien-fondé de l'indu, celui-ci reste infondé dans son principe et incertain dans son montant, et les modalités de liquidation de chacun des indus mis à sa charge ne sont pas précisées.
Par des mémoires en défense enregistrés le 26 décembre 2022 et le 3 janvier 2023, la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Boidé, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 7321-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Boidé, magistrat désigné, qui a informé les parties, sur le fondement de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que, à considérer que les requêtes soient également dirigées contre cet avis, le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître des conclusions dirigées contre l'avis de saisie administrative à tiers détenteur émis le 17 juillet 2019 par le centre des finances publiques des Bouches-du-Rhône en vue du recouvrement de la somme de 7 772,99 euros ;
- les observations de Me Wahed, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et soutient, en réponse au moyen d'ordre public ainsi soulevé, que les requêtes de Mme D tendent effectivement également à l'annulation de l'avis de saisie à tiers détenteur du 17 juillet 2019 ;
- et les observations de Mme B et de M. F, pour le département des Bouches-du-Rhône.
La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après que les parties et leurs mandataires ont formulé leurs observations orales à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite d'une enquête sur pièces et sur place relative à ses droits au revenu de solidarité active qui a été menée entre le 4 mars et le 1er juillet 2015, Mme C D a eu notification, le 30 juillet et le 4 août 2015, d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 8 446,91 euros au titre de la période d'août 2013 à février 2015, résultant de la réintégration dans ses ressources de pensions de retraite qu'elle n'avait pas déclarées. Le 27 décembre 2016, la caisse d'allocations familiales a rejeté la demande de remise de dette présentée par Mme D. Le 17 juillet 2019, le centre des finances publiques a émis à l'encontre de la Carsat du Sud-Est un avis de saisie administrative à tiers détenteur en vue de procéder au recouvrement de la somme de 7 772,99 euros correspondant au montant global de l'indu restant à la charge de l'intéressée.
2. Par courrier daté du 18 novembre 2021, Mme D a engagé un " recours gracieux " relativement à cet indu. Par deux décisions du 1er décembre 2021, la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande de remise de dette et lui a indiqué que la saisie administrative à tiers détenteur du 17 juillet 2019 faisait suite à deux titres exécutoires émis à son encontre en 2015 et 2018. A l'appui de ses requêtes, Mme D demande l'annulation de ces décisions du 1er décembre 2021, l'annulation de l'avis de saisie administrative à tiers détenteur du 17 juillet 2019, ainsi que la décharge de l'obligation de payer l'indu mis à sa charge.
3. Les requêtes analysées ci-dessus de Mme D présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre afin de statuer par un seul jugement.
Sur l'étendue du litige :
4. Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. / () / Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : / () c) Pour les créances non fiscales des collectivités territoriales, des établissements publics locaux et des établissements publics de santé, devant le juge de l'exécution ".
5. Il résulte de la combinaison de ces dispositions et de celles de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales que l'ensemble du contentieux du recouvrement des créances non fiscales des collectivités territoriales est de la compétence du juge de l'exécution, tandis que le contentieux du bien-fondé de ces créances est de celle du juge compétent pour en connaître sur le fond. Par suite, les conclusions de la requête de Mme D, telles que complétées par son avocat lors de l'audience, sont irrecevables, pour être portées devant une juridiction incompétente pour en connaître, en tant qu'elles tendent à l'annulation de l'avis de saisie à tiers détenteur du 17 juillet 2019.
Sur l'exception de non-lieu invoquée en défense :
6. Si la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône fait valoir qu'un nouveau calcul de l'indu en litige a été ordonné, qui impliquerait le retrait implicite des décisions du 1er décembre 2021 rejetant le recours gracieux de Mme D, la copie, jointe à ce mémoire en défense, d'une décision du 5 décembre 2022 ordonnant ce nouveau calcul mentionne que l'indu litigieux est maintenu dans son principe. Dans ces conditions, l'exception de non-lieu invoquée ne peut en tout état de cause être accueillie.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et de décharge :
7. Il résulte de la décision du Conseil d'Etat n° 381272 du 9 mars 2016, d'une part, qu'une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu présentée par un bénéficiaire du revenu de solidarité active ne trouve pas sa base légale dans la décision de récupération de cet indu et n'est pas davantage prise pour son application, de telle sorte que le bénéficiaire qui conteste un refus de remise gracieuse ne peut utilement exciper, à l'appui de sa demande d'annulation de ce refus, de l'illégalité de la décision de récupération. D'autre part, lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction supplémentaire.
8. En l'espèce, contrairement à ce que Mme D soutient dans le cadre de ses requêtes, le " recours gracieux " qu'elle a engagé le 18 novembre 2021, soit au demeurant après l'expiration d'un délai raisonnable à compter de la notification tant de l'indu litigieux de revenu de solidarité active, en 2015, que de l'émission de l'avis de saisie à tiers détenteur tendant à son recouvrement, le 17 juillet 2019, ne peut être regardé comme ayant effectivement porté contestation du bien-fondé de cet indu, en dépit de sa conclusion principale tendant à son annulation. En effet, ce recours ne contenait qu'une demande tendant à la suspension des mesures de recouvrement, une demande tendant à l'indication des modalités de liquidation, des montants initiaux et des soldes restant à payer des indus visés par l'avis de saisie à tiers détenteur du 17 juillet 2019, qui les chiffre pourtant expressément, puis se bornait à exposer que la requérante est recevable à contester la demande de trop-perçu qui lui a été notifiée en pli simple et qui n'est pas motivée, précisant qu'elle n'avait pas eu connaissance d'un indu avant l'avis de saisie à tiers détenteur, qui est la seule décision visée dans ce courrier, lequel faisait enfin état de la situation financière de Mme D, aux fins de remise de l'indu réclamé. Eu égard aux éléments ainsi développés, ledit courrier, intitulé recours gracieux et ne contenant aucune contestation du bien-fondé de l'indu litigieux, ne peut être interprété que comme une demande de remise gracieuse, faisant suite à l'avis de saisie administrative à tiers détenteur notifié à la requérante. Dans ces conditions, sont inopérants les moyens de la requête tirés des vices propres des décisions du 1er décembre 2021, aux motifs de l'incompétence de leur signataire, de leur insuffisante motivation et d'un prétendu vice de procédure, ainsi que les moyens de cette requête relatifs au bien-fondé de l'indu, qui sont tirés des conditions du contrôle, de l'information préalable de la requérante, de la prescription, des modalités de liquidation et de la matérialité de l'indu. Ces moyens ne peuvent donc qu'être écartés.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions des requêtes de Mme D, qui ne développe aucun moyen sur le terrain de la remise gracieuse, aux fins d'annulation et de décharge doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance doivent être également rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de Mme D sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et au département des Bouches-du-Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 janvier 2023.
Le magistrat désigné,
Signé
M. ALa greffière,
Signé
D. Dan
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Nos 2200988
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026