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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2206103

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2206103

lundi 20 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2206103
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL CABANES NEVEU ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 21 juillet 2022 et 30 juillet 2024, M. A B, représentée par Me Journault, doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite née le 21 avril 2022 par laquelle la présidente de la métropole d'Aix-Marseille-Provence a rejeté sa demande préalable indemnitaire ;

2°) de condamner la métropole Aix-Marseille-Provence à lui verser la somme de 160 427,80 euros en réparation de ses préjudices résultant de l'illégalité fautive commise par l'administration et de sa carence ;

3°) de mettre à la charge de la métropole Aix-Marseille-Provence la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'administration a commis une illégalité fautive en procédant à son licenciement et en s'abstenant de le réintégrer effectivement dans ses fonctions dans le délai imparti par le jugement du tribunal administratif de Marseille du 12 mars 2019 ;

- l'administration a également commis une illégalité fautive en prononçant à son encontre une sanction d'exclusion temporaire d'un mois qui a été annulée par jugement du tribunal administratif de Marseille du 5 juin 2018 ;

- ces fautes sont susceptibles d'engager la responsabilité de la métropole ;

- il a droit à être indemnisé des préjudices financiers résultant de l'illégalité de son licenciement pour la période du 1er décembre 2019 jusqu'à la date de sa réintégration effective, le 19 septembre 2022, à hauteur de la somme de 103'551 euros au titre de la perte de revenus, de la somme de 39'396,24 euros au titre du préjudice de carrière, et de la somme de 4425 euros au titre de son droit individuel à la formation ;

- il doit se voir allouer une somme de 10'000 euros au titre de son préjudice moral et de ses troubles dans les conditions d'existence ;

- s'agissant de ses conclusions initiales à fin de réintégration, il a été réintégré le 19 septembre 2022 postérieurement à l'introduction de sa requête.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 juin 2024 et un mémoire enregistré le 26 septembre 2024, qui n'a pas été communiqué, la métropole Aix-Marseille-Provence, représentée par Me Cabanes, conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions de M. B à fin d'injonction de réintégration au rejet du surplus des conclusions de la requête, et à ce que soit mise à la charge de M. B la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- M. B a été réintégré et affecté sur le poste de chef de projet agriculture périurbaine et urbaine au sein de la direction générale adjointe agriculture, forêts, paysages, à compter du 19 septembre 2022 et il occupe depuis le 1er juin 2023 le poste de chef de projet préservation des terres agricoles, au sein de la direction agriculture et alimentation durable ;

- les moyens invoqués par le requérant à l'appui de ses conclusions indemnitaires ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général de la fonction publique ;

- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fabre, rapporteure,

- les conclusions de Mme Pilidjian, rapporteure publique,

- les observations de Me Journault représentant M. B ;

- et les observations de Me Cochelard, pour la métropole Aix-Marseille-Provence.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a été recruté à compter du 21 mars 1995 en contrat à durée déterminée par le syndicat intercommunal du Bolmon-Jaï (SIBOJAÏ), établissement public de coopération intercommunale chargé de la conservation du patrimoine naturel et de la gestion des milieux aquatiques du site de Bolmon, en qualité de gestionnaire technique. L'intéressé a été nommé au poste de conservateur des espaces naturels littoraux de l'établissement dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée à compter du 1er août 2006. Par un arrêté du 28 septembre 2015, le président du SIBOJAÏ a pris à l'encontre de M. B une sanction d'exclusion temporaire de fonctions d'une durée d'un mois, qui a été annulée par un jugement du tribunal administratif de Marseille n° 1602496 du 5 juin 2018. Par un arrêté ultérieur du 28 septembre 2016, le président du SIBOJAÏ a licencié M. B pour motif disciplinaire. Par un jugement n° 1609326 du 12 mars 2019 le tribunal administratif de Marseille a annulé cet arrêté, a condamné la métropole Aix-Marseille-Provence venue aux droits du SIBOJAÏ à verser à M. B la différence entre la rémunération dont il a été privé sur la période courant du 28 septembre 2016 au 12 mars 2019 et les sommes qu'il a perçues au titre de l'allocation de retour à l'emploi ainsi qu'une somme de 3 000 euros au titre de son préjudice moral, et a enjoint à la métropole de le réintégrer juridiquement et, à défaut de nouvelle décision d'éviction, de le réintégrer effectivement dans un délai de deux mois. Par un arrêt n° 19MA02159 du 26 janvier 2021, la cour administrative d'appel de Marseille a condamné la métropole Aix-Marseille-Provence à verser la somme de 90 951,48 euros à M. B en réparation des préjudices résultant de son licenciement illégal, et a réformé le jugement du tribunal administratif de Marseille du 12 mars 2019 dans ce qu'il avait de contraire. Estimant que la métropole Aix-Marseille-Provence a commis à son égard des fautes lui ouvrant droit à réparation, d'une part, en s'étant abstenue de le réintégrer effectivement dans ses fonctions à la suite de l'annulation de son licenciement et, d'autre part, en ayant pris à son égard une sanction d'exclusion temporaire de fonctions illégale en 2015, M. B a sollicité de la métropole l'indemnisation de ses préjudices en résultant par un courrier du 14 avril 2022. Sa demande ayant été implicitement rejetée, M. B demande au tribunal d'annuler la décision implicite née le 21 avril 2022 de rejet sa demande préalable indemnitaire et de condamner la métropole Aix-Marseille-Provence à lui verser la somme de 160 427,80 euros en réparation de ses préjudices résultant de l'illégalité fautive commise par l'administration et de sa carence.

Sur l'étendue du litige :

2. Si la métropole fait valoir que les conclusions présentées par M. B dans sa requête du 21 juillet 2022 à fin d'injonction de réintégration sous astreinte ont perdu leur objet en cours d'instance dès lors que l'intéressé a obtenu satisfaction en ayant effectivement été réintégré au sein des services de la métropole le 19 septembre 2022, il résulte des termes du mémoire en réplique de M. B, qui confirme sa réintégration sur un poste à compter de cette date, que celui-ci a en toute hypothèse renoncé à ses conclusions sur ce point dans le dernier état de ses écritures.

Sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision implicite de rejet du recours préalable indemnitaire :

3. La décision implicite de rejet de sa réclamation ayant eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande indemnitaire de M. B, le requérant doit être regardé comme ayant formulé des conclusions tendant à une indemnisation de ses préjudices, donnant ainsi à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Il appartient au juge de plein contentieux non pas d'apprécier la légalité de la décision liant le contentieux mais de se prononcer lui-même sur le droit du requérant à obtenir l'indemnité qu'il réclame. Par suite, le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de rejet de sa demande indemnitaire.

Sur les conclusions indemnitaires :

S'agissant de la faute tirée de l'absence de réintégration effective de M. B à la suite de l'annulation de son licenciement :

4. Ainsi qu'il a été dit au point 1, par jugement du 12 mars 2019 le tribunal administratif de Marseille a annulé la décision de licenciement de M. B prise le 1er octobre 2016 et condamné la métropole Aix-Marseille-Provence, venant aux droits du SIBOJAÏ dissous le 2 août 2018, à procéder à sa réintégration juridique et, à défaut d'une nouvelle décision d'éviction, à prononcer sa réintégration effective dans l'emploi qu'il occupait avant son éviction si cet emploi présentait un caractère unique ou, à défaut d'un tel caractère, dans un emploi correspondant à son grade dans le délai de deux mois à compter de la notification de ce jugement. Si la métropole fait valoir que le requérant n'a pas demandé sa réintégration, cette circonstance est inopérante dès lors qu'il lui était enjoint par ce jugement, exécutoire, de procéder à sa réintégration effective dans les conditions précitées. La métropole ne justifie pas davantage l'absence de réintégration de l'intéressé en invoquant le manquement à son devoir d'obéissance qui constituait l'un des motifs de la décision procédant à son licenciement à titre de sanction, dès lors que cette circonstance ne faisait pas obstacle à l'exécution de l'injonction prononcée par le tribunal par le jugement du 12 mars 2019. Il est constant que M. B a été réintégré effectivement sur un poste au sein des services de la métropole le 19 septembre 2022, soit plus de trois ans après. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que l'administration a commis une faute en ne procédant pas à sa réintégration effective dans le délai requis par ce jugement de nature à engager sa responsabilité et à justifier l'indemnisation de ses préjudices en lien direct avec cette faute.

5. Il résulte de l'instruction que le retard de réintégration effective de M. B au sein des services de la métropole lui a causé un préjudice financier. A ce titre, la métropole a déjà été définitivement condamnée à indemniser l'intéressé au titre de sa perte de revenus, pour la période du 28 septembre 2016 au 30 novembre 2019, l'arrêt de la cour administrative d'appel de Marseille du 26 janvier 2021 allouant à M. B pour ce poste de préjudice une somme de 85 951,48 euros correspondant à la différence entre les revenus qu'il n'a pas perçus à la suite de son éviction du SIBOJAÏ et les sommes reçues au titre de l'allocation de retour à l'emploi. M. B est fondé à demander la réparation de sa perte de revenus pour la période postérieure à celle déjà prise en compte par cette décision juridictionnelle et correspondant à la différence entre les revenus qu'il n'a pas perçus pour la période du 1er décembre 2019 au 19 septembre 2022, date à laquelle il a été réintégré et affecté sur le poste de chef de projet agriculture péri-urbaine et urbaine au sein de la métropole Aix-Marseille-Provence, et ceux qu'il a perçus par ailleurs durant la même période. En prenant en compte sa rémunération perçue avant son licenciement, ses revenus de remplacement et les bénéfices industriels et commerciaux qu'il a perçus en 2020 et en 2021, il sera fait une juste appréciation du préjudice financier subi par l'intéressé pour la période du 1er décembre 2019 au 19 septembre 2022 en l'évaluant à la somme de 53 433 euros.

6. En revanche, la circonstance que l'arrêt de la cour administrative d'appel de Marseille du 26 janvier 2021 a relevé les bons états de service de M. B durant la période précédant son licenciement illégal ne permet pas, à elle seule, d'établir que le requérant, notamment au regard des résultats des entretiens professionnels dont il aurait fait l'objet s'il avait été réintégré dans ses fonctions avant le 19 septembre 2022, aurait pu prétendre à une réévaluation de sa rémunération en application de l'article 1-2 du décret du 15 février 1988 pris pour l'application de l'article 136 de la loi du 26 janvier 1984 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale. Dès lors, la demande indemnitaire présentée à ce titre doit être rejetée.

7. Par ailleurs, M. B n'établit pas avoir subi une perte de chance de bénéficier d'un avancement, alors au demeurant qu'aucun avancement de carrière de plein droit n'était prévu par les stipulations de son contrat à durée indéterminée du 31 juillet 2006.

8. En outre, le requérant n'établit pas que le droit individuel à la formation dont il n'a pas bénéficié durant la période courant du 1er décembre 2019 au 19 septembre 2022 impliquerait nécessairement que la métropole Aix-Marseille-Provence lui verse la somme de 4 425 euros, alors au demeurant qu'il n'établit ni même n'allègue que, dans le cadre de sa réintégration et de la reconstitution de sa carrière, la métropole aurait refusé d'abonder son compte personnel de formation.

9. Enfin, si le requérant demande l'indemnisation de son préjudice moral dès lors qu'il n'aurait pas été réintégré sur un poste lui permettant d'exercer des fonctions de terrain telles que celles qu'il exerçait lorsqu'il était garde forestier avant son licenciement, il ne démontre par aucun élément circonstancié que l'occupation de l'emploi de chef de projet " agriculture péri-urbaine et urbaine " relevant du grade d'ingénieur territorial sur lequel il a été affecté le 19 septembre 2022 lui causerait un préjudice particulier ni même qu'elle ferait obstacle à tout exercice de fonctions de terrain. En revanche, M. B justifie d'un préjudice moral et de troubles dans ses conditions d'existence certains résultant du délai d'environ trois années qui s'est écoulé jusqu'à sa réintégration effective, dont il sera fait une juste appréciation en l'indemnisant à hauteur d'une somme de 3 000 euros.

S'agissant de l'illégalité de la sanction d'exclusion temporaire d'un mois dont M. B a fait l'objet le 28 septembre 2015 :

10. Il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été dit au point 1, que, par un jugement définitif du tribunal administratif de Marseille n° 1602496 du 5 juin 2018, l'arrêté du 28 septembre 2015 par lequel le président du syndicat intercommunal du Bolmon Jaï a prononcé à l'encontre du requérant la sanction d'exclusion temporaire de fonctions durant un mois a été annulé pour erreur d'appréciation. Il suit de là que l'intéressé est fondé à demander réparation des préjudices résultant directement de cette illégalité fautive.

11. Il n'est pas contesté que la métropole Aix-Marseille-Provence vient aux droits du syndicat intercommunal du Bolmon Jaï, depuis sa dissolution prononcée par arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 2 août 2018. Par suite, alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que le syndicat aurait avant sa dissolution régularisé la rémunération de M. B à la suite de l'annulation contentieuse de la sanction disciplinaire l'ayant privé de revenus, il appartient à la métropole d'Aix-Marseille-Provence, dès lors que les obligations résultant de ce contentieux lui ont été transférées par le syndicat Bolmon Jaï, d'indemniser le préjudice financier en résultant. M. B établit que son salaire mensuel perçu en septembre 2015 était de 1705,12 euros nets. Par suite, il sera fait une juste appréciation de son préjudice résultant de la perte de revenus subis en raison de l'illégalité de la sanction dont il a fait l'objet en condamnant la métropole à l'indemniser à hauteur de cette somme.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la métropole d'Aix-Marseille-Provence doit être condamnée à verser à M. B une somme totale de 58 138,12 euros en réparation des préjudices résultant de l'illégalité de la sanction d'exclusion temporaire de fonctions d'un mois prononcée le 28 septembre 2015 et de la carence de l'administration à le réintégrer effectivement dans ses fonctions jusqu'au 19 septembre 2022.

Sur les frais liés au litige :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la métropole Aix-Marseille-Provence le versement à M. B de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la métropole Aix-Marseille- Provence demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La métropole Aix-Marseille-Provence est condamnée à verser à M. B une somme de 58 138,12 euros en réparation des préjudices subis.

Article 2 : La métropole Aix-Marseille-Provence versera à M. B la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la métropole Aix-Marseille-Provence.

Délibéré après l'audience du 6 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Hameline, présidente,

Mme Le Mestric, première conseillère.

Mme Fabre, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 janvier 2025.

La rapporteure,

signé

E. Fabre

La présidente,

signé

M.-L. Hameline

Le greffier,

signé

C. Alves

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2206103

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