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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2203992

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2203992

mardi 19 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2203992
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation7ème chambre
Avocat requérantGALHUID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 mai 2022, Mme B A, représentée par Me Galhuid puis par Me Leturcq, demande au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier (CH) d'Aubagne à lui verser une somme globale de 24 000 euros en réparation de ses préjudices propres et du préjudice moral de son époux à la suite de sa prise en charge au sein de cet établissement le 1er août 2021 ;

2°) de mettre à la charge du CH d'Aubagne une somme de 2 600 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a été prise en charge au service des urgences du CH d'Aubagne le 1er août 2021 pour des céphalées importantes et qu'elle a été renvoyée chez elle à 16 heures avec une prescription d'antalgiques ;

- si elle a fait l'objet d'un examen clinique et d'une brève surveillance de moins de quatre heures, aucune imagerie médicale n'a été réalisée au service des urgences ;

- en présence de la persistance des céphalées, elle a bénéficié d'une prescription d'imagerie médicale par le centre médical Cadolive ;

- l'interprétation du scanner cérébral réalisé le 5 août 2021 conclut à la présence d'une " malformation vasculaire à haut-débit sylvienne gauche devant faire évoquer un anévrisme préfissuraire en première intention ou une fistule piale " ainsi qu'à " l'intérêt d'un avis neurochirurgical et neuroradiologique interventionnel en urgence ".

- la responsabilité fautive du CH d'Aubagne doit être engagée compte tenu de l'erreur de diagnostic et du retard de prise en charge dont elle a été victime, en l'absence de mise en œuvre de l'ensemble des moyens d'investigation médicales nécessaires lors de sa prise en charge au service des urgences ;

- en conséquence, elle est en droit d'obtenir la réparation de son préjudice moral à hauteur de 3 000 euros, la réparation de son préjudice dans les conditions de vie quotidienne et du stress occasionné par la perte de chance à hauteur de 20 000 euros et le préjudice moral de son époux à hauteur de 1 000 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 juin 2022, le CH d'Aubagne, représenté par la SELARL Abeilles et associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 000 euros soit mise à la charge de Mme A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir qu'il doit être mis hors de cause en l'absence de faute prouvée qui lui serait imputable et que la réalisation d'une expertise médicale ne se justifie pas en l'espèce.

La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie des Hautes-Alpes qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C, magistrate rapporteure,

- les conclusions de Mme Lourtet, rapporteure publique,

- et les observations de Me Saint-Oyant substituant Me Zandotti pour le CH d'Aubagne.

Considérant ce qui suit :

1. Après avoir été vaccinée contre la covid-19, Mme A a été admise au services des urgences du centre hospitalier (CH) d'Aubagne le 1er août 2021 à 12 heures 34 en raison de céphalées importantes (barres frontales et occipitales). Elle a été autorisée à sortir le jour-même à 16 heures 15 avec une prescription de Primperan, Acupan, Paracétamol et Tramadol. Compte-tenu de la persistance des douleurs, Mme A a bénéficié le 5 août suivant de la prescription d'une imagerie médicale par le centre médical Cadolive. L'interprétation du scanner cérébral réalisé le jour-même à l'hôpital privé de Provence, conclura à la présence d'une " malformation vasculaire à haut-débit sylvienne gauche devant faire évoquer un anévrisme préfissuraire en première intention ou une fistule piale " ainsi qu'à " l'intérêt d'un avis neurochirurgical et neuroradiologique interventionnel en urgence ". Mme A demande l'engagement de la responsabilité pour faute du CH d'Aubagne compte-tenu des manquements qu'elle reproche à l'établissement dans le cadre de sa prise en charge le 1er août 2021. La requérante a adressé une demande préalable en indemnisation reçue le 22 février 2022 par le centre hospitalier.

Sur la responsabilité :

2. D'une part, aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative :

" La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision. L'expert peut se voir confier une mission de médiation. Il peut également prendre l'initiative, avec l'accord des parties, d'une telle médiation. Si une médiation est engagée, il en informe la juridiction. Sous réserve des exceptions prévues par l'article L. 213-2, l'expert remet son rapport d'expertise sans pouvoir faire état, sauf accord des parties, des constatations et déclarations ayant eu lieu durant la médiation ".

4. Il résulte de l'instruction et ce, malgré la production de plusieurs pièces médicales, que le tribunal n'est pas en mesure de déterminer avec certitude l'absence de faute du CH d'Aubagne s'agissant des conséquences dommageables subies par Mme A, suite à sa prise en charge au service des urgences de cet établissement pour des céphalées importantes et persistantes. Dans ces conditions, il y a lieu d'ordonner avant dire droit une expertise médicale confiée à un spécialiste en neurochirurgie sur ces points et de réserver, jusqu'en fin d'instance, les droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement.

D E C I D E :

Article 1er : Il sera, avant de statuer sur la requête de Mme A, procédé à une expertise médicale confiée à un médecin expert en présence des parties à l'instance.

Article 2 : Cet expert sera désigné par le président du tribunal. Il accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative.

Article 3 : Cet expert, qui devra être un médecin spécialiste en neurochirurgie, aura pour mission de :

1°) de se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de Mme A, sans que le secret médical lui soit opposable, et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, aux interventions et aux diagnostics pratiqués sur elle lors de sa prise en charge au service des urgences du centre hospitalier (CH) d'Aubagne le 1er août 2021 en présence de céphalées importantes, ainsi que tous dossiers des praticiens et établissements ayant eu à connaître de son cas ; de convoquer et d'entendre les parties et tous sachants ; de procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de Mme A ;

2°) d'examiner Mme A et de décrire son état de santé et les soins et prescriptions antérieurs à sa prise en charge par le CH d'Aubagne ; de décrire les conditions de sa prise en charge et l'ensemble des examens réalisés dans cet établissement ; de décrire l'état pathologique de Mme A ayant conduit aux soins, aux interventions et aux traitements pratiqués ;

3°) de donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis, les traitements, interventions et les soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science et aux règles de l'art, et s'ils étaient adaptés à l'état de Mme A et aux symptômes qu'elle présentait ; de donner son avis notamment sur la pertinence des examens réalisés, sur l'adaptation des moyens d'investigation médicale mis en œuvre, sur la surveillance mise en œuvre durant le passage aux urgences de Mme A et sur le traitement prescrit avant sa sortie du service ;

4°) de manière générale, de réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des fautes médicales, des fautes de soins ou des fautes dans l'organisation des services ont été commises lors de la prise en charge de Mme A par le CH d'Aubagne le 1er août 2021 ; de rechercher si les diligences nécessaires pour l'établissement d'un diagnostic exact ont été mises en œuvre ; de rechercher si les interventions et actes médicaux pratiqués ont été exécutés conformément aux règles de l'art ; en l'absence de faute, de dire si la situation de Mme A relève d'un aléa thérapeutique ; de donner son avis sur les raisons de la dégradation de l'état de santé de Mme A et des complications dont elle a souffert à compter du 1er août 2021 ;

5°) de donner son avis sur le point de savoir si le dommage corporel constaté a un rapport avec l'état initial antérieur de Mme A, ou l'évolution prévisible de cet état ;

6°) de préciser si le dommage allégué constitue une conséquence anormale d'un acte médical, pratiqué sur la personne de Mme A au regard de son état initial ou de l'évolution prévisible de cet état ; d'indiquer si l'acte présentait un risque connu auquel Mme A était particulièrement exposée ; de dire, dans l'affirmative, quelle était l'importance de ce risque (en pourcentage) ;

7°) de déterminer la part du préjudice présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement éventuel reproché au CH d'Aubagne, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec les conséquences normalement prévisibles de la pathologie initiale, son évolution, ou toute autre cause extérieure ;

8°) de donner son avis sur l'ampleur (pourcentage) de la chance perdue par Mme A de voir son état de santé s'améliorer ou d'éviter de le voir se dégrader en raison des manquements éventuellement constatés ;

9°) d'indiquer à quelle date l'état de Mme A peut être considéré comme consolidé et dans la négative, d'indiquer, si dès à présent, une incapacité permanente partielle est prévisible et en évaluer l'importance ;

10°) dans le cas de consolidation, de préciser s'il subsiste une incapacité permanente partielle et, dans l'affirmative, d'en fixer le taux, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard notamment aux antécédents médicaux de l'intéressée ;

11°) de préciser, le cas échéant, la durée de l'incapacité temporaire de Mme A en indiquant si elle a été partielle ou totale, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard notamment aux antécédents médicaux de l'intéressée ;

12°) de dire si l'état de Mme A est susceptible de modification en amélioration ou en aggravation ; dans l'affirmative, de fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, de mentionner dans quel délai ;

13°) de fournir au tribunal tous éléments de nature à lui permettre de se prononcer sur les éventuelles responsabilités encourues ;

14°) de dégager, en les spécifiant, les éléments propres à justifier, le cas échéant, une indemnisation au titre des préjudices patrimoniaux et extrapatrimoniaux subis en distinguant, s'il y a lieu, la part imputable au manquement éventuellement constaté ou de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard notamment aux antécédents médicaux de l'intéressée (pourcentage) ;

15°) s'il y a lieu, de faire toutes autres constatations nécessaires, d'entendre les observations de tous intéressés et d'annexer à son rapport tous documents utiles.

Article 4 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-1 à R. 621-14 du code de justice administrative.

Article 5 : En application de l'article R. 621-9 du code de justice administrative, l'expert déposera son rapport au greffe du Tribunal administratif de Marseille en deux exemplaires (1 exemplaire numérique + 1 exemplaire papier) dans le délai de quatre mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il notifiera une copie de son rapport à chacune des parties intéressées et, avec l'accord de celles-ci, utilisera à cette fin, dans la mesure du possible, des moyens électroniques.

Article 6 : Tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement, sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au centre hospitalier d'Aubagne et à la caisse primaire d'assurance maladie des Hautes-Alpes.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Frédérique Simon, présidente,

M. Alexandre Derollepot, premier conseiller,

Mme Ludivine Journoud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2023.

La rapporteure,

signé

L. C

La présidente,

signé

F. Simon

La greffière,

signé

A. Vidal

La République mande et ordonne au directeur général de l'agence régionale de santé de Provence-Alpes-Côte d'Azur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en cheffe,

La greffière,

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