mardi 26 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2201675 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET BURZIO-CONSOLIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 février 2022 et 6 avril 2023, Mme A C, représentée par la SELARL Consolin Zanarini, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de condamner l'Office National d'Indemnisation des Accidents Médicaux (ONIAM) à lui verser une somme de 45 342 euros en indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis lors de l'intervention chirurgicale qu'elle a subie le 14 décembre 2012 à l'hôpital Nord de Marseille
2°) à titre subsidiaire, de condamner l'Assistance-Publique-Hôpitaux de Marseille (AP-HM) à lui verser une somme de 45 342 euros au titre de l'indemnisation de ceux qu'elle estime avoir subis à raison de la défectuosité de la prothèse implantée lors de cette intervention chirurgicale ;
3°) de mettre à la charge de de la partie qui succombe une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a été victime d'un aléa thérapeutique, en l'espèce la rupture de la prothèse de Swanson posée sur son doigt lors de l'intervention chirurgicale ;
- à titre subsidiaire, elle a été victime de l'implant d'un matériel défectueux qui engage la responsabilité de l'AP-HM ;
- elle est fondée à obtenir réparation de ses préjudices, évalués à une somme totale de 45 342 euros.
Par un mémoire, enregistré le 26 avril 2022, la CPAM des Bouches du Rhône a fait savoir qu'elle n'entendait pas intervenir dans l'instance en cours.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 février 2023, l'ONIAM, représenté par la selarl de la Grange et Fitoussi, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de Mme C sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- l'accident a été causé à raison de la défectuosité du matériel orthopédique et doit entraîner la mise en cause de la responsabilité de l'AP-HM ;
- les conditions d'intervention de l'ONIAM ne sont pas réunies.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 juin 2023, l'Assistance Publique-Hôpitaux de Marseille (AP-HM), représentée par Me Deguitre, conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que rien ne permet de retenir sa responsabilité au titre du caractère défectueux de la prothèse.
Vu l'ordonnance du président du tribunal administratif de Marseille du 20 mai 2021 taxant les frais et honoraires de l'expert à la somme de 2422,25 euros.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 octobre 2024 :
- le rapport de Mme Diwo, rapporteure ;
- les conclusions de Mme Lourtet, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Dech, pour Mme C et de Me Deguitre, pour L'AP-HM.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C a été opérée le 14 décembre 2012 au sein de l'hôpital Nord de Marseille, relevant de l'AP-HM, afin de poser une prothèse sur un doigt de sa main droite, atteint d'un cal vicieux issu d'un traumatisme ancien. Au cours de l'intervention, la prothèse s'est cassée, ce qui a nécessité une nouvelle intervention de retrait le 21 décembre 2012, avec implant d'un autre type de prothèse. Cette intervention a également échoué. Elle a subi le 10 juillet 2013 une nouvelle intervention à type d'arthrodèse avec pose d'une plaque d'osthéosynthèse associée à une greffe osseuse, puis une nouvelle opération le 2 novembre 2017 consistant à enlever la plaque débricolée pour procéder à une nouvelle greffe avec une broche et un fil d'acier. Mme C sollicite l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis des suites de l'intervention initiale.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
En ce qui concerne la responsabilité de l'AP-HM à raison de la défectuosité du produit :
2. Le service public hospitalier est responsable, même en l'absence de faute de sa part, des conséquences dommageables pour les usagers de la défaillance des produits et appareils de santé qu'il utilise, y compris lorsqu'il implante, au cours de la prestation de soins, un produit défectueux dans le corps d'un patient.
3. Aux termes de l'article 1245-3 du code civil, issu de la transposition de la directive 85/374/CEE du Conseil du 25 juillet 1985 relative au rapprochement des dispositions législatives, réglementaires et administratives des États membres en matière de responsabilité du fait des produits défectueux : " Un produit est défectueux au sens du présent chapitre lorsqu'il n'offre pas la sécurité à laquelle on peut légitimement s'attendre. Dans l'appréciation de la sécurité à laquelle on peut légitimement s'attendre, il doit être tenu compte de toutes les circonstances et notamment de la présentation du produit, de l'usage qui peut en être raisonnablement attendu et du moment de sa mise en circulation. () ".
4. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction et notamment du rapport de l'expertise diligentée par le tribunal que la prothèse utilisée le 14 décembre 2012 aurait été défectueuse dans la mesure où, d'une part, ledit rapport n'a relevé aucun élément de nature à faire présumer l'existence d'un vice inhérent à l'implant mis en place et a, au contraire, souligné les difficultés liées à l'instabilité cubitale, sans lien avec une défectuosité du matériel prothétique utilisé et où, d'autre part, l'ONIAM, qui ne produit aucune littérature médicale ou historique concernant l'utilisation de la prothèse en carbone " ascension ", n'établit ni ne justifie l'existence d'une défaillance de ce type de prothèse ou la défectuosité spécifique du produit utilisé, alors que le bref laps de temps écoulé entre l'installation de la prothèse et sa rupture. Dans ces conditions, aucune faute de l'AP-HM à raison de la défectuosité du produit implanté ne doit être retenue.
En ce qui concerne l'engagement de la solidarité nationale :
5. Aux termes du paragraphe II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé par décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25 %, est déterminé par ledit décret ". Aux termes de l'article D. 1142-1 du même code : " Le pourcentage mentionné au dernier alinéa de l'article L. 1142-1 est fixé à 24 %. Présente également le caractère de gravité mentionné au II de l'article L. 1142-1 un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ayant entraîné, pendant une durée au moins égale à six mois consécutifs ou à six mois non consécutifs sur une période de douze mois, un arrêt temporaire des activités professionnelles ou des gênes temporaires constitutives d'un déficit fonctionnel temporaire supérieur ou égal à un taux de 50 %. A titre exceptionnel, le caractère de gravité peut être reconnu : 1° Lorsque la victime est déclarée définitivement inapte à exercer l'activité professionnelle qu'elle exerçait avant la survenue de l'accident médical, de l'affection iatrogène ou de l'infection nosocomiale ; 2° Ou lorsque l'accident médical, l'affection iatrogène ou l'infection nosocomiale occasionne des troubles particulièrement graves, y compris d'ordre économique, dans ses conditions d'existence.
6. Il résulte de ces dispositions que l'ONIAM doit assurer, au titre de la solidarité nationale, la réparation des dommages résultant directement d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins à la double condition qu'ils présentent un caractère d'anormalité au regard de l'état de santé du patient comme de l'évolution prévisible de cet état et que leur gravité excède le seuil défini à l'article D. 1142-1.
7. En l'espèce, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que Mme C a été victime de la rupture du matériel prothétique au cours de l'intervention destinée à l'implanter. Cet incident constitue dès lors un aléa thérapeutique non fautif susceptible d'ouvrir droit, au titre de la solidarité nationale, à la réparation des préjudices qui en sont résultés.
8. L'expertise effectuée par le Dr B a évalué le déficit fonctionnel permanent dont est atteinte la requérante des suites de l'opération à un taux de 4%, qui est contesté par la requérante qui estime que ce taux doit être évalué à 8%. En tout état de cause, ces évaluations ne permettent pas d'atteindre le seuil de 24% exigé par l'article D 1142-1 du code de la santé publique pour remplir la condition de gravité du préjudice au titre du déficit fonctionnel permanent.
9. Il résulte en revanche de l'instruction que l'état de santé de Mme C a nécessité un arrêt de travail entre le 21 décembre 2012 et le 21 juin 2013, soit pendant 6 mois consécutifs, durée cohérente avec la durée des déficits fonctionnels temporaires qui ont été documentés par l'expert, alors que la requérante exerce la profession d'employée de maison et que la main droite est sa main dominante. Dans ces conditions, le critère de gravité exigé par l'article D 1142-1 précité est rempli, sans qu'il soit besoin de démontrer l'existence d'un déficit fonctionnel temporaire supérieur ou égal à 50%, celui-ci n'étant exigé qu'à titre alternatif et non cumulatif comme le soutient l'ONIAM.
10. S'agissant de la condition d'anormalité du dommage, celle-ci doit toujours être regardée comme remplie lorsque l'acte médical a entraîné des conséquences notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé de manière suffisamment probable en l'absence de traitement. Lorsque ces conséquences ne sont pas notamment plus graves, elles peuvent être regardées comme anormales si la survenance du dommage présentait une probabilité faible.
11. Il ne résulte pas de l'instruction que les complications dont a été victime Mme C aient eu des conséquences notablement plus graves que celles qu'elle aurait subies en l'absence de traitement dans la mesure où seul un faible déficit fonctionnel subsiste à l'issue de l'intervention, les douleurs l'ayant motivé ayant quant à elles disparu. L'instruction ne permet pas par ailleurs d'établir que le risque de rupture de la prothèse présentait une faible probabilité en l'absence de toute littérature médicale notamment documentée par l'expert sur le sujet, les éléments du dossier démontrent que le traitement de la pathologie de la patiente a nécessité plusieurs interventions à l'aide de plusieurs matériaux dont un certain nombre se sont avérés instables sans que l'expert relève aucune faute dans la technique d'implantation.
12. Ainsi, Mme C ne remplissant pas les conditions pour bénéficier d'une réparation au titre de la solidarité nationale, ses conclusions indemnitaires doivent être rejetées.
Sur la déclaration de jugement commun :
13. La caisse primaire d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône, mise en cause, n'a pas produit à l'instance. Il y a lieu de lui déclarer le jugement commun.
Sur la charge des frais d'expertise :
14. Il y a lieu de mettre à la charge de Mme C les frais et honoraires de l'expertise du Dr B, liquidés et taxés à la somme de 2 422,25 euros par l'ordonnance du président du tribunal administratif de Marseille du 20 mai 2021.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de L'AP-HM, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée à ce titre par Mme C. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par l'ONIAM sur le même fondement.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : le présent jugement est déclaré commun à la CPAM des Bouches-du-Rhône.
Article 3 : Les frais d'expertise, taxés et liquidés à la somme de 2 422,25 euros sont mis à la charge de Mme C.
Article 4 : Les conclusions présentées par l'ONIAM au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C, à l'Office National d'Indemnisation des Accidents Médicaux, à la CPAM des Bouches-du-Rhône et à l'Assistance-Publique-Hôpitaux de Marseille.
Copie en sera adressée au Dr D B.
Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Simon, présidente,
Mme Hétier-Noël, première conseillère,
Mme Diwo, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 novembre 2024.
La rapporteure,
signé
C. Diwo
La présidente,
signé
F. Simon
La greffière,
signé
A. Vidal
La République mande et ordonne au directeur général de l'agence régionale de santé Provence-Alpes-Côte d'Azur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026