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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2202078

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2202078

vendredi 19 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2202078
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6e Ch Magistrat statuant seul
Avocat requérantMEZIANE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par ordonnance n° 2200715 du 9 mars 2022, le vice-président du tribunal administratif de Rennes a transmis au tribunal administratif de Marseille le dossier de la requête de M. B A, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Rennes le 10 février 2022.

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Marseille sous le n° 2202078, et des mémoires enregistrés les 19 avril 2022 et 31 octobre 2022, M. B A, représenté par Me Meziane, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 décembre 2021 portant titre de pension de retraite ;

2°) d'enjoindre au service des retraites de l'Etat de procéder au réexamen du calcul de sa pension, en prenant en compte son maintien en service de sept mois du 1er juin au 31 décembre 2021, et en appliquant l'échelon 5 ainsi que l'indice 810 acquis au cours de cette période ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 6 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- la prolongation de service de dix trimestres dont il a bénéficié entre le 1er décembre 2018 et le 31 mai 2021, sur le fondement de l'article L. 4139-16 du code de la défense, a eu pour effet de reporter sa date de limite de service au 31 mai 2021 ; son maintien en service du 1er avril au 31 décembre 2021, prononcé par décision de la ministre des armées le 1er avril 2021 sur le fondement de l'article 47 de la loi du 17 juin 2020, est ainsi régulier ; c'est donc à tort que le titre de pension litigieux n'a pas retenu cette période de sept mois supplémentaires au titre de la constitution et de la liquidation de son droit à pension, ainsi qu'au titre de ses droits à avancement d'échelon et de grade ; il a acquis au cours de cette période l'échelon 5 et l'indice 810 de son grade de lieutenant-colonel, qui n'ont à tort pas été retenus pour le calcul de sa pension de retraite ;

- en tout état de cause, à supposer même illégale la décision du 1er avril 2021 par laquelle la ministre des armées a prononcé son maintien en service du 1er avril au 31 décembre 2021, cette décision a créé des droits à son profit et ne pouvait donc être retirée que dans un délai de quatre mois postérieurement à son édiction.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 29 septembre et 1er décembre 2022, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête, en soutenant que les moyens du requérant ne sont pas fondés.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 20 octobre et 1er décembre 2022, le ministre des armées conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête, en soutenant que les moyens du requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et son premier protocole additionnel ;

- le code de la défense ;

- le code des pensions civiles et militaires de retraites ;

- la loi n° 2020-290 du 23 mars 2020 ;

- la loi n° 2020-734 du 17 juin 2020 ;

- l'ordonnance n° 2021-112 du 3 février 2021 ;

- le décret n° 2008-939 du 12 septembre 2008 relatif aux officiers sous contrat ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Brossier en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Brossier,

- les conclusions de M. Secchi, rapporteur public,

- les observations de M. A.

Une note en délibéré, présentée pour M. A, a été enregistrée le 25 mars 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, officier de l'armée de terre, conteste le titre de pension n° B 21 364066 L, arrêté le 27 décembre 2021, fixant ses droits à pension de retraite au 1er janvier 2022 en retenant, à cette date d'effet de la pension, le 4ème échelon et le nouvel indice majoré de 792 du grade de lieutenant-colonel.

2. Aux termes du II de l'article L. 4139-16 du code de la défense : " Sans préjudice des dispositions de l'article L.4132-12, les limites de durée de service des militaires sous contrat sont les suivantes : Officiers sous contrat : 20 (année) () Les officiers sous contrat et les militaires commissionnés atteignant leur limite de durée de service sont, sur leur demande, maintenus en service pour une durée maximum de dix trimestres et dans la limite de la durée d'assurance nécessaire pour obtenir le pourcentage maximum de la pension mentionné à l'article L. 13 du code des pensions civiles et militaires de retraite ". Aux termes du I de l'article L. 15 du code des pensions civiles et militaires de retraites : " Aux fins de liquidation de la pension, le montant de celle-ci est calculé en multipliant le pourcentage de liquidation tel qu'il résulte de l'application de l'article L. 13 par le traitement ou la solde soumis à retenue afférents à l'indice correspondant à l'emploi, grade, classe et échelon effectivement détenus depuis six mois au moins par le fonctionnaire ou militaire au moment de la cessation des services valables pour la retraite ou, à défaut, par le traitement ou la solde soumis à retenue afférents à l'emploi, grade, classe et échelon antérieurement occupés d'une manière effective () ".

3. Par ailleurs, aux termes du I de l'article 47 de la loi n° 2020-734 du 17 juin 2020 : " I. - Par dérogation au 1° de l'article L. 4139-14 du code de la défense, les militaires sous contrat, commissionnés ou de carrière, en activité de service dans les forces armées et les formations rattachées, dont la limite d'âge ou de durée de service intervient pendant la période de l'état d'urgence sanitaire déclaré par l'article 4 de la loi n° 2020-290 du 23 mars 2020 d'urgence pour faire face à l'épidémie de covid-19 () / La prolongation de service prévue au premier alinéa du présent I est prise en compte au titre de la constitution et de la liquidation du droit à pension ainsi qu'au titre des droits à avancement d'échelon et de grade ". Aux termes de l'article 4 de la loi n° 2020-290 du 23 mars 2020 : " Par dérogation aux dispositions de l'article L. 3131-13 du code de la santé publique, l'état d'urgence sanitaire est déclaré pour une durée de deux mois à compter de l'entrée en vigueur de la présente loi. () ". Aux termes de l'article 1 de l'ordonnance n° 2021-112 du 3 février 2021 : " Les dispositions du II et du III de l'article 45 et des articles 47 et 48 de la loi du 17 juin 2020 susvisée sont rétablies à compter de la date d'entrée en vigueur de la présente ordonnance. Pour leur application, les périodes mentionnées par ces dispositions sont celles comprises entre cette date et la fin de la période de l'état d'urgence sanitaire déclaré par le décret du 14 octobre 2020 susvisé et prorogé dans les conditions prévues à l'article L. 3131-14 du code de la santé publique augmentée d'une durée de six mois ".

4. Il résulte de l'instruction que M. A, qui a intégré l'armée de terre en qualité d'officier sous contrat le 1er décembre 1998, a bénéficié de plusieurs contrats jusqu'au 1er décembre 2018, date à laquelle il a atteint sa limite de durée de service de vingt années. Sur sa demande et sur le fondement des dispositions précitées du II de l'article L. 4139-16 du code de la défense, il a bénéficié d'une prolongation de service d'une durée de dix trimestres, jusqu'au 31 mai 2021, aux fins d'obtenir le pourcentage maximum de sa pension de retraite. Dans ce cadre, M. A a fait l'objet d'un premier arrêté du 17 décembre 2020 portant radiation des contrôles au 1er juin 2021, et un premier titre de pension n° B 21 353367 T a été arrêté le 6 avril 2021 retenant au 1er juin 2021, date d'effet de la pension, le 4ème échelon et le nouvel indice majoré de 792 du grade de lieutenant-colonel, avec 23 ans et 4 mois de services et bonifications pris en compte, pour un montant brut mensuel de 1 909,98 euros.

5. Il résulte ensuite de l'instruction qu'en raison du contexte de la crise sanitaire de la COVID-19 et sur le fondement des dispositions précitées de l'article 47 de la loi n° 2020-734 du 17 juin 2020, par décision du ministre des armées du 1er avril 2021, M. A a bénéficié d'un maintien en service exceptionnel d'une durée de sept mois, du 1er juin 2021 au 31 décembre 2021, avec radiation des contrôles au 31 décembre 2021, cette date du 31 décembre 2021 étant confirmée par arrêté du 28 avril 2021. Consécutivement, par arrêté du 12 mai 2021, le ministre des armées a annulé le titre de pension n° B 21 353367 T du 6 avril 2021. Puis, un deuxième titre de pension n° B 21 362957 L a été arrêté le 29 novembre 2021, retenant au 1er janvier 2022, date d'effet de la pension, le 4ème échelon et le nouvel indice majoré de 787 du grade de lieutenant-colonel pour un montant brut mensuel de 1 543,67 euros. Ce titre a été remplacé par un troisième titre de pension, qui est le titre en litige, arrêté le 27 décembre 2021 sous le n° B 21 364066 L, retenant au 1er janvier 2022, date d'effet de la pension, le 4ème échelon et le nouvel indice majoré de 792 du grade de lieutenant-colonel, avec 23 ans et 4 mois de services et bonifications pris en compte, pour un montant brut mensuel de 1 909,98 euros.

6. En premier lieu, M. A soutient que la prolongation de service d'une durée de dix trimestres, dont il a bénéficié sur le fondement des dispositions précitées du II de l'article L. 4139-16 du code de la défense, a reporté la date effective de sa limite de durée de service au 31 mai 2021, de sorte qu'entrant dans la temporalité de l'état d'urgence sanitaire prévu par la loi n° 2020-290 du 23 mars 2020 et prorogé par l'ordonnance n° 2021-112 du 3 février 2021, les sept mois du maintien en service exceptionnel qu'il a effectué du 1er juin 2021 au 31 décembre 2021 doivent être pris en compte dans le calcul de sa pension de retraite, dans la mesure où cette période complémentaire de sept mois lui permet, en application de l'article L. 15 précité du code des pensions civiles et militaires de retraites, au 31 décembre 2021, de bénéficier de six mois de service avec le 5ème échelon et le nouvel indice majoré 810 du grade de lieutenant-colonel acquis au 1er avril 2021.

7. Il résulte toutefois des dispositions du II de l'article L. 4139-16 du code de la défense que la prolongation de service, dont peut bénéficier un officier sous contrat arrivé à l'échéance de sa limite de durée de service, a pour seul objet de lui permettre de maximiser le pourcentage de sa pension de retraite, sans avoir pour effet de lui faire capitaliser cette période supplémentaire au titre d'un avancement de grade ou de l'acquisition d'un échelon supplémentaire dans le calcul de sa pension de retraite. Par suite, l'échéance de la limite de durée de service étant indépendante de la prolongation de service, la prolongation de service de 10 trimestres dont a bénéficié M. A jusqu'au 31 mai 2021 n'a pas eu pour effet de proroger à cette date l'échéance de sa limite de durée de service, qui est ainsi restée fixée au 30 novembre 2018 à l'issue de ses vingt années de service effectif. La circonstance que les deux arrêtés de radiation dont a successivement fait l'objet M. A, le 17 décembre 2020 puis le 28 avril 2021, mentionne " radiation des contrôles d'office par limite de durée de service " est, à cet égard, sans incidence sur la date effective de sa limite de durée de service.

8. Dans ces conditions, la limite de durée de service de M. A n'étant pas intervenue pendant la période de l'état d'urgence sanitaire, le ministre des armées ne pouvait légalement, sur le fondement des dispositions précitées de l'article 47 de la loi du 17 juin 2021, décider de son maintien en service à titre exceptionnel, de sorte que la décision afférente du 1er avril 2021 est illégale. Il en résulte que c'est à bon droit que le titre de sa pension de retraite en litige n'a pas pris en compte le 5ème échelon et le nouvel indice majoré 810 du grade de lieutenant-colonel de M. A.

9. En second lieu, M. A soutient que, à supposer illégale la décision du 1er avril 2021 par laquelle la ministre des armées a prononcé son maintien en service exceptionnel, elle n'en demeure pas moins créatrice de droits et ne pouvait par suite être retirée que dans le délai de quatre mois suivant son édiction, ce qui n'a pas été le cas, de sorte que le principe de sécurité juridique a été méconnu.

10. Toutefois, si la décision prise par le ministre des armées de maintien en service exceptionnel est certes créatrice de droits pour l'intéressé en ce qui concerne ce maintien en activité, cette décision ne s'impose pas, s'agissant des droits en matière de retraite, au ministre chargé des pensions qui est seul compétent pour liquider la pension de retraite du militaire concerné, et ne crée donc pas au profit de celui-ci un droit à la prise en compte, lors de la liquidation, des trimestres travaillés au-delà de sa prolongation d'activité, dans le cadre d'un maintien en service exceptionnel lié à l'état d'urgence sanitaire. Dès lors, le ministre chargé des pensions a pu légalement arrêter le titre de la pension de retraite en litige en ne prenant pas en compte le 5ème échelon et le nouvel indice majoré 810 du grade de lieutenant-colonel de M. A, sans méconnaître le principe de sécurité juridique ou le droit au respect d'un bien, incluant droit de créance et d'espérance légitime, au sens de l'article 1er du premier protocole additionnel de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 27 décembre 2021 portant titre de pension de retraite. Ses conclusions subséquentes aux fins d'injonction doivent par suite être rejetées, ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, l'Etat n'étant pas partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au ministre des armées et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 avril 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

J.B. Brossier

La greffière,

Signé

D. Dan

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, et au ministre des armées, en ce qui les concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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