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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2203303

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2203303

mardi 13 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2203303
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7è Ch Magistrat statuant seul
Avocat requérantDE CAUMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 25 février 2022 et le 25 mai 2022, M. A C, représenté par Me Sabatakakis, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée " 48 SI " du 8 novembre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a constaté l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul, et les décisions de retrait de points consécutives aux infractions relevées les 21 avril 2014, 22 juin 2014, 7 mai 2016, 9 septembre 2017, 9 mai 2017, 25 avril 2018, 21 juillet 2018, 28 novembre 2020, 7 février 2020, 5 octobre 2020, 9 janvier 2021 et 26 janvier 2021 ;

2°) d'enjoindre au ministre de lui restituer son permis de conduire affecté des points illégalement retirés dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il ne s'est pas vu délivrer les informations préalables prévues par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- la mention de la sanction pénale relative à l'infraction commise le 10 mai 2008 n'est pas suffisamment motivée pour permettre de vérifier son caractère définitif.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mai 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 19 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code pénal et le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a désigné Mme B en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C demande au tribunal l'annulation de la décision référencée " 48 SI " par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul, ainsi que celle des décisions de retrait de points consécutives aux infractions constatées les 21 avril 2014, 22 juin 2014, 7 mai 2016, 9 septembre 2017, 9 mai 2017, 25 avril 2018, 21 juillet 2018, 28 novembre 2020, 7 février 2020, 5 octobre 2020, 9 janvier 2021 et 26 janvier 2021, ayant selon lui concouru à ce solde nul.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte de l'instruction que les points retirés à la suite des infractions constatées les 22 juin 2014, 9 septembre 2017, 25 avril 2018 et 21 juillet 2018 ont été restitués les 10 mars 2015, 2 avril 2018, 28 février 2019 et 16 avril 2019, antérieurement à l'introduction de la requête introductive d'instance enregistrée le 25 février 2022. Par suite, les conclusions dirigées contre ces retraits de points, qui étaient sans objet dès l'introduction de la requête, sont irrecevables. Le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de ces retraits est inopérant.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. / () La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive. () ". La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

4. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du relevé d'information intégral du requérant, que ce dernier a payé l'amende forfaitaire relative à l'infraction constatée le 28 novembre 2020 relevée par radar automatique. Il découle de cette seule constatation que le requérant a nécessairement reçu l'avis de contravention pour cette infraction. Il suit de là que l'administration doit être regardée, dans les circonstances de l'espèce, et alors que l'intéressé n'établit pas, à défaut de produire les documents qui lui ont été remis, que ceux-ci seraient inexacts ou incomplets, comme apportant la preuve qu'elle a satisfait à son obligation d'information préalable du contrevenant. Le requérant n'est, dès lors, pas fondé à soutenir que la décision par laquelle le ministre a retiré un point de son permis de conduire à la suite de cette infraction aurait été prise au terme d'une procédure irrégulière.

5. En deuxième lieu, en application du second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale, en l'absence de paiement ou de requête en exonération dans le délai de quarante-cinq jours suivant, selon les cas, la date de constatation de l'infraction ou la date d'envoi de l'avis de contravention, l'amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée en vertu d'un titre rendu exécutoire par le ministère. Le paiement de l'amende forfaitaire majorée suffit à établir que l'administration s'est acquittée envers le titulaire du permis de son obligation d'information, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre que cet avis était inexact ou incomplet. En l'espèce il résulte de l'instruction, notamment de l'examen du relevé intégral d'information et des attestations de paiement établies par le trésorier principal de la Trésorerie du contrôle automatisé, que M. C a payé l'amende forfaitaire majorée correspondant à l'infraction du 21 avril 2014. Alors que le requérant ne produit pas d'éléments de nature à mettre en doute l'exactitude des informations contenues dans ce document émanant de la trésorerie ni à établir que le paiement de l'amende forfaitaire majorée serait intervenu par la voie du recouvrement forcé engagée par le comptable public à son encontre ou qu'il aurait reçu un titre exécutoire incomplet ou inexact, il découle de cette seule constatation qu'il doit être regardé comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de ces amendes, les informations requises. Il suit de là que le requérant n'est pas fondé à soutenir que le retrait de deux points prononcé à la suite de ces infractions serait intervenu au terme d'une procédure irrégulière.

6. En troisième lieu, depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante.

7. Les infractions commises les 7 mai 2016, 9 mai 2017 et 7 février 2020, qui ont entraîné le retrait de deux points, de trois points et d'un point ont été constatées par l'établissement d'un procès-verbal électronique. Le ministre produit une copie des procès-verbaux se rapportant à ces infractions, lesquels revêtent la signature de M. C et précisent la qualification de l'infraction et comportent, en annexe, la mention selon laquelle un retrait de deux points, de trois points et d'un point est prévu. Ces procès-verbaux comportent, en outre, la mention de l'existence d'un traitement automatisé des points, de la possibilité pour l'intéressé d'exercer un droit d'accès et de rectification et de ce que le paiement de l'amende entraîne la reconnaissance de l'infraction. Dans ces conditions, le ministre doit être regardé comme s'étant acquitté de l'obligation qui lui incombe de fournir les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Il suit de là que M. C n'est pas fondé à soutenir que les retraits de deux points, de trois points et d'un point prononcés à la suite de ces infractions seraient intervenus au terme d'une procédure irrégulière.

8. En quatrième lieu, le ministre n'est pas en mesure d'apporter la preuve de la délivrance de l'information requise préalablement aux retraits de points consécutifs aux infractions constatées les 5 octobre 2020, 9 janvier 2021 et 26 janvier 2021. Les procès-verbaux, produits par le ministre ne comportent pas la signature du requérant, tandis qu'il n'établit pas, par la production d'une attestation de paiement ou un bordereau de situation émanant du comptable public, que le requérant aurait réglé les amendes forfaitaires majorées correspondantes. Dans ces conditions, M. C ne saurait être regardé comme ayant bénéficié de l'ensemble des informations légalement exigées à l'occasion de ces infractions. Il est, par suite, fondé à soutenir que le retrait de quatre points, quatre points et quatre points correspondants ont été prononcés à l'issue d'une procédure irrégulière, et à en demander l'annulation. Son solde de points n'étant, dès lors, pas nul, il est également fondé, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, à demander l'annulation de la décision " 48 SI " contestée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que l'administration restitue à M. C les douze points correspondants aux infractions constatées les 5 octobre 2020, 9 janvier 2021 et 26 janvier 2021. Il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, de procéder à cette restitution, de déterminer en conséquence le nombre de points attaché au permis de conduire de M. C, compte tenu du retrait de points régulièrement prononcé et d'éventuelles infractions ultérieures, et de restituer le permis si le solde est positif.

Sur les conclusions relatives aux dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par M. C au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du ministre de l'intérieur référencée " 48 SI " du 8 novembre 2021, portant invalidation du permis de conduire de M. C et les décisions portant retrait d'un total de douze points à la suite des infractions constatées les 5 octobre 2020, 9 janvier 2021 et 26 janvier 2021 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de déterminer le nombre de points attachés au permis de conduire de M. C, compte tenu des annulations ainsi prononcées, d'éventuelles infractions ultérieures, et de le lui restituer si son solde de points est positif.

Article 3 : Le surplus de conclusions présentées par M. C est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2023.

La greffière,

signé

A. VidalLa magistrate désignée,

signé

A. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

La greffière,

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