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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2202613

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2202613

mardi 13 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2202613
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation7è Ch Magistrat statuant seul
Avocat requérantCOHEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 25 mars 2022 et le 2 mai 2022, M. B A, représenté par Me Cohen, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée " 48 SI " du 8 septembre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul, et les décisions de retrait de points consécutives aux infractions relevées les 14 mars 2018, 21 juin 2018, 14 août 2018 et 7 mars 2021 ;

2°) d'enjoindre au ministre de lui restituer son permis de conduire affecté des points illégalement retirés ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions de retrait de points ne lui ont pas été notifiées ;

- il ne s'est pas vu délivrer les informations préalables prévues par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- la réalité des infractions n'est pas établie au sens de l'article L. 223-1 du code de la route.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mai 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut, à titre principal, au non-lieu à statuer et, à titre subsidiaire, au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a désigné Mme C en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A demande au tribunal l'annulation de la décision référencée " 48 SI " par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a constaté l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul, ainsi que celle de la décision portant rejet implicite de son recours gracieux et des décisions de retrait de points consécutives aux infractions constatées les 14 mars 2018, 21 juin 2018, 14 août 2018 et 7 mars 2021, ayant concouru à ce solde nul.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte de l'instruction que les mentions afférentes aux infraction commises le 14 août 2018 ont été supprimées du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. A et que cette dernière n'entraîne donc plus de retrait de points et que le solde de point du permis de conduire du requérant est redevenu positif. Il suit de là que les conclusions dirigées contre les retraits de points consécutifs aux infractions relevées le 14 août 2018 et contre la décision référencée " 48 SI " du 8 septembre 2021 sont devenues sans objet.

Sur la notification des retraits de points :

3. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 223-3 du code de la route : " Le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple quand il est effectif ".

4. M. A soutient qu'aucun des retraits de points récapitulés dans la décision " 48 SI " ne lui a été notifié par courrier. Toutefois, les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions précitées, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette procédure a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont dispose celui-ci pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Par conséquent, la circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification du retrait, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que la décision procédant au retrait des derniers points récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur. Par suite, le moyen tiré de l'absence de notification des différents retraits de points est inopérant.

Sur la délivrance de l'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route :

5. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. / () La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive. () ". La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

En ce qui concerne le retrait de points consécutif à l'infraction commise le 21 juin 2018 :

6. Le II de l'article R. 49-1 du code de procédure pénale prévoit que le procès-verbal constatant une contravention pouvant donner lieu à une amende forfaitaire " peut être dressé au moyen d'un appareil sécurisé dont les caractéristiques sont fixées par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, permettant le recours à une signature manuscrite conservée sous forme numérique ". En vertu des dispositions de l'article A. 37-19 du même code, l'appareil électronique sécurisé permet d'enregistrer, pour chaque procès-verbal, d'une part, la signature de l'agent verbalisateur, d'autre part, celle du contrevenant qui est invité à l'apposer " sur une page écran qui lui présente un résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée à son encontre, informations dont il reconnaît ainsi avoir eu connaissance ". Enfin, en vertu des dispositions du II de l'article A. 37-27-2, en cas d'infraction entraînant retrait de points, le résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée précise qu'elle entraîne retrait de points et comporte l'ensemble des éléments mentionnés aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Lorsqu'une infraction entraînant retrait de points est constatée au moyen d'un appareil conforme aux dispositions citées ci-dessus, l'agent verbalisateur invite le contrevenant à apposer sa signature sur une page écran où figure l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées.

7. L'infraction commise le 21 juin 2018, qui a entraîné le retrait de trois points, a été constatée par l'établissement d'un procès-verbal électronique. Le ministre produit une copie de procès-verbal se rapportant à cette infraction, lequel revêt la signature de M. A et précise la qualification de l'infraction et comporte, en annexe, la mention selon laquelle un retrait de trois points est prévu. Ce procès-verbal comporte, en outre, la mention de l'existence d'un traitement automatisé des points, de la possibilité pour l'intéressé d'exercer un droit d'accès et de rectification et de ce que le paiement de l'amende entraîne la reconnaissance de l'infraction. Dans ces conditions, le ministre doit être regardé comme s'étant acquitté de l'obligation qui lui incombe de fournir les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Il suit de là que M. A n'est pas fondé à soutenir que le retrait de trois points prononcé à la suite de cette infraction serait intervenu au terme d'une procédure irrégulière.

En ce qui concerne les retraits de points consécutifs aux infractions commises les 14 mars 2018 et 7 mars 2021 :

8. Il ressort des mentions du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. A que les infractions relevées les 14 mars 2018 et 7 mars 2021 ont fait l'objet de l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée, lesquels établissent la réalité des infractions en application des dispositions de l'article L. 223-1 du code la route. Toutefois, ces mentions ne permettent pas, à elles seules et en l'absence, notamment, de production d'une attestation de paiement ou d'un bordereau de situation émanant du comptable public, d'établir que l'intéressé se serait acquitté de l'amende forfaitaire correspondante. Le ministre qui a produit des procès-verbaux qui ne comportent pas la signature de l'intéressé, n'établit pas davantage que, comme il l'allègue, l'avis de contravention correspondant à cette infraction aurait été effectivement reçu par M. A en se bornant à faire valoir que le pli contenant l'avis de contravention correspondant n'a pas été retourné à son expéditeur. Par suite, le ministre n'apporte pas la preuve que le requérant a reçu, à l'occasion de cette infraction, les informations requises par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Cette infraction, correspondant à l'usage d'un téléphone par le conducteur du véhicule, n'est pas de même nature que l'infraction commise le 21 juin 2018. Le ministre n'est, dès lors, pas fondé à soutenir que M. A aurait, de fait, bénéficié à l'occasion de cette infraction précédente de l'ensemble des informations légalement exigées. Le requérant est dès lors fondé à soutenir que les décisions par lesquelles le ministre a retiré trois points et trois points du capital de son permis de conduire, à la suite des infractions constatées les 14 mars 2018 et 7 mars 2021 sont intervenues à l'issue d'une procédure irrégulière, et à en demander, pour ce motif, l'annulation.

Sur la réalité des infractions :

9. Aux termes des dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route : " La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive ".

10. Il résulte des mentions figurant au relevé d'information intégral et concernant les retraits de points afférents à l'infraction du 21 juin 2018 que la réalité de cette dernière est établie par l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la réalité de l'infraction en cause ne serait pas établie.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que l'administration restitue à M. A les six points retirés à la suite des infractions constatées les 14 mars 2018 et 7 mars 2021. Il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de procéder à cette restitution, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions relatives aux dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par M. A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre le retrait de points consécutif à l'infraction relevée le 14 août 2018 et contre la décision référencée " 48 SI " du 8 septembre 2021.

Article 2 : Les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré trois et trois points du capital du permis de conduire de M. A, à la suite des infractions constatées les 14 mars 2018 et 7 mars 2021 sont annulées.

Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de procéder à la reconstitution de six points sur le permis de conduire de M. A, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2023.

La greffière,

signé

A. VidalLa magistrate désignée,

signé

A. C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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