mardi 25 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2204069 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | GUERCHI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 16 mai 2022 et 13 février 2023, M. C B, représenté par Me Guerchi, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 14 mars 2022 par laquelle le directeur du Centre régional des œuvres universitaires et scolaires (CROUS) a refusé de lui verser ses salaires à partir de 2015 ;
2°) de condamner le directeur du CROUS à lui verser la somme de 57 000 euros au titre des différents préjudices subis ;
3°) de mettre à la charge du CROUS une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- la responsabilité du CROUS doit être engagée au titre, d'une part, de l'illégalité fautive de la décision de licenciement du 15 février 2016 et, d'autre part, du défaut d'exécution des décisions du tribunal administratif et de la cour administrative d'appel de Marseille ;
- il a subi un préjudice financier à hauteur de 52 000 euros ;
- il a subi un trouble dans les conditions d'existence à hauteur de 5 000 euros.
Par des mémoires en défense enregistrés les 7 octobre 2022 et 29 septembre 2023, le Centre régional des œuvres universitaires et scolaires, représenté par Me Duverneuil, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge du requérant la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- les conclusions à fin d'annulation de la décision en date du 14 mars 2022 sont irrecevables ;
- les conclusions indemnitaires ne sont pas recevables ;
- à titre subsidiaire, le requérant n'a subi aucun préjudice ;
- à titre infiniment subsidiaire la décision en date du 14 mars 2022 était légale.
Par ordonnance du 6 novembre 2023, a été prononcée, en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative, la clôture immédiate de l'instruction.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Fayard, rapporteure,
- les conclusions de M. Trébuchet, rapporteur public,
- et les observations de Me Messin pour le CROUS.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a été engagé par contrat de travail à durée indéterminée du 31 janvier 1992 en qualité d'agent de service par le centre régional des œuvres universitaires et scolaires (CROUS) de l'académie d'Aix-Marseille pour exercer les fonctions à temps plein de " chef plongeur restaurant et cafétéria ". M. B a formé une demande indemnitaire préalable par courrier du 16 mars 2022 afin d'obtenir le versement de ses traitements depuis le 15 novembre 2015, assorti des intérêts de retard. Il demande à ce que le CROUS soit condamné à lui verser la somme de 57 000 euros au titre de différents préjudices subis du fait de son licenciement prononcé le 15 février 2016.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 14 mars 2022 :
2. La décision du directeur du CROUS du 14 mars 2022 a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande de M. B qui a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressé à percevoir la somme qu'il réclame, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a lié le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige. Par suite, les moyens tirés de ce que cette décision serait entachée d'une insuffisance de motivation, d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit doivent être écartés comme inopérants.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité du CROUS relative à la décision de licenciement du 15 février 2016 :
3. Toute illégalité fautive est, comme telle, et qu'elle qu'en soit la nature, susceptible d'engager la responsabilité de l'administration, dès lors qu'elle est à l'origine des préjudices subis dont il incombe au requérant de démontrer la réalité et qu'elle présente un lien de causalité suffisamment direct et certain avec ces préjudices.
4. Il est constant que par un arrêt n° 17MA04429 du 2 avril 2019, passé en force de chose jugée, la cour administrative d'appel de Marseille a rejeté la requête introduite en appel par le CROUS contre le jugement n° 1603433 du 19 septembre 2017 du tribunal administratif de Marseille. Ce dernier a annulé la décision du 15 février 2016 prononçant le licenciement de M. B pour méconnaissance de son obligation de reclassement et enjoint au CROUS de l'académie d'Aix-Marseille de réexaminer la situation de M. B dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement. Le CROUS a donc commis une illégalité fautive qui engage sa responsabilité.
5. Toutefois, le droit de tout agent à percevoir son traitement ne pouvant cesser que si l'absence d'accomplissement de son service résulte de son propre fait, il appartient en conséquence au juge de rechercher si l'absence de service fait par un agent ne résulte pas de la méconnaissance, par l'administration, de l'obligation qui est la sienne de placer ses agents dans une situation régulière et de les affecter, dans un délai raisonnable, sur un emploi correspondant à des fonctions effectives.
6. Il résulte de l'instruction qu'en exécution de l'injonction de réexamen dans un délai de deux mois décidée par le tribunal administratif dans son jugement du 19 septembre 2017, le CROUS a adressé un courrier à M. B, notifié le 17 novembre 2017, lui indiquant que sa situation serait réexaminée dans la perspective d'un reclassement qui serait étudié dans le respect des derniers avis médicaux, que le CROUS reprendrait contact avec lui pour le tenir informé des suites données et que, dans l'intervalle, il lui est demandé de bien vouloir confirmer sa volonté de réexamen de sa situation. Sans réponse de la part du requérant, le CROUS a de nouveau envoyé un courrier le 21 septembre 2020 lui demandant de faire connaître son souhait de voir réexaminer sa situation dans la perspective d'un reclassement éventuel. M. B n'a jamais répondu à ces courriers, se contentant de demander le paiement de ses salaires. Dans ces conditions, le comportement de M. B, particulièrement attentiste, constitue une cause exonératoire de responsabilité du CROUS.
7. Il s'ensuit que la période de responsabilité à prendre en compte doit être limitée à la période comprise entre le 1er janvier 2017, date de son licenciement illégal, et le 17 novembre 2017, date de notification du premier courrier du CROUS.
En ce qui concerne les préjudices relatifs à la décision de licenciement du 15 février 2016 :
8. En premier lieu, un agent public irrégulièrement évincé a droit, non pas au versement du traitement dont il a été privé, mais à la réparation du préjudice qu'il a effectivement subi du fait de la mesure illégalement prise à son encontre.
9. En l'espèce, M. B demande l'indemnisation du préjudice financier subi en raison de la décision de licenciement du 15 février 2016 seulement à compter du 1er janvier 2017. Entre cette date et le 17 novembre 2017 il a perçu l'allocation de retour à l'emploi à hauteur de 1 095,85 euros par mois, soit 59% de son traitement avant la décision de licenciement, consistant en une perte de rémunération d'environ 8 371 euros sur 11 mois. Cependant, M. B a également perçu une indemnité de licenciement de 13 370, 24 euros, dont il n'est pas soutenu qu'elle aurait donné lieu à un rappel de traitement. Par suite, le préjudice financier évoqué est inférieur à cette indemnité, à laquelle il ne peut dès lors plus prétendre et ce chef de préjudice doit ainsi être écarté.
10. En second lieu, si M. B se prévaut d'un trouble dans les conditions d'existence, il se borne à produire un certificat médical d'un psychiatre attestant qu'il souffre de " troubles anxieux " depuis 2012 et qu'il bénéficie " d'une majoration du traitement psychotrope ". Le lien de causalité entre ce trouble, déclenché antérieurement à la décision en litige, et la décision du 15 février 2016 n'étant pas établi, ce chef de préjudice doit également être écarté.
En ce qui concerne la responsabilité du CROUS pour défaut d'exécution du jugement du tribunal administratif et de l'arrêt de la cour administrative d'appel de Marseille :
11. M. B soutient que la responsabilité du CROUS doit être engagée dès lors que celui-ci n'a pas exécuté l'injonction prononcée par le jugement n° 1603433 du 19 septembre 2017 du tribunal administratif de Marseille, confirmé par un arrêt n° 17MA04429 du 2 avril 2019 de la cour administrative d'appel de Marseille, enjoignant à l'administration de réexaminer sa situation. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 6, le CROUS a adressé un courrier à l'intéressé en novembre 2017, dans le délai de 2 mois prescrit par le jugement. Un second courrier lui a été envoyé en 2020, afin qu'il confirme sa volonté de voir sa situation réexaminée. Or, il est constant que M. B n'a jamais répondu à ces courriers et s'est contenté de réclamer ses traitements sans jamais procéder aux diligences nécessaires pour bénéficier le cas échéant d'un reclassement. Dans ces conditions, la responsabilité du CROUS sur ce fondement ne peut être engagée.
12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions indemnitaires présentées par M. B doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du CROUS, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par le requérant sur ce fondement. Il n'y a également pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme demandée par le CROUS sur ce même fondement.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le CROUS au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au Centre régional des œuvres universitaires et scolaires.
Délibéré après l'audience du 3 mars 2025, à laquelle siégeaient :
M. Salvage, président,
M. A, premier-conseiller,
Mme Fayard, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mars 2025.
La rapporteure,
Signé
A. FAYARD
Le président,
Signé
F. SALVAGE La greffière
Signé
S. BOUCHUT
La République mande et ordonne au ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en cheffe,
La greffière,
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE01300
31/03/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE01592
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