mercredi 19 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2206167 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET MDMH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 juillet 2022, Mme A B, représentée par Me Moumni, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 22 juin 2022 par laquelle la commission de recours de l'invalidité a attribué une part de son taux d'invalidité à des circonstances non imputables au service ;
2°) à titre principal, d'enjoindre à la ministre des armées de fixer le taux d'invalidité de son infirmité à 30% ou, à titre subsidiaire, de fixer le taux d'invalidité à 25%, et d'ouvrir ses droits à pension à compter du 9 mars 2020 ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- elle ne présente pas d'état antérieur susceptible de justifier un taux d'invalidité de 10 % non imputable au service ;
- son taux d'invalidité imputable au service s'élève à 25 % ;
- il doit être fixé à 30 %.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 décembre 2024, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions en injonction tendant à l'obtention d'une pension au taux de 30 % sont irrecevables dès lors qu'elles n'ont pas été formulées devant la commission de recours d'invalidité ;
- aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ;
- la loi n° 2018-607 du 13 juillet 2018 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Simeray, rapporteure,
- et les conclusions de Mme Giocanti, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, née en 1984, s'est engagée dans l'armée française le 5 octobre 2004 et a été radiée des contrôles le 1er février 2023. Le 9 mars 2020, elle a présenté une demande de pension militaire d'invalidité pour des séquelles de cervicalgies chroniques invalidantes consécutives à un accident survenu en service le 2 octobre 2017. Par une décision du 23 novembre 2021, la ministre des armées a rejeté sa demande au motif que le taux d'invalidité de 20 % imputable au service de cette infirmité, qualifiée de maladie, était inférieur au minimum indemnisable requis de 30 %. Mme B a formé un recours préalable contre cette décision auprès de la commission de recours de l'invalidité le 18 février 2022. Par une décision du 22 juin 2022, cette commission a partiellement agréé son recours et a fixé un taux d'invalidité global de 30 % pour cette infirmité qualifiée de blessure, dont 20 % imputable au service. Mme B demande au tribunal d'annuler cette décision en tant qu'elle reconnaît un taux d'invalidité de 20 % imputable au service.
Sur la fin de non-recevoir
2. Aux termes de l'article L. 121-4 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " Les pensions sont établies d'après le taux d'invalidité résultant de l'application des guides barèmes mentionnés à l'article L. 125-3 () ". Aux termes de l'article R. 711-1 du même code : " Tout recours contentieux formé à l'encontre des décisions individuelles prises en application des dispositions du livre Ier et des titres Ier à III du livre II du présent code est précédé, à peine d'irrecevabilité, d'un recours administratif préalable obligatoire examiné par la commission de recours de l'invalidité () ". Aux termes de l'article R. 711-15 du même code : " Dans un délai de quatre mois à compter de sa saisine, la commission notifie à l'intéressé sa décision prise sur le recours, qui se substitue à la décision contestée () ".
3. Lorsqu'il est saisi d'un litige en matière de pensions militaires d'invalidité, il appartient au juge administratif, en sa qualité de juge de plein contentieux, de se prononcer sur les droits de l'intéressé en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, et aussi, le cas échéant, d'apprécier, s'il est saisi de moyens en ce sens ou au vu de moyens d'ordre public, la régularité de la décision en litige.
4. Au regard tant des obligations à laquelle est tenue l'administration pour l'établissement des pensions que de l'office du juge, la circonstance que Mme B a formé le recours administratif obligatoire devant la commission de recours de l'invalidité en lui demandant que le taux d'invalidité dû au service soit fixé à 25 % ne peut avoir pour effet de rendre irrecevables ses conclusions devant le tribunal tendant à ce que ce taux, pour la même infirmité, soit fixé à 30 %. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.
Sur les droits à pension :
5. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " Ouvrent droit à pension : / 1° Les infirmités résultant de blessures reçues par suite d'événements de guerre ou d'accidents éprouvés par le fait ou à l'occasion du service ; / () ". Aux termes de l'article L. 121-2-3 du même code : " La recherche d'imputabilité est effectuée au vu du dossier médical constitué pour chaque militaire lors de son examen de sélection et d'incorporation. / Dans tous les cas, la filiation médicale doit être établie entre la blessure ou la maladie ayant fait l'objet de la constatation et l'infirmité invoquée ". Aux termes de l'article L. 121-4 de ce code : " Les pensions sont établies d'après le taux d'invalidité résultant de l'application des guides barèmes mentionnés à l'article L. 125-3. () ". Aux termes de l'article L. 121-5 du même code : " La pension est concédée : 1° Au titre des infirmités résultant de blessures, si le taux d'invalidité qu'elles entraînent atteint ou dépasse 10 % ; () ". Aux termes de l'article L. 125-3 du même code : " Le taux de la pension définitive ou temporaire est fixé, dans chaque grade, jusqu'au taux de 100 %, par référence au taux d'invalidité apprécié de 5 en 5. / () / L'indemnisation des infirmités est fondée sur le taux d'invalidité reconnu à celles-ci en application des dispositions d'un guide-barème portant classification des infirmités d'après leur gravité. () ".
6. Il résulte du rapport d'expertise du 25 juillet 2021 réalisé par un médecin rhumatologue que les cervicalgies chroniques invalidantes de Mme B, opérées le 17 août 2018, sont en relation directe avec l'accident de service du 2 octobre 2017. L'expert a également conclut qu'existait un état antérieur non imputable à l'accident de service, et a proposé de fixer un taux d'invalidité de 30 % sur un état antérieur de 5 %. Sur la base de ce rapport et de l'avis du médecin conseil chargé des pensions militaires d'invalidité du 12 août 2021, la commission de recours a estimé que le taux d'invalidité des cervicalgies invalidantes sur discopathies C4-C5, C5-C6 et C6-C7 de Mme B, lesquelles devaient être qualifiées de blessure, devait être fixer à 30 %, dont 10 % non imputables au service. La requérante soutient qu'elle ne présentait pas d'état antérieur justifiant qu'une part de son taux d'invalidité ne soit pas considéré comme imputable au service. Il ressort toutefois du dossier médical de Mme B que celle-ci présentait, deux semaines après l'accident, des discopathies chroniques en C4-C5, C5-C6 et C6-C7, révélant un état antérieur préexistant à sa blessure. En revanche, la circonstance, relevée par le médecin chargé des pensions militaires d'invalidité, que la requérante a subi quatre interventions chirurgicales à la suite de son accident, dont la dernière en septembre 2020 avec arthrodèse et greffon C5-C6, n'est pas de nature à établir que le taux d'imputabilité de l'état antérieur de Mme B retenu par l'expert, de 5 %, serait erroné et devrait être fixé à 10 %. Dès lors, l'administration a commis une erreur d'appréciation en retenant un taux d'invalidité de 10 % non imputable au service suivant l'avis du médecin conseil chargé des pensions militaires d'invalidité. Il suit de là que Mme B est fondée à solliciter l'annulation de la décision attaquée en tant qu'elle a fixé un taux d'invalidité non imputable au service de 10 % et un taux imputable au service de 20 %. Par suite, elle est fondée à demander à ce que le taux d'invalidité de son infirmité soit fixée à 25 % imputable au service, à titre temporaire du 9 mars 2020 au 8 mars 2023.
Sur les frais liés au litige :
7. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Moumni, avocate de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de ce dernier le versement de la somme de 1 500 euros à Me Moumni.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du 22 juin 2022 de la commission de recours de l'invalidité est annulée en tant qu'elle a attribué le taux d'invalidité de Mme B à des circonstances non imputables au service à hauteur de 10 %.
Article 2 : Mme B a droit à une pension pour son infirmité " cervicalgies chroniques invalidantes " sur la base d'un taux d'invalidité de 25 % imputable au service, à titre temporaire du 9 mars 2020 au 8 mars 2023.
Article 3 : Sous réserve que Me Moumni renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera à Me Moumni, une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre des armées.
Délibéré après l'audience du 9 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
M. Gonneau, président,
Mme Simeray, première conseillère
Mme Delzangles, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 février 2025.
La rapporteure,
Signé
C. SimerayLe président,
Signé
P-Y. Gonneau
Le greffier,
Signé
L. Bardoux-Jarrin
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière.
N°2206167
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026