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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2204574

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2204574

mardi 9 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2204574
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation10eme Chambre
Avocat requérantMAURY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 juin 2022 et un mémoire enregistré le

19 octobre 2023, M. B A, représenté par Me Maury, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur a rejeté sa demande indemnitaire préalable du 30 mars 2022 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en réparation des préjudices subis en raison du refus du préfet de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur de lui communiquer certains documents administratifs malgré une injonction en ce sens par l'arrêt n°444584 du 4 novembre 2021 rendu par le Conseil d'Etat.

Il soutient que :

- la carence du préfet à lui communiquer les documents demandés constitue une faute engageant la responsabilité de l'Etat ;

- en effet, en dépit de l'arrêt n°444584 du 4 novembre 2021 par lequel le Conseil d'Etat a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône, dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'arrêt, de lui communiquer les documents demandés qui ne lui ont pas été transmis, ceux-ci n'ont toujours pas été transmis ;

- il était nécessaire pour lui de disposer des documents demandés pour la réalisation de d'une étude comparative sur l'octroi de l'agrément maîtrise d'ouvrage, aux organismes sans but lucratif sur le territoire métropolitain ainsi que pour la publication de cette étude, d'élaborer des articles destinés à la presse spécialisée, de créer des unités de conférence pour des plateformes numériques d'auto-apprentissage et de réaliser des interventions et de conseiller les professionnels du secteur du logement social ou les organismes souhaitant solliciter l'agrément prévu par l'article L. 365-2 du code de la construction et de l'habitation ;

- il a subi un préjudice moral en raison de la saisine du juge de l'exécution du Conseil d'Etat pour obtenir l'exécution de l'arrêt du 4 novembre 2021 ;

- le mémoire du préfet, dès lors qu'il a été produit post clôture est non seulement tardif mais hors délai ;

- ce comportement du préfet, averti pourtant par deux fois, est plus que discutable.

Par un courrier du 1er mars 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône a été mis en demeure, en application des dispositions de l'article R. 612-3 du code de justice administrative, de produire ses observations dans un délai de 30 jours.

Par un mémoire enregistré le 21 novembre 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête :

Il soutient que :

- aucune inaction fautive ou abusive ne saurait être reprochée aux services de l'Etat ;

- ni le préjudice, ni le lien de causalité ne sont établis.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-le jugement n°1901168 rendu le 17 février 2020 par le tribunal administratif de Marseille ;

- la décision n°444584 rendue le 4 novembre 2021 par le Conseil d'Etat ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience :

- le rapport de M. Pecchioli,

- les conclusions de M. Argoud, rapporteur public,

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier du 28 mars 2022 notifié le 30 mars 2022, M. A a formé auprès du préfet de la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur un recours indemnitaire préalable obligatoire tendant à l'indemnisation des préjudices subi en raison du refus par les services de la préfecture de lui communiquer certains documents administratifs en dépit de l'injonction en ce sens prononcée par une décision n°444584 rendue par le Conseil d'Etat le

4 novembre 2021. Suite au silence gardé par l'administration, M. A demande au tribunal dans le cadre de la présente instance, d'une part d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de région a rejeté son recours préalable, d'autre part, de faire droit à sa demande indemnitaire.

Sur la recevabilité des écritures en défense :

2. Aux termes des alinéas 2 et 3 de l'article R. 611-1 du code justice administrative " La requête, le mémoire complémentaire annoncé dans la requête et le premier mémoire de chaque défendeur sont communiqués aux parties avec les pièces jointes dans les conditions prévues aux articles R. 611-2 à R. 611-6. Les répliques, autres mémoires et pièces sont communiqués s'ils contiennent des éléments nouveaux. " Il résulte de la lecture de cette disposition que la communication du premier mémoire en défense est obligatoire sous peine d'irrégularité de la procédure.

3. En l'espèce, à la suite de l'enregistrement de la requête le 2 juin 2022, le tribunal administratif a fixé la clôture de l'instruction une première fois au 10 juillet 2023 puis une seconde fois au 14 novembre 2023. Le 20 novembre 2023, l'affaire a été inscrite au rôle de l'audience du 11 décembre 2023. Le préfet des Bouches-du-Rhône ayant présenté un premier mémoire en défense le 21 novembre 2023, le tribunal a décidé de le communiquer au requérant le lendemain, soit le 22 novembre. Cette communication après clôture a eu pour effet de rouvrir automatiquement l'instruction qui, en l'absence de nouvelle ordonnance de clôture, était close à nouveau trois jours francs avant l'audience du 11 décembre 2023, soit le

7 décembre à minuit, ce qui laissait un délai raisonnable au requérant pour éventuellement répondre au premier mémoire en défense du préfet. Il suit de là que la communication du premier mémoire en défense du préfet n'est pas irrégulière. Par suite, et en tout état de cause, le requérant n'est pas fondé à soutenir que ce mémoire aurait été déposé hors délai ou serait irrecevable.

Sur la demande indemnitaire :

4. Aux termes de l'article L. 911-4 du code de justice administrative : " En cas d'inexécution d'un jugement ou d'un arrêt, la partie intéressée peut demander à la juridiction, une fois la décision rendue, d'en assurer l'exécution. Si le jugement ou l'arrêt dont l'exécution est demandée n'a pas défini les mesures d'exécution, la juridiction saisie procède à cette définition. Elle peut fixer un délai d'exécution et prononcer une astreinte ".

5. Les conditions d'engagement de la responsabilité pour faute d'une personne publique supposent l'existence d'une faute, l'existence d'un dommage réel, actuel, direct et certain et l'existence d'un lien de causalité entre la faute commise et le dommage. L'intervention d'une décision illégale peut constituer une faute susceptible d'engager la responsabilité de l'administration.

6. En premier lieu, M. A se prévaut de la résistance abusive du préfet de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur à lui transmettre les documents qui ne lui avait pas été communiqués, le jugement n°1901168 du 17 février 2020 lui ayant reconnu le droit de se voir transmettre l'intégralité des documents qu'il demandait. Par ailleurs par un arrêt n°444584 du 4 novembre 2021 le Conseil d'Etat, après avoir également reconnu à M. A un tel droit, a prononcé une injonction à l'encontre du préfet de région afin qu'il communique au requérant, dans le délai d'un mois, les documents demandés qui ne lui ont pas été transmis. Par une décision n° 463497, du 7 avril 2023, le Conseil d'Etat, après avoir constaté que le préfet avait communiqué à M. A les versions intégrales des documents précédemment occultés ainsi que d'autres documents non occultés et que l'administration ne détenait pas les documents des organismes dont les demandes d'agrément avaient fait l'objet d'un rejet ou d'un ajournement, a jugé que sa décision en date du 4 novembre 2021 devait être regardée comme exécutée. Ainsi, en s'abstenant de transmettre à M. A l'ensemble des documents dont il demandait la communication, le préfet de la Région-Provence-Alpes-Côte d'Azur a commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'administration.

7. M. A affirme d'une part, qu'il était nécessaire pour lui de disposer des documents dont il n'a pas eu communication pour la réalisation d'une étude comparative et la publication de celle-ci. Toutefois il ne justifie pas en quoi cette communication des pièces manquantes était absolument nécessaire pour la réalisation de son étude, notamment que l'absence de communication de ces documents l'aurait empêché de procéder à la réalisation de l'étude et à sa publication, de sorte qu'il en résulterait un préjudice. D'autre part, il estime avoir subi un préjudice moral en raison de la procédure de saisine du juge de l'exécution du Conseil d'Etat. S'il résulte de l'instruction que M. A a effectivement saisi le juge de l'exécution du Conseil d'Etat le 21 décembre 2021, il ne produit au dossier aucun élément permettant d'apprécier le bien-fondé de son allégation. Le requérant doit par conséquent être regardé comme n'apportant aucun élément permettant d'établir la réalité des préjudices qu'il invoque ainsi que le lien de causalité direct entre la faute commise par l'administration et les préjudices qu'il estime avoir subis.

8. Par conséquent, il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions indemnitaires de M. A tendant à ce que l'Etat lui verse la somme de 2 500 euros en raison des préjudices subis, ainsi que ses conclusions à fin d'annulation, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur.

Délibéré après l'audience du 11 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Pecchioli, président,

- Mme Sandrine Caselles, première conseillère,

- Mme Charbit, première conseillère,

- Assistés de Mme Ibram, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2024.

L'assesseure la plus ancienne,

signé

S. CASELLESLe président-rapporteur,

signé

J.-L. PECCHIOLI La greffière,

signé

S. IBRAM

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône, préfet de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur en ce qui le concerne et à tous les commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière

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