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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2201459

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2201459

mardi 30 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2201459
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation10e Ch Magistrat statuant seul
Avocat requérantCARMIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 février 2022 et le 1er avril 2022, Mme B C épouse A, représentée par Me Carmier demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 13 420 euros en réparation des préjudices subis du fait de la carence fautive de l'Etat à lui proposer un logement répondant à ses besoins et à ses capacités ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la carence de l'Etat à assurer son relogement dans le délai imparti constitue une faute de nature à engager sa responsabilité ;

- cette situation entraine pour elle un préjudice consistant en des troubles dans ses conditions d'existence, dès lors que son logement n'est pas adapté à la composition de sa famille et à l'état de santé de l'un de ses enfants et que la caisse d'allocations familiales (CAF) a suspendu le versement de ses aides au logement ;

- ce préjudice est en lien avec la carence de l'Etat à assurer son relogement ;

- elle a également subi un préjudice moral ;

- elle a également subi un préjudice résultant de la suspension de ses aides au logement ;

- les deux logements proposés qu'elle a refusé étaient trop éloignés des lieux de scolarisation de ses enfants et situés dans des quartiers sensibles.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 4 mars 2022 et le 18 décembre 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête et à titre subsidiaire, à ce que l'indemnisation allouée à la requérante soit minorée.

Il fait valoir que :

- quatre logements ont été proposés à la requérante ;

- elle a refusé deux des logements en raison de leur situation géographique ;

- la requérante est relogée depuis le 23 décembre 2022 et sa demande de logement social a été radiée le 25 juillet 2023.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Pecchioli, vice-président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Pecchioli, président-rapporteur.

Aucune partie n'était présente ni représentée.

Après avoir prononcé, à l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C a été reconnue comme prioritaire et devant être logée d'urgence par une décision de la commission de médiation des Bouches-du-Rhône du 20 septembre 2018. Le préfet des Bouches-du-Rhône disposait d'un délai de six mois pour que Mme C se voit attribuer un logement répondant à ses besoins et capacités. Quatre propositions de logement ayant échouées, Mme C a présenté une demande indemnitaire préalable le 1er décembre 2021, dont le préfet a accusé réception le 6 décembre 2021 et qu'il a implicitement rejetée. Mme C demande par conséquent la condamnation de l'Etat au versement d'une indemnisation d'un montant de 13 420 euros.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ". Selon le II de l'article L. 441-2-3 de ce code : " () Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. Elle détermine pour chaque demandeur, en tenant compte de ses besoins et de ses capacités, les caractéristiques de ce logement () / La commission de médiation transmet au représentant de l'Etat dans le département la liste des demandeurs auxquels doit être attribué en urgence un logement. () / Le représentant de l'Etat dans le département désigne chaque demandeur à un organisme bailleur disposant de logements correspondant à la demande. () / En cas de refus de l'organisme de loger le demandeur, le représentant de l'Etat dans le département qui l'a désigné procède à l'attribution d'un logement correspondant aux besoins et aux capacités du demandeur sur ses droits de réservation. () ". L'article R. 441-16-1 du même code dispose que : " A compter du 1er décembre 2008, le recours devant la juridiction administrative prévu au I de l'article L. 441-2-3-1 peut être introduit par le demandeur qui n'a pas reçu d'offre de logement tenant compte de ses besoins et capacités passé un délai de trois mois à compter de la décision de la commission de médiation le reconnaissant comme prioritaire et comme devant être logé d'urgence. Dans () les départements comportant au moins une agglomération, ou une partie d'une agglomération, de plus de 300 000 habitants, ce délai est de six mois ".

3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'Etat prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. La période de responsabilité de l'Etat court à compter de l'expiration du délai de trois ou six mois que les dispositions de l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre de logement à la suite de la décision de la commission de médiation. Ces troubles doivent être appréciés en tenant notamment compte des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat.

4. Le refus, sans motif impérieux, d'une proposition de logement correspondant aux besoins et aux capacités de l'intéressé est de nature à faire perdre à ce dernier le bénéfice de la décision de la commission de médiation. C'est seulement si le demandeur a été informé des conséquences d'un refus que le fait de rejeter une offre de logement peut lui faire perdre le bénéfice de la décision de la commission de médiation le reconnaissant comme prioritaire. Il appartient à l'administration d'établir que cette information a été délivrée au demandeur. Si le demandeur a reçu de manière complète l'information exigée par le code lors de la présentation d'une offre de logement, un refus de sa part est susceptible de lui faire perdre le bénéfice de la décision de la commission, même si l'information a été dispensée par le préfet alors qu'en application des dispositions de l'article R. 441-16-3 du code de la construction et de l'habitation elle incombait au bailleur.

5. Il résulte de l'instruction que Mme C a refusé une proposition de logement formulée le 3 décembre 2018, soit dans le délai imparti au préfet, au motif que le secteur de ce logement, situé rue de la Busserine dans le XIVème arrondissement de Marseille, ne lui convenait pas. Mme C soutient que ce logement était trop éloigné des lieux de scolarisation de ses enfants et par ailleurs situé dans un quartier sensible. D'une part, Mme C ne soutient, ni même n'allègue, qu'il existait un quelconque obstacle à un changement d'établissement en cours d'année de ses enfants. D'autre part, si Mme C se prévaut de l'insécurité dans le quartier de la Busserine et produit à cet effet des articles de presse datant des années 2018, 2019 et 2021, elle n'établit pas l'existence, dans l'immeuble où est situé le logement proposé, d'une situation habituelle d'insécurité qui, du fait d'une vulnérabilité particulière de sa part ou d'autres éléments liés à sa situation personnelle, créerait des risques graves pour elle ou sa famille. En outre, ce logement était de type 4 conformément aux préconisations de la commission de médiation et la proposition de logement mentionnait que l'offre était faite au titre du droit au logement opposable et qu'un refus était susceptible de faire perdre le bénéfice de la décision de la commission de médiation.

6. Dans ces conditions, Mme C doit être regardée comme ayant refusé un logement adapté qui lui avait été proposé dans le délai imparti au préfet sans motif impérieux. Il s'ensuit qu'aucune carence à procéder au relogement de Mme C ne peut être imputée à l'Etat et que ce dernier n'a par conséquent commis aucune faute. Par suite, les conclusions indemnitaires de la requête de Mme C doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme à l'avocat de Mme C.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C épouse A et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024.

Le magistrat désigné,

signé

J. PECCHIOLILe greffier,

signé

S. IBRAM

La République mande et ordonne au ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/Le greffier en chef,

Le greffier

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