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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2204370

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2204370

jeudi 15 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2204370
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSCP GOBERT & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 mai 2022, la SARL Les Trois Palais, représentée par la SELARL Lexavoué, agissant par Me Boulan, demande au Tribunal :

1°) de condamner la commune d'Aix-en-Provence à lui verser une somme de 179 335 euros en réparation de son préjudice subi entre le 1er octobre 2018 et le 31 mai 2019, assortie des intérêts valant capitalisation ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Aix-en-Provence une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les travaux de réhabilitation des places Verdun, Madeleine et Prêcheurs entrepris par la commune d'Aix-en-Provence, qui ont duré du mois de septembre 2016 au mois de mai 2019, ont généré des difficultés d'accès au site pour les piétons, des bruits, des poussières et ont induit une baisse de fréquentation de tout le secteur des trois places et des rues avoisinantes, ce qui a créé des difficultés très importantes pour l'accès des clients à son établissement situé sur la place de Verdun avec en conséquence un impact direct sur son activité ;

- le préjudice économique subi est exclusif des travaux en litige et aucune autre cause ne peut expliquer la baisse d'activité subie pendant toute la période des travaux ;

- ce préjudice pour la période du 1er octobre 2018 au 31 mai 2019 est constitutif d'un trouble anormal et spécial du fait de la baisse de son chiffre d'affaires et de son résultat courant.

Par une ordonnance du 24 mars 2023 la clôture d'instruction a été fixée au 17 avril 2023 à 12 heures.

Vu le mémoire en défense, enregistré le 4 mai 2023, présenté par la commune d'Aix-en-Provence, représentée par la SCP Gobert et associés, agissant par Me Gobert, après la clôture de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Secchi,

- les conclusions de M. Boidé, rapporteur public,

- les observations de Me Chamoux substituant Me Boulan, pour la société Les Trois Palais,

- les observations de Me Cournand, substituant Me Gobert, pour la commune d'Aix-en-Provence.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Les Trois Palais exploite la brasserie " Café Verdun " sur la place Verdun dans le centre-ville d'Aix-en-Provence, située au sein du périmètre de la zone des travaux d'aménagement et de restructuration du chantier dit des trois places. La demande indemnitaire préalable formée par la société requérante pour la période comprise entre le 1er octobre 2018 et le 31 mai 2019, reçue le 24 janvier 2022 par la commune d'Aix-en-Provence, a fait l'objet d'une décision de rejet le 13 mai 2022. La société Les Trois Palais demande en conséquence au Tribunal de condamner la commune d'Aix-en-Provence à lui verser la somme de 179 335 euros en réparation du préjudice économique qu'elle impute à ces travaux

Sur la responsabilité :

2. Il appartient au riverain d'une voie publique qui entend obtenir réparation des dommages qu'il estime avoir subis à l'occasion d'une opération de travaux publics à l'égard de laquelle il a la qualité de tiers d'établir, d'une part, le lien de causalité entre cette opération et les dommages invoqués et, d'autre part, le caractère grave et spécial de son préjudice, les riverains des voies publiques étant tenus de supporter sans contrepartie les sujétions normales qui leur sont imposées dans un but d'intérêt général. Le caractère grave du préjudice et des dommages supportés se déduit, notamment, des difficultés particulières rencontrées par les clients dans l'accès au fonds de commerce ou encore de l'impossibilité même d'accéder à ce fonds.

3. En sa qualité de tiers par rapport aux travaux effectués dans le centre-ville d'Aix-en-Provence au cours de la période comprise entre le mois de septembre 2016 et de juin 2019, la SARL Les Trois Palais sollicite la condamnation de la commune d'Aix-en-Provence à l'indemniser du préjudice économique qu'elle estime avoir subi à cette occasion pour la seule période du 1er octobre 2018 au 31 mai 2019 dès lors que la période comprise entre le 1er janvier 2017 et le 30 septembre 2018 a déjà fait l'objet d'un protocole d'accord transactionnel en date du 12 juin 2019 avec la commune d'Aix-en-Provence. Elle soutient que ces travaux ont généré diverses nuisances, telles que le bruit, les poussières et ainsi créé des difficultés d'accès à l'ensemble du secteur et en particulier à son commerce implanté directement sur la place de Verdun, les difficultés d'accès ayant notamment pour conséquence une baisse importante de sa clientèle, selon elle, de son chiffre d'affaires.

4. Il résulte en effet de l'instruction que l'ampleur et la durée des travaux publics de reconfiguration de la voirie qui ont été menés à compter du mois d'août 2016 et jusqu'au 31 mai 2019 dans le cadre du programme dit " des trois places ", ainsi que l'importance des désagréments en ayant résulté, sont directement en lien avec le préjudice dont se plaint la société requérante et qui lui est spécial. Il résulte de l'instruction, et notamment des photographies des constats d'huissier en date des 19 novembre 2018 et 6 mars 2019, produits à l'instance, que l'établissement " Café Verdun " a connu d'importantes difficultés d'accès pour sa clientèle ainsi que la suppression de sa terrasse extérieure puisqu'il se situe directement sur la place de Verdun au cœur des travaux en litige et qu'il a subi diverses nuisances sonores et visuelles pendant des mois, le marché provençal ayant par ailleurs été délocalisé durant cette même période. Dans ces conditions, et alors que la baisse de fréquentation de la place de Verdun découle de ce qui vient d'être dit, ce préjudice, grave et spécial, excède les sujétions normales imposées dans un but d'intérêt général que les riverains sont tenus de supporter sans contrepartie et est de nature à engager la responsabilité sans faute pour dommages de travaux publics de la commune d'Aix-en-Provence.

Sur le préjudice économique :

5. Si la société requérante soutient que le préjudice économique subi doit être réparé en comparaison de la moyenne des chiffres d'affaires réalisés pour la période comprise entre le 1er avril 2013 et le 31 mars 2016 en tant que ces années sont antérieures aux travaux en litige, il résulte cependant de l'instruction que, pour apprécier de manière la plus objective possible le préjudice indemnisable, seules les données comptables produites pour la période allant du 1er avril 2015 au 31 mars 2016 sont à même d'illustrer la situation exacte du commerce à la date de commencement des travaux. En effet, il ressort des données comptables produites, malgré le fait qu'elles ne soient ni certifiées ni signées par un expert-comptable mais dès lors qu'elles ne sont pas contestées par la Commune, que le chiffre d'affaires a diminué de 19 % entre le 1er avril 2013 et le 31 mars 2016, soit sur trois années.

6. Cependant, compte étant tenu de l'implantation du commerce et du fait de la nature de sa clientèle, composée au moins pour partie d'une clientèle de passage et du fait de la baisse sensible de son activité au cours de la période en litige, en comparaison avec la période de référence précédemment retenue, l'argumentation de la société requérante relative à la baisse de son chiffre d'affaires doit être regardée comme imputable à l'opération " des trois places ". Ainsi, la perte mensuelle moyenne de chiffre d'affaires pour la période du 1er octobre 2018 au 31 mars 2019 par rapport à la celle comprise entre le 1er avril 2015 et le 31 mars 2016 représente, selon les données produites, une baisse de 21,5 % du chiffre d'affaires. Cette baisse sensible excède les aléas inhérents aux travaux publics en cause et caractérise la gravité du préjudice économique invoqué et ne saurait, dès lors, être regardée comme une charge incombant normalement à la société requérante. Compte tenu de ce qui précède, le préjudice grave et spécial résultant de la gêne occasionnée par les travaux publics menés sur la place de Verdun, à l'origine de la forte baisse de chiffre d'affaires pour la période allant jusqu'au 31 mars 2019, le préjudice économique ne pouvant être regardé comme certain postérieurement à cette date, peut être évalué, au-delà d'une perte de 20 % du chiffre d'affaires, qui peut seule être regardée comme anormale, à la somme de 1 600 euros par mois, soit une somme de 9 600 euros que la commune d'Aix-en-Provence versera à la SARL Les Trois Palais en réparation de son préjudice économique.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la commune d'Aix-en-Provence est condamnée à verser à la SARL les Trois Palais une somme globale de 9 600 euros en réparation du préjudice économique subi au titre de la seule période comprise entre le 1er octobre 2018 et le 31 mars 2019.

Sur les intérêts et leur capitalisation :

8. D'une part, lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires dus courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine. Par suite, la SARL Les Trois Palais, qui n'avait pas demandé les intérêts moratoires dans sa demande indemnitaire préalable, a droit aux intérêts au taux légal sur la somme visée au point 5 du présent jugement à compter du 24 mai 2022, date de l'enregistrement de sa requête.

9. D'autre part, aux termes de l'article 1154 du code civil : " Les intérêts échus des capitaux peuvent produire des intérêts, ou par une demande judiciaire, ou par une convention spéciale, pourvu que, soit dans la demande, soit dans la convention, il s'agisse d'intérêts dus au moins pour une année entière ". Pour l'application des dispositions précitées, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond. Cette demande ne peut toutefois prendre effet que lorsque les intérêts sont dus au moins pour une année entière, sans qu'il soit toutefois besoin d'une nouvelle demande à l'expiration de ce délai. Le cas échéant, la capitalisation s'accomplit à nouveau à l'expiration de chaque échéance annuelle ultérieure sans qu'il soit besoin de formuler une nouvelle demande.

10. La capitalisation des intérêts a été demandée pour la première fois devant le tribunal administratif de Marseille le 24 mai 2022, date d'enregistrement de la requête. A cette date, il n'était pas dû au moins une année d'intérêts. Par suite, les intérêts échus le 24 mai 2023 doivent être capitalisés à compter de cette date pour produire eux-mêmes intérêts.

Sur les frais du litige :

11. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune d'Aix-en-Provence une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 à verser à la SARL Les Trois Palais.

D E C I D E :

Article 1er : La commune d'Aix-en-Provence est condamnée à verser à la SARL Les Trois Palais une somme de 9 600 euros. Cette somme est majorée des intérêts au taux légal à compter du 24 mai 2022. Les intérêts seront capitalisés à compter du 24 mai 2023 et à chaque échéance annuelle ultérieure.

Article 2 : La commune d'Aix-en-Provence versera à la SARL Les Trois Palais une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Les Trois Palais et à la commune d'Aix-en-Provence.

Délibéré après l'audience du 12 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Markarian, présidente,

M. Secchi, premier conseiller,

Mme Charpy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2023.

Le rapporteur,

Signé

L. SecchiLa présidente,

Signé

G. Markarian

La greffière,

Signé

D. Dan

République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

7

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