mardi 6 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2203917 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL LELIEVRE SAINT-PIERRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 10 mai 2022, le 14 décembre 2022, le 22 juin 2023 et le 20 octobre 2023, M. A C et Mme B C, représentés par Me Saint-Pierre, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de condamner solidairement l'Assistance publique - hôpitaux de Marseille (AP-HM) et son assureur la SHAM devenue Relyens, ou subsidiairement l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), à verser à titre de dommages et intérêts d'une part à M. C, à titre principal, une somme de 2 461 705,30 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 12 février 2020 et capitalisation des intérêts à compter du 12 février 2021 ainsi qu'une rente annuelle de 227 760 euros et, à titre subsidiaire, s'agissant de l'aide humaine une somme de 500 000 euros à titre de provision et d'une rente provisionnelle annuelle de 75 000 euros, payable mensuellement à terme échus, en l'attente de la réalisation d'une expertise visant à réaliser un bilan complet en ergothérapie au domicile de M. C, donner un avis sur les besoins en aide humaine, en aménagement du logement et sur les diverses aides techniques requises avant et après le rapport et, d'autre part, à Mme C une somme de 85 000 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 12 février 2020 et capitalisation des intérêts ;
2°) de mettre à la charge de l'AP-HM et de son assureur, ou subsidiairement de l'ONIAM, une somme de 10 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- un changement du défibrillateur automatique implantable (DAI) pour un pacemaker en octobre 2016 a été réalisé alors que M. C n'en avait pas été informé et n'avait donné son consentement que pour la pose d'un nouveau DAI, lequel aurait prévenu l'arrêt cardiocirculatoire du 25 juin 2017 ;
- l'ordonnance de sortie suite au changement du DAI pour un pacemaker en octobre 2016 était dangereuse sur le plan rythmologie et est la cause de l'arrêt cardiocirculatoire de M. C ;
- celui-ci a une origine iatrogène et ouvre droit à l'indemnisation par la solidarité nationale de tout préjudice non imputable à une faute de l'AP-HM ;
- le préjudice de M. C, victime principale, doit être réparé à hauteur de 385,10 euros au titre des frais divers, 20 000 euros au titre des frais de logement adapté, 1 594 320 euros au titre de l'assistance par une tierce personne jusqu'à la date du jugement, puis 227 760 euros de rente annuelle indexée sur l'évaluation de l'indice du prix à la consommation, 29 000 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, 40 000 euros au titre des souffrances endurées, 6 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire, 200 000 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, 7 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent, 40 000 euros au titre du préjudice d'agrément ou préjudice permanent exceptionnel et 25 000 euros au titre du préjudice sexuel ;
- le préjudice de Mme C, épouse de la victime, doit être réparé à hauteur de 30 000 euros au titre du préjudice d'affection et d'accompagnement, 30 000 euros au titre du préjudice permanent exceptionnel en lien avec la privation de toute vie sociale et 25 000 euros au titre du préjudice sexuel.
Par des mémoires en intervention, enregistrés le 5 juillet 2022 et le 24 novembre 2023, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) des Bouches-du-Rhône, représentée par Me Constans, demande, dans le dernier état de ses écritures, de condamner solidairement l'AP-HM et Relyens, son assureur, à lui verser une somme de 84 374,10 euros, avec intérêts au taux légal à compter de l'enregistrement de son premier mémoire, l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale et, en outre, de mettre à la charge de l'AP-HM une somme de 800€ en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 octobre 2023, l'AP-HM, représentée par Me Carlini, conclut au rejet de la requête.
L'AP-HM fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 février 2023, l'ONIAM, représenté par Me de la Grange, conclut à sa mise hors de cause et à ce qu'il soit mis à la charge de tout succombant une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- les manquements fautifs de l'AP-HM sont à l'origine des préjudices, et non un accident médical non fautif ;
- l'état antérieur du patient est à l'origine de ses dommages.
Par un mémoire, enregistré le 22 juin 2023, M. et Mme C déclarent se désister purement et simplement de leurs conclusions dirigées contre l'ONIAM.
Par un mémoire enregistré le 6 septembre 2023, l'ONIAM déclare accepter ce désistement et maintient ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative en ramenant le montant sollicité à 1 500 euros.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Derollepot, rapporteur,
- les conclusions de Mme Lourtet, rapporteure publique,
- et les observations de Me Saint-Pierre, pour M. A C, et de Me Le Goues, substituant Me Carlini, pour l'AP-HM.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, né le 2 décembre 1950, a bénéficié de l'implantation d'un défibrillateur cardiaque triple chambres en décembre 2008 à l'Hôpital Nord, relevant de l'AP-HM, en traitement d'une cardiopathie dilatée ischémique par occlusion de la coronaire droite avec fonction ventriculaire gauche altérée. Suite à un contrôle du défibrillateur ayant montré un dispositif en fin de vie, il a subi le 11 octobre 2016 une intervention durant laquelle son défibrillateur a été remplacé par un pacemaker, sans fonction de défibrillation. Le 25 juin 2017, et alors qu'il était à son domicile, M. C a présenté un arrêt cardiocirculatoire à la suite duquel il a été hospitalisé à l'hôpital de la Timone, relevant également de l'AP-HM, jusqu'au 19 juillet 2017. Par la présente requête, M. et Mme C demandent au tribunal de condamner l'AP-HM à leur verser des dommages et intérêts en réparation des préjudices qu'ils ont subis du fait de l'arrêt cardiocirculatoire de M. A C le 25 juin 2017.
Sur le désistement partiel :
2. Si, dans leur requête, M. et Mme C avaient demandé, à titre subsidiaire, la condamnation de l'ONIAM à l'indemnisation de leurs préjudices au titre de la solidarité nationale, ils ont, dans leur mémoire enregistré le 22 juin 2023 expressément abandonné ces conclusions. Ce désistement étant pur et simple rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.
Sur la responsabilité de l'AP-HM :
3. Aux termes de l'article L. 1111-4 du code de santé publique : " Toute personne prend, avec le professionnel de santé et compte tenu des informations et des préconisations qu'il lui fournit, les décisions concernant sa santé. Le médecin doit respecter la volonté de la personne après l'avoir informée des conséquences de ses choix. Si la volonté de la personne de refuser ou d'interrompre tout traitement met sa vie en danger, le médecin doit tout mettre en œuvre pour la convaincre d'accepter les soins indispensables. Il peut faire appel à un autre membre du corps médical. Dans tous les cas, le malade doit réitérer sa décision après un délai raisonnable. Celle-ci est inscrite dans son dossier médical. () Aucun acte médical ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne et ce consentement peut être retiré à tout moment. Lorsque la personne est hors d'état d'exprimer sa volonté, aucune intervention ou investigation ne peut être réalisée, sauf urgence ou impossibilité, sans que la personne de confiance prévue à l'article L. 1111-6, ou la famille, ou à défaut, un de ses proches ait été consulté. Lorsque la personne est hors d'état d'exprimer sa volonté, la limitation ou l'arrêt de traitement susceptible de mettre sa vie en danger ne peut être réalisé sans avoir respecté la procédure collégiale définie par le code de déontologie médicale et sans que la personne de confiance prévue à l'article L. 1111-6 ou la famille ou, à défaut, un de ses proches et, le cas échéant, les directives anticipées de la personne, aient été consultés. La décision motivée de limitation ou d'arrêt de traitement est inscrite dans le dossier médical. ". Aux termes de l'article R. 4127-36 du même code : " Le consentement de la personne examinée ou soignée doit être recherché dans tous les cas. Lorsque le malade, en état d'exprimer sa volonté, refuse les investigations ou le traitement proposé, le médecin doit respecter ce refus après avoir informé le malade de ses conséquences. Si le malade est hors d'état d'exprimer sa volonté, le médecin ne peut intervenir sans que ses proches aient été prévenus et informés, sauf urgence ou impossibilité. ( )". Hors les cas d'urgence ou d'impossibilité de consentir, la réalisation d'une intervention à laquelle le patient n'a pas consenti oblige l'établissement responsable à réparer tant le préjudice moral subi de ce fait par l'intéressé que, le cas échéant, toute autre conséquence dommageable de l'intervention. La preuve du recueil du consentement du patient incombe à l'établissement hospitalier.
4. Il résulte de l'instruction, et notamment des rapports des 16 avril 2021 et 17 octobre 2022 des expertises diligentées par la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux Provence Alpes Côte d'Azur (CCI PACA), que la cardiopathie de M. C ne relevait plus en 2016 des critères d'implantation d'un défibrillateur. Par suite, la circonstance que celui de l'intéressé a été remplacé par un pacemaker sans fonction de défibrillation ne constitue pas une faute médicale tenant à un choix technique erroné.
5. Toutefois, il n'est pas établi par l'AP-HM, sur laquelle repose la charge de la preuve, que le requérant a consenti à la pose d'un pacemaker sans fonction de défibrillation. En effet, d'une part, le compte-rendu manuscrit de la dernière consultation de M. C avant le remplacement du boitier, mentionne uniquement un " changement de boitier ", sans aucune autre précision ni information qui aurait indiqué le remplacement du défibrillateur par un pacemaker sans fonction de défibrillation. D'autre part, la fiche d'information et de consentement produite au dossier ne concerne que l'implantation d'un défibrillateur automatique sans que l'AP-HM ne puisse utilement invoquer une simple erreur administrative. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que la pose d'un défibrillateur automatique aurait été à même de prévenir les dommages survenus du fait de l'arrêt cardiocirculatoire de M. C le 25 juin 2017, sans que l'AP-HM ne puisse utilement faire valoir que le patient, dont le boîtier antérieur arrivait en fin de vie, ne pouvait se soustraire à cette intervention et qu'il aurait éventuellement donné son consentement avec les explications adéquates alors que l'information apportée au patient portait sur une nouvelle implantation d'un défibrillateur automatique, laquelle était une option thérapeutique valable. Dans ces conditions, la faute de l'AP-HM consistant à réaliser une intervention sans le consentement de son patient, engage son entière responsabilité et l'oblige à réparer l'ensemble des conséquences dommageables de l'intervention, et ce, alors même qu'aucune faute dans l'indication et la réalisation de cette dernière n'a été relevée.
Sur les préjudices :
En ce qui concerne les préjudices de M. C, victime principale :
S'agissant des préjudices temporaires :
Quant aux frais divers :
6. M. C justifie de frais de déplacement pour se rendre aux réunions d'expertise diligentées par la CCI PACA le 16 décembre 2020 à Lyon et le 23 septembre 2022 à Nîmes, soit 616 et 196 kilomètres aller-retour sans établir avoir supporté également à ce titre des frais de péages. Dans ces conditions, ce préjudice sera exactement réparé par la somme de 462,21 euros.
Quant à l'assistance d'une tierce personne temporaire :
7. Lorsque le juge administratif indemnise dans le chef de la victime d'un dommage corporel la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire déterminé, au vu des pièces du dossier, par référence, soit au montant des salaires des personnes à employer augmentés des cotisations sociales dues par l'employeur, soit aux tarifs des organismes offrant de telles prestations, en permettant le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat et sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.
8. Il résulte de l'instruction que M. C présente un état clinique dominé par une apathie et une désorientation temporo-spatiale importante ainsi que des épisodes d'agressivité du fait du syndrome frontal dont il est atteint, conséquences directes de son arrêt cardiocirculatoire. De ce fait, il a eu et aura besoin de l'assistance d'une tierce personne à raison de 10 heures par jour de surveillance non spécialisée depuis son retour à domicile le 20 juillet 2017, ainsi que l'a estimé la CCI PACA dans son avis du 24 avril 2023. Il doit être tenu compte du salaire minimum interprofessionnel de croissance, augmenté des charges sociales, pour une année évaluée à 412 jours pour tenir compte des dimanches et jours fériés ainsi que des congés payés et d'un taux horaire pour une aide non spécialisée de 13 euros. Compte tenu de ces modalités de calcul, l'indemnité due au titre de l'assistance par tierce personne jusqu'au 25 juin 2020, date de consolidation, doit être évaluée à la somme de 157 158 euros.
Quant au déficit fonctionnel temporaire :
9. Il résulte de l'instruction, et notamment des rapports d'expertise du 16 avril 2021 et du 17 octobre 2022, que M. C a subi un déficit fonctionnel temporaire total du 25 juin 2017 au 19 juillet 2017, soit 25 jours, et un déficit fonctionnel temporaire partiel de classe 4 à 75% du 20 juillet 2017 jusqu'à la date de consolidation le 25 juin 2020, soit 1 071 jours. Ce préjudice sera exactement réparé, sur une base de 13,33 euros par jour, par la somme de 11 041 euros.
Quant aux souffrances endurées :
10. Il résulte de l'instruction que les souffrances endurées par M. C doivent être évaluées à 6 sur une échelle de 7. Ce préjudice sera justement réparé à hauteur de la somme de 27 000 euros.
Quant au préjudice esthétique temporaire :
11. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du 17 octobre 2022, que M. C a dû séjourner en réanimation et a présenté une image dégradée de lui-même de ce fait. Cependant, ce trouble dans les conditions d'existence est déjà indemnisé par le déficit fonctionnel temporaire total dû au titre de son hospitalisation et ne peut donc pas l'être au titre d'un préjudice esthétique temporaire distinct. Par suite, la demande d'indemnisation au titre de ce poste de préjudice doit être écartée.
S'agissant des préjudices permanents :
Quant aux frais de logement adapté :
12. M. C soutient que du fait des conséquences dommageables de son arrêt cardiocirculatoire du 27 juin 2017, il doit supporter des frais de logement adapté en lien direct et certain avec les séquelles invalidantes dont il souffre, notamment afin de permettre l'accueil d'une aide à domicile assumant la surveillance de nuit. Toutefois, alors que ce poste de préjudice n'est retenu par aucun des deux rapports d'expertise, il ne justifie pas de l'inadéquation de son logement actuel à son état. Par suite, la demande d'indemnisation de ce poste de préjudice doit être écartée.
Quant à l'assistance d'une tierce personne :
13. S'agissant des frais d'assistance par tierce personne exposés par M. C depuis la date de consolidation et jusqu'à la présente décision, ceux-ci doivent être arrêtés sur la base des mêmes besoins que ceux fixés au point 9. Compte tenu de ces modalités de calcul, l'indemnité due au titre de l'assistance par tierce personne de la date de consolidation à la date du présent jugement doit être évaluée à la somme de 193 890 euros.
14. S'agissant des frais d'assistance par tierce personne qu'exposera M C à compter de la présente décision, ceux-ci doivent être arrêtés sur la base des mêmes besoins que ceux fixés au point 9. Ainsi, il convient de retenir une rente trimestrielle de 13 390 euros. Cette rente sera revalorisée par la suite en application des coefficients prévus à l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale. La rente sera versée à chaque trimestre échu, sous déduction, le cas échéant, des sommes versées à M. C au titre des aides financières à la tierce personne, y compris l'allocation personnalisée d'autonomie éventuelle, qu'il appartiendra à l'intéressé de porter à la connaissance de l'AP-HM.
Quant au déficit fonctionnel permanent :
15. Il résulte de l'instruction que M. C, né le 2 décembre 1950, présente un taux de déficit fonctionnel permanent de 75 % du fait de son syndrome frontal en lien exclusif avec l'arrêt cardiocirculatoire dont il a été victime le 25 juin 2017. Eu égard à ce taux et à son âge, 69 ans, à la date de consolidation de son état de santé le 25 juin 2020, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant à la somme de 140 000 euros.
Quant au préjudice esthétique permanent :
16. Il résulte des rapports d'expertise que M. C a subi un préjudice esthétique permanent évalué à 3 sur une échelle de 1 à 7, compte-tenu de cicatrices sous-claviculaires et de son état général. Il y a lieu de fixer l'indemnité globale qui est due à M. C à ce titre à la somme de 3 000 euros.
Quant au préjudice d'agrément :
17. Le préjudice d'agrément a pour objet spécifique d'indemniser l'impossibilité pour la victime de continuer à pratiquer régulièrement une activité sportive ou de loisirs, ou la limitation de ces activités. Distinct du déficit fonctionnel permanent, dont l'indemnisation est destinée à compenser le handicap fonctionnel que la victime va rencontrer dans le futur au titre de sa vie quotidienne, il le complète en permettant une indemnisation supplémentaire, qui résulte du seul fait pour la victime d'être privée d'une activité qui revêtait, avant le fait générateur, une importance prépondérante et qui est établie au moyen de justificatifs.
18. Si M. C soutient qu'il pratiquait le bricolage et le jardinage avant l'arrêt cardiocirculatoire dont il a été victime, ces troubles sont déjà indemnisés au titre du déficit fonctionnel permanent et ne révèlent pas l'existence d'un préjudice d'agrément distinct. Il y a lieu par suite de rejeter sa demande en réparation de ce chef de préjudice.
Quant au préjudice permanent exceptionnel :
19. M. C soutient qu'il a subi un préjudice permanent exceptionnel du fait de la perte de ses capacités de conduire, de consacrer du temps à ses enfants et petits-enfants et a subi une altération de sa vie sociale, il ne résulte pas de l'instruction que ces préjudices soient distincts des troubles dans les conditions d'existence déjà indemnisés au titre du déficit fonctionnel permanent. De ce fait, la demande d'indemnisation au titre de ce poste de préjudice doit être rejetée.
Quant au préjudice sexuel :
20. Il résulte des rapports d'expertise que M. C a subi une perte totale de libido du fait du syndrome frontal dont il est dorénavant atteint. Ce préjudice sera justement réparé à hauteur de la somme de 5 000 euros.
21. Il résulte de ce qui précède que les préjudices de M. C qui doivent être intégralement réparés par l'AP-HM s'élèvent à 537 551,21 euros.
En ce qui concerne les préjudices de Mme C, victime indirecte :
22. En premier lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection subi par Mme C du fait de l'état de santé de son époux et de son handicap en lui allouant la somme de 10 000 euros.
23. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que Mme C a vu sa vie bouleversée par l'arrêt cardiocirculatoire de son mari du fait de sa survenance même et des conséquences qu'il a eues au quotidien sur leur vie commune, dont leur vie sociale. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'accompagnement de Mme C en le fixant à 8 000 euros.
24. En troisième lieu, il résulte des rapports d'expertise que Mme C subi un préjudice sexuel par ricochet du fait de la perte totale de libido de son mari. Ce préjudice sera justement réparé à hauteur de la somme de 5 000 euros.
25. En dernier lieu, si Mme C soutient qu'elle a subi un préjudice permanent exceptionnel du fait d'une privation de toute vie sociale, ce préjudice est déjà indemnisé au titre du préjudice d'agrément. De ce fait, la demande d'indemnisation au titre de ce poste de préjudice doit être rejetée.
26. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C est fondée à obtenir une somme globale de 23 000 euros en réparation de ses préjudices propres.
Sur les conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône :
En ce qui concerne les débours assortis des intérêts au taux légal :
27. Aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " Lorsque, sans entrer dans les cas régis par les dispositions législatives applicables aux accidents du travail, la lésion dont l'assuré social ou son ayant droit est atteint est imputable à un tiers, l'assuré ou ses ayants droit conserve contre l'auteur de l'accident le droit de demander la réparation du préjudice causé, conformément aux règles du droit commun, dans la mesure où ce préjudice n'est pas réparé par application du présent livre ou du livre Ier. / Les caisses de sécurité sociale sont tenues de servir à l'assuré ou à ses ayants droit les prestations prévues par le présent livre et le livre Ier, sauf recours de leur part contre l'auteur responsable de l'accident () ".
28. La CPAM des Bouches-du-Rhône sollicite la prise en charge de débours à hauteur de 84 374,10 euros. Ces débours correspondent aux frais hospitaliers durant la période du 25 juin au 19 juillet 2017, aux frais médicaux et aux soins post-consolidation. L'état des débours produit est suffisamment détaillé et est accompagné d'une attestation d'imputabilité du médecin conseil, laquelle retient l'ensemble de ces frais. Ces frais apparaissent en lien direct et certain avec l'arrêt cardiocirculatoire de M C. La CPAM des Bouches-du-Rhône est fondée à solliciter le remboursement de ses débours, soit la somme de 84 374,10 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date d'enregistrement de son mémoire, soit au 5 juillet 2022.
En ce qui concerne l'indemnité forfaitaire de gestion :
29. En application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale et de l'article 1er de l'arrêté du 18 décembre 2023 susvisé et eu égard à la somme dont elle obtient le remboursement dans le présent jugement, la caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes est en droit d'obtenir le versement d'une indemnité forfaitaire de gestion d'un montant de 1 191 euros par l'AP-HM.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
30. Lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires dus en application de l'article 1153 du code civil courent à compter de la réception par la partie débitrice de la réclamation de la somme principale. Aux termes de l'article 1154 du code civil : " Les intérêts échus des capitaux peuvent produire des intérêts, ou par une demande judiciaire, ou par une convention spéciale, pourvu que, soit dans la demande, soit dans la convention, il s'agisse d'intérêts dus au moins pour une année entière ". Pour l'application de ces dispositions, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond. Cette demande ne peut toutefois prendre effet que lorsque les intérêts sont dus au moins pour une année entière. Le cas échéant, la capitalisation s'accomplit à nouveau à l'expiration de chaque échéance annuelle ultérieure sans qu'il soit besoin de formuler une nouvelle demande.
31. M. C a droit aux intérêts au taux légal à compter du 12 février 2020, date de sa saisine de la CCI PACA, ainsi qu'à la capitalisation des intérêts à compter du 12 février 2021, date à laquelle les intérêts étaient dus pour une année entière, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
32. Mme C a également droit aux intérêts de la somme de 23 000 euros à compter du 12 février 2020, date de sa saisine de la CCI PACA, ainsi qu'à la capitalisation des intérêts à compter du 12 février 2021, date à laquelle les intérêts étaient dus pour une année entière puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais d'instance :
33. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'AP-HM et Relyens, au titre des frais d'instance, une somme de 2 000 euros à verser aux requérants, une somme de 800 euros à verser à la CPAM des Bouches-du-Rhône ainsi qu'une somme de 1 000 euros à verser à l'ONIAM.
D E C I D E :
Article 1er : Il est donné acte du désistement de M. et Mme C de leurs conclusions dirigées contre l'ONIAM.
Article 2 : L'AP-HM et Relyens sont solidairement condamnés à verser à M. C une somme de 537 551,21 euros avec intérêts au taux légal à compter du 12 février 2020. Les intérêts échus le 12 février 2021 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette dernière date seront capitalisés pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 3 : L'AP-HM et Relyens sont condamnés à verser à M. C, à compter du présent jugement, une rente trimestrielle d'un montant de 13 390 euros. Le montant de cette rente qui sera payable à terme échu sous déduction, le cas échéant, des sommes versées à M. C au titre des aides financières à la tierce personne, sera revalorisée par application des coefficients prévus à l'article L. 434 17 du code de la sécurité sociale.
Article 4 : L'AP-HM et Relyens sont solidairement condamnés à verser à Mme C une somme de 23 000 euros avec intérêts au taux légal à compter du 12 février 2020. Les intérêts échus le 12 février 2021 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette dernière date seront capitalisés pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 5 : L'AP-HM et Relyens sont solidairement condamnés à verser à la CPAM des Bouches-du-Rhône la somme de 84 374,10 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 5 juillet 2022, et la somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Article 6 : L'AP-HM et Relyens verseront solidairement à M. A C une somme de 2 000 euros, à l'ONIAM une somme de 1 000 euros et à la CPAM des Bouches-du-Rhône la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Mme B C, à la Caisse primaire centrale d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône, à l'Assistance publique - hôpitaux de Marseille, à Relyens et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.
Copie en sera adressée au professeur D, aux docteurs Arich, Boulliat, Finiels et Soullier, experts.
Délibéré après l'audience du 16 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Frédérique Simon, présidente,
M. Alexandre Derollepot, premier conseiller,
Mme Ludivine Journoud, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.
Le rapporteur,
signé
A. Derollepot
La présidente,
signé
F. Simon
La greffière,
signé
A. Vidal
La République mande et ordonne au directeur général de l'agence régionale de santé Provence-Alpes-Côte d'Azur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en cheffe,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026