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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2202784

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2202784

mardi 30 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2202784
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation10e Ch Magistrat statuant seul
Avocat requérantCHENU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 mars 2022 et le 13 février 2023, Mme A B, représentée par Me Chenu, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation du préjudice subi du fait de la carence fautive de l'Etat à lui proposer un logement répondant à ses besoins et à ses capacités ;

2°) d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande indemnitaire préalable ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- sa requête n'est pas tardive ;

- elle n'a pas été relogée dans le délai imparti au préfet ;

- cette situation a entrainé des troubles dans ses conditions d'existence du fait de son maintien dans des conditions de logement précaires ;

- cette situation a également eu des conséquences sur sa santé, sa vie personnelle, familiale et professionnelle et a entrainé un préjudice moral ;

- elle n'a pas reçu les propositions de logement formulées dans le délai imparti au préfet ;

- elle est depuis relogée.

Une mise en demeure a été adressée le 10 janvier 2023 au préfet des Bouches-du-Rhône.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 janvier 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- neuf logements avaient été proposés à la requérante avant sa reconnaissance comme prioritaire et devant être logée d'urgence et deux par la suite ;

- Mme B a refusé les deux propositions de logement faites dans le délai de six mois ;

- elle est depuis relogée.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Pecchioli, vice-président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Pecchioli, président-rapporteur.

Aucune partie n'était présente ni représentée.

Après avoir prononcé, à l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a été reconnue comme prioritaire et devant être logée d'urgence par une décision de la commission de médiation des Bouches-du-Rhône du 18 mars 2021. Le préfet des Bouches-du-Rhône disposait d'un délai de six mois pour attribuer à Mme B un logement répondant à ses besoins et capacités. Deux propositions de logement ayant échouées, Mme B a présenté une demande indemnitaire préalable le 18 janvier 2022, dont le préfet a accusé réception le 25 janvier 2022 et qu'il a implicitement rejetée. Mme B demande la condamnation de l'Etat au versement d'une indemnisation d'un montant de 5 000 euros.

Sur la recevabilité des conclusions à fin d'annulation :

2. La décision implicite de rejet née en l'absence de réponse à la demande indemnitaire préalable adressée par le conseil de la requérante le 18 janvier 2022 au préfet des Bouches-du-Rhône a pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande de Mme B qui, en formulant les conclusions précédemment visées, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Par suite, les conclusions qu'elle présente à fin d'annulation ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

3. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ". Selon le II de l'article L. 441-2-3 de ce code : " () Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. Elle détermine pour chaque demandeur, en tenant compte de ses besoins et de ses capacités, les caractéristiques de ce logement () / La commission de médiation transmet au représentant de l'Etat dans le département la liste des demandeurs auxquels doit être attribué en urgence un logement. () / Le représentant de l'Etat dans le département désigne chaque demandeur à un organisme bailleur disposant de logements correspondant à la demande. () / En cas de refus de l'organisme de loger le demandeur, le représentant de l'Etat dans le département qui l'a désigné procède à l'attribution d'un logement correspondant aux besoins et aux capacités du demandeur sur ses droits de réservation. () ". L'article R. 441-16-1 du même code dispose que : " A compter du 1er décembre 2008, le recours devant la juridiction administrative prévu au I de l'article L. 441-2-3-1 peut être introduit par le demandeur qui n'a pas reçu d'offre de logement tenant compte de ses besoins et capacités passé un délai de trois mois à compter de la décision de la commission de médiation le reconnaissant comme prioritaire et comme devant être logé d'urgence. Dans () les départements comportant au moins une agglomération, ou une partie d'une agglomération, de plus de 300 000 habitants, ce délai est de six mois ".

4. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'Etat prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. La période de responsabilité de l'Etat court à compter de l'expiration du délai de trois ou six mois que les dispositions de l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre de logement à la suite de la décision de la commission de médiation. Ces troubles doivent être appréciés en tenant notamment compte des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat.

5. Le refus, sans motif impérieux, d'une proposition de logement correspondant aux besoins et aux capacités de l'intéressé est de nature à faire perdre à ce dernier le bénéfice de la décision de la commission de médiation.

6. Il résulte de l'instruction que deux propositions de logement ont été formulées dans le délai imparti au préfet, le 31 mai 2021 et le 29 juin 2021.

7. Mme B soutient qu'elle n'a jamais reçu ces propositions. Le préfet produit toutefois un courriel du 15 octobre 2021 émanant de la responsable de la maison relais : " Hippone ", où était logée Mme B, faisant, notamment, état du refus itératif de Mme B et de sa famille quant à la proposition du 31 mai 2021, en dépit de l'insistance des équipes de la maison relais et des travailleurs sociaux la suivant pour que celle-ci accepte la proposition. Cet élément atteste de la bonne réception par Mme B de cette proposition. Ce logement était de type 3 conformément aux préconisations de la commission de médiation et comportait un loyer équivalent à celui payé à la maison relais. Il était donc adapté aux besoins et capacités de Mme B. Enfin, la décision de la commission de médiation, produite par Mme B, comme la proposition de logement du 31 mai 2021 mentionnaient que le refus d'une offre faite au titre du droit au logement opposable était susceptible d'entrainer la perte du bénéfice de la décision de la commission de médiation.

8. Dans ces conditions, Mme B doit être regardée comme ayant refusé un logement adapté qui lui avait été proposé dans le délai imparti au préfet, sans motif impérieux. Il s'ensuit qu'aucune carence à procéder au relogement de Mme B ne peut être imputée à l'Etat et que ce dernier n'a par conséquent commis aucune faute. Par suite, les conclusions indemnitaires de la requête de Mme B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme à l'avocat de Mme B.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024.

Le magistrat désigné,

signé

J. PECCHIOLILe greffier,

signé

S. IBRAM

La République mande et ordonne au ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/Le greffier en chef,

Le greffier

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