lundi 30 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2203082 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | SCP VINSONNEAU-PALIES NOY GAUER AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
I°) Par une requête n°2203082 et un mémoire, enregistrés le 8 avril et le
21 décembre 2022, Mme F E, née C, représentée par Me Tatarian, demande au tribunal :
1°) d'homologuer le rapport d'expertise du Dr D du 8 janvier 2022 ;
2°) de condamner l'Assistance Publique-Hôpitaux de Marseille (AP-HM) à lui verser la somme 272 892,44 euros en réparation du préjudice résultant de sa prise en charge médicale à compter du 22 novembre 2019 ;
3°) de mettre à la charge de l'AP-HM le versement d'une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'AP-HM a commis une faute dans la réalisation de l'acte de ponction à l'origine de ses dommages séquellaires ; cet acte n'aurait pas dû être réalisé par un interne ; dès lors la responsabilité de l'AP-HM est engagée ;
- l'AP-HM a manqué à son devoir d'information ;
- elle a droit à être indemnisée de ses préjudices, à hauteur de 1 020 euros au titre des frais d'assistance à expertise, de 800 euros au titre des frais d'ergothérapeute, de
17 457 euros au titre de l'assistance d'une tierce personne temporaire, de 1 000 euros au titre des dépenses de santé futures, 18 699 euros au titre de l'assistance d'une tierce personne arrérages échus, 151 185,55 euros au titre de l'assistance par tierce personne future,
14 070,80 euros de frais de logement adapté, 2 338 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, 10 000 euros au titre des souffrances endurées, 1 000 euros au titre de son préjudice esthétique temporaire, 45 000 euros au titre de son déficit fonctionnel permanent évalué à 30% et 5 000 euros au titre du préjudice d'agrément.
Par des mémoires, enregistrés les 25 juillet et 5 décembre 2022, la caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes, représentée par Me Constans, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, de mettre à la charge de l'AP-HM la somme de 7 585,48 euros au titre de ses débours avec intérêt au taux légal à compter de l'enregistrement de son premier mémoire et la somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion et à ce que soit mis à la charge de l'AP-HM le paiement de la somme de 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 novembre 2022, l'AP-HM, représentée par Me Deguitre, conclut, à titre principal, au rejet de la requête et des conclusions de la caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes, et, à titre subsidiaire, à ce qu'une nouvelle expertise soit ordonnée avant-dire droit, et, à titre infiniment subsidiaire, au rejet ou à la réduction des prétentions indemnitaires de la requérante.
Elle fait valoir que :
- le rapport d'expertise est incomplet et ses conclusions contestables dès lors qu'il comporte d'importantes lacunes ; si nécessaire, une nouvelle expertise confiée à un expert radiologue doit être ordonnée ;
- les demandes indemnitaires doivent être rejetées pour certaines ou réduites à de plus justes proportions pour d'autres.
II°) Par une requête n°2205031 et des mémoires, enregistrés les 17 juin et
5 novembre 2022, Mme F E, née C, représentée par Me Tatarian, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Assistance Publique-Hôpitaux de Marseille (AP-HM) à lui verser la somme de 200 000 euros à titre de provision, en réparation du préjudice résultant de sa prise en charge médicale à compter du 22 novembre 2019 ;
2°) de mettre à la charge de l'AP-HM le versement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Au soutien de sa requête, Mme E soulève les mêmes moyens que dans l'instance n° 2203082.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 2 septembre, 5 octobre et
7 novembre 2022, l'AP-HM, représentée par Me Deguitre, conclut, dans le dernier état de ses écritures, à titre principal, au rejet de la requête et des conclusions de la caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes, et, à titre subsidiaire, à ce qu'une nouvelle expertise soit ordonnée avant-dire droit, et, à titre infiniment subsidiaire, au rejet ou à la réduction des prétentions indemnitaires de la requérante.
Elle fait valoir les mêmes éléments de défense que dans l'instance n° 2203082.
Vu :
- le rapport d'expertise remis le 8 janvier 2022 ;
- l'ordonnance du président du tribunal administratif de Marseille du
3 février 2022 taxant les frais et honoraires de l'expert, le docteur D, à la somme de
1 715 euros ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- l'arrêté interministériel du 30 décembre 2021 relatif au tarif minimal mentionné au I de l'article L. 314-2-1 du code de l'action sociale et des familles et fixant son montant pour 2022 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de M. Ricard, rapporteur public,
- et les observations de Me Tatarian, pour la requérante.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E a été opérée en 2010 pour la pose d'une prothèse de hanche droite. Le 22 novembre 2019, elle a été admise à l'IHU pour la réalisation d'une ponction d'une masse péri-prothétique de la hanche droite. Les suites de cette intervention ont été marquées par des douleurs persistantes et un œdème du membre inférieur droit ainsi qu'un érythème de la jambe qui ne se sont pas améliorés malgré un traitement par antibiotique. La réalisation d'un électroneuromyogramme (EMG) le 7 février 2020 a mis en évidence une atteinte axonale globale du nerf fémoral droit dans la région inguinale. A la suite de la remise, par le docteur D, du rapport d'expertise diligentée par le tribunal, Mme E, estimant que ses séquelles résultent d'une faute de l'AP-HM dans sa prise en charge médicale, a sollicité cette dernière aux fins d'indemnisation de ses préjudices par courrier du
10 mars 2022. En l'absence de réponse de l'établissement de santé, Mme E demande au tribunal, par requête enregistrée sous le n°2203082, de condamner l'AP-HM à l'indemniser des préjudices résultant de sa prise en charge médicale par cet établissement.
2. Par la requête enregistrée sous le n°2205031, Mme E a par ailleurs sollicité le versement d'une provision d'un montant de 200 000 euros à titre principal à valoir sur l'indemnisation de ses préjudices.
3. Les requêtes n° 2203082 et 2205031 concernent le même fait générateur et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'homologation du rapport d'expertise :
4. L'homologation consiste à donner un caractère exécutoire à un acte. L'expertise n'ayant notamment pas conduit à un accord entre les parties, susceptible de fonder une transaction entre elles, mais se bornant à déterminer, conformément à la mission confiée à l'expert, la nature et l'étendue des désordres ainsi que le coût des travaux de reprise, il n'y a en tout état de cause pas lieu, pour le tribunal, d'en prononcer l'homologation.
Sur la contestation des opérations d'expertise :
5. L'AP-HM soutient que l'expertise est contestable dès lors que l'expert n'a pas déposé de pré-rapport et que plus de cinquante pièces auraient été communiquées par le conseil de la requérante le jour de l'accédit. Toutefois, d'une part, l'expert n'était pas tenu de rédiger un pré-rapport, et, d'autre part, il résulte de l'instruction que le conseil de la requérante a transmis, par courriel du 14 décembre 2021, les pièces visées par le rapport d'expertise à l'expert lui-même et au conseil de l'assureur de l'AP-HM. En outre, l'expert indique, dans un courriel du 22 décembre 2021 adressé au médecin conseil de l'AP-HM attendre sa réponse et ses pièces avant de déposer son rapport. Dès lors, l'AP-HM n'est pas fondée à soutenir que les opérations d'expertise n'auraient pas respecté le principe du contradictoire.
En ce qui concerne la responsabilité de l'AP-HM :
6. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".
7. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise du docteur D que Mme E présentait une masse autour de sa prothèse de hanche qui nécessitait la ponction qui a été réalisée. Celle-ci a cependant été effectuée, selon l'expert, à proximité du nerf fémoral qui a été lésé lors de la réalisation du geste, ce qui est contraire aux règles de l'art. A cet égard, si l'AP-HM fait valoir que l'expert n'a déterminé le site de la ponction qu'au regard des explications de la requérante, sans l'avoir constaté à l'aide d'une imagerie et que la masse péri prothétique qu'elle présentait avant l'opération aurait pu causer les mêmes séquelles de paralysie, la défense ne produit aucune pièce, en particulier, d'imagerie permettant d'infirmer les constatations de l'expert, alors, d'une part, que la ponction a été réalisée dans son établissement par scanner et, d'autre part, que l'électromyogramme ante opératoire du 15 mars 2019 était normal tandis que celui post opératoire du 7 février 2020 révélait une atteinte globale du nerf fémoral. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que celle-ci ait pu être causée par la masse péri prothétique observée avant l'intervention du
22 novembre 2019. En outre, l'expert indique que les violentes douleurs ressenties lors de la ponction, malgré l'anesthésie locale, corroborent l'atteinte du nerf fémoral droit causée par la ponction. Dans ces conditions, l'erreur dans le choix du site de la ponction est à l'origine d'une atteinte du nerf fémoral qui a provoqué la paralysie du quadriceps dont souffre la requérante. Cette erreur constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'AP-HM.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens, et notamment sur le défaut d'information ni d'ordonner la réalisation d'une expertise, que Mme E est fondée à rechercher la responsabilité pour faute de
l'AP-HM dans la réalisation du geste de la ponction et à solliciter la réparation de l'intégralité des préjudices en résultant.
Sur les préjudices :
En ce qui concerne la date de consolidation :
9. Si l'AP-HM soutient que l'expert a fixé arbitrairement la consolidation de l'état de santé de la requérante au 2 juin 2020, elle ne le démontre pas, alors qu'il précise que cette date a été déterminée au regard du dernier EMG réalisé le 2 juin 2020 qui montre une stabilisation de l'état de santé de Mme E et l'absence de signe de récupération. Dès lors, l'AP-HM n'est pas fondée à remettre en cause la date de consolidation fixée par l'expert au 2 juin 2020.
En ce qui concerne les préjudices extra-patrimoniaux temporaires ;
S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :
10. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que le déficit fonctionnel temporaire de Mme E, en lien direct et exclusif avec la faute commise par
l'AP-HM, a été total du 23 au 26 novembre 2019 soit pendant 4 jours. Le déficit fonctionnel temporaire de Mme E a ensuite été partiel, de 50 % du 27 novembre 2019 au
18 décembre 2019, date de consultation à l'IHU, soit durant 22 jours, et de 30% du
19 décembre 2019 jusqu'à la veille de la date de consolidation de son état de santé fixée au
2 juin 2020, soit durant 166 jours. Par suite, il sera fait une juste appréciation de la réparation due au titre des périodes de déficit fonctionnel temporaire total et partiel de ce préjudice en la fixant à la somme de 865 euros.
S'agissant des souffrances endurées :
11. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que
Mme E a enduré des souffrances évaluées à 3 sur une échelle de 1 à 7 comprenant la douleur physique, en particulier liée aux plaies nerveuses mais également les souffrances psychiques et morales liées à la faute de l'AP-HM. En l'espèce, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 3 600 euros.
S'agissant du préjudice esthétique temporaire :
12. Il résulte du rapport d'expertise que Mme E a présenté un préjudice esthétique temporaire résultant de la nécessité d'utiliser une canne en permanence. Ce préjudice a été évalué par l'expert à 1 sur une échelle de 1 à 7. Toutefois, ce préjudice n'apparaissant pas distinct du préjudice esthétique permanent, il n'y a pas lieu de l'indemniser séparément.
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux temporaires ;
S'agissant des frais d'assistance d'une tierce personne :
13. Lorsque le juge administratif indemnise dans le chef de la victime d'un dommage corporel la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire déterminé, au vu des pièces du dossier, par référence, soit au montant des salaires des personnes à employer augmentés des cotisations sociales dues par l'employeur, soit aux tarifs des organismes offrant de telles prestations, en permettant le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat et sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.
14. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise, que l'état de
Mme E nécessitait l'assistance d'une tierce personne pour les gestes de la vie courante à raison de 3 heures par jour tous les jours de la semaine jusqu'à la date de consolidation, fixée au 2 juin 2020 hors période d'hospitalisation. Dès lors, il convient, en tenant compte du salaire minimum interprofessionnel de croissance, augmenté des charges sociales, de 13 euros pour une aide non spécialisée, et non de 23 euros comme le demande la requérante sans le justifier, pour une année évaluée à 412 jours pour tenir compte des congés payés, de mettre à la charge de l'AP-HM la somme de 8 276 euros dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que l'intéressée percevrait la prestation de compensation du handicap.
En ce qui concerne les préjudices extra-patrimoniaux permanents ;
S'agissant du déficit fonctionnel permanent :
15. Il résulte de l'instruction que Mme E, née le 21 janvier 1935, présente un taux de déficit fonctionnel permanent de 30 % en raison de la paralysie du nerf fémoral, qui ne régresse pas selon l'expert et de son syndrome dépressif en lien exclusif avec la faute dont elle a été victime. Eu égard à ce taux et à son âge à la date de consolidation de son état de santé, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à la somme de
35 000 euros.
S'agissant du préjudice esthétique permanent :
16 Il résulte du rapport d'expertise que Mme E a présenté un préjudice esthétique temporaire résultant de la nécessité d'utiliser une canne en permanence. Ce préjudice a été évalué par l'expert à 1 sur une échelle de 1 à 7. Il sera fait une juste appréciation de la réparation due au titre de ce chef de préjudice en la fixant à la somme de
1 000 euros.
S'agissant du préjudice d'agrément :
17. La requérante soutient qu'elle ne peut plus se promener avec son mari, alors qu'elle sortait beaucoup et recevait des personnes chez elle. Toutefois, elle n'établit pas qu'elle s'adonnait à cette activité avant l'intervention du 22 novembre 2019 alors qu'elle souffrait antérieurement de sa hanche droite. Par suite, elle n'est pas fondée à demander l'indemnisation de ce chef de préjudice.
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux permanents ;
S'agissant des frais d'assistance aux opérations d'expertise :
18. Mme E demande le remboursement des frais qu'elle a engagés et dont elle justifie pour un montant de 1 020 euros au titre de l'assistance à expertise du Dr A ainsi que des frais engagés pour la réalisation d'une étude de ses préjudices par un ergothérapeute pour un montant de 800 euros. Par suite, il y a lieu de condamner l'AP-HM à lui verser la somme de 1 820 euros à ce titre.
S'agissant des dépenses de santé futures :
19. Mme E sollicite la somme de 1000 euros au titre des frais d'orthèse verrouillable dont le besoin a été retenu par l'expert. Toutefois aucune facture n'a été produite malgré la demande du tribunal révélant un éventuel reste à charge alors qu'il résulte des débours de la caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes qu'elle a pris en charge des frais d'appareillage à hauteur de 34,34 euros. Dès lors, la demande d'indemnisation présentée à ce titre doit être rejetée.
S'agissant de l'assistance d'une tierce personne :
20. Lorsque le juge administratif indemnise la victime d'un dommage corporel du préjudice résultant pour elle de la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne dans les actes de la vie quotidienne, il détermine d'abord l'étendue de ces besoins d'aide et les dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il fixe, ensuite, le montant de l'indemnité qui doit être allouée par la personne publique responsable du dommage, en tenant compte des prestations dont, le cas échéant, la victime bénéficie par ailleurs et qui ont pour objet la prise en charge de tels frais. À ce titre, il appartient au juge, lorsqu'il résulte de l'instruction que la victime bénéficie de telles prestations, de les déduire d'office de l'indemnité mise à la charge de la personne publique, en faisant, si nécessaire, usage de ses pouvoirs d'instruction pour en déterminer le montant. En vertu des principes qui régissent l'indemnisation par une personne publique des victimes d'un dommage dont elle doit répondre, il y a lieu de déduire d'une rente allouée à la victime du dommage dont un établissement public hospitalier est responsable, au titre de l'assistance par tierce personne, les prestations versées par ailleurs à cette victime et ayant le même objet. Il en va ainsi tant pour les sommes déjà versées que pour les frais futurs. Lorsque la personne publique n'est tenue de réparer qu'une fraction du dommage corporel, cette déduction ne doit toutefois être opérée que dans la mesure requise pour éviter que le cumul des prestations et de l'indemnité versée excède les dépenses nécessaires aux besoins d'aide par tierce personne, évaluées ainsi qu'il a été dit plus haut.
21. Il résulte du rapport d'expertise que Mme E, dont l'état de santé n'a pas évolué depuis la date de sa consolidation fixée au 2 juin 2020, a besoin de l'assistance d'une tierce personne pour les gestes de la vie courante à raison de 3 heures par jour tous les jours de la semaine.
22. En ce qui concerne la période de 212 jours comprise entre le 2 juin 2020 et le
31 décembre 2020, au cours de laquelle le taux horaire de cette assistance doit être porté à
14 euros, s'agissant en l'espèce d'une assistance non spécialisée, cette aide doit être évaluée à la somme de 10 050 euros.
23. En ce qui concerne la période de 365 jours allant du 1er janvier 2021 au
31 décembre 2021 au cours de laquelle le taux horaire doit être fixé à 15 euros, l'aide doit être évaluée à la somme de 18 540 euros.
24. En ce qui concerne la période de 365 jours allant du 1er janvier 2022 au
31 décembre 2022, pour un tarif horaire de 22 euros fixé par l'arrêté du 30 décembre 2021 pris pour l'application de l'article L. 314-2-1 du code de l'action sociale et des familles, dans sa rédaction issue de l'article 44 de la loi du 23 décembre 2021, sur la base de 365 jours dès lors que cette moyenne horaire est réputée intégrer l'ensemble des charges sociales ainsi que les droits à congés payés des salariés, cette aide doit être évaluée à la somme de 24 090 euros.
25. En ce qui concerne la période de 29 jours allant du 1er janvier 2023 à la date de mise à disposition du présent jugement, en appliquant, pour une aide non spécialisée le taux horaire de 23 euros fixé par l'arrêté du 30 décembre 2022 fixant le montant du tarif minimal mentionné au I de l'article L. 314-2-1 du code de l'action sociale et des familles pour 2023, sur la base de 365 jours dès lors que cette moyenne horaire est réputée intégrer l'ensemble des charges sociales ainsi que les droits à congés payés des salariés, l'aide accordée à ce titre est évaluée à la somme de 2 001 euros.
26. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de mettre à la charge de l'AP-HM la somme totale de 54 681 euros au titre de l'indemnisation des frais d'assistance par tierce personne échus dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que l'intéressée a perçu la prestation de compensation du handicap ou percevrait l'allocation personnalisée d'autonomie.
27. En ce qui concerne les frais d'assistance par tierce personne qu'exposera
Mme E à compter du présent jugement, ceux-ci doivent être arrêtés sur la base des mêmes besoins que ceux fixés au point précédent, pour un tarif horaire de 23 euros fixant le montant du tarif minimal mentionné au I de l'article L. 314-2-1 du code de l'action sociale et des familles pour 2023, sur la base de 365 jours dès lors que cette moyenne horaire est réputée intégrer l'ensemble des charges sociales ainsi que les droits à congés payés des salariés. Ainsi, s'agissant des arrérages à échoir, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice, à compter de la date du présent jugement et à titre viager, en l'évaluant à une somme annuelle de 141 212,29 euros, compte tenu du prix de l'euro de rente viagère eu égard à l'âge de l'intéressée à la date de mise à disposition du jugement, tel que défini par le barème de capitalisation des rentes actualisé en 2022. L'AP-HM doit donc être condamnée au versement d'une rente annuelle d'un tel montant sous déduction des éventuelles prestations versées au titre de l'allocation personnalisée d'autonomie. Cette rente sera versée à terme échu et revalorisée annuellement par application des coefficients prévus à l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale.
S'agissant des frais d'adaptation du logement ;
28. Il résulte du rapport d'expertise que si l'expert indique qu'une visite des locaux aurait été indispensable pour détailler les aménagements à prévoir, il retient la nécessité d'un rehausseur et d'un changement de douche. Par suite, il y a lieu d'accorder à l'intéressée l'indemnisation de l'installation d'une salle de bain adaptée appréciée en tenant compte du devis établi par la société MGM évaluant les travaux à la somme de 15 322,09 euros, dont il convient toutefois de retirer la dépose de la machine à laver, le remplacement des toilettes non retenu par l'expert sauf en ce qui concerne la barre d'appui, le changement de lavabo ainsi que le lit médicalisé non retenus par l'expert. Il convient cependant de retenir le changement de la chaise avec coussin d'aide à la levée et l'aide d'un coussin rotatif pour les trajets en véhicule d'un montant respectif évalué par le rapport de l'ergothérapeute à 499,90 euros et 34,90 euros, l'expert ayant indiqué le besoin d'un rehausseur. Par suite, les frais d'adaptation du logement sont évalués à la somme totale de 9 125,05 euros.
29. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'AP-HM à verser à Mme E la somme totale de 113 367,05 euros en réparation des préjudices subis ainsi qu'une rente annuelle de 141 212,29 euros au titre des frais d'assistance par une tierce personne engagés à compter de la mise à disposition du présent jugement.
Sur la provision :
30. Le présent jugement statuant sur la demande au fond, les conclusions tendant au versement d'une provision ont perdu leur objet, de sorte qu'il n'y a pas lieu de statuer sur celles-ci.
Sur les conclusions de la caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes :
31. A l'appui de sa demande de remboursement, d'un montant total de
7 585,48 euros avec intérêt au taux légal, la caisse commune de sécurité sociale des
Hautes-Alpes produit un état des débours et une attestation d'imputabilité du médecin-conseil du 15 novembre 2022. Elle établit qu'elle a engagé des frais hospitaliers du 23 au
26 novembre 2019 pour un montant total de 5 784 euros, des frais médicaux du
30 décembre 2019 au 8 décembre 2020 pour un montant de 181,73 euros, des frais pharmaceutiques du 4 décembre 2019 au 3 février 2020 pour un montant de 45,33 euros, des frais d'appareillage du 6 février au 9 juin 2020 pour un montant de 34,34 euros, des frais de franchise à déduire du 30 décembre 2019 au 15 mai 2020 pour un montant de 15,50 euros et, postérieurement à la date de la consolidation, des frais médicaux et pharmaceutiques le
8 décembre 2020 pour un montant de 190,94 euros, de frais d'appareillage les 3 et 9 juin 2020 pour un montant de 1 225,76 euros et des frais de transport pour se rendre à un examen médical (EMG) imputable, le 8 décembre 2020 pour un montant de 138,88 euros.
32. Il résulte de ce qui précède qu'au titre des débours, l'AP-HM doit être condamnée à verser à la caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes la somme de
7 585,48 euros. Cette somme sera assortie des intérêts au taux légal à compter de la date d'enregistrement du mémoire du 27 juillet 2022.
En ce qui concerne l'indemnité forfaitaire de gestion :
33. Compte tenu du montant du remboursement obtenu, la caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes a droit, au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue par l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, à la somme actualisée de 1 162 euros.
Sur la charge des frais d'expertise :
34. Il y a lieu de mettre à la charge de l'AP-HM les frais et honoraires des expertises du Dr D liquidés et taxés à la somme de 1 715 euros par ordonnance du président du tribunal du 3 février 2022.
Sur les frais d'instance :
35. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'AP-HM le versement à Mme E d'une somme de 1 500 euros en application de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que le versement d'une somme de 500 euros à la caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes au même titre.
D É C I D E :
Article 1er : L'AP-HM est condamnée à payer à Mme E la somme de
113 367,05 euros en réparation des préjudices subis ainsi qu'à verser une rente annuelle de 141 212,29 euros au titre des frais d'assistance par une tierce personne engagés à compter de la mise à disposition du présent jugement.
Article 2 : L'AP-HM est condamnée à payer à la caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes la somme de 7 585,48 euros au titre des débours, assortie des intérêts au taux légal à compter du 27 juillet 2022, ainsi que la somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Article 3 : Les frais d'expertise liquidés et taxés à la somme de 1 715 euros sont mis à la charge définitive de l'AP-HM.
Article 4 : L'AP-HM versera à Mme E une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : L'AP-HM versera à la caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes une somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme F E née C, à l'Assistance Publique-Hôpitaux de Marseille et à la caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes.
Copie en sera adressée au Docteur D.
Délibéré après l'audience du 16 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Hogedez, présidente,
Mme Fabre, première conseillère,
Mme Journoud, conseillère,
Assistées de Mme Ibram, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2023.
La rapporteure,
signé
E. B La présidente,
signé
I. HOGEDEZLa greffière,
signé
S. IBRAM
La République mande et ordonne au ministre la santé et de la prévention en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Nos 2203082
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026