jeudi 15 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2205469 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL MARGUET LEMARIE COURBON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 juillet 2022, le Grand port maritime de Marseille (GPMM), représenté par Me Gobert, défère au Tribunal, en tant que prévenue d'une contravention de grande voirie, la société Mediterranean Shipping Company (MSC) et demande au Tribunal :
1°) de condamner ladite société, en sa qualité de propriétaire du navire " MSC PALOMA ", au versement du montant des frais de remise en état des installations portuaires endommagées par ledit navire lors du heurt du quai du terminal containers Fos 2XL, survenu le 2 +++mars 2018, estimés à hauteur de 6 281,50 euros, sauf à parfaire ;
2°) de mettre à la charge de la contrevenante la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le 2 mars 2018, le navire " MSC PALOMA " appartenant à la société Mediterranean Shipping Company (MSC) a heurté et endommagé le quai du Terminal containers Fos 2XL à la suite de la rupture de son amarrage arrière lors d'une opération d'approvisionnement en gasoil ; suite au heurt, de nombreux dommages ont été constatés sur le quai au poste 2XL, notamment au niveau du bollard 75 ;
- ces faits ont été consignés, le 2 mars 2018 à 7h10, dans un procès-verbal de contravention de grande voirie établi par l'officier de port adjoint au Grand Port Maritime de Marseille, assermenté conformément à la loi ;
- le 9 mars 2018, il a adressé un courrier recommandé de mise en cause au responsable identifié dans le procès-verbal de contravention de grande voirie, soit l'armateur MSC, lui rappelant que le navire " MSC PALOMA " avait endommagé le quai au niveau du bollard 75 ;
- le 10 juillet 2018, il a communiqué à la MSC le montant estimatif des frais de remise en état, dont 750 euros d'inspection sous-marine et 28 053,48 euros de réfection du quai ;
- le 3 février 2022, il a pu procéder à une nouvelle estimation des frais de réparation qui s'élèvent provisoirement à la somme de 6 281,50 euros ;
- par un courrier du 6 avril 2022, il a procédé à la notification du procès-verbal de contravention de grande voirie à la société MSC en l'informant que le montant des frais de réparation lui serait transmis par courrier, une fois les travaux de remise en état effectués ; aucune observation n'a été formulée par la société contrevenante.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 octobre 2022, la société Mediterranean Shipping Company (MSC), représentée par Me Lemarié, conclut :
1°) à titre principal, au rejet de la requête ;
2°) à titre subsidiaire, à ce que le montant des réparations soit limité à la somme de 6 281,50 euros ;
3°) à la mise à la charge du GPMM de la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés ; les dommages subis par les installations portuaires n'ont pas été causés par une manœuvre du MSC PALOMA mais sont la conséquence exclusive d'un phénomène météorologique revêtant les caractéristiques de la force majeure et l'exonérant de toute obligation d'avoir à réparer les conséquences de l'atteinte au domaine public.
Les parties ont été informées le 8 novembre 2022, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la prescription de l'action publique dans les conditions prévues à l'article 9 du code de procédure pénale.
La clôture de l'instruction a été fixée au 15 novembre 2022 par une ordonnance du 21 octobre précédent.
Un mémoire a été enregistré pour le GPMM le 25 novembre 2022, et n'a pas été communiqué.
Vu :
- le procès-verbal de contravention de grande voirie dressé le 2 mars 2018 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code pénal ;
- le code de procédure pénale ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code des transports ;
- le code de justice administrative, notamment son article L. 774-1.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A ;
- les conclusions de Mme Beyrend, rapporteure publique ;
- les observations de Me Cournand, représentant le Grand port maritime de Marseille.
Considérant ce qui suit :
1. Le 2 mars 2018, un procès-verbal de contravention de grande voirie a été dressé par l'officier de port adjoint au Grand port maritime de Marseille, constatant l'endommagement des installations portuaires du Terminal containers de Fos 2XL, sur la commune de Fos-sur-Mer, par le navire " MSC Paloma ", appartenant à la société Mediterranean Shipping Company (MSC), lors d'une opération d'approvisionnement en gasoil. Par courrier recommandé du 24 février 2022, le GPMM a notifié à la société Mediterranean Shipping Company, le procès-verbal du 2 mars 2022 précité.
Sur l'action publique :
2. En vertu des dispositions combinées des articles 9 et 9-2 du code de procédure pénale, l'action publique des contraventions se prescrit par une année révolue à compter du jour où l'infraction a été commise ou à compter de tout acte d'instruction ou de poursuite. Peuvent seules être regardées comme des actes d'instruction ou de poursuite de nature à interrompre la prescription, en matière de contraventions de grande voirie, outre les jugements rendus par les juridictions et les mesures d'instruction prises par ces dernières, les mesures qui ont pour objet soit de constater régulièrement l'infraction, d'en connaître ou d'en découvrir les auteurs, soit de contribuer à la saisine du tribunal administratif ou à l'exercice par le ministre de sa faculté de faire appel ou de se pourvoir en cassation.
3. Il résulte de l'instruction qu'aucun acte d'instruction n'est intervenu entre, d'une part, le 10 juillet 2018 date à laquelle le GPMM a fait connaître à la société MSC une première estimation des frais de remise en état du quai endommagé et, d'autre part, le 3 février 2022, date à laquelle le GPMM a informé la société MSC du montant révisé à la baisse des frais de réparation s'élevant à 6 281,50 euros, sauf à parfaire, de telle sorte qu'il s'est écoulé plus d'un an entre deux actes d'instruction. L'action publique est ainsi prescrite. Il s'ensuit qu'il n'y a pas lieu de statuer sur l'action publique.
Sur l'atteinte au domaine public :
4. Aux termes de l'article L. 2132-2 du code général de la propriété des personnes publiques : " Les contraventions de grande voirie sont instituées par la loi ou par décret, selon le montant de l'amende encourue, en vue de la répression des manquements aux textes qui ont pour objet, pour les dépendances du domaine public n'appartenant pas à la voirie routière, la protection soit de l'intégrité ou de l'utilisation de ce domaine public, soit d'une servitude administrative mentionnée à l'article L. 2131-1. ". Aux termes de l'article L. 5335-2 du code des transports : " Il est interdit de porter atteinte au bon état () du port et de ses installations () ". Aux termes de l'article L. 5337-1 du même code : " Sans préjudice des sanctions pénales encourues, tout manquement aux dispositions du chapitre V du présent titre, à celles du présent chapitre et aux dispositions réglementant l'utilisation du domaine public, notamment celles relatives aux occupations sans titre, constitue une contravention de grande voirie réprimée dans les conditions prévues par les dispositions du présent chapitre ".
5. Lorsque le juge administratif est saisi d'un procès-verbal de contravention de grande voirie, il ne peut légalement décharger le contrevenant de l'obligation de réparer les atteintes portées au domaine public qu'au cas où le contrevenant produit des éléments de nature à établir que le dommage est imputable, de façon exclusive, à un cas de force majeure ou à un fait de l'administration assimilable à un cas de force majeure.
6. En l'espèce, il résulte de l'instruction, et notamment du procès-verbal dressé le 2 mars 2018 par l'officier de port adjoint au GPMM, que le navire " MSC PALOMA ", alors qu'il effectuait une opération d'approvisionnement en gasoil, le 2 mars 2018 à 7h10 dans le terminal containers FOS 2 XL, a rompu son amarrage arrière se retrouvant rapidement en travers de la darse 2. Son bulbe a alors percuté le quai, endommageant celui-ci au niveau du bollard 75. Pour soutenir qu'elle doit être relaxée de la contravention de grande voirie reprochée et, par suite, déchargée de toute obligation de réparation, la société MSC fait valoir que les dommages occasionnés aux installations portuaires sont la conséquence exclusive d'un phénomène météorologique revêtant les caractéristiques de la force majeure. Ainsi, en se fondant, notamment, sur un rapport d'expertise en langue anglaise, établi le 24 juillet 2018 par le cabinet " Experts et Consulants - Marine Industrie ", la société MSC fait valoir que, au matin du 2 mars 2018, le navire " MSC PALOMA " a dû affronter une renverse de vent extrêmement brutale qui a alors brièvement soufflé en tempête. En se basant sur les relevés de l'anémomètre du navire en cause, elle précise que, avant l'incident, à 6h49, le vent venait de l'Est-Sud-Est avec une vitesse inférieure à 30 nœuds, soit 55 km/h, mais qu'en moins de vingt minutes, le vent a tourné à 270° pour venir de l'Ouest-Sud-Ouest à une vitesse d'environ 40 nœuds, soit 74 km/h, à 6h56, puis revenir ensuite plein Ouest à une vitesse de 79 nœuds, soit 146 km/h, à 7h07. Selon la société MSC, cette situation était imprévisible car elle n'avait été anticipée ni par les prévisionnistes de Météo-France, ni par la capitainerie. Elle ajoute que cette soudaine et puissante renverse était exceptionnelle à l'endroit du sinistre, eu égard aux antécédents météorologiques locaux. Toutefois, et alors que la société MSC indique elle-même que le bulletin prévisionnel local " PréviExpert " émis par Météo-France prévoyait, pour la journée du 2 mars 2018 au matin, un changement de direction du vent de Sud-Est vers l'Ouest, avec un pic à 19 nœuds en moyenne et des rafales à 31 nœuds, entre 6h et 9h, la renverse survenue à partir de 6h56, malgré sa force, ne saurait, en tenant compte des conditions générales météorologiques de la région, a fortiori en bord de mer, être regardée comme présentant, par son imprévisibilité, le caractère d'un événement de force majeure. Par ailleurs, si la société MSC soutient que ladite renverse de vent était exceptionnelle, eu égard aux antécédents météorologiques locaux, elle ne produit pas d'éléments suffisamment précis quant à l'occurrence de ce phénomène et au rythme de survenance effectivement constaté sur la zone concernée. Dans ces conditions, la société MSC n'établit pas que l'augmentation de la force du vent et son changement d'orientation le 2 mars 2018 au matin, à l'origine de la rupture des amarres du navire et de son déplacement, auraient revêtu un caractère d'imprévisibilité et d'irrésistibilité de nature à les faire regarder comme un événement de force majeure. Par suite, et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que l'état des installations auraient constitué un fait ayant mis la société contrevenante dans l'impossibilité de prendre les mesures de nature à éviter tout dommage aux équipements portuaires, les faits précédemment évoqués, dont la matérialité n'est pas contestée, contreviennent aux dispositions ci-dessus reproduites et doivent être regardés comme constituant une contravention de grande voirie dont la société MSC ne saurait être exonérée.
Sur la réparation :
7. Il résulte des éléments de chiffrage fournis par le GPMM dans son mémoire en réplique, que les frais de remise en état des installations endommagées sont estimés à la somme de 6 281,50 euros. Ce montant qui n'a fait l'objet d'aucune actualisation de la part du GPMM avant la clôture de l'instruction, n'est pas contesté par la société MSC, à laquelle il n'appartient pas de contester l'opportunité des mesures prises pour réparer les dommages, et qui, alors qu'elle a pu discuter de l'étendue des dommages et de leur coût dans le cadre de la présente instance, n'a pas établi le caractère excessif ou anormal du montant des sommes réclamées. Par suite, il y a lieu de condamner la société MSC à payer au GPMM la somme précitée 6 281,50 euros correspondant à la remise en état du domaine public portuaire.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du GPMM, qui n'est pas dans la présente instance partie perdante, la somme que demande la société MSC au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la société MSC une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par le GPMM et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur l'action publique.
Article 2 : La société MSC est condamnée à verser au Grand Port Maritime de Marseille la somme de 6 281,50 euros (six mille deux cent quatre-vingt-un euros et cinquante centimes) correspondant aux frais de remise en état du domaine public portuaire.
Article 3 : La société MSC versera au GPMM une somme de 1 000 (mille) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera adressé au Grand Port Maritime de Marseille pour notification à la société MSC, dans les conditions prévues à l'article L. 774-6 du code de justice administrative.
Délibéré après l'audience du 1er décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Laso, président,
Mme Niquet, première conseillère,
Mme Ollivaux, première conseillère,
Assistés de M. Giraud, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.
Le président-rapporteur,
signé
J-M. AL'assesseure la plus ancienne,
signé
A. NIQUET
Le greffier,
signé
P. GIRAUD
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026