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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2201423

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2201423

jeudi 23 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2201423
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELAFA CABINET CASSEL

Texte intégral

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hétier-Noël, rapporteure,

- les conclusions de Mme Sarac-Deleigne, rapporteure publique,

- et les observations de Mme B du service juridique du département des Bouches-du-Rhône.

Considérant ce qui suit :

1. Le 24 janvier 2015, Mme E C a été victime d'une agression au couteau par M. A D alors mineur placé sous l'autorité du département des Bouches-du-Rhône, faits pour lesquels il a été condamné par le tribunal pour enfants de F le 8 octobre 2015. En application de la décision de la commission d'indemnisation des victimes d'infractions de F du 11 février 2019, Mme C s'est vu indemniser par le fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions de ses préjudices en lien avec son agression pour une somme totale de 137 524,68 euros versée le 15 février 2019. Par un courrier du 22 octobre 2021 reçu le 26 octobre 2021, le fonds a présenté au département des Bouches-du-Rhône une demande préalable tendant au règlement de cette somme, restée sans réponse. Le fonds demande au tribunal la condamnation du département des Bouches-du-Rhône à lui verser la somme de 138 524,68 euros.

Sur la responsabilité du département des Bouches-du-Rhône :

2. La décision par laquelle le juge confie la garde d'un mineur, dans le cadre d'une mesure d'assistance éducative prise en vertu des articles 375 et suivants du code civil, à l'une des personnes mentionnées à l'article 375-3 du même code, transfère à la personne qui en est chargée la responsabilité d'organiser, diriger et contrôler la vie du mineur. En raison des pouvoirs dont le département se trouve ainsi investi lorsque le mineur a été confié à un service ou établissement qui relève de son autorité, sa responsabilité est engagée, même sans faute, pour les dommages causés aux tiers par ce mineur. Cette responsabilité n'est susceptible d'être atténuée ou supprimée que dans le cas où elle est imputable à un cas de force majeure ou à une faute de la victime.

3. L'auteur des violences subies par Mme C ayant été confié au département des Bouches-du-Rhône dans le cadre d'une mesure d'assistance éducative prise en vertu des articles 375 et suivants du code civil par le juge des enfants de F et renouvelée par jugement du 23 juillet 2013 pour une durée de deux ans, la responsabilité du département est engagée pour les dommages subis par celle-ci.

Sur les préjudices :

4. En vertu des articles 706-3 et 706-4 du code de procédure pénale, toute personne ayant subi un préjudice résultant de faits volontaires ou non qui présentent le caractère matériel d'une infraction peut, lorsque certaines conditions sont réunies, obtenir la réparation intégrale des dommages qui résultent des atteintes à la personne auprès d'une commission d'indemnisation des victimes d'infractions, juridiction civile instituée dans le ressort de chaque tribunal judiciaire. L'indemnité correspondante est alors versée par le fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions. Selon le premier alinéa de l'article 706-11 du même code, le fonds " est subrogé dans les droits de la victime pour obtenir des personnes responsables du dommage causé par l'infraction ou tenues à un titre quelconque d'en assurer la réparation totale ou partielle le remboursement de l'indemnité ou de la provision versée par lui, dans la limite du montant des réparations à la charge desdites personnes ". Le fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions, qui, en vertu de la subrogation prévue à cet article, est en droit d'exercer les droits de la victime à l'encontre de la collectivité publique tenue de réparer les conséquences de l'infraction, peut demander à celle-ci que lui soit versée, dans la limite de la somme déboursée par lui, la juste réparation du préjudice qu'il a indemnisé. Ces mêmes dispositions imposent à la collectivité publique en cause, saisie d'une demande en ce sens, d'assurer, sous le contrôle du juge administratif, une juste réparation de ce préjudice, dont l'évaluation ne dépend pas de l'indemnité fixée par l'autorité judiciaire.

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :

5. Il résulte de l'instruction que Mme C a pris à sa charge au titre de dépenses de santé la somme de 471,52 euros, que ses pertes de gains professionnels actuels ont été de 209,16 euros et que les frais de déplacement pour consultation médicale se sont élevés à 123 euros. Le département doit par suite être condamné à rembourser au fonds de garantie les sommes correspondantes.

6. Le rapport d'expertise du 15 décembre 2016 retient les besoins d'assistance d'une tierce personne à 4 heures par jour du 26 janvier au 15 mars 2015, puis à 5 heures par semaine du 16 mars au 16 septembre 2015. Par application d'un tarif horaire, incluant les charges sociales, de 13 euros, il y a lieu de mettre à la charge du département la somme de 4 266 euros à ce titre.

7. Au titre de l'incidence professionnelle se définissant comme le préjudice subi en raison de la dévalorisation sur le marché du travail à savoir la perte d'une chance professionnelle, l'augmentation de la pénibilité de l'emploi occupé, les frais de reclassement professionnel ou de formation de reconversion ou encore la nécessité de devoir abandonner la profession exercée avant le dommage, l'expert a retenu une pénibilité à la réalisation de certains gestes fins comme la réalisation de sutures chirurgicales. Mme C était, au moment de l'agression au couteau dont elle a été victime, étudiante en quatrième année de médecine et a ainsi perdu du fait des séquelles de l'agression une chance de pouvoir présenter un internat en chirurgie. La pénibilité de son activité de médecin généraliste a nécessairement augmenté du fait de ces séquelles, l'expert ayant par ailleurs mentionné dans le corps de son rapport un syndrome fonctionnel du pouce droit avec une limitation d'environ 30° de l'extension de la dernière phalange du pouce et une hypoesthésie, et donc une perte de sensibilité, de la face dorsale du premier métacarpien droit. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice, compte-tenu de l'ensemble des circonstances ainsi rappelées et de l'âge de la victime, en le fixant à 20 000 euros.

En ce qui concerne les préjudices extra-patrimoniaux :

8. L'expert a retenu un déficit fonctionnel temporaire total du 24 au 26 janvier 2015, ainsi qu'un déficit fonctionnel temporaire partiel à 50 % du 26 janvier au 15 mars 2015, puis à 25 % du 16 mars au 16 septembre 2015 puis à 10 % du 17 septembre 2015 au 24 septembre 2016, date de consolidation, puis un déficit fonctionnel permanent évalué à 8 %, pour lesquels il y a lieu de retenir respectivement les sommes de 2 555 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire et de 16 400 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, pour une jeune femme de 24 ans à la date de consolidation.

9. Il y a également lieu de retenir pour le préjudice esthétique temporaire résultant du port d'une attelle plâtrée des deux mains du 26 janvier au 15 mars 2015 ainsi que pour le préjudice esthétique permanent résultant des cicatrices aux mains évalué à 1,5/7 la somme de 1 500 euros.

10. S'agissant des souffrances endurées, évaluées par l'expert à 3,5/7 en raison de l'impotence fonctionnelle douloureuse des deux mains avec des sutures de plaies multiples (cinq plaies) des doigts de la main gauche ainsi qu'une section à 70 % de l'extenseur de l'index et une attelle d'immobilisation de l'index durant 21 jours, des sutures de deux plaies du pouce de la main droite ainsi qu'une section complète de l'extenseur du pouce ayant nécessité une prise en charge chirurgicale sous anesthésie loco-régionale et une attelle d'immobilisation du pouce durant 21 jours, le recours à un traitement à visée antalgique, le recours à trente séances de kinésithérapie et d'un syndrome anxieux post-traumatique, il en sera fait une juste appréciation en fixant leur réparation à la somme de 5 000 euros.

11. Il résulte de tout ce qui précède que le département des Bouches-du-Rhône doit être condamné à verser au fond de garantie en sa qualité de subrogé dans les droits de Mme C une somme de 50 524,68 euros, à laquelle s'ajoute une somme de 1000 euros au regard de son préjudice propre s'agissant de frais d'instance qu'il justifie avoir versés à Mme C, soit une somme totale de 51 524,68 euros.

Sur les intérêts :

12. Le fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions a droit aux intérêts au taux légal sur la somme de 51 524,68 euros à compter du 26 octobre 2021, date de réception de sa demande par le département des Bouches-du-Rhône, ces intérêts portant eux-mêmes intérêts à compter du 26 octobre 2022 et à chaque échéance annuelle, s'agissant d'intérêts échus depuis au moins un an.

Sur les frais liés à l'instance :

13. Il y a lieu de mettre à la charge du département des Bouches-du-Rhône, dans les circonstances de l'espèce, une somme de 1 000 euros à verser au fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Le département des Bouches-du-Rhône est condamné à verser au fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions la somme totale de 51 524,68 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 26 octobre 2021. Les intérêts échus à la date du 26 octobre 2022, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 2 : Le département des Bouches-du-Rhône versera au fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié au fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions et au département des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 6 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Hameline, présidente,

Mme Fabre, première conseillère,

Mme Hétier-Noël, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2024.

La rapporteure,

signé

C. Hétier-Noël

La présidente,

signé

M-L. Hameline

La greffière,

signé

B. Marquet

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2201423

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