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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2202160

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2202160

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2202160
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantCABINET RICHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 13 mars 2022, le 14 mai et le 2 juillet 2023, M. B A, représenté par Me Richard, demande au tribunal :

1°) de prononcer, à titre principal, la décharge, et à titre subsidiaire, la réduction, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre des années 2013, 2014 et 2015, et des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'administration, en fondant les rehaussements sur l'absence de réponse à ses demandes de renseignements adressées à trois SCI, a méconnu la garantie que constitue le caractère non contraignant des demandes de renseignements effectuées sur le fondement de l'article L. 10 du livre des procédures fiscales ;

- l'administration a méconnu son devoir de loyauté en fondant les rehaussements sur l'absence de réponse à ses demandes de renseignements adressées à trois SCI, demandes qui présentent un caractère non contraignant ;

- en refusant aux SCI de leur accorder un délai de réponse supplémentaire au délai de trente jours mentionné dans les demandes de renseignements, l'administration les a privées du bénéfice du délai de deux mois prévu par l'article L. 16 du livre des procédures fiscales ;

- en changeant, au cours de la procédure de rectification, le motif de rectification initialement retenu dans la proposition de rectification, sans notifier aux SCI L'Oustaou et La médiévale de nouvelle proposition de rectification, l'administration les a privées de la garantie prévue à l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ;

- la procédure est irrégulière dès lors que l'administration n'a pas accordé aux SCI un nouveau délai de trente jours à compter de la réception par celles-ci des réponses à leurs observations, alors que le service a modifié la base légale des rectifications ;

- les rectifications relatives aux revenus d'origine indéterminée ne sont pas justifiées dès lors qu'il produit une balance des espèces déposées et retirées, constituant une pratique régulière de transferts de sommes entre ses différents comptes bancaires ;

- c'est à tort que le service a rejeté la déduction de charges correspondant à des travaux réalisés par les SCI L'Oustaou et La Médiévale, alors que les immeubles situés au 2 et 14 rue de la juiverie à Draguignan ont fait l'objet d'une inscription aux monuments historiques, étaient intégrés dans un périmètre de protection et que les travaux étaient prévus par le plan de mise en valeur de la ville.

Par des mémoires en défense enregistrés le 31 mai 2022 et le 25 mai 2023, la directrice du contrôle fiscal Sud-Est Outre-mer conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pouliquen, rapporteure,

- les conclusions de M. Secchi, rapporteur public,

- et les observations de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a fait l'objet d'un examen contradictoire de situation fiscale personnelle portant sur les revenus perçus en 2012, 2013 et 2014 et d'un contrôle sur pièces portant sur l'année 2015. Le service a considéré que les sommes perçues en 2013 en espèces, pour un montant de 18 361,40 euros, et par virement, pour un montant de 1 000 euros, constituaient des revenus d'origine indéterminée. Il a également remis en cause des charges déduites des revenus fonciers de M. A, supportées par les SCI Hameau Violet, L'Oustaou et La Médiévale entre 2013 et 2015. En conséquence, l'administration a assujetti l'intéressé à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre des années 2013 à 2015. M. A demande la décharge de ces impositions et des pénalités correspondantes.

Sur la régularité de la procédure :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 10 du livre des procédures fiscales : " L'administration des impôts contrôle les déclarations ainsi que les actes utilisés pour l'établissement des impôts, droits, taxes et redevances. / Elle contrôle, également les documents déposés en vue d'obtenir des déductions, restitutions ou remboursements, ou d'acquitter tout ou partie d'une imposition au moyen d'une créance sur l'Etat. / A cette fin, elle peut demander aux contribuables tous renseignements, justifications ou éclaircissements relatifs aux déclarations souscrites ou aux actes déposés ". L'administration fiscale ne saurait induire en erreur les contribuables auxquels elle adresse des demandes en application de ces dispositions.

3. La circonstance que la demande de renseignements prévue par l'article L. 10 du livre des procédures fiscales présente un caractère non contraignant ne faisait pas obstacle à ce que l'administration rectifie les revenus fonciers du requérant en l'absence de justificatif produit par les SCI Hameau Violet, L'Oustaou et La Médiévale quant à la réalité et au montant des charges déduites, malgré une demande en ce sens du service. Par suite, le moyen tiré de ce que l'administration, en fondant les rehaussements sur l'absence de réponses à ses demandes de renseignements adressées à trois SCI, a méconnu la garantie que constitue le caractère non contraignant des demandes de renseignements effectuées sur le fondement de l'article L. 10 du livre des procédures fiscales, doit être écarté.

4. En deuxième lieu, un contribuable ne peut, à l'appui de sa demande en décharge ou en réduction d'une imposition, utilement se prévaloir de ce que l'administration, bien qu'ayant conduit la procédure de contrôle et de rectification dans le respect des garanties prévues par le législateur, aurait méconnu à son encontre un " principe de loyauté ". Par suite, M. A ne peut utilement soutenir que l'administration a méconnu son devoir de loyauté en fondant les rehaussements sur l'absence de réponses à ses demandes de renseignements adressées aux SCI Hameau Violet, L'Oustaou et La Médiévale, alors que ces demandes présentaient un caractère non contraignant.

5. En troisième lieu, l'administration n'ayant pas adressé aux SCI Hameau Violet, L'Oustaou et La Médiévale de demande de renseignements sur le fondement de l'article L. 16 du livre des procédures fiscales, M. A ne peut utilement soutenir qu'en refusant aux SCI de leur accorder un délai de réponse supplémentaire au délai de trente jours mentionné dans les demandes de renseignements, l'administration les a privées du bénéfice du délai de réponse de deux mois prévu par l'article L. 16 du livre des procédures fiscales.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation ". Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. L'administration invite, en même temps, le contribuable à faire parvenir son acceptation ou ses observations dans un délai de trente jours à compter de la réception de la proposition, prorogé, le cas échéant, dans les conditions prévues au deuxième alinéa de cet article () ". Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les redressements envisagés, de façon à permettre au contribuable de formuler utilement ses observations.

7. Il résulte de l'instruction que les propositions de rectification adressées respectivement les 6 et 7 décembre aux SCI L'Oustaou et La médiévale comportent la désignation des impôts concernés, de la période d'imposition et des bases d'imposition et énoncent les motifs sur lesquels l'administration entendait se fonder pour justifier les rectifications envisagées. Ainsi, elles indiquent notamment les bases légales sur lesquelles le service s'est fondé pour refuser aux SCI la déduction de charges de leur résultat, à savoir les a, d, e et m du 1° du I de l'article 31 du code général des impôts, et précisent que malgré une demande en ce sens, les SCI n'ont produit aucun élément pour justifier de ces charges. Les SCI ont communiqué à l'administration, postérieurement à la réception des propositions de rectification, certains justificatifs à l'appui de leurs observations. Dans les réponses aux observations des contribuables du 1er juin 2017, l'administration a examiné les documents produits, écartant ceux qu'elle considère comme non probants, sans pour autant modifier le fondement des rectifications entre les propositions de rectification des 6 et 7 décembre 2016 et les réponses aux observations des contribuables du 1er juin 2017. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la procédure est irrégulière, faute pour le service d'avoir adressé aux SCI L'Oustaou et La médiévale une nouvelle proposition de rectification après avoir changé le motif des rectifications dans ses réponses aux observations du contribuable.

8. En cinquième lieu, pour le même motif que celui énoncé au point précédent, et alors que le requérant n'établit pas, ni même n'allègue, que les SCI L'Oustaou et La médiévale n'ont pas pu présenter de nouvelles observations après la réception des réponses à leurs observations respectives, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la procédure est irrégulière faute d'avoir laissé aux SCI un nouveau délai de trente jours pour présenter des observations eu égard au contenu des réponses aux observations des SCI.

Sur le bien-fondé de l'imposition :

9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 16 du livre des procédures fiscales : " En vue de l'établissement de l'impôt sur le revenu, l'administration peut demander au contribuable des éclaircissements ". Aux termes de l'article L. 69 du même livre : " Sous réserve des dispositions particulières au mode de détermination des bénéfices industriels et commerciaux, des bénéfices agricoles et des bénéfices non commerciaux, sont taxés d'office à l'impôt sur le revenu les contribuables qui se sont abstenus de répondre aux demandes d'éclaircissements ou de justifications prévues à l'article L. 16 ". Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ".

10. Il résulte de l'instruction qu'en l'absence de réponse satisfaisante à ses demandes de renseignements présentées sur le fondement de l'article L. 16 du livre des procédures fiscales, le service a qualifié de revenus d'origine indéterminée les sommes de 18 361,40 euros, déposées en espèces sur le compte bancaire de M. A, et le virement de 1 000 euros reçu par ce dernier. En se bornant à produire un tableau récapitulant les montants retirés et déposés en espèces sur son compte bancaire au cours de l'année 2013, qui révèlerait " une pratique régulière de transferts de sommes entre les différents comptes bancaires de Monsieur A ", le requérant n'apporte aucun élément de nature à justifier l'origine de ces sommes. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que les rectifications relatives aux revenus d'origine indéterminée ne sont pas justifiées.

11. En second lieu, il appartient au contribuable qui entend déduire de son revenu brut les dépenses constituant, selon lui, des charges de la propriété, de justifier de la réalité, de la consistance et par suite du caractère déductible de ces charges.

12. Aux termes du I de l'article 31 du code général des impôts, dans sa version applicable au litige : " Les charges de la propriété déductibles pour la détermination du revenu net comprennent : / 1° Pour les propriétés urbaines : () b ter) Dans les secteurs sauvegardés définis aux articles L. 313-1 à L. 313-3 du code de l'urbanisme, les zones de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager définies à l'article L. 642-1 du code du patrimoine dans sa rédaction applicable avant l'entrée en vigueur de la loi n° 2010-788 du 12 juillet 2010 portant engagement national pour l'environnement et les aires de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine définies à l'article L. 642-1 du même code, () les travaux de démolition imposés par l'autorité qui délivre le permis de construire et prévus par les plans de sauvegarde et de mise en valeur rendus publics ou par la déclaration d'utilité publique des travaux de restauration, à l'exception des travaux de construction, de reconstruction ou d'agrandissement. Toutefois, constituent des charges de la propriété déductibles pour la détermination du revenu net, les travaux de reconstitution de toiture ou de murs extérieurs d'immeubles existants prévus par les mêmes plans de sauvegarde ou imposés par la même déclaration d'utilité publique et rendus nécessaires par ces démolitions. Il en est de même des travaux de transformation en logement de tout ou partie d'un immeuble, dans le volume bâti existant dont la conservation est conforme au plan de sauvegarde et de mise en valeur ou à la déclaration d'utilité publique des travaux de restauration. Il en est de même des travaux de réaffectation à l'habitation de tout ou partie d'un immeuble originellement destiné à l'habitation et ayant perdu cet usage, dont la conservation est conforme au plan de sauvegarde et de mise en valeur ou à la déclaration d'utilité publique des travaux de restauration. Pour l'application de ces dispositions, les conditions mentionnées au 3° du I de l'article 156 doivent être remplies. Le présent alinéa n'est pas applicable aux dépenses portant sur des immeubles pour lesquels une demande de permis de construire ou une déclaration de travaux a été déposée à compter du 1er janvier 2009 ".

13. D'une part, le requérant ne produit ni déclaration d'utilité publique, ni plan de sauvegarde et de mise en valeur de la ville de Draguignan. D'autre part, le permis de construire qu'il produit, délivré pour les biens situés au 2 et 14 rue de la juiverie à Draguignan, ne mentionne aucun de ces documents. Par suite, dès lors que M. A n'établit pas que les travaux de réaffectation à l'habitation qu'il a réalisés sont conformes à un plan de sauvegarde et de mise en valeur ou à une déclaration d'utilité publique, il n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que le service a rejeté la déduction de charges correspondant à des travaux réalisés par les SCI L'Oustaou et La Médiévale sur les immeubles situés au 2 et 14 rue de la juiverie à Draguignan au motif qu'il ne remplissait pas les conditions prévues au b ter du 1° du I de l'article 31 du code général des impôts.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, l'Etat n'étant pas partie perdante dans le présent litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la directrice du contrôle fiscal Sud-Est Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Brossier, président,

Mme Charpy, première conseillère,

Mme Pouliquen, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

La rapporteure,

signé

G. Pouliquen

Le président,

signé

J-B. BrossierLa greffière,

signé

D. Dan

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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