jeudi 22 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2204967 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL MARGUET LEMARIE COURBON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 15 juin 2022, le 15 novembre 2022 et le 2 décembre 2022, le Grand port maritime de Marseille (GPMM), représenté par Me Gobert, défère au Tribunal, en tant que prévenue d'une contravention de grande voirie, la société Mediterranean Shipping Company (MSC), et demande, dans le dernier état de ses écritures au Tribunal :
1°) de condamner ladite société, en sa qualité de propriétaire du navire " MSC LENI ", au versement du montant des frais de remise en état des installations portuaires endommagées par ce navire - par arrachement de deux bollards du quai du Port de Seayard, sur la commune de Port Saint Louis du Rhône, survenu le 1er avril 2022 - estimés à la somme de 26 933,35 euros, sauf à parfaire ;
2°) de condamner la société MSC à une amende de 800 euros en application des dispositions de l'article L.2132-26 du code général de la propriété des personnes publiques et de l'article 131-13 du code pénal ;
3°) de mettre à la charge de la contrevenante la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le 1er avril 2022, le navire MSC LENI, n° OMI 9839454, appartenant à la société Mediterranean Shipping Company (MSC), a endommagé le quai du port de Seayard sur la commune de Port-Saint-Louis-du-Rhône alors qu'il était accosté au poste 2XL2 ; de nombreux dommages ont été constatés sur ce poste, notamment sur les bollards n° 75 et n° 79 qui ont été arrachés sous l'effet de la traction des amarres du navire ;
- ces faits ont été consignés, le 1er avril 2022, dans un procès-verbal de contravention de grande voirie établi par l'officier de port au Grand Port Maritime de Marseille, assermenté conformément à la loi ;
- par un courrier recommandé du 15 avril 2022, il a procédé à la notification du procès-verbal de contravention de grande voirie à la société MSC en lui indiquant que le montant des frais de réparation lui serait transmis dans un prochain courrier, une fois les travaux de remise en état effectués ;
- dans la mesure où la gestion du navire et de son amarrage aurait dû être suivie et adaptée en fonction du tirant d'eau par le capitaine du navire LENI, ce qui n'a de fait pas été le cas, la société MSC ne peut soulever la faute de l'administration comme cause exonératoire de toute responsabilité ;
- en tout état de cause, la situation de l'état de corrosion anormale des bollards avancée par la société MSC n'est pas démontrée outre le fait qu'elle n'est ni exacte ni fondée et que les bollards ont été cassés à leur base du fait des angles anormaux pris par les aussières du navire ;
- à ce jour, les frais à exposer pour la remise en état du domaine public maritime s'élèvent à la somme de 26 933,35 euros, sauf à parfaire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 octobre 2022, la société Mediterranean Shipping Company (MSC), représentée par Me Lemarié, conclut :
1°) au rejet de la requête ;
2°) à la mise à la charge du Grand port maritime de Marseille d'une somme de
2 500 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- le défaut d'entretien normal des bollards est un fait grave de l'administration assimilable à un cas de force majeure exonératoire de poursuites à son encontre ;
- la cause des dommages aux bollards ne provenant ni des conditions météo, ni des courants, ni du navire et de son amarrage, celle-ci doit être recherchée dans l'ouvrage public lui-même ;
- l'origine exclusive des dommages subis par les bollards n° 75 et n° 79 est un défaut volontaire d'entretien normal des bollards par le GPMM qui les a rendus inaptes à leur mission, cette faute devant conduire à relaxer la MSC de la contravention de grande voirie reprochée et à la décharger de l'obligation de réparer les dommages subis par le domaine public.
Un mémoire a été enregistré pour la société MSC le 9 décembre 2022, et n'a pas été communiqué.
Vu :
- le procès-verbal de contravention de grande voirie dressé le 1er avril 2022 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code pénal ;
- le code de procédure pénale ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code des transports ;
- le code de justice administrative, notamment son article L.774-1.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A ;
- les conclusions de Mme Beyrend, rapporteure publique ;
- les observations de Me Cournand, représentant le Grand port maritime de Marseille.
Considérant ce qui suit :
1. Le 1er avril 2022, un procès-verbal de contravention de grande voirie a été dressé par l'officier de port au Grand port maritime de Marseille, constatant l'endommagement des installations portuaires du terminal de Seayard, sur la commune de Port-Saint-Louis-du-Rhône, par le navire " MSC LENI ", appartenant à la société Mediterranean Shipping Company, sous l'effet de la traction de ses amarres. Par courrier recommandé du 15 avril 2022, le GPMM a notifié à la société MSC, le procès-verbal du 1er avril 2022 précité.
Sur l'atteinte au domaine public :
2. Aux termes de l'article L.2132-2 du code général de la propriété des personnes publiques : " Les contraventions de grande voirie sont instituées par la loi ou par décret, selon le montant de l'amende encourue, en vue de la répression des manquements aux textes qui ont pour objet, pour les dépendances du domaine public n'appartenant pas à la voirie routière, la protection soit de l'intégrité ou de l'utilisation de ce domaine public, soit d'une servitude administrative mentionnée à l'article L.2131-1 ". Aux termes de l'article L.5335-2 du code des transports : " Il est interdit de porter atteinte au bon état () du port et de ses installations () ". Aux termes de l'article L.5337-1 du même code : " Sans préjudice des sanctions pénales encourues, tout manquement aux dispositions du chapitre V du présent titre, à celles du présent chapitre et aux dispositions réglementant l'utilisation du domaine public, notamment celles relatives aux occupations sans titre, constitue une contravention de grande voirie réprimée dans les conditions prévues par les dispositions du présent chapitre ".
3. Lorsque le juge administratif est saisi d'un procès-verbal de contravention de grande voirie, il ne peut légalement décharger le contrevenant de l'obligation de réparer les atteintes portées au domaine public qu'au cas où le contrevenant produit des éléments de nature à établir que le dommage est imputable, de façon exclusive, à un cas de force majeure ou à un fait de l'administration assimilable à un cas de force majeure.
4. En l'espèce, il résulte de l'instruction, et notamment du procès-verbal dressé le 1er avril 2022 par l'officier de port au GPMM, que le navire " MSC LENI ", porte-conteneur de 399 mètres de long et 61 mètres de large, a endommagé les bollards n° 75 et n° 79, provoquant leur arrachement sous l'effet de la traction de ses amarres, alors qu'il était accosté au poste 2XL2 du Terminal de Seayard. Pour soutenir qu'elle doit être relaxée de la contravention de grande voirie reprochée et, par suite, déchargée de toute obligation de réparation, la société MSC fait valoir que les dommages subis par lesdits bollards trouvent leur origine exclusive dans un défaut d'entretien normal imputable au GPMM qui les a rendus inaptes à leur fonction en s'abstenant d'y appliquer de la peinture anticorrosion et d'en assurer la maintenance régulière. Au soutien de cette argumentation, la société MSC produit une expertise, en langue anglaise, établie le 4 juillet 2022 par le Bureau d'expertises maritimes Saint-Tropez, dont il résulte que la partie des bollards n° 75 et n° 79 restée sur le quai, ainsi que leur base, présentent une corrosion apparente et importante. Toutefois, et alors même que cette corrosion a pu contribuer à fragiliser les bollards litigieux et, par voie de conséquence, à en faciliter l'arrachement, cette circonstance ne peut être regardée comme la cause exclusive des dommages. En effet, alors que le procès-verbal dressé le 1er avril 2022 par l'officier de port fait mention d'un " fort vent d'ouest " sur la zone du sinistre - de l'ordre de 27 nœuds, soit 50 km/h, ainsi que le relève d'ailleurs la société MSC - cette situation météorologique, bien que non exceptionnelle, a nécessairement contribué à exercer une forte sollicitation mécanique sur les bollards en cause et, par suite, à provoquer leur arrachement brutal, ainsi qu'en attestent les deux vidéos versées aux débats. Dans ces conditions, et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que l'état des installations auraient constitué un fait ayant mis la société contrevenante dans l'impossibilité de prendre les mesures de nature à éviter tout dommage aux équipements portuaires, les faits précédemment évoqués, dont la matérialité n'est pas contestée, contreviennent aux dispositions ci-dessus reproduites et doivent être regardés comme constituant une contravention de grande voirie dont la société MSC ne saurait être exonérée.
Sur la réparation :
5. Il résulte des dernières pièces produites par le GPMM que les frais de remise en état des installations endommagées sont estimés à la somme globale de 26 933,35 euros, soit
9 800 euros pour la fourniture de deux bollards bi-bloc d'une capacité de 100 tonnes,
12 454 euros pour la dépose et la repose des deux bollards endommagés, 1 550 euros correspondant à la vacation d'une équipe de scaphandriers, 472,70 euros d'intervention de main d'ouvre GPMM, auxquels s'ajoutent des révisions de prix pour un montant total de
2 656,65 euros. Ce montant n'est pas contesté par la société MSC, à laquelle il n'appartient pas de contester l'opportunité des mesures prises pour réparer les dommages, et qui, alors qu'elle a pu discuter de l'étendue des dommages et de leur coût dans le cadre de la présente instance, n'a pas établi le caractère excessif ou anormal du montant des sommes réclamées. Par suite, il y a lieu de condamner la société MSC à payer au GPMM la somme précitée de 26 933,35 euros, correspondant à la remise en état du domaine public portuaire.
Sur l'action publique :
6. Aux termes de l'article L.2132-26 du code général de la propriété des personnes publiques : " Sous réserve des textes spéciaux édictant des amendes d'un montant plus élevé, l'amende prononcée pour les contraventions de grande voirie ne peut excéder le montant prévu par le 5° de l'article 131-13 du code pénal. /Dans tous les textes qui prévoient des peines d'amendes d'un montant inférieur ou ne fixent pas le montant de ces peines, le montant maximum des amendes encourues est celui prévu par le 5° de l'article 131-13. /Dans tous les textes qui ne prévoient pas d'amende, il est institué une peine d'amende dont le montant maximum est celui prévu par le 5° de l'article 131-13 ". Aux termes de l'article 131-13 du code pénal : " Constituent des contraventions les infractions que la loi punit d'une amende n'excédant pas 3000 euros. Le montant de l'amende est le suivant : () 5° 1 500 euros au plus pour les contraventions de la 5e classe () ".
7. Lorsqu'il retient la qualification de contravention de grande voirie s'agissant des faits qui lui sont soumis, le juge est tenu d'infliger une amende au contrevenant. Alors même que les dispositions précitées ne prévoient pas de modulation des amendes, le juge, qui est le seul à les prononcer, peut toutefois, dans le cadre de ce contentieux répressif, moduler leur montant dans la limite du plafond prévu par la loi et du plancher que constitue le montant de la sanction directement inférieure, pour tenir compte de la gravité de la faute commise, laquelle est appréciée au regard de la nature du manquement et de ses conséquences.
8. Eu égard à la matérialité et à la nature de l'infraction susvisée, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et en application des dispositions précitées, de condamner la société MSC à une amende de 1 000 euros au titre de l'infraction commise.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L.761-1 du code de justice administrative :
9. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du GPMM, qui n'est pas dans la présente instance partie perdante, la somme que demande la société MSC au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de la société MSC le versement au GPMM d'une somme de 1 000 euros au titre des mêmes frais.
D E C I D E :
Article 1er : La société MSC est condamnée à payer une amende de 1 000 (mille) euros.
Article 2 : La société MSC est condamnée à verser au Grand Port Maritime de Marseille la somme de 26 933,35 euros (vingt-six mille neuf cent trente-trois euros et trente-cinq centimes) correspondant aux frais de remise en état du domaine public portuaire résultant des dommages provoqués le 1er avril 2022 par le navire " MSC LENI ".
Article 3 : La société MSC versera au Grand port maritime de Marseille la somme de
1 000 (mille) euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera adressé au Grand Port Maritime de Marseille pour notification à la société MSC, dans les conditions prévues à l'article L.774-6 du code de justice administrative.
Délibéré après l'audience du 15 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Laso, président,
Mme Niquet, première conseillère,
Mme Ollivaux, première conseillère,
Assistés de Mme Sansonetti, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.
Le président-rapporteur,
Signé
J-M. AL'assesseure la plus ancienne,
Signé
A. NIQUET
La greffière,
Signé
L. SANSONETTI
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier
Tribunal Administratif de Bordeaux — N° TA33-2604449
Le Tribunal administratif de Bordeaux, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. A... B.... Ce dernier demandait, en pleine vague de chaleur et avant un rendez-vous médical, sa réintégration dans un hébergement d'urgence, invoquant une atteinte grave à ses libertés fondamentales (droit à l'hébergement, droit à la vie et à l'intégrité physique). Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie ou que la demande était manifestement mal fondée, au vu des nombreux hébergements déjà proposés au requérant. La décision s'appuie sur les articles L. 345-2 et suivants du code de l'action sociale et des familles, qui garantissent l'accès à l'hébergement d'urgence, mais dont la carence n'a pas été caractérisée en l'espèce.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Rennes — N° TA35-2504730
Le Tribunal Administratif de Rennes a pris acte, par ordonnance du 1er juin 2026, du désistement pur et simple de Mme A... de son instance et de l'ensemble de ses conclusions. La requérante demandait initialement la condamnation de la commune de Rennes à l'indemniser de préjudices liés à une maladie professionnelle. Le tribunal, statuant sur le fondement de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, a donné acte de ce désistement et a rejeté les conclusions de la commune présentées au titre de l'article L. 761-1 du même code.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2520806
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de Mme B... A... comme manifestement irrecevable. La requérante contestait le refus de la commission d’accès aux documents administratifs de lui communiquer le dossier personnel de son arrière-grand-père. Saisi en plein contentieux, le tribunal a constaté que la requête n'était pas accompagnée de la décision attaquée et que Mme B... A..., résidant en Algérie, n'avait pas élu domicile sur le territoire national comme l'exige l'article R. 431-8 du code de justice administrative. Malgré une demande de régularisation restée sans effet, ces vices n'ont pas été corrigés, justifiant le rejet sur le fondement de l'article R. 222-1 du même code.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2609206
Le Tribunal Administratif de Nantes, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. A... qui demandait d’enjoindre au ministre de l’intérieur de lui délivrer un certificat d’immatriculation pour son véhicule. Le juge a estimé que la mesure sollicitée était manifestement irrecevable car elle aurait pour effet de faire obstacle à l’exécution de la décision administrative de refus d’immatriculation déjà prise. En conséquence, la requête a été rejetée sans instruction ni audience, en application de l’article L. 522-3 du même code.
01/06/2026