mercredi 10 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2206000 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | AARPI FRECHE ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 juillet 2022, la société Villa Valmer, représentée par Me Grimaldi, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la délibération du 29 juin 2022 du conseil municipal la ville de Marseille portant résiliation du bail emphytéotique administratif le liant à celle-ci et de tous les actes en résultant ;
2°) d'ordonner la reprise des relations contractuelles avec la ville de Marseille dans le cadre de l'exécution du bail emphytéotique administratif consenti le 25 juin 2020 ;
3°) de mettre à la charge de la ville de Marseille la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition tenant à l'urgence est remplie, dès lors que la délibération litigieuse porte une atteinte grave et immédiate, d'une part, à l'exercice de sa seule activité et à sa situation financière, et ce alors qu'une demande de permis de construire modificatif est en cours, et, d'autre part, à un intérêt public, eu égard au danger que représente le site pour la sécurité des personnes et des biens, et que la suspension de la décision de résilier le bail emphytéotique n'emporte aucune conséquence sur l'intérêt général ou un intérêt d'un tiers ;
- la condition tenant à l'existence de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la validité de la délibération contestée est également satisfaite, dès lors que :
- sa notification a été irrégulière, à défaut de compétence de l'auteur de cette notification et en raison d'une erreur de destinataire, de sorte que cette délibération ne lui est pas opposable ;
- il n'est pas établi que les élus ont été convoqués dans des conditions régulières ;
-les élus n'ont pas disposé d'une information suffisante au regard des dispositions de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales ;
- l'assemblée délibérante était irrégulièrement composée et rien n'indique que le quorum a été atteint au moment du vote ;
- le vote a été irrégulier, rien n'indiquant qu'un vote effectif a bien eu lieu et que la majorité absolue des suffrages exprimés a bien été recueillie ;
- la décision de résiliation est dénuée de tout fondement juridique et procède d'une erreur manifeste d'appréciation, d'une part, en ce qu'elle s'inscrit dans le prolongement d'une opposition de voir le projet aboutir, et, d'autre part, dès lors que le manquement reproché n'était nullement intentionnel et est régularisable ;
- en tout état de cause, la délibération litigieuse repose sur une atteinte au principe de loyauté contractuelle, dès lors que la ville ne lui a jamais donné l'opportunité de régulariser la situation ;
- les vices affectant la délibération portant résiliation du bail emphytéotique administratif sont d'une gravité manifeste et suffisante pour conduire à la reprise des relations contractuelles.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 août 2022, la ville de Marseille, représentée par Me Bernard, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la société requérante d'une somme de 10 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que la condition d'urgence n'est pas remplie, que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas de nature à faire naître un doute sérieux quant à la validité de la délibération litigieuse, qu'elle-même n'est, en tout état de cause, à l'origine d'aucune violation du principe de loyauté contractuelle, et que la demande de reprise des relations contractuelles doit être rejetée.
Vu :
- la requête au fond enregistrée sous le numéro 2205999 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné Mme Jorda-Lecroq, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Ont été entendus à l'audience publique du 8 août 2022 à 14 heures, en présence de M. Marcon, greffier d'audience :
- le rapport de Mme Jorda-Lecroq, juge des référés ;
- les observations de Me Grimaldi, représentant la société Villa Valmer, qui a renouvelé, en les développant ou les précisant, les moyens de la requête, et ajouté que la ville de Marseille a méconnu les clauses contractuelles du bail emphytéotique administratif en ce que l'adjointe au maire de Marseille en charge de l'urbanisme et du développement harmonieux de la ville ayant signé cinq actes afférents à l'exécution et à la résiliation de ce bail ne disposait pas de la compétence pour ce faire ;
- les observations de Me Bernard, représentant la ville de Marseille, qui a renouvelé, en les développant ou les précisant, les moyens de défense.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Une note en délibéré présentée pour la société Villa Valmer a été enregistrée le 9 août 2022.
Une note en délibéré présentée pour la ville de Marseille a été enregistrée le 9 août 2022.
1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
2. Par acte sous seing privé du 25 juin 2020, la ville de Marseille a conclu un bail emphytéotique administratif avec la société Villa Valmer mettant à la disposition de cette dernière, pour une durée de soixante ans, un terrain de 6 738 mètres carrés (m²) situé 271 Corniche Kennedy dans le 7ème arrondissement, cadastré section E n° 8, comprenant une emprise au sol des bâtiments d'environ 1 276 m² de surface bâtie et une surface non bâtie de 4 274 m², et moyennant le paiement d'une redevance annuelle fixe de 330 000 euros, assortie d'une redevance annuelle variable en fonction du chiffre d'affaires, en vue d'y créer et exploiter un hôtel. Le site comprend plusieurs bâtiments, dont une bastide ancienne, ainsi qu'un bâtiment attenant de style contemporain. La villa fait l'objet d'une préservation intégrale au titre de la protection patrimoniale assurée par le plan local d'urbanisme intercommunal et le site bénéficie de protections supplémentaires en raison de sa localisation dans le périmètre de protection des monuments historiques, du fait également des décors intérieurs, classés à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques, et par le classement, enfin, d'une grande partie du terrain en espace boisé classé. Le 31 décembre 2018, la société requérante a déposé un dossier de permis de construire comportant des démolitions, permis qui lui a été accordé par arrêté du 14 août 2019. Les travaux, qui ont débuté le 5 avril 2021, ont toutefois été interrompus à la suite de l'édiction d'un arrêté interruptif de travaux du 28 avril 2021, faisant suite au constat, en particulier par un procès-verbal d'infraction du 13 avril 2021, de démolitions non autorisées et de risques induits par la poursuite du chantier. Le 15 juin 2021, la ville de Marseille a mis en demeure la société Villa Valmer de se conformer à ses obligations contractuelles dans un délai de trois mois, sous peine de résiliation pour faute consécutivement aux travaux réalisés sans autorisation, en violation du permis de construire obtenu et de ses obligations contractuelles. Le 14 septembre 2021, le délai de trois mois a été prorogé jusqu'au 21 mars 2022 au vu du dépôt par la société Villa Valmer d'un dossier de permis de construire modificatif aux fins de régularisation des travaux réalisés sans autorisation. Par un arrêté du maire de Marseille du 15 février 2022, un refus de permis de construire modificatif a été opposé à la société requérante. Une nouvelle demande de permis de construire modificatif a été formée le 11 mai 2022. Par délibération du 29 juin 2022, le conseil municipal de Marseille a approuvé la résiliation unilatérale du bail emphytéotique administratif pour faute du preneur. La société Villa Valmer sollicite, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la délibération du 29 juin 2022 et des actes en résultant et demande également au tribunal d'ordonner la reprise des relations contractuelles.
3. Il incombe au juge du contrat, saisi par une partie d'un recours de plein contentieux contestant la validité d'une mesure de résiliation et tendant à la reprise des relations contractuelles, lorsqu'il constate que cette mesure est entachée de vices relatifs à sa régularité ou à son bien-fondé, de déterminer s'il y a lieu de faire droit, dans la mesure où elle n'est pas sans objet, à la demande de reprise des relations contractuelles, à compter d'une date qu'il fixe, ou de rejeter le recours, en jugeant que les vices constatés sont seulement susceptibles d'ouvrir, au profit du requérant, un droit à indemnité. Dans l'hypothèse où il fait droit à la demande de reprise des relations contractuelles, il peut décider, si des conclusions sont formulées en ce sens, que le requérant a droit à l'indemnisation du préjudice que lui a, le cas échéant, causé la résiliation, notamment du fait de la non-exécution du contrat entre la date de sa résiliation et la date fixée pour la reprise des relations contractuelles.
4. Pour déterminer s'il y a lieu de faire droit à la demande de reprise des relations contractuelles, il incombe au juge du contrat d'apprécier, eu égard à la gravité des vices constatés et, le cas échéant, à celle des manquements du requérant à ses obligations contractuelles, ainsi qu'aux motifs de la résiliation, si une telle reprise n'est pas de nature à porter une atteinte excessive à l'intérêt général et, le cas échéant, eu égard à la nature du contrat en cause, aux droits du titulaire d'un nouveau contrat dont la conclusion aurait été rendue nécessaire par la résiliation litigieuse.
5. Il incombe au juge des référés saisi, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de conclusions tendant à la suspension d'une mesure de résiliation, après avoir vérifié que l'exécution du contrat n'est pas devenue sans objet, pour déterminer si un moyen est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux sur la validité de la mesure de résiliation litigieuse, d'apprécier si, en l'état de l'instruction, les vices invoqués paraissent d'une gravité suffisante pour conduire à la reprise des relations contractuelles et non à la seule indemnisation du préjudice résultant, pour le requérant, de la résiliation.
6. Il résulte de l'instruction que l'exécution du contrat n'est pas devenue sans objet. Pour résilier pour faute le bail emphytéotique administratif qu'elle a conclu avec la société Villa Valmer, la ville de Marseille a retenu, selon les termes mêmes de la délibération litigieuse, le défaut d'exécution de l'une ou l'autre des charges et conditions du bail, plus précisément des conditions d'exécution des travaux et relatives à la transformation, caractérisé par la détérioration du bien immobilier donné à bail et la démolition non autorisée de deux parties du bâtiment et contraire au permis de construire délivré le 14 août 2019, défaut auquel il n'a pas été remédié dans le délai imparti par la mise en demeure mentionnée au point 2. La matérialité de l'ensemble des faits reprochés à la société requérante n'apparaît pas, en l'état de l'instruction, sérieusement contestable. Il résulte de l'instruction qu'aucun des vices invoqués par la société Villa Valmer, tels qu'énoncés et analysés aux visas de la présente ordonnance, et en ce compris celui ajouté par le conseil de la société requérante à la barre, à l'encontre de la mesure de résiliation, ne paraît, en l'état de l'instruction et eu égard à la gravité des manquements de la société à ses obligations contractuelles, ainsi qu'aux motifs de la résiliation, d'une gravité suffisante pour conduire à la reprise des relations contractuelles, laquelle serait, dans les circonstances de l'espèce, de nature à porter une atteinte excessive à l'intérêt général.
7. Ainsi, en l'absence de moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux sur la validité de la mesure de résiliation litigieuse, la demande de la société Villa Valmer tendant à la suspension de l'exécution de la délibération du 29 juin 2022 et des actes en résultant et à la reprise des relations contractuelles doit, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, être rejetée.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
8. La ville de Marseille n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par la société Villa Valmer sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées. En revanche, et en application de ces mêmes dispositions, il y a lieu de mettre à la charge de la société requérante la somme
de 2 500 euros, au bénéfice de la ville de Marseille.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la société Villa Valmer est rejetée.
Article 2 : La société Villa Valmer versera à la ville de Marseille la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Villa Valmer et à la ville de Marseille.
Fait à Marseille, le 10 août 2022.
La vice-présidente,
juge des référés,
Signé
K. Jorda-Lecroq
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026