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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2202068

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2202068

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2202068
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantPHILIP

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 mars 2022, la SCI La Résidence des Neiges, représentée par Me Philip, demande au tribunal :

1°) à titre principal, la décharge des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties auxquelles elle a été assujettie dans les rôles de la commune d'Enchastrayes au titre des années 2020 et 2021 pour un bien immobilier situé 5072, 7008 et 9001 au lieudit Le Supersauze Ouest ;

2°) à titre subsidiaire, la réduction des cotisations de taxe foncière à laquelle elle a été assujettie pour ce même bien au titre des années 2020 et 2021 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'imposition en litige est illégale car fondée à tort sur des modalités d'imposition applicables aux seuls locaux commerciaux, déterminées à partir d'une comparaison avec des locaux professionnels, alors qu'elle exerce une activité de location de logements qui est par nature civile et non commerciale ;

- l'administration fiscale a reconnu qu'elle exerce " une activité de location de logements ", ce qui constitue une prise de position au sens de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales ;

- l'immeuble qui a fait l'objet de l'imposition est vacant et complètement dégradé ;

- la valeur locative doit prendre en compte l'état de délabrement de l'immeuble ;

- l'imposition en litige est disproportionnée, ce qui est contraire à l'article 1er du premier protocole additionnel à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 septembre 2022, la directrice régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par la SCI La Résidence des Neiges ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pouliquen, rapporteure,

- et les conclusions de M. Secchi, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI La Résidence des Neiges a été assujettie, à raison d'un immeuble situé 5072, 7008 et 9001 au lieudit Le Supersauze Ouest, situé à Enchastrayes (04400), à des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties au titre des années 2020 et 2021, dont elle demande la décharge à titre principal, et la réduction à titre subsidiaire.

2. En premier lieu, aux termes du 1 du I de l'article 1517 du code général des impôts : " Il est procédé, annuellement, à la constatation des constructions nouvelles et des changements de consistance ou d'affectation des propriétés bâties et non bâties ainsi qu'à la constatation des changements d'utilisation des locaux mentionnés au I de l'article 1498 et des éléments de nature à modifier la méthode de détermination de la valeur locative en application des articles 1499-00 A ou 1500. Il en va de même pour les changements de caractéristiques physiques ou d'environnement ". Aux termes du I de l'article 1406 du même code : " Les constructions nouvelles, ainsi que les changements de consistance ou d'affectation des propriétés bâties et non bâties, sont portés par les propriétaires à la connaissance de l'administration, dans les quatre-vingt-dix jours de leur réalisation définitive et selon les modalités fixées par décret. Il en est de même pour les changements d'utilisation des propriétés bâties mentionnées au I de l'article 1498, pour les changements de catégorie des propriétés bâties mentionnées au I de l'article 146 de la loi n° 2019-1479 du 28 décembre 2019 de finances pour 2020 et pour les changements de méthode de détermination de la valeur locative en application des articles 1499-00 A ou 1500 du présent code ". L'article 321 E de l'annexe III au même code dispose que : " Les constructions nouvelles, les changements de consistance ou d'affectation des propriétés bâties et non bâties ainsi que les changements d'utilisation des locaux professionnels mentionnés au I de l'article 1498 du code général des impôts sont déclarés par les propriétaires sur des imprimés conformes à des modèles établis par l'administration ".

3. Il résulte des dispositions précitées de l'article 1406 du code général des impôts et de l'article 321 E de l'annexe III au même code qu'il appartient au propriétaire d'un bien d'informer l'administration des changements de consistance ou d'affectation des propriétés bâties dans un délai de quatre-vingt-dix jours à compter de ce changement. Cependant, dans l'hypothèse où le contribuable n'aurait pas informé l'administration de tels changements par la déclaration prévue par l'article 321 E précité, il lui appartient d'établir que le bien n'est plus affecté à un usage commercial à la date du 1er janvier de l'année en litige.

4. En l'espèce, à supposer même que l'administration ait admis, dans le cadre d'une assignation en liquidation judiciaire de la SCI, que celle-ci exerce " une activité de location de logements ", une telle assertion, qui en tout état de cause ne peut être sérieusement regardée comme une prise de position de l'administration au sens de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, ne caractérise pas un changement d'affectation des locaux de la société requérante. De plus, la circonstance que les locaux auraient été vacants est sans incidence sur la détermination de leur affectation. Par suite, en se bornant à produire un permis de construire délivré le 2 mai 2007 afin de transformer l'hôtel en appartements, alors même que les travaux et la rénovation envisagés n'ont pas été réalisés, la SCI La Résidence des Neiges ne démontre pas, alors qu'en l'absence de dépôt de la déclaration prévue à cet effet il lui appartient d'apporter cette démonstration, que la valeur locative des locaux dont elle est propriétaire aurait dû être évaluée en prenant en compte une affectation à usage d'habitation.

5. En deuxième lieu, la SCI La Résidence des Neiges demande la prise en compte, pour l'évaluation de la valeur locative de son immeuble, de la dégradation de ce dernier. Toutefois, il résulte de l'instruction que l'administration a tenu compte, par le biais des mécanismes de planchonnement et de lissage, de l'état d'abandon et de dégradation avancée du bien dans le calcul de sa valeur locative, en appliquant un coefficient de vétusté de 50 % à la valeur locative non révisée au 1er janvier 2017 des locaux à usage professionnel. La SCI La Résidence des Neiges ne précisant pas comment et dans quelle mesure l'état de son bien aurait dû être davantage pris en compte, elle n'assorti pas son moyen de précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la valeur locative retenue serait excessive ou que l'imposition en litige est disproportionnée et contraire au premier article du premier protocole additionnel à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 1389 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au présent litige : " I. - Les contribuables peuvent obtenir le dégrèvement de la taxe foncière en cas de vacance d'une maison normalement destinée à la location ou d'inexploitation d'un immeuble utilisé par le contribuable lui-même à usage commercial ou industriel, à partir du premier jour du mois suivant celui du début de la vacance ou de l'inexploitation jusqu'au dernier jour du mois au cours duquel la vacance ou l'inexploitation a pris fin. / Le dégrèvement est subordonné à la triple condition que la vacance ou l'inexploitation soit indépendante de la volonté du contribuable, qu'elle ait une durée de trois mois au moins et qu'elle affecte soit la totalité de l'immeuble, soit une partie susceptible de location ou d'exploitation séparée ".

7. Il résulte de ces dispositions que si l'inexploitation d'un immeuble à usage commercial peut ouvrir droit au dégrèvement qu'elles prévoient, c'est notamment à la double condition que le contribuable utilise lui-même cet immeuble à des fins commerciales ou industrielles et que son exploitation soit interrompue du fait de circonstances indépendantes de sa volonté. Le respect de cette condition impose, en principe, que le contribuable exploite lui-même l'établissement avant l'interruption de l'exploitation. Toutefois, lorsqu'un contribuable achète un immeuble dont l'exploitation à des fins industrielles ou commerciales est interrompue du fait de circonstances indépendantes de sa volonté, il peut prétendre à l'exonération prévue par ces dispositions s'il résulte de l'instruction qu'il a acquis cet immeuble en vue de l'exploiter lui-même à des fins industrielles ou commerciales.

8. Il résulte de l'instruction que la SCI La Résidence des Neiges n'a, depuis l'acquisition de l'immeuble à raison duquel a été établie l'imposition en litige, jamais utilisé elle-même cet immeuble à des fins d'exploitation commerciale, ni manifesté sa volonté de l'utiliser à de telles fins. Dès lors, la société requérante n'est pas fondée à demander la décharge de l'imposition en litige en raison de la vacance de son bien.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la SCI La Résidence des Neiges doit être rejetée, y compris ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SCI La résidence des Neiges est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCI La résidence des Neiges et à la directrice régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Brossier, président,

Mme Charpy, première conseillère,

Mme Pouliquen, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

La rapporteure,

signé

G. Pouliquen

Le président,

signé

J.B. BrossierLa greffière,

signé

D. Dan

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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