lundi 9 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2202981 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | LAPISARDI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 avril 2022 et le 7 août 2023, la société ETF, représentée par Me Lapisardi, demande au tribunal :
1°) de condamner solidairement les sociétés SNCF Réseau et Setec Organisation à lui verser la somme de 67 647,09 euros, assortie des intérêts moratoires à compter du 28 octobre 2020 et de la capitalisation de ces intérêts ;
2°) de mettre à la charge solidaire des sociétés SNCF Réseau et Setec Organisation une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa réclamation est recevable dès lors que le marché a été résilié par le maître d'ouvrage, le délai de 45 jours prévu à l'article 13.31 du CCCG-Travaux pour établir le projet de décompte final n'étant pas prescrit à peine de forclusion ni le délai de 45 jours prévu par l'article 83.4 pour présenter une demande d'indemnisation en cas de résiliation du marché ;
- elle est fondée à demander l'indemnisation de son manque à gagner à hauteur de 16 986,77 euros, à parfaire ;
- elle est également fondée à solliciter l'indemnisation des frais généraux à hauteur de 50 960,32 euros, à parfaire ;
- les stipulations du marché concernant les intérêts moratoires sont contraires à celles du décret du 29 mars 2013 et elle a droit aux intérêts moratoires au taux de la banque centrale européenne majoré de huit points à compter du 28 octobre 2020.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 6 décembre 2022 et le 4 septembre 2023, la société SNCF Réseau, représentée par Me Nahmias, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société ETF une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, le mémoire en réclamation de la société ETF réceptionné le 28 septembre 2020, soit au-delà du délai de 45 jours à compter de la décision de résiliation, était tardif de sorte que la requête est irrecevable ;
- à titre subsidiaire, les stipulations relatives à l'indemnisation en raison de la diminution de la masse des travaux sont inapplicables dès lors que le marché a été résilié ;
- le quantum des sommes réclamées n'est pas justifié ;
- la société ETF n'est pas fondée à réclamer des intérêts moratoires à compter du 28 octobre 2020 dès lors que le délai de paiement est de 45 jours et non de 30 jours, qu'aucune facture ne lui a été présentée et que le point de départ du délai global de paiement est la réception du mémoire en réclamation produit à l'encontre du décompte général du marché.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2023, la société Setec Organisation, représentée par Me Taillan, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société ETF une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, la requête est irrecevable en l'absence de motivation ;
- elle est également irrecevable dès lors que le mémoire en réclamation de la société ETF, réceptionné le 28 septembre 2020, était tardif ;
- à titre subsidiaire, les conclusions sont mal dirigées dès lors qu'elle n'est que le mandataire du maître d'ouvrage ;
- les sommes demandées ne sont pas justifiées ;
- la société ETF n'est pas fondée à réclamer des intérêts moratoires à compter du 28 octobre 2020 dès lors que le délai de paiement est de 45 jours et non de 30 jours.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le cahier des clauses et conditions générales applicables aux marchés de travaux de la SNCF du 24 novembre 2008 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Simeray ;
- les conclusions de Mme Giocanti, rapporteure publique ;
- les observations de Me Gonzalez Lopez, représentant la société Setec Organisation et de Me Monfront, représentant la société SNCF Réseau.
Considérant ce qui suit :
1. La société Réseau Ferré de France, aux droits de laquelle vient la société SNCF Réseau, a confié à la société Setec Organisation un mandat de maîtrise d'ouvrage pour la réalisation de l'opération relative à la réouverture d'un raccordement ferroviaire. Dans ce cadre, la société Setec Organisation a attribué à la société ETF un marché de travaux portant sur la réalisation de travaux de signalisation, télécom et énergie, pour un montant de 495 497,37 euros HT. La société SNCF Ingénierie Méditerranée est intervenue en qualité de maître d'œuvre de l'opération. Par un courrier du 30 juillet 2020 réceptionné le 6 août 2020, la société Setec Organisation a prononcé la résiliation du marché à compter du 1er août 2020. Le 28 septembre 2020, la société ETF a adressé à la société Setec Organisation un projet de décompte final accompagné d'une demande de rémunération complémentaire à hauteur de 61 374,10 euros HT. Par un courrier du 14 décembre 2020, la société Setec Organisation a rejeté cette demande d'indemnisation pour les postes 1 et 2 et a accepté d'indemniser les postes 3 et 4 liés au stockage à hauteur de 1 920,40 euros HT. Par un courrier du 10 décembre 2021, la société Setec Organisation a notifié le décompte général du marché à la société ETF, faisant apparaître un solde à payer à l'entreprise de 2 304,48 euros. Le 16 décembre 2021, la société ETF a signé le décompte général avec réserves, accompagné d'un mémoire en réclamation sollicitant à nouveau une indemnisation à hauteur de 61 374,10 euros HT. Par un courrier du 7 janvier 2022, la société Setec Organisation a rejeté cette réclamation. La société ETF demande au tribunal de condamner solidairement les sociétés SNCF Réseau et Setec Organisation à lui verser la somme totale de 59 453,70 euros HT assortie des intérêts moratoires à compter du 28 octobre 2020 et de la capitalisation de ces intérêts à compter du 28 octobre 2021.
Sur la fin de non-recevoir soulevée par les défendeurs :
2. D'une part, aux termes de l'article 15.1 du cahier des clauses et conditions générales (CCCG) applicables aux marchés de travaux de la SNCF, dans sa version du 24 novembre 2008 : " Pour l'application du présent article : la "masse" des travaux s'entend du montant des travaux à l'entreprise, évalués à partir des prix de base, en tenant compte, le cas échéant, des prix nouveaux, définitifs ou provisoires, fixés en application de l'article 14 ". Aux termes de son article 15.4 : " Si la diminution de la masse des travaux ne résulte pas du fait de l'entrepreneur et excède la limite définie à l'alinéa suivant, l'entrepreneur est fondé à présenter une demande d'indemnisation ; il est tenu, dans ce cas, d'apporter la preuve du préjudice qu'il estime avoir subi du fait du franchissement de ladite limite ".
3. Aux termes de l'article 83.3 du CCCG : " Le paiement du marché est fait selon les modalités prévues à l'article 13, sous réserve des stipulations du paragraphe 2 du présent article. (). Les décisions de résiliation ne sont pas exclusives de l'application des pénalités et retenues ". Aux termes de l'article 13.31 de ce cahier : " Dans les quarante-cinq jours suivant la date d'établissement du procès-verbal de réception des travaux, l'entrepreneur dresse et remet au maître d'œuvre le projet de décompte final établissant le montant total des sommes auxquelles il peut prétendre du fait de l'exécution du marché. (). Passé le délai de quarante-cinq jours précité, le décompte final peut, quinze jours après une mise en demeure restée sans effet, être établi d'office par le maître d'œuvre aux frais de l'entrepreneur. Ce décompte est alors notifié à l'entrepreneur avec le décompte général ". Aux termes de son article 13.32 : " Sous peine de forclusion l'entrepreneur joint au projet de décompte final toutes les réserves antérieurement formulées. L'entrepreneur est lié par les indications figurant dans un projet de décompte final, sauf sur le montant définitif des intérêts moratoires de paiement. Passé le délai de quarante-cinq jours précité, le décompte final peut, quinze jours après une mise en demeure restée sans effet, être établi d'office par le maître d'œuvre aux frais de l'entrepreneur. Ce décompte est alors notifié à l'entrepreneur avec le décompte général ". Aux termes de son article 13.33 : " Le maître d'œuvre établit le décompte général comprenant : () le décompte final arrêté sur la base du projet défini au paragraphe 31 du présent article () ". Aux termes de l'article 13.35 de ce cahier : " L'entrepreneur dispose d'un délai de quarante-cinq jours pour signer et renvoyer au maître d'œuvre ce décompte général, sans ou avec réserves. Si la signature est donnée sans réserve, cette acceptation lie définitivement les parties, sauf en ce qui concerne les intérêts moratoires ; ce décompte devient ainsi le décompte général et définitif du marché. Si la signature est donnée avec réserves, l'entrepreneur doit motiver ces réserves dans un mémoire de réclamation joint au renvoi du décompte qui précise le montant des sommes dont il revendique le paiement et qui fournit les justifications nécessaires, en reprenant, sous peine de forclusion, les réclamations déjà formulées antérieurement et n'ayant pas fait l'objet de paiement définitif. Le règlement du différend intervient alors selon les modalités indiquées à l'article 85 ". L'article 85.1 du même CCCG stipule que : " Si, au cours de l'exécution du marché, un différend intervient entre l'entrepreneur et le maître d'œuvre, celui-ci en réfère à la personne responsable du marché qui fait connaître sa réponse dans un délai de deux mois à compter de la date de réception par le maître d'œuvre du mémoire justificatif de l'entrepreneur exposant les motifs et indiquant le montant de sa réclamation. L'absence de notification de décision dans le délai de deux mois vaut rejet de la demande de l'entrepreneur. Si l'entrepreneur n'accepte pas la décision de la personne responsable du marché, ou le rejet implicite de sa demande, il doit, à peine de forclusion, dans les trois mois qui suivent la notification de la décision ou l'expiration du délai de réponse de deux mois de la personne responsable du marché : Soit aviser par écrit la personne responsable du marché de son désaccord et de son intention de réitérer sa réclamation lors de la signature du décompte général, Soit saisir le tribunal compétent et en informer la personne responsable du marché ".
4. D'autre part, aux termes de l'article 82.1 de ce cahier : " Résiliation du seul fait du maître d'ouvrage - Pour des motifs dont il est seul juge, le maître de l'ouvrage peut, à tout moment, mettre fin à l'exécution de tout ou partie des travaux objet du marché. Dans ce cas, l'entrepreneur peut obtenir un certificat attestant l'absence de faute de sa part ". Aux termes de son article 83.4 : " Dans les cas de résiliation prévus aux paragraphes 1, 21, 22 et 23 de l'article 82, l'entrepreneur est fondé à présenter une demande d'indemnisation du préjudice éventuel qu'il subit du fait de cette décision. Il doit, à cet effet, présenter un mémoire, dûment justifié, précisant le montant de sa demande d'indemnisation. Ce document doit être remis au maître d'œuvre dans un délai de quarante-cinq jours à compter de la date de notification de la décision de résiliation ". Il résulte de ces stipulations que le délai de quarante-cinq jours qu'elles impartissent au titulaire du marché pour présenter les justificatifs des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de la décision de résiliation constitue un délai de réclamation imposé à peine de forclusion.
5. Dès lors que l'article 82.1 du CCCG précité prévoit un mécanisme spécifique d'indemnisation du titulaire en cas de résiliation du fait du maître d'ouvrage, le titulaire n'est pas fondé à invoquer, pour sa demande d'indemnisation du préjudice subi du fait de cette résiliation, les stipulations contractuelles applicables aux cas de diminution de la masse des travaux, quelle que soit l'importance des travaux non réalisés du fait de cette résiliation.
6. Ainsi qu'il a été dit au point 1, la décision de résiliation a été notifiée à la société requérante le 6 août 2020. Il résulte de l'instruction que la société ETF a adressé à la société Setec Organisation, maître d'ouvrage délégué, un projet de décompte final assorti d'un mémoire en réclamation le 28 septembre 2020 par email ainsi que par courrier. Le mémoire en réclamation portait sur une demande d'indemnisation correspondant à la perte de bénéfice en raison de la diminution de la masse des travaux non réalisés, à hauteur de 16 986,77 euros HT (poste 2), à l'amortissement des frais généraux à hauteur de 42 466,93 euros HT (poste 1), aux frais de stockage Pierrelaye et Saint-Priest du 31 mai au 15 juillet 2020 à hauteur de 1 320,40 euros HT (poste 3) et aux frais de stockage Saint-Priest du 15 juillet au 7 septembre 2020, à hauteur de 600 euros HT (poste 4). Par un courrier du 14 décembre 2020, la société Setec Organisation a rejeté la demande d'indemnisation des postes 1 et 2, estimant que la société requérante était forclose, et a accepté l'indemnisation des postes 3 et 4 liés au stockage, considérant que ces derniers étaient liés à l'exécution du marché. La société ETF ne peut utilement invoquer l'article 15.4 du CCCG précité dès lors que sa demande d'indemnisation des postes 1 et 2 concerne des préjudices subis du fait de la décision de résiliation prise par le maître d'ouvrage, pour laquelle seul l'article 83.4 est applicable. Par suite, la société ETF était tenue d'adresser sa demande d'indemnisation par mémoire remis au maître d'œuvre dans un délai de quarante-cinq jours à compter de la date de notification de la décision de résiliation. Ainsi qu'il a été dit, la société ETF a adressé sa demande d'indemnisation, au maître d'ouvrage délégué et non au maître d'œuvre, en tout état de cause au-delà du délai de quarante-cinq jours imparti par les stipulations précitées, rendant ainsi sa demande d'indemnisation irrecevable. Dans ces conditions, la fin de non recevoir soulevée par les défendeurs tirée de la tardiveté de la demande d'indemnisation de la société ETF doit être accueillie.
7. Il résulte de ce qui précède que la requête doit être rejetée comme irrecevable.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge des sociéts SNCF Réseau et Setec Organisation qui ne sont pas, dans la présente instance, les parties perdantes. En revanche, il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de la société ETF une somme de 1 500 euros à verser à la société SNCF Réseau et à la société Setec Organisation chacune au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la société ETF est rejetée.
Article 2 : La société ETF versera à la société Setec Organisation et à la société SNCF Réseau une somme de 1 500 euros chacune au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société ETF, à la société Setec Organisation et à la société SNCF Réseau.
Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Gonneau, président,
Mme Simeray, première conseillère,
Mme Devictor, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2024.
La rapporteure,
Signé
C. SimerayLe président,
Signé
P-Y. Gonneau
La greffière,
Signé
A. Martinez
La République mande et ordonne à la ministre du partenariat avec les territoires et de la décentralisation en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
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01/06/2026