mardi 9 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2201053 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 7è Ch Magistrat statuant seul |
| Avocat requérant | EL KOLLI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 février 2022, Mme A D, représentée par Me El Kolli, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 18 février 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône lui a réclamé le reversement d'un indu d'allocation de rentrée scolaire d'un montant de 469,97 euros (IN1 001) et d'un indu de prime d'activité d'un montant de 2 659,71 euros constitué sur la période du1er octobre 2019 au 31 janvier 2021 (IM3 001) ;
2°) d'annuler la décision du 17 septembre 2021 par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône a confirmé la mise à sa charge de l'indu de prime d'activité (IM3 001) ;
3°) de mettre à la charge du département des Bouches-du-Rhône le versement d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la caisse d'allocations familiales a méconnu le principe du contradictoire ;
- les indus ne sont pas fondés dès lors qu'elle ne vit pas en concubinage ;
- ils sont prescrits ;
- il n'a pas été tenu compte de sa bonne foi et de sa précarité.
Par des courriers du 7 février 2022 et du 9 décembre 2022, le tribunal a sollicité la communication de l'entier dossier en application des dispositions de l'article R. 772-8 du code de justice administrative.
Par un courrier du 9 décembre 2022, la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône a été mise en demeure, en application des dispositions de l'article R. 612-3 du code de justice administrative, de produire ses observations dans un délai de 30 jours.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 avril 2023, la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnel par une décision 26 novembre 2021 n° 2021/024113.
Par un courrier du 10 mars 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administration, que la décision était susceptible d'être fondée sur des moyens d'ordre public soulevés d'office tirés de :
- l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître d'un litige relatif à l'allocation de rentrée scolaire ;
- l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision du 18 février 2021 notifiant un indu de prime d'activité dès lors que la décision du 17 septembre 2021 de la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône s'y est substituée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Menasseyre, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après appel de l'affaire à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D a été bénéficiaire de l'allocation de rentrée scolaire et de la prime d'activité dans le département des Bouches-du-Rhône. A la suite d'un contrôle diligenté par un agent assermenté, effectué le 8 décembre 2020, la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône lui a, par courrier 18 février 2021, demandé le reversement d'une somme de 469,97 euros correspondant à un indu d'allocation de rentrée scolaire ainsi que d'une somme de 2 659,71 euros correspondant à un indu de prime d'activité constitué sur la période du 1er janvier 2019 au 31 janvier 2021. Par un recours administratif préalable du 25 mars 2021, Mme D a contesté le bien-fondé de ces indus. Par une décision du 17 septembre 2021, la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône a confirmé le bien-fondé de l'indu de prime d'activité. Mme D demande l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions relatives à l'allocation de rentrée scolaire :
2. Aux termes de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale : " Le contentieux général de la sécurité sociale comprend les litiges relatifs : / 1° A l'application des législations et réglementations de sécurité sociale et de mutualité sociale agricole ; () ". Aux termes de l'article L. 142-8 du même code : " Le juge judiciaire connaît des contestations relatives : / 1° Au contentieux général de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 () ". Et aux termes de l'article L. 511-1 du code de la sécurité sociale : " Les prestations familiales comprennent : 1°) la prestation d'accueil du jeune enfant ; 2°) les allocations familiales ; 3°) le complément familial ; 4°) l'allocation de logement ; 5°) l'allocation d'éducation de l'enfant handicapé ; 6°) l'allocation de soutien familial ; 7°) l'allocation de rentrée scolaire ; 8°) l'allocation de parent isolé et la prime forfaitaire instituée par l'article L. 524-5 ; 9°) l'allocation journalière de présence parentale. ".
3. Il résulte de ce qui précède que les litiges relatifs au paiement ou au remboursement des prestations familiales ne relèvent pas de la compétence du juge administratif mais de celle du juge judiciaire. Par suite, le litige en tant qu'il concerne l'allocation de rentrée scolaire dont le remboursement est demandé à la requérante, est porté devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
4. Si la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône conclut à l'irrecevabilité de la requête, sa fin de non-recevoir n'est assortie d'aucune précision. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 845-2 du code de la sécurité sociale : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative à la prime d'activité prise par l'un des organismes mentionnés à l'article L. 843-1 fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours auprès de la commission de recours amiable, composée et constituée au sein du conseil d'administration de cet organisme et qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 () ".
6. L'institution, par les dispositions de l'article L. 845-2 du code de la sécurité sociale d'un recours administratif préalable à la saisine du juge a pour effet de laisser à l'autorité compétente, pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite de ce recours administratif préalable se substitue nécessairement à la décision initiale et qu'elle est seule susceptible d'être déférée au juge. Il en résulte que Mme D doit être regardée comme demandant l'annulation de la décision de la commission de recours amiable du 17 septembre 2021 rejetant sa réclamation préalable formée contre la décision du 18 février 2021 mettant à a charge un indu de prime d'activité d'un montant de 2 659,71 euros constitué sur la période du 1er janvier 2019 au 31 janvier 2021.
7. En second lieu, aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre ". Aux termes de l'article L. 842-3 du même code : " La prime d'activité est égale à la différence entre : / 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer () ; / 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1° () ". Aux termes de l'article L. 842-4 du même code : " Les ressources () prises en compte pour le calcul de la prime d'activité sont : 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu ; 2° Les revenus de remplacement des revenus professionnels ; 3° L'avantage en nature que constitue la disposition d'un logement à titre gratuit, déterminé de manière forfaitaire ; () ". Aux termes de l'article L. 842-5 du même code : " Pour être pris en compte au titre des droits du bénéficiaire, son conjoint, son concubin ou le partenaire auquel il est lié par un pacte civil de solidarité doit remplir les conditions prévues aux 2°, 4° et 5° de l'article L. 842-2. ". Aux termes de l'article L. 842-7 du même code : " () Est considérée comme isolée une personne veuve, divorcée, séparée ou célibataire, qui ne vit pas en couple de manière notoire et permanente et qui, notamment, ne met pas en commun avec un conjoint, concubin ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité ses ressources et ses charges. Lorsque l'un des membres du couple réside à l'étranger, n'est pas considéré comme isolé celui qui réside en France. ". Aux termes de l'article R. 844-1 du même code : " Ont le caractère de revenus professionnels ou en tiennent lieu en application du 1° de l'article L. 842-4 : / 1° L'ensemble des revenus tirés d'une activité salariée ou non salariée () " Aux termes de l'article 515-8 du code civil : " Le concubinage est une union de fait, caractérisée par une vie commune présentant un caractère de stabilité et de continuité, entre deux personnes, de sexe différent ou de même sexe, qui vivent en couple. ". Enfin, aux termes de l'article R. 846-5 du même code : " Le bénéficiaire de la prime d'activité est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations nécessaires à l'établissement et au calcul des droits, relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer. Il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".
8. Pour le bénéfice de la prime d'activité, le foyer s'entend du demandeur, ainsi que, le cas échéant, de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin et des enfants ou personnes de moins de vingt-cinq ans à charge. Pour l'application de ces dispositions, le concubin est la personne qui mène avec le demandeur une vie de couple stable et continue. Une telle vie de couple peut être établie par un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges.
9. Il résulte de l'instruction que pour mettre à la charge de Mme D l'indu de prime d'activité en litige, la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône a considéré qu'elle menait une vie de couple avec M. B depuis le 13 janvier 2011, s'appuyant sur un rapport de contrôle rédigé à la suite d'une visite domiciliaire du 8 décembre 2020. S'il résulte de l'instruction que M. B, avec qui elle a eu un enfant en 2011, est domicilié au même domicile que la requérante auprès des services des impôts, de Pôle emploi, de la caisse d'allocations familiales, de son employeur et de son établissement bancaire, Mme D fait valoir qu'il s'agit seulement d'une domiciliation administrative. Il résulte également de l'instruction, notamment de la rubrique " documents vus " du rapport d'enquête, que Mme D est propriétaire de son logement, qu'elle est la seule destinataire des avis de taxe foncière, de taxe d'habitation, ainsi que la seule titulaire des contrats relatifs à l'occupation de son logement. Ces éléments, qui ne sont pas repris dans l'argumentaire de l'agent, qui n'a pris en compte que les éléments à charge en s'appuyant seulement sur une adresse commune et un unique versement de deux mille euros pour conclure à une communauté de vie, sont de nature à établir la nature purement administrative de la domiciliation de M. B. En outre, il résulte également de l'entier dossier que Mme D a fourni au département des attestations de voisins faisant état de sa situation de mère isolée ainsi que des attestations de tiers affirmant héberger M. B. Par ailleurs, si la caisse d'allocations familiales produit un procès-verbal du 5 avril 2022 dans lequel il a déclaré " je ne retournerais jamais chez mon ancienne compagne ", une attestation d'hébergement à titre onéreux datée de 2013 et une note interne selon laquelle M. B aurait reconnu cette vie maritale 12 juin 2022 sans toutefois produire aucun élément émanant de l'intéressé, ces éléments, en partie bien antérieurs à la période de référence servant au calcul de l'indu, ne permettent pas d'établir une vie de couple stable et continue entre les intéressés. Dans ces conditions, Mme D est fondée à demander l'annulation de la décision du 17 septembre 2021 par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône a confirmé la mise à sa charge d'un indu de prime d'activité d'un montant de 2 659,71 (IM3 001) et la décharge du paiement de cette somme.
Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761 du code de justice administrative :
10. Les conclusions de M. D, qui tendent à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge du département des Bouches-du-Rhône au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont mal dirigées et ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions à fin d'annulation de la décision du 18 février 2021 en tant qu'elle notifie un indu d'allocation de rentrée scolaire sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Article 2 : La décision du 17 septembre 2021 par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône a confirmé la mise à la charge de Mme D d'un indu de prime d'activité d'un montant de 2 659,71 constitué sur la période du 1er octobre 2019 au 31 janvier 2021 est annulée.
Article 3 : Mme D est déchargée du paiement de la somme mise à sa charge par la décision annulée à l'article 2 du présent jugement.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées.
Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023.
La magistrate désignée,
signé
A. CLa greffière,
signé
A. Vidal
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026