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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2201773

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2201773

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2201773
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSELARL LE ROUX-BRIN-KUJAWA

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et des mémoires enregistrés sous le n° 2201773 les 26 février et 6 décembre 2022, ainsi que le 23 mai 2024, la société anonyme marseillaise du tunnel Prado carénage (SMTPC) représentée par Me Marc-Michel Le Roux et Me Maïlys Le Roux, demande au tribunal :

1°) d'annuler les titres exécutoires n° 2021 00013136 et n° 2021 00013137 émis par le maire de Marseille le 7 décembre 2021 en vue du recouvrement de redevances des montants de 21 506,40 et 26 571,15 euros au titre de l'occupation du domaine public, ainsi que la lettre de relance de la direction générale des finances publiques du 10 février 2022 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Marseille la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle n'est pas débitrice des sommes réclamées, correspondant en des redevances d'occupation du domaine public dont elle n'était pas bénéficiaire ;

- les titres exécutoires en litige sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que l'autorisation d'occupation aurait dû être consentie à titre gratuit et les arrêtés des 19 février et 13 mars 2020 autorisant cette occupation constituent la base légale du titre en litige et sont illégaux.

Par des mémoires en défense enregistrés le 5 octobre 2022 et le 26 avril 2024, la commune de Marseille, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- les conclusions dirigées contre la lettre de relance du 10 février 2022, acte ne faisant pas grief, sont irrecevables ;

- le moyen tiré de l'illégalité des arrêtés des 19 février et 13 mars 2020 est irrecevable car tardif ;

- les titres exécutoires en litige sont fondés.

II. Par une requête et des mémoires enregistrés sous le n° 2207361 les 31 août et 6 décembre 2022, ainsi que le 23 mai 2024, la société anonyme marseillaise du tunnel Prado carénage (SMTPC) représentée par Me Marc-Michel Le Roux et Me Maïlys Le Roux, demande au tribunal :

1°) d'annuler les titres exécutoires n° 2022 549 7024, n° 2022 644 8999 et n° 2022 644 9000 émis par le maire de Marseille les 8 juillet et 16 août 2022 en recouvrement d'indemnités des montants de 14 156,07, 10 617,04 et de 4 298,40 euros au titre de l'occupation du domaine public ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Marseille la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle n'est pas débitrice des sommes réclamées, consistant en une redevance d'occupation du domaine public dont elle n'était pas bénéficiaire ;

- les titres exécutoires en litige sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que l'autorisation d'occupation aurait dû être consentie à titre gratuit et les arrêtés des 19 février et 13 mars 2020 autorisant cette occupation constituent la base légale du titre en litige et sont illégaux.

Par des mémoires en défense enregistrés le 5 octobre 2022 et le 26 avril 2024, la commune de Marseille, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- le moyen tiré de l'illégalité des arrêtés des 19 février et 13 mars 2020 est irrecevable car tardif ;

- les titres exécutoires en litige sont fondés.

III. Par une requête et un mémoire enregistrés sous le n° 2208259 le 3 octobre2022 et le 23 mai 2024, la société anonyme marseillaise du tunnel Prado carénage (SMTPC) représentée par Me Marc-Michel Le Roux et Me Maïlys Le Roux, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre exécutoire n° 2022 549 7023 émis par le maire de Marseille le 8 juillet 2022 en recouvrement de la somme de 12 895,20 euros au titre de l'occupation du domaine public ainsi que la lettre de relance émise le 12 septembre 2022 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Marseille la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle n'est pas débitrice des sommes réclamées, consistant en une redevance d'occupation du domaine public dont elle n'était pas bénéficiaire ;

- les titres exécutoires en litige sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que l'autorisation d'occupation aurait dû être consentie à titre gratuit et les arrêtés des 19 février et 13 mars 2020 autorisant cette occupation constituent la base légale du titre en litige et sont illégaux.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 avril 2024, la commune de Marseille, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 28 juin 2024 par une ordonnance du 24 mai précédent.

Par une lettre du 2 septembre 2024, les parties ont été informées que le tribunal était susceptible de relever d'office l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de la lettre de relance du 12 septembre 2022 adressée par la trésorerie municipale de la commune de Marseille et de la métropole Aix-Marseille-Provence, qui ne constitue pas, en application de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, un acte faisant grief.

Vu les autres pièces des dossiers ;

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Niquet,

- les conclusions de M. Boidé, rapporteur public,

- et les observations de Me Le Roux pour la société marseillaise du tunnel Prado carénage, ainsi que celles de M. A pour la commune de Marseille.

Considérant ce qui suit :

1. La société marseillaise du tunnel Prado-Carénage est titulaire d'une concession accordée par la métropole d'Aix-Marseille-Provence dont l'avenant n° 9 conclu le 23 novembre 2017 a pour objet notamment la réalisation de la bretelle Schloesing à Marseille. Dans ce cadre, par deux demandes des 31 janvier et 5 mars 2020, la société GTM, demandeur des travaux, et la société marseillaise du tunnel Prado-Carénage, bénéficiaire des travaux, ont sollicité de la commune de Marseille la délivrance d'un permis de stationnement pour travaux au niveau du n° 141 du boulevard Rabatau - parc du XXVIe centenaire et sur l'avenue Jules Cantini à Marseille. Deux arrêtés d'autorisation d'occupation temporaire du domaine public ont été délivrés par le maire de Marseille les 19 février et 13 mars 2020 à la suite de ces demandes. Par les requêtes n°s 2201773, 2207361 et 2208259, la société marseillaise du tunnel Prado-Carénage forme opposition aux titres exécutoires n°s 13136 et 13137 émis le 7 décembre 2021 pour les montants respectifs de 21 506,40 euros et 26 571,15 euros, aux titres exécutoires n°s 7023 et 7024 émis le 8 juillet 2022 pour les sommes de 12 895,20 euros et 14 156,07 euros, ainsi qu'aux titres exécutoires n°s 8999 et 9000 émis le 16 août 2022 pour les montants de 10 617,04 euros et 4 298,40 euros. La société requérante demande également l'annulation des lettres de relance de la trésorerie municipale de la commune de Marseille et de la métropole Aix-Marseille-Provence des 10 février et 12 septembre 2022.

2. Les requêtes n° 2201773, n° 2207361 et n° 2208259, présentées pour la société marseillaise du tunnel Prado-Carénage présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les lettres de relance :

3. Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " () 4° Quelle que soit sa forme, une ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif est adressée au redevable. L'envoi sous pli simple ou par voie électronique au redevable de cette ampliation à l'adresse qu'il a lui-même fait connaître à la collectivité territoriale, à l'établissement public local ou au comptable public vaut notification de ladite ampliation. / En application des articles L. 111-2 et L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. / Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation. / 5° Lorsque le redevable n'a pas effectué le versement qui lui était demandé à la date limite de paiement, le comptable public lui adresse la mise en demeure de payer prévue à l'article L. 257 du livre des procédures fiscales avant la notification du premier acte d'exécution forcée devant donner lieu à des frais () ".

4. La lettre de relance par laquelle le comptable public invite une personne visée par un titre exécutoire à s'acquitter de la somme ne constitue, en tout état de cause, pas un acte faisant grief. Par suite, les conclusions dirigées contre les lettres de relance des 10 février et 12 septembre 2022 adressées par la trésorerie municipale de la commune de Marseille et de la métropole Aix-Marseille-Provence à la société marseillaise du tunnel Prado carénage sont irrecevables.

En ce qui concerne les titres exécutoires de recettes :

5. Aux termes de l'article L. 2125-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Toute occupation ou utilisation du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 donne lieu au paiement d'une redevance (). / Par dérogation aux dispositions de l'alinéa précédent, l'autorisation d'occupation ou d'utilisation du domaine public peut être délivrée gratuitement : / 1° Soit lorsque l'occupation ou l'utilisation est la condition naturelle et forcée de l'exécution de travaux ou de la présence d'un ouvrage, intéressant un service public qui bénéficie gratuitement à tous () ". Et aux termes de l'article L. 2125-3 de ce même code : " La redevance due pour l'occupation ou l'utilisation du domaine public tient compte des avantages de toute nature procurés au titulaire de l'autorisation ". Il résulte de la combinaison de ces dispositions que lorsqu'une autorisation d'occupation du domaine public est donnée par la personne publique gestionnaire du domaine public concerné, la redevance d'occupation ou d'utilisation du domaine public constitue la contrepartie du droit d'occupation ou d'utilisation privative ainsi accordé.

6. En premier lieu, il n'est pas contesté que la société marseillaise du tunnel Prado carénage a occupé le domaine public communal dans le cadre des travaux de la bretelle Schloesing, ainsi qu'elle en a été autorisée par deux arrêtés municipaux des 19 février et 13 mars 2020. A l'appui de ses contestations, la société requérante soutient que la commune de Marseille a commis une erreur manifeste d'appréciation en ne lui permettant pas de bénéficier de la gratuité de cette occupation. Toutefois, tout d'abord, la gratuité de l'occupation du domaine public prévue à titre dérogatoire par l'article L. 2125-1 précité du code général de la propriété des personnes publiques constitue seulement une faculté pour la commune de Marseille, gestionnaire du domaine public concerné. Ensuite, il résulte de l'instruction que les autorisations en cause ont été consenties pour l'occupation du parc du 26e centenaire, afin d'y installer d'une part une palissade de 400 mètres de long et d'autre part une palissade sur plots béton pour la mise en place de deux bases de vie en R+2, comprenant 40 bungalows dont six blocs sanitaires. En outre, si l'utilisation de la bretelle Schloesing est gratuite pour ses usagers, l'obligation de service public mise à la charge de la société requérante par la métropole d'Aix-Marseille-Provence a été compensée par l'allongement de la durée de la concession conclue avec cette métropole. Dès lors, compte tenu de la superficie de l'occupation et de la durée du chantier de plus de trois ans selon les demandes d'autorisation formulées en 2020, le maire de Marseille n'a pas entaché les titres exécutoires en litige d'une erreur manifeste d'appréciation en appliquant les tarifs fixés par délibération du conseil municipal et rappelés dans les arrêtés d'autorisation d'occupation du domaine public. Par suite, le moyen tiré d'une telle erreur manifeste d'appréciation doit être écarté dans chaque instance.

7. En deuxième lieu, à considérer même que la société requérante ait entendu exciper dans chaque instance l'illégalité des arrêtés des 19 février et 13 mars 2020 portant autorisation d'occupation du domaine public communal et fixant dans leurs articles 3 respectifs les tarifs d'une telle occupation, pour les motifs exposés au point précédent, ce moyen ne peut qu'être écarté.

8. En dernier lieu, la société marseillaise du tunnel Prado carénage soutient dans chaque instance qu'elle n'est pas débitrice des sommes réclamées, qui devaient être mises à la charge de la métropole d'Aix-Marseille-Provence, en application du contrat de concession conclu entre ces parties. Toutefois, il résulte de l'instruction, notamment des stipulations de ce contrat que les demandes d'autorisation d'occupation du domaine public ont été sollicitées par la société GTM sud, entreprise de travaux, pour le compte de la société marseillaise du tunnel Prado carénage en sa qualité de " bénéficiaire des travaux " et " redevable des droits de voirie ", qui a contresigné les demandes des 31 janvier et 5 mars 2020, confirmant son engagement. En outre, alors même que le permis de stationnement sur le domaine public a été délivré par arrêté du 19 février 2020 à la société GTM sud, il résulte des termes mêmes de cette autorisation que la demande avait été présentée pour le compte de la société marseillaise du tunnel Prado carénage. Dès lors, la société requérante ne peut soutenir qu'elle n'est pas redevable des indemnités contractuellement exigées et recouvrées par les titres exécutoires en litige. Par ailleurs, la seule mention des terrains d'assiette de l'occupation du domaine public, consentie par la commune de Marseille, dans le procès-verbal de remise des ouvrages contradictoirement signé le 8 juin 2020, postérieurement à la délivrance par la commune des autorisations d'occupation, entre la métropole d'Aix-Marseille-Provence et la société marseillaise du tunnel Prado carénage, ne suffit pas pour modifier les stipulations contractuelles auxquelles est tiers la commune de Marseille et considérer que le paiement des redevances d'occupation de ces terrains ne serait pas dû par la société requérante. Au demeurant, en sa qualité de concessionnaire des travaux, la société marseillaise du tunnel Prado carénage est maître d'ouvrage pour la réalisation des travaux bénéficiaire de l'autorisation d'occupation du domaine public pour l'installation de palissades et de bases de vie dans le cadre des travaux de création de la bretelle Schloesing. Dans ces conditions, la société requérante n'est pas fondée à soutenir qu'elle n'est pas redevable des sommes réclamées par les titres exécutoires en litige.

8. Il résulte de ce qui précède que la société marseillaise du tunnel Prado carénage n'est pas fondée à demander l'annulation des titres exécutoires attaqués.

Sur les frais liés aux litiges :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de la requérante tendant à leur application dans chacune des instances et dirigées contre la commune de Marseille, qui n'est pas partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n°s 2201773, 2207361 et 2208259 de la société marseillaise du tunnel Prado carénage sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société marseillaise du tunnel Prado-Carénage et à la commune de Marseille.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Niquet, première conseillère,

Mme Ollivaux, première conseillère,

Assistées de M. Giraud, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

A. Niquet

La présidente,

Signé

M. Lopa DufrénotLe greffier,

Signé

P. Giraud

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier,

N°s 2201773 - 2207361 - 2208259

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