mardi 30 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2202379 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 7è Ch Magistrat statuant seul |
| Avocat requérant | ARPANTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 mars 2022, M. A F, représenté par Me Arpante, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 18 janvier 2022 par laquelle la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône a confirmé sa radiation de la liste des bénéficiaires du revenu de solidarité active ;
2°) d'annuler la décision implicite par laquelle la présidente du conseil départemental a rejeté sa demande de remise gracieuse de ces indus ;
3°) d'annuler la décision implicite par laquelle la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande de remise gracieuse de l'indu d'aide exceptionnelle de fin d'année d'un montant de 152,45 euros constitué au titre de l'année 2018 ;
4°) de prononcer la décharge totale ou partielle de l'obligation de payer les indus de revenu de solidarité active et de prime exceptionnelle de fin d'année mis à sa charge ;
5°) de mettre à la charge de département des Bouches-du-Rhône le versement d'une somme de 1500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne le bien-fondé des indus de revenu de solidarité active :
- la décision du 18 janvier 2022 est entachée d'incompétence ;
- le paiement de son loyer par sa mère devait être intégré à ses ressources forfaitairement en application des articles L. 262-3 et R. 262-9 du code de l'action sociale et des familles ;
En ce qui concerne la remise de dettes :
- il est de bonne foi et sa situation financière ne lui permet pas de rembourses les indus mis à sa charge.
Le 18 juillet 2022, le département des Bouches-du-Rhône a produit l'entier dossier en application des dispositions de l'article R. 772-8 du code de justice administrative.
Par mémoire enregistré le 26 avril 2023, le département des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. F ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Menasseyre, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Menasseyre, rapporteure,
- et les observations de Madame C D représentant le département des Bouches-du-Rhône.
La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après que les parties aient formulé leurs observations orales à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. F a été bénéficiaire du revenu de solidarité active dans le département des Bouches-du-Rhône. A la suite d'un contrôle diligenté par un agent assermenté, effectué le 7 juillet 2021, la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône lui a, par courrier 29 octobre 2021 demandé le reversement d'une somme de 11 923,92 euros (INK 001) constitué sur la période du 1er novembre 2019 au 31 octobre 2021 et, par courrier du 4 novembre 2021, le reversement d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 7 567,74 euros (INK 002) constitué sur la période du 1er août 2018 au 31 octobre 2019 ainsi que d'un indu d'aide exceptionnelle de fin d'année de 152,45 euros au titre de l'année 2018. Par un recours administratif du 20 décembre 2021, M. F a sollicité la remise gracieuse de ces indus. Par un recours administratif préalable du 21 décembre 2021, adressé à la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône, M. F a contesté le bien-fondé de ces indus. Par une décision du 18 janvier2022, la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône a confirmé le bien-fondé des indus de revenu de solidarité active mis à sa charge. Le silence gardé par l'administration sur sa demande de remise gracieuse a fait naître une décision implicite de rejet. M. F demande l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la radiation :
2. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne à l'allocation de revenu de solidarité active ou à l'aide exceptionnelle de fin d'année, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention dans la reconnaissance du droit à cette allocation ou à cette aide qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il appartient au juge administratif d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision en fixant alors lui-même les droits de l'intéressé, pour la période en litige, à la date à laquelle il statue ou, s'il ne peut y procéder, de renvoyer l'intéressé devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation sur la base des motifs de son jugement.
3. Il résulte de ce qui vient d'être énoncé que M. F ne peut utilement soutenir que la décision du 18 janvier 2022 est entachée d'incompétence. En tout état de cause, par un arrêté n° 21/124/SC du 16 août 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône a délégué à Mme B E, cheffe du service de la gestion de l'allocation et du contentieux, la signature notamment des décisions relatives à la gestion de l'allocation du revenu de solidarité active.
4. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. ". L'article L. 262-3 du code précité dispose que : " La fraction des revenus professionnels des membres du foyer et le montant forfaitaire mentionné au 2°de l'article L. 262-2 sont fixés par décret. (). L'ensemble des ressources du foyer () est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active () ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. () ". Aux termes de l'article R. 262-7 du même code, dans sa version applicable au litige : " Les ressources prises en compte pour le calcul de l'allocation sont égales à la moyenne mensuelle des ressources perçues au cours des trois mois précédant la demande ou la révision. () ". Aux termes de l'article R. 262-9 de ce code : " Les avantages en nature procurés par un logement occupé soit par son propriétaire ne bénéficiant pas d'aide personnelle au logement, soit, à titre gratuit, par les membres du foyer, sont évalués mensuellement et de manière forfaitaire () ".
5. Il résulte des dispositions de l'article R. 262-9 du code de l'action sociale et des familles que l'allocataire qui, grâce à l'intervention d'un tiers, est logé sans être lui-même redevable d'un loyer doit bénéficier de l'évaluation forfaitaire de cet avantage en nature.
6. Il résulte de l'instruction que la radiation en litige a pour origine l'actualisation des droits de M. F à la suite de la modification des ressources de son foyer. Un contrôle de sa situation diligenté le 7 juillet 2021 par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône a révélé que le loyer du logement occupé par M. F ainsi que ses charges d'électricités et d'eau étaient réglés pas sa mère. M. F soutient que cette aide constitue un avantage en nature procuré par un logement occupé à titre gratuit au sens des dispositions de l'article R. 262-9 du code de l'action sociale et des familles. Toutefois, il résulte de l'instruction qu'il est le titulaire du bail du logement qu'il occupe et est donc redevable du loyer. Dans ces conditions, en dépit du fait que le montant de son loyer sur la période de référence en litige ait été payé directement par sa mère à son bailleur sans transiter par son propre compte, il ne pouvait pas bénéficier de l'évaluation forfaitaire prévue par les dispositions précitées. Dans ces conditions, c'est à bon droit que le département des Bouches-du-Rhône a pu réintégrer la valeur réelle de cet avantage en nature aux ressources de M. F et, en conséquence, prononcer sa radiation de la liste des bénéficiaires du revenu de solidarité active.
En ce qui concerne la remise de dette :
7. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. () ". Aux termes de l'article 6 du décret n° 2018-1150 : " Tout paiement indu d'une aide exceptionnelle attribuée en application du présent décret est récupéré pour le compte de l'Etat par l'organisme chargé du service de celle-ci. La dette correspondante peut être remise ou réduite par cet organisme dans les conditions applicables au recouvrement des indus de l'allocation au titre de laquelle l'aide exceptionnelle a été perçue. "
8. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre partie à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise.
9. A supposer que la bonne foi de M. F puisse être regardé comme établie, il ne fournit aucun élément de nature à établir que sa situation financière ne lui permet pas de rembourser ces indus et ne met ainsi pas le tribunal en mesure d'apprécier si sa situation justifie qu'une remise de dette lui soit accordée.
10. Il résulte de ce qui précède que M. F n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions implicites par lesquelles la caisse d'allocations familiales et la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône ont refusé de lui accorder une remise de dette.
Sur les conclusions à fin de décharge :
11. En premier lieu, il résulte de l'instruction que dans son recours administratif préalable obligatoire daté du 17 décembre 2021, M. F contestait tant la décision de radiation de ses droits au revenu de solidarité active que les indus de revenu de solidarité active mis à sa charge consécutivement à cette radiation. Ainsi, si dans sa décision du 18 juillet 2022 la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône s'est bornée à confirmer la décision de radiation de ses droits, elle a nécessairement confirmé implicitement le bien-fondé des indus de revenu de solidarité active mis à sa charge.
12. Il résulte de ce qui a été énoncé aux points 5 et 6 que c'est à bon droit que la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône a réintégré aux ressources de M. F, à sa valeur réelle l'avantage en nature dont il a bénéficié à ses ressources. En conséquence, M. F n'est pas fondé à demander la décharge du paiement de ces indus.
13. Aux termes de l'article 3 du décret n° 2018-1150 du 14 décembre 2018 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite " Une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre 2018 ou, à défaut, du mois de décembre 2018, sous réserve que le montant dû au titre de ces périodes ne soit pas nul et à condition que les ressources du foyer, appréciées selon les dispositions prises en vertu de l'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles, n'excèdent pas le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 du même code.
Une seule aide est due par foyer. "
14. Il résulte de ce qui a été dit au point 5 que M. F ne pouvait prétendre au bénéfice de l'allocation de revenu de solidarité active au titre du mois de décembre 2018. En conséquence, c'est à bon droit que la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône lui a réclamé le reversement de l'indu d'aide exceptionnelle de fin d'année d'un montant de 152,45 euros constitué au titre du mois de décembre 2018.
15. Il résulte de ce qui précède que M. F n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 18 janvier 2022 par laquelle la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône a confirmé les indus de revenu de solidarité active ni à solliciter la décharge de l'obligation de payer ces indus et l'indu d'aide exceptionnelle de fin d'année.
Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761 du code de justice administrative :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge du département des Bouches-du-Rhône, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme demandée par M. F au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F, au département des Bouches-du-Rhône et au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées.
Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.
La magistrate désignée,
Signé
A. MenasseyreLe greffier,
Signé
I. Abed
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026