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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2201450

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2201450

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2201450
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSCP O. RENAULT ASSOCIES (LAMARTINE CONSEIL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 février 2022, M. A B, représenté par la SCP O. Renault et Associés, agissant par Me Weller, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre des années 2014, 2015 et 2016 pour un montant total de 55 203 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la société avait tout intérêt à payer les commissions litigieuses puisque ces dernières ont pour essence même la réalisation de recettes donc la formation d'un bénéfice imposable ;

- l'administration fiscale a assis sa démonstration de la caractérisation de l'acte anormal de gestion en méconnaissance du principe de non immixtion dans la gestion des entreprises ;

- une charge illicite n'est pas révélatrice en tant que telle d'une gestion anormale.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 juin 2022, la directrice du contrôle fiscal Sud-Est Outre-Mer conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Charpy,

- les conclusions de M. Secchi, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société de fait Angelini B, qui exerce une activité de commerce de gros alimentaire à destination des restaurants pizzerias, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2016, étendue au 31 août 2017 en matière de taxe sur la valeur ajoutée. Par deux propositions de rectification du 18 décembre 2017 et du 27 août 2018, l'administration fiscale lui a notifié, notamment, des rectifications en matière de bénéfices industriels et commerciaux. La société étant une société de fait non dotée de la personnalité morale n'ayant pas opté pour l'impôt sur les sociétés, l'administration fiscale a, sur le fondement des dispositions combinées des articles 238 bis L et 8 du code général des impôts, tiré les conséquences de cette procédure en adressant à M. A B, cogérant et associé à hauteur de 50 % de la société, deux propositions de rectification en date des 18 décembre 2017 et 13 novembre 2018 lui notifiant des rehaussements en matière d'impôt sur le revenu, dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux, au titre des années 2014 pour la première, et des années 2015 et 2016 pour la seconde. Après que les impositions supplémentaires correspondantes aient été mises en recouvrement le 30 avril 2019 et que sa réclamation contentieuse du 20 août 2021 ait fait l'objet d'une décision de rejet en date du 20 décembre 2021, M. B demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre des années 2014, 2015 et 2016 pour un montant total de 55 203 euros.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

2. Aux termes de l'article 38-2 du code général des impôts : " Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés ". Aux termes de l'article 39-1 du même code : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : 1° Les frais généraux de toute nature ".

3. Pour être admis en déduction des bénéfices imposables les frais et charges doivent, d'une manière générale être exposés dans l'intérêt direct de l'exploitation ou se rattacher à la gestion normale de l'entreprise, correspondre à une charge effective, être appuyés de justifications suffisantes et être compris dans les charges de l'exercice au cours duquel ils ont été engagés.

4. Il résulte de l'instruction en particulier des propositions de rectification du 18 décembre 2017 et du 27 août 2018, qu'au cours de la période vérifiée, la société Angelini B a accepté comme moyen de paiement des tickets-restaurant émis par ses clients professionnels, qu'elle a ensuite adressés à la centrale de règlement des titres afin d'en obtenir le remboursement. La société a donc comptabilisé, en charges déductibles, les frais relatifs au traitement des titres par la centrale pour des montants respectifs de 44 248 euros en 2014, 21 541 euros en 2015 et 55 272 euros en, 2016.

5. Le service vérificateur a remis en cause le caractère déductible de ces frais au motif qu'ils ne constituent pas des dépenses engagées dans l'intérêt de la société et qu'ils n'ont pas été effectués dans le cadre d'une gestion normale. Il fait valoir à cet égard que les dépenses en cause incombent normalement au professionnel restaurateur à qui la société aurait donc dû refacturer lesdits frais et qu'elle a ainsi renoncé à une partie des recettes qu'elle aurait perçues si le paiement avait été effectué selon d'autres modalités.

6. Pour justifier du caractère déductible des charges en litige, M. B soutient que l'intérêt de la société d'accepter ces transactions, et ainsi d'offrir à ses clients une facilité de paiement, est de générer du chiffre d'affaires. Cependant, comme le fait valoir l'administration fiscale en défense, le requérant ne démontre pas en quoi et dans quelles proportions le fait, pour la société, d'accepter les paiements en titres-restaurant a eu un impact sur la croissance de son chiffre d'affaires alors qu'elle pouvait accepter, sans nuire à son chiffre d'affaires, d'autres modes de paiements légaux de la part de ses clients et se dispenser de verser des commissions.

7. Par ailleurs, il résulte de l'instruction et de ce qui a été dit au point 5 que c'est à l'aune de l'intérêt propre de l'entreprise que l'administration fiscale a apprécié la normalité de l'acte de gestion en litige pour en conclure qu'il s'agissait d'un acte anormal de gestion. Le requérant ne saurait dès lors sérieusement déduire de la référence faite par l'administration au montant des commissions en cause qu'elle a eu recours, en méconnaissance de la jurisprudence du Conseil d'Etat, à la théorie du risque manifestement excessif. De même, le requérant ne saurait sérieusement reprocher à l'administration de fonder l'anormalité de l'acte de gestion en litige sur le caractère illicite de la pratique consistant à accepter le paiement par tickets-restaurant.

8. Il résulte de tout ce qui précède que c'est à bon droit que l'administration a remis en cause la déductibilité des frais exposés par la société Angelini B pour le traitement des titres- restaurant par la centrale de règlement, qu'elle a réintégré les sommes correspondantes au bénéfice imposable de la société et les a taxées entre les mains de M. B à hauteur de sa quote-part dans les résultats sociaux. Les conclusions aux fins de décharge de la requête doivent par suite être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, l'État n'étant pas partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et la directrice du contrôle fiscal Sud-Est Outre-Mer.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Brossier, président,

Mme Charpy, première conseillère,

Mme Pouliquen, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

C. Charpy

Le président,

Signé

J.B. Brossier

La greffière,

Signé

D. Dan

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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