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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2204428

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2204428

mardi 6 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2204428
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation7ème chambre
Avocat requérantSELARL CARLINI & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 mai 2022, Mme G D, représentée par Me Suppini, demande au tribunal :

1°) de condamner l'assistance publique - hôpitaux de Marseille (AP-HM) à lui verser une somme globale de 20 343 euros en réparation de ses préjudices ;

2°) de mettre à la charge de l'AP-HM une somme de 1 500 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la responsabilité pour faute de l'AP-HM doit être engagée compte-tenu de sa prise en charge le 11 mai 2017 durant laquelle elle a été victime d'une atteinte au nerf sciatique et d'une plaie de l'artère fémorale ayant nécessité une greffe en urgence ;

- l'AP-HM a également manqué à son obligation d'information préalable s'agissant des risques vasculaires encourus dans le cadre de l'intervention du 11 mai 2017 ;

- elle est fondée en conséquence à obtenir l'indemnisation de ses préjudices, à savoir de son déficit fonctionnel temporaire à hauteur de 1 143 euros, des souffrances qu'elle a endurées à hauteur de 10 000 euros, de son préjudice esthétique temporaire à hauteur de 2 000 euros, de son déficit fonctionnel permanent à hauteur de 4 200 euros et de son préjudice esthétique permanent à hauteur de 3 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 septembre 2023, l'AP-HM, représentée par la SELARL Carlini et associés, conclut à la réduction des prétentions indemnitaires de la requérante.

Elle fait valoir que :

- dès lors qu'il exerçait dans le cadre de son activité hospitalière, la responsabilité personnelle du Dr B ne saurait être engagée ;

- l'indication chirurgicale de recèlement de la prothèse de hanche de la requérante était formelle compte-tenu de l'atteinte osseuse et du risque d'impotence fonctionnelle et douloureuse ;

- l'atteinte au nerf sciatique poplité externe n'est que partielle et elle relève d'un aléa thérapeutique dont le risque était majoré par le contexte de reprise mais dont la prise en charge a été adaptée ;

- l'atteinte à l'artère fémorale dont la survenance est beaucoup plus rare et découle d'une faute par maladresse imputable à l'établissement ;

- les experts ont distingué les préjudices imputables à l'aléa thérapeutique non fautif et à la faute par maladresse pouvant être retenue à son encontre et seuls les préjudices en lien direct et certain avec cette faute sont susceptibles d'être indemnisés ;

- seuls les postes du déficit fonctionnel temporaire total, les souffrances endurées évaluées à 3 sur une échelle de 1 à 7 et le préjudice esthétique permanent évalué à 1,5 sur une échelle de 1 à 7 devant être indemnisés, l'indemnisation totale de Mme D ne saurait donc excéder la somme de 5 240 euros.

La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Var qui n'a pas produit de mémoire.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- les ordonnances des 17 décembre 2020 et 12 mars 2021 par lesquelles la présidente du tribunal administratif de Marseille a taxé et liquidé les frais d'expertise à la somme globale de 2 533 euros et les a mis à la charge du Trésor public.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ludivine Journoud, magistrate rapporteure,

- les conclusions de Mme Amélie Lourtet, rapporteure publique,

- et les observations de Me Le Gouès, substituant Me Carlini, pour l'AP-HM.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, porteuse d'une prothèse totale de hanche depuis 1989, a subi le 11 mai 2017 une opération chirurgicale à l'hôpital Ste Marguerite, dépendant de l'AP-HM, ayant consisté à remplacer sa prothèse de hanche implantée à droite, qui s'était décelée. Le lendemain de l'opération, elle a ressenti des douleurs à la jambe et a beaucoup saigné. Ces douleurs se sont accentuées jusqu'au 13 mai 2017, date à laquelle un angio-scanner a été effectué en urgence à la suite duquel l'intéressée a été transférée en urgence au service de chirurgie vasculaire de l'hôpital de la Timone, dépendant également de l'AP-HM, pour y subir le 14 mai 2017 une greffe veineuse artérielle fémorale superficielle droite, une thrombectomie d'aval et une réparation veineuse. Mme D entend engager la responsabilité pour faute de l'AP-HM et obtenir l'indemnisation de ses préjudices.

Sur la responsabilité de l'AP-HM :

En ce qui concerne le défaut d'information :

2. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ". Aux termes de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique : " Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus.() Cette information incombe à tout professionnel de santé dans le cadre de ses compétences et dans le respect des règles professionnelles qui lui sont applicables. Seules l'urgence ou l'impossibilité d'informer peuvent l'en dispenser. Cette information est délivrée au cours d'un entretien individuel. / () En cas de litige, il appartient au professionnel ou à l'établissement de santé d'apporter la preuve que l'information a été délivrée à l'intéressé dans les conditions prévues au présent article. Cette preuve peut être apportée par tout moyen. ". Aux termes de l'article R. 4127-36 du même code : " Le consentement de la personne examinée ou soignée doit être recherché dans tous les cas. Lorsque le malade, en état d'exprimer sa volonté, refuse les investigations ou le traitement proposé, le médecin doit respecter ce refus après avoir informé le malade de ses conséquences. ( )". Hors les cas d'urgence ou d'impossibilité de consentir, la réalisation d'une intervention à laquelle le patient n'a pas consenti oblige l'établissement responsable à réparer tant le préjudice moral subi de ce fait par l'intéressé que, le cas échéant, toute autre conséquence dommageable de l'intervention. Par ailleurs, il résulte de ces dispositions que doivent être portés à la connaissance du patient, préalablement au recueil de son consentement à l'accomplissement d'un acte médical, les risques connus de cet acte qui, soit présentent une fréquence statistique significative, quelle que soit leur gravité, soit revêtent le caractère de risques graves, quelle que soit leur fréquence.

3. En cas de manquement à cette obligation d'information, si l'acte de diagnostic ou de soin entraîne pour le patient, y compris s'il a été réalisé conformément aux règles de l'art, un dommage en lien avec la réalisation du risque qui n'a pas été porté à sa connaissance, la faute commise en ne procédant pas à cette information engage la responsabilité de l'établissement de santé à son égard, pour sa perte de chance de se soustraire à ce risque en renonçant à l'opération. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction, compte tenu de ce qu'était l'état de santé du patient et son évolution prévisible en l'absence de réalisation de l'acte, des alternatives thérapeutiques qui pouvaient lui être proposées ainsi que de tous autres éléments de nature à révéler le choix qu'il aurait fait, qu'informé de la nature et de l'importance de ce risque, il aurait consenti à l'acte en question.

4. En l'espèce, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport déposé le 25 novembre 2020 de l'expertise diligentée par le tribunal, que le risque vasculaire est une complication rare de l'intervention de recèlement de prothèse de hanche pratiquée sur Mme D le 11 mai 2017. Les experts indiquent dans leur rapport que l'état de santé de la requérante, dont le descellement de la prothèse de hanche engendrait une perte d'autonomie et de déplacement et des douleurs importantes, impliquait une prise en charge rapide, même en l'absence de pronostic vital engagé. Par suite, et alors même que l'AP-HM n'a pas rapporté la preuve qu'elle a satisfait à son obligation d'information préalable, le défaut d'information fautif ne saurait être retenu à l'encontre de l'établissement dès lors que la requérante ne pouvait se soustraire à l'intervention en litige.

En ce qui concerne la faute médicale :

5. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de justice administrative : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ".

6. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que si l'indication chirurgicale de recèlement de la prothèse de hanche était formelle, Mme D a subi deux types de complication post-opératoire au décours de l'intervention du 11 mai 2017. D'une part, une atteinte du nerf sciatique poplité externe, à savoir une neurapraxie par étirement, qui relève d'un aléa thérapeutique compte-tenu de la fréquence de réalisation de ce type d'atteinte dans le cadre de ce type d'intervention chirurgicale de reprise, et d'autre part, une plaie de l'artère fémorale ayant nécessité une greffe en urgence et qui relève quant à elle d'une faute médicale par maladresse dans la réalisation du geste chirurgical compte-tenu de la rareté de sa réalisation. Par suite, seule la plaie de l'artère fémorale dont Mme D a été victime au décours de l'intervention du 11 mai 2017, est constitutive d'une faute médicale de nature à engager la responsabilité de l'AP-HM.

7. Il résulte de ce qui précède que Mme D est seulement fondée à demander l'engagement de la responsabilité de l'AP-HM, compte-tenu de la faute par maladresse de plaie de l'artère fémorale dont elle a été victime au cours de l'intervention du 11 mai 2017 à l'hôpital Sainte Marguerite, et à obtenir la réparation intégrale des seuls préjudices en lien direct et certain avec cette faute.

Sur l'évaluation des préjudices :

En ce qui concerne les préjudices temporaires :

8. En premier lieu, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise, que Mme D présente d'une part un déficit fonctionnel temporaire total durant la période du 13 au 19 mai 2017, soit 7 jours. Par ailleurs, contrairement à ce que soutient la requérante, les experts ne retiennent aucune autre période de déficit fonctionnel temporaire, notamment partiel, en lien direct et certain avec la faute par maladresse de plaie de l'artère fémorale retenue à l'encontre de l'AP-HM. Par suite, il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel temporaire total de Mme D en l'évaluant à 93 euros.

9. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que les souffrances endurées par Mme D ont été évaluées par l'expert à 3 sur une échelle de 7. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'indemnisant à hauteur de 3 600 euros.

10. En dernier lieu, il ne résulte pas de l'instruction et notamment pas du rapport d'expertise que Mme D a subi un préjudice esthétique temporaire en lien direct et certain avec la faute par maladresse de plaie de l'artère fémorale retenue à l'encontre de l'AP-HM. Par suite, elle n'est pas fondée à obtenir l'indemnisation de ce poste de préjudice qui doit être rejeté.

En ce qui concerne les préjudices permanents :

11. En premier lieu, il résulte de l'instruction et principalement du rapport d'expertise, que Mme D n'a subi aucun déficit fonctionnel permanent en lien direct et certain avec la faute par maladresse de plaie de l'artère fémorale retenue à l'encontre de l'AP-HM. Par suite, elle n'est pas fondée à obtenir l'indemnisation de ce poste de préjudice.

12. En second lieu, il résulte de l'instruction, principalement du rapport d'expertise, que la faute par maladresse de la réalisation du geste chirurgical dont Mme D a été victime, est à l'origine pour l'intéressée d'un préjudice esthétique permanent évalué à 1,5 sur une échelle de 7. Il sera fait une juste appréciation de ce poste en l'évaluant à la somme de 1 400 euros.

13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D est seulement fondée à solliciter la condamnation de l'AP-HM, au versement de la somme de 5 093 euros en réparation des préjudices qu'elle a subi dans le cadre de l'intervention réalisée à l'hôpital Sainte Marguerite le 17 mai 2017.

Sur la déclaration de jugement commun :

14. La CPAM du Var n'a pas produit de mémoire à l'instance. Il y a lieu, dès lors, de lui déclarer commun le présent jugement.

Sur les dépens :

15. Il y a lieu de mettre les frais de l'expertise, qui ont été taxés et liquidés à la somme globale de 2 533 euros par quatre ordonnances de la présidente du tribunal de céans, en date des 17 décembre 2020 et 12 mars 2021, à la charge définitive de l'AP-HM.

Sur les frais du litige :

16. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'AP-HM la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme D et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'AP-HM est condamnée à verser une somme de 5 093 euros à Mme D en réparation de ses préjudices.

Article 2 : Les frais d'expertise taxés et liquidés à la somme globale de 2 533 euros sont mis à la charge définitive de l'AP-HM.

Article 3 : Le présent jugement est déclaré commun à la CPAM du Var.

Article 4 : L'AP-HM versera la somme de 1 500 euros à Mme D en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme G D, à l'assistance publique-hôpitaux de Marseille et à la caisse primaire d'assurance maladie du Var.

Copies en seront adressées au Dr E F et au Dr A C, experts médicaux.

Délibéré après l'audience du 16 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Frédérique Simon, présidente,

M. Alexandre Derollepot, premier conseiller,

Mme Ludivine Journoud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.

La rapporteure,

signé

L. JournoudLa présidente,

signé

F. Simon

La greffière,

signé

A. Vidal

La République mande et ordonne au directeur général de l'agence régionale de santé Provence-Alpes-Côte d'Azur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en cheffe,

La greffière,

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