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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2203993

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2203993

mardi 30 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2203993
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation7ème chambre
Avocat requérantSELARL DE LA GRANGE ET FITOUSSI AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 mai 2022, Mme G D, représentée par Me Colas, demande au tribunal :

1°) d'ordonner une expertise avant-dire droit à l'effet de déterminer les fautes commises par le Dr A, par Mme F, par le centre 15 et par le centre hospitalier intercommunal des Alpes du Sud (CHICAS), ainsi que l'étendue de ses préjudices indemnisables ;

2°) de condamner solidairement le CHICAS, le Dr A et Mme F à lui verser une somme globale de 382 174,88 euros en réparation de ses préjudices à la suite du décès de son époux ;

3°) de mettre à la charge du CHICAS, du Dr A et de Mme F une somme de 2 000 euros à lui verser au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de Justice administrative.

Elle soutient que :

- la prise en charge de son époux, tant par le Dr A et par Mme F, infirmière, que par le centre 15, a fait l'objet de nombreuses erreurs et incohérences ayant contribué à son décès ;

- la prise en charge de son époux au CHICAS n'a pas non plus été conforme et les manquements commis sont de nature à permettre l'engagement de la responsabilité pour faute de l'établissement ;

- elle est en droit d'obtenir l'indemnisation des ses préjudices du fait du décès de son époux, à savoir : son préjudice d'affection à hauteur de 30 000 euros, son préjudice d'accompagnement à hauteur de 10 000 euros, ses pertes de gains professionnels futurs à hauteur de 337 188,88 euros et des frais d'obsèques à hauteur de 4 986 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 octobre 2022, le CHICAS, représenté par la SELARL Abeilles et associés, conclut à titre principal au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à la réduction des prétentions indemnitaires de la requérante.

Il fait valoir que :

- aucune faute n'est imputable à l'établissement ni au centre 15 dans le cadre de la prise en charge de M. D ;

- la réalisation d'une contre-expertise n'apparaît pas justifié ;

- en tout état de cause, les prétentions indemnitaires de la requérante doivent être ramenées à de plus justes proportions.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2024, l'office national des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales mis dans la cause, représenté par la SELARL de la Grange et Fitoussi avocats, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les conditions d'indemnisation au titre de la solidarité nationale ne sont pas remplies dès lors que M. D n'a été victime d'aucun accident médical non fautif, ni d'aucun affection iatrogène ou infection nosocomiale.

La requête a été communiquée à la caisse commune de sécurité sociale (CCSS) des Hautes-Alpes et à la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Puy-de-Dôme qui n'ont pas produit de mémoire.

Par un courrier du 25 juin 2024, le tribunal a informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que la décision à intervenir était susceptible d'être fondée, pour partie, sur un moyen d'ordre public tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître des conclusions présentées par Mme D et dirigées contre le docteur A et Mme F.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ludivine Journoud, magistrate rapporteure,

- les conclusions de Mme Amélie Lourtet, rapporteure publique,

- et les observations de Me Durand de la SELARL Abeille et associés pour le CHICAS.

Une note en délibéré a été enregistrée le 10 juillet 2024 pour Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Le 6 janvier 2021, M. D s'est rendu chez son médecin traitant, le Dr A, pour obtenir le renouvellement de son traitement contre l'hypertension. Dans la nuit du 6 au 7 janvier 2021, Mme D a contacté le SAMU par téléphone car son mari avait fait un malaise. Elle a immédiatement indiqué les symptômes dont il souffrait et a surtout mentionné à plusieurs reprises les antécédents médicaux de son mari : anévrisme cérébral et hypertension. Le 10 janvier 2021, les époux ont contacté une infirmière à domicile, Mme F, afin de réaliser un test covid-19 dont les résultats se sont révélés positifs. Le 11 janvier 2021, une autre infirmière à domicile, Mme C, a constaté que la saturation de M. D était très basse et a appelé immédiatement le SAMU. L'intéressé a été directement transféré en service de réanimation après son passage aux urgences. Le 23 février 2021 à 22h43, M. D est décédé d'une insuffisance respiratoire due à une infection à la covid-19 avec évolution défavorable. Mme D qui considère que la prise en charge de son époux par le Dr A, par l'infirmière libérale Mme F, par le centre 15 et par le CHICAS, n'a pas été conforme, entend rechercher la responsabilité des uns et des autres et obtenir l'indemnisation de ses préjudices suite au décès de son époux, en tant qu'ayant-droits et en tant que victime indirecte.

Sur les conclusions indemnitaires formulées à l'encontre du Dr A et de Mme F :

2. Les conclusions de la requête de Mme D relatives aux différends qui l'opposent au docteur A, médecin exerçant à titre libéral, et à Mme F, infirmière libérale, ne relèvent pas de la compétence de la juridiction administrative. Il y a lieu, par suite, de les rejeter comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Sur la responsabilité :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I.-Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ". Et d'autre part, aux termes du même article du même code : " Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère ".

4. Doit être regardée comme présentant un caractère nosocomial au sens du second alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente, ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge.

5. Il résulte de l'instruction, et principalement du rapport d'expertise diligenté par la commission de conciliation et d'indemnisation de Provence-Alpes-Côte d'Azur et qui présente toutes les garanties de respect du contradictoire et de sérieux, que la prise en charge de M. D par le centre 15 puis au sein du CHICAS s'est déroulée dans les règles de l'art, sans qu'aucune faute ne puisse être retenue à leur encontre, et que la contamination à la covid-19 de M. D était antérieure à son entrée au CHICAS et ne présentait pas le caractère d'une infection nosocomiale de sorte qu'une indemnisation au titre de la solidarité nationale n'est pas non plus envisageable, malgré la complication de fibrose pulmonaire et l'issue fatale de celle-ci. Par ailleurs, il résulte également de l'instruction, que l'infection bactérienne contractée par M. D au cours de son intubation au CHICAS n'a pas été la cause de son décès, qui résulte de la fibrose pulmonaire d'installation rapide et la dégradation multi viscérale de l'intéressé, avec impasse thérapeutique.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer d'ordonner une contre-expertise avant-dire droit, que Mme D n'est pas fondée à rechercher la responsabilité pour faute ou sans faute du CHICAS et du centre 15 ou à solliciter une indemnisation au titre de la solidarité nationale.

Sur la déclaration de jugement commun :

7. La CCSS des Hautes-Alpes et la CPAM du Puy-de-Dôme n'ont pas produit de mémoire. Par suite, il y a lieu de leur déclarer commun le présent jugement.

Sur les frais du litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge du CHICAS ou de l'ONIAM, qui ne sont pas les parties perdantes à l'instance, au titre des frais exposés par Mme D et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera déclaré commun à la CCSS des Hautes-Alpes et à la CPAM du Puy-de-Dôme.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme G D, au centre hospitalier intercommunal des Alpes du Sud, à l'office national des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, à la caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes et à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme, au Dr B A et à Mme E F.

Délibéré après l'audience du 2 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Frédérique Simon, présidente,

M. Alexandre Derollepot, premier conseiller,

Mme Ludivine Journoud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juillet 2024.

La rapporteure,

signé

L. Journoud La présidente,

signé

F. Simon

La greffière,

signé

A. Vidal

La République mande et ordonne au directeur général de l'agence régionale de santé Provence-Alpes-Côte d'Azur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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