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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2203905

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2203905

jeudi 14 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2203905
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantBRET BREMENS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 9 mai 2022 et 23 janvier 2023 et 21 mars 2023, la SAS Laphal Industries, représentée par Me Ripert, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, de prononcer la décharge des cotisations foncières des entreprises auxquelles elle a été assujettie dans les rôles de la commune du Rousset au titre des années 2020 et 2021 ;

2°) à titre subsidiaire, de prononcer la réduction des cotisations foncières des entreprises auxquelles elle a été assujettie dans les rôles de la commune du Rousset au titre des années 2020 et 2021 ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'administration ne lui a pas communiqué la liste des biens taxés et le détail de la méthode et du calcul appliqués pour établir les impositions en litige ;

- les biens taxés listés par l'administration fiscale dans son mémoire en défense ne figurent pas dans la liste des immobilisations de la SCI du 56 sainte victoire au titre des années 2018 et 2019, périodes de référence à retenir pour l'établissement respectif des cotisations foncières des entreprises 2020 et 2021 ;

- l'administration ne pouvait établir cette liste des biens passibles des cotisations foncières des entreprises en litige à partir de données datant de 2014 ;

- les bases des impositions en litige retenues par l'administration sont surévaluées ;

- c'est à tort que l'administration a retenu, pour déterminer la base de l'imposition, des biens spécifiquement adaptés aux activités susceptibles d'être exercées au sein des locaux qu'elle exploite.

Par des mémoires en défense enregistrés le 23 novembre 2022 et le 14 février 2023, la directrice régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Charpy, rapporteure,

- les conclusions de M. Secchi, rapporteur public,

- et les observations de Me Rippert, représentant la SAS Laphal industries.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Laphal Industries, qui exerce une activité de fabrication et de distribution de médicaments et compléments alimentaires, a été assujettie à des cotisations foncières des entreprises dans les rôles de la commune du Rousset au titre des années 2020 et 2021, à raison d'un bien qu'elle exploite, situé au 56 lotissement industriel Rousset. La réclamation contentieuse qu'elle a formée le 30 décembre 2021 ayant été rejetée par une décision de l'administration fiscale le 9 mars 2022, la société requérante demande au tribunal de prononcer, à titre principal, la décharge, à titre subsidiaire, la réduction, de ces impositions.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

En ce qui concerne la régularité de la procédure :

2. Il résulte de l'instruction qu'à l'issue d'une vérification des bases retenues pour l'établissement des cotisations foncières des entreprises des années 2011 à 2014, le service a réévalué les bases de la cotisation foncière des entreprises due par la société requérante pour ces années, en application de la méthode comptable. L'administration indique que les bases retenues pour établir les cotisations foncières des entreprises des années 2020 et 2021 sont celles qui ont été portées à la connaissance de la SAS Laphal industries suite à la procédure de contrôle fiscal précité, notamment dans le courrier du 18 décembre 2014 versé au dossier, et réactualisées ensuite avec les coefficients de revalorisation.

3. À cet égard, d'une part, aucun texte ni aucun principe n'imposant à l'administration fiscale de produire le détail du calcul des cotisations primitives en litige avant d'assujettir la SAS Laphal industries à celles-ci, et la méthode retenue ayant finalement été explicitée dans le cadre de la présente instance, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la procédure serait irrégulière faute pour l'administration de lui avoir communiqué le détail de la méthode appliquée pour établir les impositions en litige.

4. D'autre part, la seule circonstance que la liste des immobilisations effectivement taxées au titre du bien immobilier qu'elle exploite sur le site du Rousset, produite par l'administration, soit imprécise, à la supposer établie, ne suffit pas davantage à justifier la décharge des impositions en litige, dès lors que cette liste est issue des données comptables communiquées et des déclarations souscrites par la société requérante elle-même, cette dernière reconnaissant d'ailleurs dans ses écritures avoir pu identifier les biens taxés. Le moyen tiré de l'insuffisance de précision des bases des impositions en litige doit, par suite, être également écarté.

En ce qui concerne le bien fondé des impositions :

5. Aux termes de l'article 1467 du code général des impôts : " La cotisation foncière des entreprises a pour base la valeur locative des biens passibles d'une taxe foncière situés en France, à l'exclusion des biens exonérés de taxe foncière sur les propriétés bâties en vertu des 11° et 12° de l'article 1382, dont le redevable a disposé pour les besoins de son activité professionnelle pendant la période de référence définie aux articles 1467 A et 1478, à l'exception de ceux qui ont été détruits ou cédés au cours de la même période. () ". Aux termes de l'article 1381 du même code : " Sont également soumis à la taxe foncière sur les propriétés bâties : 1° Les installations destinées à abriter des personnes ou des biens ou à stocker des produits ainsi que les ouvrages en maçonnerie présentant le caractère de véritables constructions tels que, notamment, les cheminées d'usine, les réfrigérants atmosphériques, les formes de radoub, les ouvrages servant de support aux moyens matériels d'exploitation ; () 2° Les ouvrages d'art et les voies de communication ; () ". Aux termes de l'article 1382 de ce code : " Sont exonérés de la taxe foncière sur les propriétés bâties : () 11° Les outillages et autres installations et moyens matériels d'exploitation des établissements industriels à l'exclusion de ceux visés aux 1° et 2° de l'article 1381 ; () ".

6. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve au contribuable, il appartient au juge de l'impôt, au vu de l'instruction et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si la situation du contribuable entre dans le champ de l'assujettissement à l'impôt ou, le cas échéant, s'il remplit les conditions légales d'une exonération.

7. Le prix de revient des immobilisations industrielles passibles de la taxe foncière, évalué selon la méthode comptable, est celui qui est inscrit à l'actif du bilan. L'administration peut se fonder sur les énonciations comptables opposables à la société pour inclure dans la valeur locative des immobilisations le montant des travaux inscrits en tant qu'immobilisations, sauf pour la société à démontrer que ces travaux constitueraient en réalité des charges déductibles.

8. En premier lieu, la société requérante n'est pas fondée à reprocher à l'administration d'avoir établi la liste des biens passibles des cotisations foncières des entreprises en litige à partir des données datant de 2014, dès lors qu'elle n'a pas contesté les bases retenues pour 2014, et alors, d'une part, qu'elle n'établit ni même n'allègue s'être acquittée des obligations déclaratives qui lui incombent en vertu de l'article 1477 du code général des impôts, en particulier avoir rempli le formulaire 1447-M requis en cas de changement dans les bases d'imposition à la contribution sociale des entreprises, notamment en raison de la variation d'un élément d'imposition, d'autre part, qu'elle a elle-même demandé à l'administration fiscale, dans le cadre de sa réclamation contentieuse, de recalculer les contributions foncières des entreprises en litige à partir de la base retenue au titre de la dernière année contrôlée par l'administration à savoir 2014.

9. Dans ces conditions, et en tout état de cause, la seule production par la SAS Laphal Industries de la liste des immobilisations de la SCI du 56 rue Sainte Victoire au titre des années 2018 et 2019, ne mentionnant pas de biens immobiliers acquis à des dates correspondant à celles mentionnées dans la liste produite par l'administration, ne suffit pas à établir que la société n'exploitait pas effectivement les biens taxés, alors que la société requérante, qui ne conteste pas exploiter des biens immobiliers appartenant à la SCI 56 Avenue, n'apporte aucun élément permettant d'identifier et d'évaluer les bases que l'administration aurait dû, selon elle, retenir pour l'assujettir aux contributions foncières des entreprises au titre des années 2020 et 2021.

10. En deuxième lieu, la circonstance que l'évaluation retenue des bases taxables pour les contributions foncières des entreprises au titre de 2020 et 2021 soit sans commune mesure avec celle qui a été retenue lors du contrôle réalisé par l'administration fiscale au titre des années 2011 à 2014, ne suffit pas, à elle seule, à établir le caractère excessif ou erroné de l'évaluation du prix de revient global de ces immobilisations. Dans ces conditions, la société requérante, qui n'assortit ce moyen d'aucune précision supplémentaire, n'est pas fondée à soutenir que les bases des contributions foncières des entreprises dont elle demande la décharge sont surévaluées.

11. En troisième et dernier lieu, pour revendiquer le bénéfice des dispositions du 11° de l'article 1382 du code général des impôts précitées, la société requérante fait valoir qu'elle produit une liste des immobilisations retenues comme étant spécifiquement adaptées à son activité industrielle, appuyée de factures, et qu'elle explicite les fonctions des biens pour lesquels elle réclame l'exonération, notamment au regard des exigences posées par le guide des bonnes pratiques de fabrication des médicaments et compléments alimentaires.

12. Si la société produit à cet égard un tableau de 19 lignes comportant la mention des 19 immobilisations pouvant bénéficier selon elle de l'exonération précitée, pour quatorze de ces immobilisations, ni les intitulés comptables figurant sur cette liste, ni les commentaires de la société requérante destinés à expliciter leurs fonctions, ni enfin les mentions portées sur les factures correspondantes, ne permettent au tribunal, en raison de leur imprécision, d'apprécier si les biens en cause sont spécifiquement adaptés aux activités susceptibles d'être exercées dans un établissement industriel et, par suite, de considérer qu'ils doivent être regardés comme spécifiquement adaptés aux activités susceptibles d'être exercées dans l'établissement.

13. En revanche, cinq de ces immobilisations, à savoir l'immobilisation n° 10 intitulée " Proquai " à l'appui de laquelle est fournie une facture d'un montant de 25 949 euros correspondant à l'achat et la pose d'un quai de réception des médicaments, ainsi que les 3 immobilisations n° 2, 3 et 4 intitulées " Euroflux sol atelier " accompagnées des trois factures d'un montant respectif de 37 606,40 euros, de 9 401,60 euros et de 3 762 euros correspondant à la pose par une entreprise spécialisée d'un revêtement de sol spécifique pour salle blanche, ainsi que l'immobilisation n° 15 intitulée " Euroflux aménagement locaux " d'un montant de 193 480 euros accompagnée de quatre factures justificatives et correspondant à l'installation d'une centrale de traitement d'air pour salle blanche, satisfont aux conditions fixées pour le bénéfice de l'exonération prévue au 11° de l'article 1382 du code général des impôts au titre des années 2020 et 2021. Par suite, la SAS Laphal Industries est fondée à soutenir que ces cinq installations auraient dû bénéficier de l'exonération prévue au 11° de l'article 1382 du code général des impôts.

14. Il résulte de ce qui précède que la SAS Laphal Industries est seulement fondée à demander la réduction des bases d'imposition, de la valeur locative des biens mentionnés au point précédent n° 13, calculée après application des coefficients de revalorisation, des taux d'intérêt et des abattements mentionnés à l'article 1499 du code général des impôts.

Sur les frais liés au litige :

15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'État la somme de 1500 euros réclamée par la SAS Laphal Industries au titre de ses frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La base de la cotisation foncière des entreprises mise à la charge de la SAS Laphal Industries au titre des années 2020 et 2021 est réduite à raison de la soustraction de la valeur locative, des cinq immobilisations, intitulées " Proquai ", " Euroflux sol atelier " et " Euroflux aménagement locaux " et mentionnées au point n° 13 du présent jugement, calculée après application des coefficients de revalorisation, des taux d'intérêt et des abattements mentionnés à l'article 1499 du code général des impôts.

Article 2 : La SAS Laphal Industries est déchargée des cotisations foncières des entreprises auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2020 et 2021, correspondant à la réduction de la base d'imposition définie à l'article 1.

Article 3 : L'État versera à la SAS Laphal Industries la somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Laphal Industries et à la directrice régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Brossier, président,

Mme Charpy, première conseillère,

Mme Fayard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2024.

La rapporteure,

Signé

C. Charpy

Le président,

Signé

J.B. BrossierLa greffière,

Signé

D. Dan

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, en ce qui le concerne, ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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