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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2206194

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2206194

mardi 16 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2206194
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantTAGNON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 25 juillet 2022 et le 10 août 2022, l'association Football Club Istres Rassuen (FCIR), représentée par Me Tagnon, demande au juge des référés du Tribunal, statuant sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre la signature des conventions d'objectifs pour l'année 2022 et de mise à disposition du personnel conclues entre la commune d'Istres et l'association Athletic Club Istres Rassuen (ACIR) ;

2°) d'annuler la délibération du 21 juillet 2022 par laquelle la commune d'Istres a attribué à l'association ACIR une subvention de 30 000 euros, a approuvé les conventions d'objectifs pour l'année 2022 et de mise à disposition du personnel, et a autorisé le maire ou son représentant à signer ces conventions ainsi que tout document afférent ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Istres le versement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la convention d'objectifs et la délibération du 21 juillet 2022 doivent s'analyser comme un marché public, ou à défaut une concession de service, au sens de l'article 2 du code de la commande publique ;

- en effet, le critère organique est rempli dès lors que ces actes ont été conclus par la commune d'Istres ; le critère matériel est également rempli dès lors que ces actes ont pour objet de permettre la pratique du football de loisir et de compétition, et que la commune a ainsi entendu confier la gestion d'un service public sportif ; enfin, le critère onéreux est également rempli dès lors que le cocontractant de la commune percevra une contrepartie financière, consistant en la mise à disposition d'installations sportives, de personnel, et d'une somme de 10 000 euros en numéraire ;

- la commune d'Istres s'est soustraite aux obligations de publicité et de mise en concurrence imposées par le code de la commande publique ;

- la commune a également manqué à ses obligations d'impartialité, le maire ainsi que deux élus municipaux siégeant au conseil d'administration de l'association ACIR.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 août 2022, la commune d'Istres, représentée par la SELARL Nemesis, conclut :

1°) au rejet de la requête présentée par l'association FCIR ;

2°) à ce que l'association FCIR soit condamnée au paiement d'une amende de 5 000 euros pour recours abusif ;

3°) à ce qu'il soit mis à la charge de l'association FCIR le versement de la somme de 3 600 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les conventions et la délibération contestées par l'association FCIR ne sauraient être analysées comme un marché public ou une concession, et n'entrent ainsi pas dans le champ du référé précontractuel prévu à l'article L. 551-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire, enregistré le 12 août 2022, l'association Football Club Istres Rassuen (FCIR), représentée par Me Tagnon, demande au juge des référés du Tribunal, statuant sur le fondement des articles L. 551-13 et L. 551-17 du code de justice administrative :

1°) de prononcer la nullité, ou à défaut la résiliation, des conventions d'objectifs pour l'année 2022 et de mise à disposition du personnel conclues entre la commune d'Istres et l'association ACIR ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Istres le versement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les conventions ayant été signées, elle entend déposer un recours sur le fondement du référé contractuel.

La requête a été communiquée à l'association ACIR qui n'a pas présenté de mémoire en défense.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 ;

- le code de la commande publique ;

- le décret n° 2001-495 du 6 juin 2001 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 août 2022 à 9 heures 30 en présence de M. Marcon, greffier d'audience :

- le rapport de Mme Pilidjian, juge des référés ;

- les observations de Me Tagnon, représentant l'association FCIR, qui réitère les conclusions présentées dans le mémoire enregistré le 12 août 2022 ainsi que les moyens présentés dans les différents mémoires, et soutient que les conventions ayant été signées, l'association entend déposer un recours sur le fondement du référé contractuel ;

- et les observations de Me Ka, qui substitue Me Abbou, pour la commune d'Istres, qui conclut au rejet de l'ensemble des conclusions présentées par l'association FCIR.

Les parties ont été informées, au cours de l'audience publique, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions de la commune d'Istres tendant à ce que l'association FCIR soient condamnée au paiement d'une amende pour recours abusif sur le fondement de l'article R. 741-12 du code de justice administrative, la faculté prévue par ces dispositions constituant un pouvoir propre du juge.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue des débats.

Considérant ce qui suit :

1. Par une requête enregistrée le 25 juillet 2022, l'association Football Club Istres Rassuen (FCIR) demande au juge des référés du Tribunal, statuant sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, de suspendre la signature des conventions d'objectifs pour l'année 2022 et de mise à disposition du personnel conclues entre la commune d'Istres et l'association Athletic Club Istres Rassuen (ACIR), ainsi que d'annuler la délibération du 21 juillet 2022 par laquelle la commune d'Istres a attribué à l'association ACIR une subvention de 30 000 euros, a approuvé les conventions d'objectifs pour l'année 2022 et de mise à disposition du personnel, et a autorisé le maire ou son représentant à signer ces conventions ainsi que tout document afférent. La convention d'objectifs pour l'année 2022 a été signée le 2 août 2022. Dans le dernier état de ses écritures, l'association FCIR demande au juge des référés du Tribunal, statuant sur le fondement des articles L. 551-13 et L. 551-17 du code de justice administrative, de prononcer la nullité, ou à défaut la résiliation, des conventions d'objectifs pour l'année 2022 et de mise à disposition du personnel conclues entre la commune d'Istres et l'association ACIR.

2. Aux termes de l'article L. 551-1 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation, la délégation d'un service public ou la sélection d'un actionnaire opérateur économique d'une société d'économie mixte à opération unique. () Le juge est saisi avant la conclusion du contrat ". Aux termes du I de l'article L. 551-2 : " Le juge peut ordonner à l'auteur du manquement de se conformer à ses obligations et suspendre l'exécution de toute décision qui se rapporte à la passation du contrat (). Il peut, en outre, annuler les décisions qui se rapportent à la passation du contrat (). ". Aux termes de l'article L. 551-13 du même code : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi, une fois conclu l'un des contrats mentionnés aux articles L. 551-1 et L. 551-5, d'un recours régi par la présente section ". Aux termes de l'article L. 551-14 de ce code : " Les personnes habilitées à agir sont celles qui ont un intérêt à conclure le contrat et qui sont susceptibles d'être lésées par des manquements aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles sont soumis ces contrats, ainsi que le représentant de l'Etat dans le cas des contrats passés par une collectivité territoriale ou un établissement public local. / Toutefois, le recours régi par la présente section n'est pas ouvert au demandeur ayant fait usage du recours prévu à l'article L. 551-1 ou à l'article L. 551-5 dès lors que le pouvoir adjudicateur ou l'entité adjudicatrice a respecté la suspension prévue à l'article L. 551-4 ou à l'article L. 551-9 et s'est conformé à la décision juridictionnelle rendue sur ce recours ".

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :

3. Il résulte des articles précités au point 2 que les pouvoirs conférés au juge des référés précontractuels ne peuvent plus être exercés après la conclusion du contrat. En conséquence, une requête en référé présentée sur ce fondement précontractuel devient sans objet dès l'instant où le pouvoir adjudicateur, qu'il ait été informé ou non de l'instance introduite, a estimé devoir procéder à la signature du contrat. Dans l'hypothèse où il s'avère que le contrat a été signé avant même la saisine du juge, l'action en référé précontractuel doit être rejetée comme irrecevable.

4. Les conventions d'objectifs pour l'année 2022 et de mise à disposition du personnel conclues entre la commune d'Istres et l'association ACIR, ainsi que la délibération du 21 juillet 2022 par laquelle la commune d'Istres a attribué à l'association ACIR une subvention de 30 000 euros, a approuvé les conventions d'objectifs pour l'année 2022 et de mise à disposition du personnel, et a autorisé le maire ou son représentant à signer ces conventions ainsi que tout document afférent, considérées par l'association FCIR comme un marché public ou, à défaut, une concession de service public, ayant été signées le 2 août 2022, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 551-13 du code de justice administrative :

5. Aux termes de l'article 9-1 de la loi du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leur relations avec les administrations : " Constituent des subventions, au sens de la présente loi, les contributions facultatives de toute nature, valorisées dans l'acte d'attribution, décidées par les autorités administratives et les organismes chargés de la gestion d'un service public industriel et commercial, justifiées par un intérêt général et destinées à la réalisation d'une action ou d'un projet d'investissement, à la contribution au développement d'activités ou au financement global de l'activité de l'organisme de droit privé bénéficiaire. Ces actions, projets ou activités sont initiés, définis et mis en œuvre par les organismes de droit privé bénéficiaires. / Ces contributions ne peuvent constituer la rémunération de prestations individualisées répondant aux besoins des autorités ou organismes qui les accordent ".

6. Aux termes de l'article 10 de cette même loi : " (). / L'autorité administrative ou l'organisme chargé de la gestion d'un service public industriel et commercial mentionné au premier alinéa de l'article 9-1 qui attribue une subvention doit, lorsque cette subvention dépasse un seuil défini par décret, conclure une convention avec l'organisme de droit privé qui en bénéficie, définissant l'objet, le montant, les modalités de versement, les conditions d'utilisation et les modalités de contrôle et d'évaluation de la subvention attribuée ainsi que les conditions dans lesquelles l'organisme, s'il est à but non lucratif, peut conserver tout ou partie d'une subvention n'ayant pas été intégralement consommée. Le délai de paiement de la subvention est fixé à soixante jours à compter de la date de la notification de la décision portant attribution de la subvention, à moins que l'autorité administrative, le cas échéant sous forme de convention, n'ait arrêté d'autres dates de versement ou n'ait subordonné le versement à la survenance d'un évènement déterminé. Le présent alinéa ne s'applique pas aux organismes qui bénéficient de subventions pour l'amélioration, la construction, l'acquisition et l'amélioration des logements locatifs sociaux prévues au livre III du code de la construction et de l'habitation ". En vertu de l'article 1er du décret du 6 juin 2001 pris pour l'application de l'article 10 de la loi du 12 avril 2000 et relatif à la transparence financière des aides octroyées par les personnes publiques, l'obligation de conclure une convention s'applique aux subventions dont le montant annuel dépasse la somme de 23 000 euros.

7. Une décision qui a pour objet l'attribution d'une subvention constitue un acte unilatéral qui crée des droits au profit de son bénéficiaire. De tels droits ne sont ainsi créés que dans la mesure où le bénéficiaire de la subvention respecte les conditions mises à son octroi, que ces conditions découlent des normes qui la régissent, qu'elles aient été fixées par la personne publique dans sa décision d'octroi, qu'elles aient fait l'objet d'une convention signée avec le bénéficiaire, ou encore qu'elles découlent implicitement mais nécessairement de l'objet même de la subvention.

8. Indépendamment des actions indemnitaires qui peuvent être engagées contre la personne publique, les recours relatifs à une subvention, qu'ils aient en particulier pour objet la décision même de l'octroyer, quelle qu'en soit la forme, les conditions mises à son octroi par cette décision ou par la convention conclue en application des dispositions précitées de la loi du 12 avril 2000, ou encore les décisions de la personne publique auxquelles elle est susceptible de donner lieu, notamment les décisions par lesquelles la personne publique modifie le montant ou les conditions d'octroi de la subvention, cesse de la verser ou demande le remboursement des sommes déjà versées, ne peuvent être portés que devant le juge de l'excès de pouvoir, par le bénéficiaire de la subvention ou par des tiers qui disposent d'un intérêt leur donnant qualité à agir. Un tel recours pour excès de pouvoir peut être assorti d'une demande de suspension de la décision litigieuse, présentée sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

9. Il résulte de l'instruction qu'une convention d'objectifs a été signée le 2 août 2022, pour une durée de validité correspondant, aux termes de l'article 2 de cette convention, à l'exercice budgétaire 2021, par la commune d'Istres et l'association ACIR, portant attribution d'une subvention de fonctionnement d'un montant de 21 000 euros, dont 10 000 euros en numéraire et 11 000 euros pour la valorisation de la mise à disposition de personnel, accompagnée d'une mise à disposition à titre gratuit de locaux, de matériels et de personnels, dont les conditions devaient être réglées par des conventions dédiées.

10. La convention signée du 2 août 2022, et la convention dédiée à la mise à disposition de personnels qui en découle, ont pour objet l'attribution de subventions à l'association ACIR et constituent ainsi, eu égard aux textes et principes rappelés aux points 5 à 8, des actes unilatéraux. Ces conventions ne sont dès lors pas constitutives d'un marché public ou d'une concession de service. Par suite, les conclusions présentées par l'association FCIR n'entrent pas dans le champ de la procédure de référé contractuel prévue aux articles L. 551-13 et suivants du code de justice administrative et doivent ainsi nécessairement être rejetées.

Sur les conclusions présentées par la commune d'Istres tendant à la mise en œuvre de l'article R. 741-12 du code de justice administrative :

11. Aux termes de l'article R. 741-12 du code de justice administrative : " Le juge peut infliger à l'auteur d'une requête qu'il estime abusive une amende dont le montant ne peut excéder 10 000 euros ".

12. La faculté prévue par ces dispositions constituant un pouvoir propre du juge, les conclusions de la commune d'Istres tendant à ce que l'association FCIR soit condamnée à une telle amende ne sont pas recevables. En tout état de cause, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer une telle amende.

Sur les frais d'instance :

13. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la commune d'Istres, qui n'est pas la partie perdante, le versement de la somme demandée par l'association FCIR sur le fondement de ces dispositions.

15. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'association FCIR le versement de la somme demandée par la commune d'Istres sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de l'association FCIR est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune d'Istres sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à l'association Football Club Istres Rassuen, à l'association Athletic Club Istres Rassuen et à la commune d'Istres.

Fait à Marseille, le 16 août 2022.

Le juge des référés

signé

H. A

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier

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