mardi 14 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2201187 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 7è Ch Magistrat statuant seul |
| Avocat requérant | SCP NUMERUS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 février 2022, Mme B A, représentée par Me Ney Schroell, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision date du 27 août 2021 par laquelle le préfet de la région Pays de la Loire, préfet de la Loire-Atlantique a refusé de procéder à l'échange de son permis de conduire algérien contre un permis de conduire français ;
2°) d'enjoindre au préfet de la région Pays de la Loire, préfet de la Loire-Atlantique de procéder à l'échange de son permis de conduire algérien contre un permis français dans un délai d'un mois ;
3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 5 000 euros, en raison des conséquences dommageables de ce refus, augmentée des intérêts moratoires à compter de la demande préalable ou de l'enregistrement de la requête au greffe de la juridiction ;
4°) de mettre à la charge de L'Etat à verser la somme de 2 413 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte ;
- les dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration n'ont pas été respectée faute pour l'administration de lui avoir indiqué les pièces manquantes pour compléter son dossier ;
- elle a fourni tous des documents nécessaires à l'étude de son dossier ;
- elle n'avait pas à justifier de son installation en France.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 avril 2022, le préfet de la région Pays de la Loire, préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- en l'absence de réclamation préalable, les conclusions indemnitaires sont irrecevables ;
- les autres moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 mars 2022.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la route ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européenne ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Menasseyre, présidente de la septième chambre, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative pour statuer sur les litiges relevant de cet article.
En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, la magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience au cours de laquelle a été entendu le rapport de Mme Menasseyre, magistrate désignée.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, qui est française, a demandé le 12 février 2020 l'échange de son permis de conduire algérien délivré le 27 décembre 2019 contre un titre de conduite français. Par une décision du 27 août 2021, le préfet de la région Pays de la Loire, préfet de la Loire-Atlantique, a refusé de lui délivrer le titre sollicité au motif de l'incomplétude de son dossier. Elle demande l'annulation de ce refus et la réparation de ses conséquences préjudiciables.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article R. 222-3 du code de la route : " Tout permis de conduire national, en cours de validité, délivré par un Etat ni membre de la Communauté européenne, ni partie à l'accord sur l'Espace économique européen, peut être reconnu en France jusqu'à l'expiration d'un délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale de son titulaire. Pendant ce délai, il peut être échangé contre le permis français, sans que son titulaire soit tenu de subir les examens prévus au premier alinéa de l'article R. 221-2. Les conditions de cette reconnaissance et de cet échange sont définies par arrêté du ministre chargé des transports, après avis du ministre de la justice, du ministre de l'intérieur et du ministre des affaires étrangères () ". Aux termes du III de l'article R. 221-1 du même code : " On entend par résidence normale le lieu où une personne demeure habituellement, c'est-à-dire pendant au moins 185 jours par année civile, en raison d'attaches personnelles et professionnelles () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article 4 de l'arrêté ministériel du 12 janvier 2012 pris pour l'application de ces dispositions, dans sa rédaction alors en vigueur : " I. ' Tout titulaire d'un permis de conduire délivré régulièrement au nom d'un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen doit obligatoirement demander l'échange de ce titre contre un permis de conduire français dans le délai d'un an qui suit l'acquisition de sa résidence normale en France. / II () C. ' Pour les Français, y compris ceux possédant également la nationalité de l'Etat ayant délivré le titre, la résidence normale en France est présumée, à charge pour eux d'apporter la preuve contraire. ". Et aux termes de l'article 5 du même arrêté : " I. - Pour être échangé contre un titre français, tout permis de conduire délivré par un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen doit répondre aux conditions suivantes : () / C. - () Pour un ressortissant français ou de l'Union européenne, avoir été obtenu pendant une période au cours de laquelle l'intéressé avait sa résidence normale dans cet Etat (). / II. - En outre, son titulaire doit : () / D. - Apporter la preuve de sa résidence normale au sens du III de l'article R. 221-1 du code de la route sur le territoire de l'Etat de délivrance, lors de l'obtention des droits à conduire, en fournissant tout document approprié présentant des garanties d'authenticité (). / Entre autres documents permettant d'établir la réalité de cette résidence normale, il sera tenu compte, pour les Français, de la présentation d'un certificat d'inscription ou de radiation sur le registre des Français établis hors de France délivré par le consulat français territorialement compétent (). / Pour les ressortissants français qui possèdent également la nationalité de l'Etat qui a délivré le permis de conduire présenté pour échange, la preuve de cette résidence normale, à défaut de pouvoir être apportée par les documents susmentionnés, sera établie par tout document suffisamment probant et présentant des garanties d'authenticité () ".
4. Enfin, l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration prévoit que : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations ".
5. Les pièces versées au dossier à l'appui de sa demande par Mme A qui, étant française, est présumée résider en France, ne permettaient pas de justifier que l'intéressée avait sa résidence normale en Algérie depuis plus de 185 jours à la date de l'acquisition de ses droits à conduire ni de déterminer la date à laquelle elle est revenue en France pour y établir sa résidence normale. Les visas figurant sur son passeport, mentionnant les dates des 7 février, 18 avril et 16 décembre 2019 ne permettent pas d'identifier les séjours correspondants, et, compte tenu de ces incertitudes, le certificat de résidence algérien produit, établi en février 2019, ne permet pas de déterminer si Mme A, qui, au vu des visas apparaissant sur son passeport, a nécessairement séjourné en France au cours de la période comprise entre février 2019 et novembre 2019, date d'acquisition de ses droits à conduire, avait sa résidence normale en Algérie depuis plus de 185 jours à cette date.
6. Si l'administration était fondée, eu égard à l'insuffisance de ces éléments, à demander à la requérante de compléter son dossier par des éléments lui permettant de déterminer si la requérante avait sa résidence normale en Algérie depuis plus de 185 jours à cette date, il ressort des pièces versées aux débats et des termes de la décision attaquée que la demande adressée à la requérante portait seulement sur la date à laquelle l'intéressée s'était installée en France. Alors que Mme A est française et présumée résider en France, qu'elle a demandé l'échange de son permis de conduire délivré en Algérie deux mois après l'avoir obtenu et donc nécessairement dans le délai d'un an prévu par l'article 4 de l'arrêté ministériel du 12 janvier 2012, elle est fondée à soutenir, qu'en s'abstenant de lui indiquer les pièces et informations réellement nécessaires en vue de l'instruction de sa demande, l'administration a méconnu les exigences posées par les dispositions mentionnées au point 4. Dans ces conditions, le préfet de la région Pays de la Loire, préfet de la Loire-Atlantique ne pouvait légalement refuser de procéder à l'échange sollicité au motif que le dossier de l'intéressé était incomplet. Il en résulte que Mme A est fondée à demander l'annulation de ce refus.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. D'une part, aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ". Aux termes de l'article L. 911-2 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé ".
8. Le présent jugement par lequel le tribunal fait droit aux conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A n'implique pas, eu égard au motif d'annulation ci-dessus énoncé et la requérante n'établissant pas remplir les autres conditions pour se voir délivrer un permis de conduire français prévues par les dispositions précitées de l'article 5 de l'arrêté du 12 janvier 2012, que l'administration prenne une nouvelle décision dans un sens déterminé. Par suite, les conclusions de la requérante tendant à ce qu'il soit procédé à l'échange de son permis doivent être rejetées. Il y a seulement lieu d'enjoindre au préfet de la région Pays de la Loire, préfet de la Loire-Atlantique d'examiner à nouveau la situation de l'intéressée dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les conclusions indemnitaires :
9. Ainsi que le fait valoir l'administration en défense, Mme A n'a pas présenté de réclamation préalable devant l'administration en vue d'obtenir la réparation des préjudices résultant pour elle du refus attaqué. Ses conclusions indemnitaires sont donc irrecevables.
Sur les frais d'instance :
10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par Mme A au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
D E C I D E :
Article 1er : La décision date du 27 août 2021 par laquelle le préfet de la région Pays de la Loire, préfet de la Loire-Atlantique a refusé d'échanger le permis de conduire algérien de Mme A est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la région Pays de la Loire, préfet de la Loire-Atlantique de reprendre l'instruction de la demande de Mme A et de prendre une nouvelle décision dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet de la région Pays de la Loire, préfet de la Loire-Atlantique et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2023.
La greffière,
signé
A. VidalLa magistrate désignée,
signé
A. Menasseyre
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026