mardi 10 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2205603 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | DEGUITRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 juillet 2022, M. E B, représenté par Me Donsimoni, demande au tribunal :
1°) de condamner l'AP-HM à lui verser une somme totale de 33 885,5 euros en réparation des conséquences dommageables de sa prise en charge au centre hospitalier de La Timone le 3 juillet 2019
2°) de mettre à la charge de l'AP-HM une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
3°) de condamner l'AP-HM aux entiers dépens comprenant notamment les frais d'expertise.
Il soutient que :
- le service des urgences de La Timone a commis une erreur en lui diagnostiquant une entorse de la cheville gauche alors que les examens radiologiques objectivaient l'existence d'une subluxation dorsale du Lisfranc avec fractures,
- ce diagnostic erroné l'a empêché de bénéficier des soins adaptés à son état de santé dans les plus brefs délais,
- il en est résulté des préjudices constitués par un déficit fonctionnel temporaire de 75% entre le 3 juillet 2019 et le 15 août 2019, de 50% entre le 16 août 2019 et le 15 septembre 2019 et de 25% entre le 16 septembre 2019 et le 20 octobre 2020 évalué à une somme de 4 387,5 euros, des souffrances endurées de 3/7 évaluées à une somme de 8 000 euros, un préjudice esthétique de 2/7 évalué à une somme de 5 000 euros, préjudice d'agrément évalué à une somme de 5 000 euros, par la nécessité d'avoir recours à l'aide d'une tierce personne évaluée à la somme de 6 498 euros ainsi que par une perte de gains professionnels actuels évaluée à la somme de 5 000 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 septembre 2023, l'AP-HM, représentée par Me Deguitre, conclut à ce que les demandes indemnitaires fondées sur les préjudices d'agrément et de perte de gains professionnels actuels soient rejetés et à ce que ses autres prétentions indemnitaires soient ramenées à de plus justes proportions.
Elle fait valoir que :
- elle ne conteste pas sa responsabilité ;
- les demandes faites au titre des préjudices d'agrément et de perte de gains professionnels actuels sont infondées ;
- les autres demandes doivent être ramenées à de plus justes proportions.
La procédure a été communiquée à la CPAM des Bouches du Rhône qui n'a pas conclu.
Vu :
- l'ordonnance n° 1910136 du président du tribunal administratif de Marseille du 12 juin 2023 taxant les frais et honoraires de l'expert à la somme de 1 779,12 euros ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 19 novembre 2022 :
- le rapport de Mme Diwo ;
- les conclusions de Mme Lourtet, rapporteure publique ;
- les observations de Me Ceccaldi substituant Me Donsimoni, pour M. B ;
- et les observations de Me Deguitre, pour l'AP-HM.
Considérant ce qui suit :
1. Le 3 juillet 2019, M. B s'est présenté au service des urgences de l'hôpital de La Timone, relevant de l'AP-HM, suite à une blessure à la cheville occasionnée par un accident de trottinette la veille. Une entorse de la cheville lui a été diagnostiquée et il a bénéficié de la pose d'un plâtre d'immobilisation et d'un traitement anticoagulant et antalgique. Il a consulté le service de traumatologie de l'hôpital Nord, relevant également de l'AP-HM, le 29 août 2019 suite à des douleurs persistantes. Le scanner pratiqué à l'occasion de cette consultation a révélé l'existence de fractures articulaires et d'un arrachement osseux qui ont nécessité une intervention chirurgicale réalisée le 21 octobre 2020. Il sollicite la condamnation de l'AP-HM à réparer les conséquences dommageables de sa prise en charge par le service des urgences de l'hôpital de La Timone.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
En ce qui concerne la faute de l'hôpital :
2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".
3. Il résulte de l'instruction, et notamment des conclusions de l'expertise diligentée par le tribunal, que les clichés radiographiques pris lors de son passage dans le service des urgences de l'hôpital de La Timone le 3 juillet 2019 montrent l'existence d'une subluxation dorsale du Lisfranc avec fracture. En l'absence d'un examen attentif des clichés radiographiques, un diagnostic erroné a été posé, qui a entraîné un retard dans la prise en charge adaptée de l'état de santé de M. B. Dès lors, ce dernier est fondé à obtenir réparation intégrale des préjudices qu'il a subis.
Sur les préjudices :
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :
S'agissant des frais d'assistance par une tierce personne :
4. Lorsque le juge administratif indemnise dans le chef de la victime d'un dommage corporel la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire déterminé, au vu des pièces du dossier, par référence, soit au montant des salaires des personnes à employer augmentés des cotisations sociales dues par l'employeur, soit aux tarifs des organismes offrant de telles prestations, en permettant le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat et sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.
5. En l'espèce, pour déterminer les besoins d'assistance d'une tierce personne de M. B, il doit être tenu compte du salaire minimum interprofessionnel de croissance, augmenté des charges sociales, pour une année évaluée à 412 jours pour tenir compte des dimanches et jours fériés ainsi que des congés payés et d'un taux horaire pour une aide non spécialisée, tenant compte de l'exonération de charges patronales prévue à l'article L. 241-10 du code de la sécurité sociale, de 13 euros jusqu'au 31 décembre 2017 puisde 14 euros jusqu'au 31 décembre 2020.
6. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport de l'expertise du 14 juin 2021 que les besoins en assistance par une tierce personne pour M. B, en lien avec son état de santé ont été évalués à 2 heures par jour entre le 3 juillet 2019 et le 15 août 2019, puis à 1 heure par jour entre le 16 août 2019 et le 15 septembre 2019, et enfin à 4 heures par semaine entre le 16 septembre 2019 jusqu'à la consolidation de son état, fixée au 21 octobre 2020. En conséquence, l'étendue des besoins d'aide et les dépenses nécessaires pour y pourvoir s'élèvent à un total de 5 403,42 euros. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que l'intéressé aurait bénéficié de prestations destinées à la prise en charge de préjudice. Par suite, il sera fait une exacte appréciation de ce poste de préjudice en condamnant l'AP-HM à verser à lui la somme de 5 403,42 euros.
S'agissant de la perte de gains professionnels actuels :
7. M. B fait valoir qu'il a subi une perte de revenus avant la consolidation de son état de santé qu'il évalue à 5 000 euros. Il produit à l'appui de sa demande une attestation établie par Mme A selon laquelle son état de santé l'aurait contraint à refuser un chantier évalué entre 45 000 et 55 000 euros. Ce document, qui ne permet pas à lui seul d'établir la réalité du manque à gagner dont il se prévaut, ne suffit pas à caractériser la perte de revenus professionnels qu'il allègue. Par suite, il y a lieu de rejeter la demande faite au titre de ce poste de préjudice.
En ce qui concerne les préjudices extra-patrimoniaux :
S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :
8. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que le déficit fonctionnel temporaire de M. B, en lien direct et exclusif avec l'erreur diagnostique, a été partiel de 75 % entre le 3 juillet 2019 et le 15 août 2019, puis de 50 % entre le 16 août 2019 et le 15 septembre 2019, et enfin de 25% entre le 16 septembre 2019 et le 20 octobre 2020. La survenue de la crise sanitaire liée au COVID et le confinement subséquent sont sans incidence sur le calcul du délai pendant lequel le requérant a subi le préjudice directement en lien avec la faute dès lors que celui-ci a persisté durant cette période. Ce préjudice sera exactement réparé, sur une base de 1 euros par jour, par la somme de 2 478 euros.
S'agissant des souffrances endurées :
9. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise précité, que les souffrances endurées par M. B jusqu'à la consolidation de son État ont été évaluées par l'expert à 3 sur une échelle de 7. En l'espèce, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en allouant au requérant la somme de 3 600 euros.
S'agissant du préjudice esthétique :
10. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que M. B a subi un préjudice esthétique évalué par l'expert à une intensité comprise entre 2 et 3 sur une échelle de 7. Par suite, il y a lieu de faire une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant à la somme de 1 500 euros.
S'agissant du préjudice d'agrément :
11. Le préjudice d'agrément a pour objet spécifique d'indemniser l'impossibilité pour la victime de continuer à pratiquer régulièrement une activité sportive ou de loisirs, ou la limitation de ces activités. Distinct du déficit fonctionnel permanent, dont l'indemnisation est destinée à compenser le handicap fonctionnel que la victime va rencontrer dans le futur au titre de sa vie quotidienne, il le complète en permettant une indemnisation supplémentaire, qui résulte du seul fait pour la victime d'être privée d'une activité qui revêtait, avant le fait générateur, une importance prépondérante et qui est établie au moyen de justificatifs.
12. En l'espèce, M. B se borne à se prévaloir de l'impossibilité d'effectuer des activités sportives sans en justifier. Par suite, aucune indemnisation ne saurait être accordée à ce titre.
13. Il résulte de tout ce qui précède que l'AP-HM doit être condamnée à verser à M. B la somme totale de 12 981,42 euros en réparation des préjudices qu'il a subis, résultant de la faute commise par l'AP-HM.
Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :
14. M. B a droit aux intérêts au taux légal correspondant au montants visé au point 13 à compter du 11 mars 2022, date de réception de sa demande indemnitaire préalable.
Sur la déclaration de jugement commun :
15. La caisse primaire centrale d'assurance maladie des Bouches du Rhône, mise en cause, n'a pas produit de mémoire. Par suite, il y a lieu de lui déclarer commun le présent jugement.
Sur la charge des frais d'expertise :
16. Il y a lieu de mettre à la charge de l'AP-HM les frais et honoraires de l'expertise du Dr D C, liquidés et taxés à la somme de 1779,12 euros par l'ordonnance du président du tribunal du 12 juin 2023.
Sur les frais liés au litige :
17. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'AP-HM la somme de 2 000 euros à verser à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'AP-HM est condamnée à payer à M. E B la somme de 12 981,42 euros en réparation des préjudices subis. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 11 mars 2022.
Article 2 : Les frais d'expertise liquidés et taxés à la somme de 1 779,12 euros sont mis à la charge définitive de l'AP-HM.
Article 3 : L'AP-HM versera à M. B la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. E B, à l'Assistance publique-Hopitaux de Marseille et à la caisse centrale d'assurance maladie des Bouches du Rhône.
Copie en sera adressée au Dr C, expert.
Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Simon, présidente
Mme Hétier-Noël, première conseillère
Mme Diwo, première conseillère
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.
Le rapporteur,
signé
C. Diwo
La présidente,
signé
F. Simon
La greffière,
signé
A.Vidal
La République mande et ordonne au directeur général de l'agence régionale de santé Provence-Alpes-Côte d'Azur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026