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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2201370

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2201370

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2201370
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère Chambre
Avocat requérantERNST & YOUNG LYON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires enregistrés les 16 février 2022, 28 septembre 2023 et 5 janvier 2024, M. A C, représenté par Me Pelgrin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de rejet née du silence gardé par la présidente de métropole Aix-Marseille-Provence sur sa demande de raccordement au réseau d'eau et sa réclamation indemnitaire du 12 octobre 2021 ;

2°) de condamner la métropole Aix-Marseille-Provence à lui verser la somme de 50 000 euros au titre des préjudices financier et moral subis, avec intérêts au taux légal et capitalisation des intérêts ;

3°) de mettre à la charge de la métropole la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision implicite de rejet de sa demande de raccordement à l'eau n'est pas motivée ;

- elle méconnait son droit à l'eau potable et au raccordement ;

- elle méconnait le principe d'égalité devant le service public ;

- il en est résulté des préjudices qui doivent être réparés.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 19 mai 2022, 28 novembre 2023 et 24 janvier 2024, la métropole Aix-Marseille-Provence, représentée par le cabinet Ernst et Young, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les conclusions dirigées à l'encontre de la décision implicite de rejet de la demande de raccordement sont irrecevables, la décision attaquée étant une décision confirmative ;

- l'action indemnitaire est prescrite ;

- les moyens soulevés par M. C ne sont en tout état de cause pas fondés.

Par une ordonnance du 28 mars 2024, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 30 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hétier-Noël, rapporteure,

- les conclusions de Mme Sarac-Deleigne, rapporteure publique,

- les observations de Me Pelgrin, représentant M. C,

- et celles de Me Radi, représentant la métropole Aix-Marseille-Provence.

Considérant ce qui suit :

1. M. C est propriétaire d'une maison située dans la calanque des Renaïres à Martigues. Par un courrier du 12 octobre 2021 reçu le 19 octobre suivant, M. C a demandé le raccordement de son habitation au réseau d'eau potable à la métropole Aix-Marseille-Provence et a également présenté une demande indemnitaire préalable en réparation des préjudices financier et moral qu'il estime avoir subis du fait de l'absence de raccordement, courrier resté sans réponse. Il demande au tribunal l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence de la métropole sur ses demandes et la condamnation de celle-ci à réparer ses préjudices.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet par la présidente de la métropole de la demande de raccordement au réseau d'eau potable :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

3. Si M. C soutient que la décision attaquée n'est pas motivée, un tel moyen ne peut qu'être écarté, en tout état de cause, en l'absence de demande de communication des motifs de cette décision implicite formulée préalablement par le requérant auprès de la métropole.

4. En deuxième lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 210-1 du code de l'environnement : " Dans le cadre des lois et règlements ainsi que des droits antérieurement établis, l'usage de l'eau appartient à tous et chaque personne physique, pour son alimentation et son hygiène, a le droit d'accéder à l'eau potable dans des conditions économiquement acceptables par tous ". Aux termes de l'article L. 2224-7-1 du code général des collectivités territoriales : " Les communes sont compétentes en matière de distribution d'eau potable. Dans ce cadre, elles arrêtent un schéma de distribution d'eau potable déterminant les zones desservies par le réseau de distribution () ".

5. Il résulte de ces dispositions, éclairées par les travaux préparatoires de la loi du 30 décembre 2006 sur l'eau de laquelle elles sont issues, qu'il appartient aux communes ou aux établissements publics de coopération intercommunale compétents de délimiter, dans le respect du principe d'égalité devant le service public, les zones de desserte dans lesquelles ils sont tenus, tant qu'ils n'en ont pas modifié les délimitations, de faire droit aux demandes de réalisation de travaux de raccordement, dans un délai raisonnable, pour toutes les propriétés qui ont fait l'objet des autorisations et agréments visés à l'article L. 111-12 du code de l'urbanisme. Ce délai doit s'apprécier au regard, notamment, du coût et de la difficulté technique des travaux d'extension du réseau de distribution d'eau potable et des modalités envisageables de financement des travaux. En dehors des zones de desserte ou en l'absence de délimitation par le schéma de telles zones, la collectivité apprécie la suite à donner aux demandes d'exécution de travaux de raccordement, dans le respect du principe d'égalité devant le service public, en fonction, notamment, de leur coût, de l'intérêt public et des conditions d'accès à d'autres sources d'alimentation en eau potable. Le juge de l'excès de pouvoir exerce alors, en cas de refus, un contrôle restreint à l'erreur manifeste d'appréciation.

6. En l'espèce, la métropole indique sans être utilement contestée que la propriété du requérant se trouve hors des zones de desserte délimitées et qu'elle n'a pas prévu d'étendre la zone de desserte jusqu'à la parcelle en cause, comme cela ressort également du plan du schéma directeur d'alimentation en eau potable du pays de Martigues du 12 mars 2019 versé au dossier. Dans ces conditions, la métropole n'était pas tenue de faire droit à la demande de réalisation de travaux de raccordement de la propriété de M. C. Pour justifier son refus, la métropole fait état du coût financier de l'extension du réseau public, du classement de la zone en zone naturelle Np par le plan local d'urbanisme et de sa situation dans la bande des 100 mètres du littoral, et du risque sanitaire susceptible d'être entraîné par ce raccordement eu égard à la topographie des lieux. Il ressort des devis versés par l'établissement public de coopération intercommunale et établis par plusieurs entreprises différentes que les coûts des travaux nécessaires sont estimés entre 139 846 euros et 340 609 euros. Les devis produits par le requérant, qui font état de travaux se limitant à la réalisation d'une tranchée et la pose de polyéthylène, ne permettent pas d'établir que ce coût aurait été surestimé par la métropole. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que la réalisation de ce raccordement répondrait à un intérêt public imposant de faire droit à la demande alors que les propriétés concernées se trouvent dans une zone naturelle protégée et que la métropole fait valoir également sans être contestée que les constructions édifiées qui étaient des cabanons de pêcheurs ont vu leur destination modifiée sans autorisation préalable. Par suite, la décision de refus attaquée n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

7. En troisième lieu, si le requérant soutient que d'autres hameaux situés dans la calanque de Ponteau au nord des Renaïres seraient raccordés au réseau d'eau potable, il ne ressort ni de cette seule allégation insuffisamment étayée, ni des pièces du dossier que ces constructions seraient placées dans la même situation que son habitation, la métropole indiquant de surcroît que le nombre d'habitants de la calanque de Ponteau est significativement supérieur et que les travaux de raccordement ont été pris en charge par l'usine de pétrochimie adjacente. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse méconnaît le principe d'égalité devant le service public.

8. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, les conclusions présentées par M. C à fin d'annulation de la décision implicite de rejet par la métropole de sa demande de raccordement au réseau d'eau potable doivent être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

9. En premier lieu la décision implicite de rejet née du silence gardé par la métropole Aix-Marseille-Provence sur la demande indemnitaire préalable adressée par M. C a pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande de celui-ci qui, en formulant les conclusions précédemment visées à fin de réparation de ses préjudices, a donné à celles-ci le caractère d'un recours de plein contentieux. Par suite, les conclusions qu'il présente à fin d'annulation de cette décision implicite de rejet ne peuvent qu'être rejetées.

10. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 8 qu'en l'absence d'illégalité fautive de la décision implicite de rejet de la demande de raccordement au réseau d'eau potable formée par le requérant, la responsabilité pour faute de la métropole ne peut être recherchée à ce titre.

11. En troisième lieu, à supposer que le requérant ait entendu invoquer la responsabilité sans faute de la métropole à son égard, ce moyen n'est en tout état de cause assorti d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.

12. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la prescription quadriennale opposée en défense par la métropole, les conclusions présentées par M. C à fin d'indemnisation de ses préjudices financier et moral doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la métropole Aix-Marseille-Provence, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. C une somme de 500 euros au titre des frais exposés par la métropole Aix-Marseille-Provence et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : M. C versera à la métropole Aix-Marseille-Provence une somme de 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la métropole Aix-Marseille-Provence.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Hameline, présidente,

Mme Fabre, première conseillère,

Mme Hétier-Noël, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.

La rapporteure,

signé

C. Hétier-Noël

La présidente,

signé

M-L. Hameline

La greffière,

signé

B. Marquet

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2201370

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