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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2207527

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2207527

mercredi 12 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2207527
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantLAFAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 septembre 2022, la société Castel et Fromaget, représenté par Me Dal Farra, demande au juge des référés :

1°) sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, de condamner la Chambre de commerce et d'industrie Marseille Provence (CCIMP) et la société Les Escampons à lui verser, à titre de provision, la somme de 76 138,43 euros TTC, assortie des intérêts à taux légal et de leur capitalisation à compter du 9 septembre 2021 ;

2°) de condamner la Chambre de commerce et d'industrie Marseille Provence et la société Les Escampons à lui verser, à titre de provision, la somme de 12 040 euros TTC au titre de l'indemnité de recouvrement ;

3°) de mettre à la charge de toute partie perdante la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la créance correspondant aux sommes du décompte général admises par les maîtres d'ouvrage ne constitue pas une obligation sérieusement contestable ;

- la CCIMP et la société Les Escampons doivent donc être solidairement condamnées à lui verser la somme de 15 018,71 euros TTC ;

- le montant retenu par la CCIMP et Les Escampons au titre de la révision des prix est erroné car il ne tient pas compte de la révision cumulée antérieure ni du dernier indice de révision de prix et doit être réévalué à la somme de 62 702,17 euros TTC, de laquelle il convient de retrancher le montant initial de révision de prix retenu dans le décompte général par la CCIMP, soit 1 582,45 euros TTC ;

- la CCIMP et la société Les Escampons doivent donc être solidairement condamnées à lui verser la somme provisionnelle de 61 119,72 euros TTC ;

- elle a droit au paiement des intérêts moratoires s'élevant à la somme de 6 074,39 euros TTC ;

- elle a droit au paiement d'indemnités de recouvrement comprenant l'indemnité forfaitaire à hauteur de 40 euros ainsi que les frais d'avocat qu'elle a exposés pour obtenir le recouvrement du solde du lot n° 3 soit 12 000 euros TTC.

La procédure a été communiquée à la CCIMP, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 2013-100 du 28 janvier 2013 ;

- le décret n° 2013-269 du 29 mars 2013 ;

- le décret n° 2016-360 du 25 mars 2016 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

1. La CCIMP a lancé un marché public pour l'extension et la rénovation de l'école de management, " Kedge business school ". La CCIMP était en charge du financement des travaux relatifs à la rénovation et la société Les Escampons des travaux relatifs à l'extension. Par un acte d'engagement signé le 31 juillet 2018, la société Castel et Fromaget s'est vue attribuer le lot n° 3 relatif aux travaux de charpente métallique, pour un montant global de 1 977 600 euros TTC. Les travaux ont débuté en septembre 2018 pour se terminer le 9 avril 2021. La réception a été prononcée le 9 avril 2021 avec levée des réserves le 28 septembre 2021. Par courrier réceptionné le 19 juillet 2021, la société Castel et Fromaget a notifié au maître d'ouvrage un projet de décompte général pour le lot n° 3 incluant une demande de rémunération complémentaire, portant le montant du décompte à la somme de 2 688 024,56 euros TTC, avec un solde restant dû de 839 097,49 euros TTC. Par courrier du 27 juillet 2021, la CCIMP a rejeté ce projet de décompte et notifié un décompte général rectifié d'un montant de 2 042 486,44 euros TTC, avec un solde de 55 390,65 euros. Par courrier du 6 août 2021 réceptionné le 9 août 2021, la société Castel et Fromaget a refusé de signer ce décompte et a adressé à la CCIMP un mémoire en réclamation, auquel il n'a pas été répondu. Par courrier du 17 septembre 2021, la société requérante a réitéré sa demande de paiement du solde du marché, puis à nouveau par courrier du 30 mai 2022. La société Castel et Fromaget demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, de condamner la CCIMP et Les Escampons à lui verser la somme provisionnelle de 76 138,43 euros TTC euros correspondant au montant restant dû au titre du solde admis par les maîtres d'ouvrage dans le décompte général et du montant corrigé de la révision de prix, ainsi que 12 040 euros TTC au titre des indemnités de recouvrement.

Sur la demande de condamnation solidaire :

2. La société Les Escampons n'étant pas intervenante au marché public de travaux conclu entre la CCIMP, seul maître d'ouvrage, et la société requérante, il n'y a pas lieu de condamner solidairement la CCIMP et la société Les Escampons au titre des créances non sérieusement contestables qui seraient dues à la société Castel et Fromaget.

Sur la demande de provision :

3. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient au juge des référés de rechercher si, en l'état du dossier qui lui est soumis, l'obligation du débiteur éventuel de la provision est ou non sérieusement contestable sans avoir à trancher ni de questions de droit se rapportant au bien-fondé de cette obligation ni de questions de fait soulevant des difficultés sérieuses et qui ne pourraient être tranchées que par le juge du fond éventuellement saisi. De même, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que le juge des référés peut allouer n'a d'autre limite que celle qui résulte du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui parait revêtir un caractère de certitude suffisant.

5. Aux termes de l'article 13.4 du CCAG-travaux applicable au marché : " () 13.4.1. Le maître d'œuvre établit le projet de décompte général, qui comprend : / -le décompte final ; / -l'état du solde, établi à partir du décompte final et du dernier décompte mensuel, dans les mêmes conditions que celles qui sont définies à l'article 13.2.1 pour les acomptes mensuels ; / -la récapitulation des acomptes mensuels et du solde. / Le montant du projet de décompte général est égal au résultat de cette dernière récapitulation. / () / 13.4.2. Le projet de décompte général est signé par le représentant du pouvoir adjudicateur et devient alors le décompte général. / () 13.4.3. Dans un délai de trente jours compté à partir de la date à laquelle ce décompte général lui a été notifié, le titulaire envoie au représentant du pouvoir adjudicateur, avec copie au maître d'œuvre, ce décompte revêtu de sa signature, avec ou sans réserves, ou fait connaître les motifs pour lesquels il refuse de le signer. / Si la signature du décompte général est donnée sans réserve par le titulaire, il devient le décompte général et définitif du marché. La date de sa notification au pouvoir adjudicateur constitue le départ du délai de paiement. / Ce décompte lie définitivement les parties, sauf en ce qui concerne les montants des révisions de prix et des intérêts moratoires afférents au solde. / En cas de contestation sur le montant des sommes dues, le représentant du pouvoir adjudicateur règle, dans un délai de trente jours à compter de la date de réception de la notification du décompte général assorti des réserves émises par le titulaire ou de la date de réception des motifs pour lesquels le titulaire refuse de signer, les sommes admises dans le décompte final. Après résolution du désaccord, il procède, le cas échéant, au paiement d'un complément, majoré, s'il y a lieu, des intérêts moratoires, courant à compter de la date de la demande présentée par le titulaire. () ".

En ce qui concerne le solde du marché :

6. Il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été dit au point 1, que la CCIMP a notifié à la société requérante, le 27 juillet 2021, un décompte général d'un montant de 2 042 486,44 euros TTC, comprenant un solde positif s'agissant du lot n° 3 de 55 390,65 euros TTC, dont un solde restant dû à la société Castel et Fromaget de 50 170,85 euros TTC, après retranchement des sommes dues aux sous-traitants. La société Les Escampons a procédé, le 30 juillet 2021, au règlement partiel de la somme de 40 371,94 euros TTC. Si la société Castel et Fromaget a refusé de signer ce décompte général le 6 août 2021 et adressé un mémoire en réclamation, cette circonstance est sans influence sur les sommes admises provisoirement par le maître d'œuvre et le maître d'ouvrage dans ce décompte général. Par suite, la créance non sérieusement contestable de la société Castel et Fromaget due par la CCIMP au titre du solde du marché s'élève à la somme de 9 798,91 euros TTC.

7. Il y a lieu de condamner la CCIMP, maître d'ouvrage, à verser à la société Castel et Fromaget la somme provisionnelle de 9 798,91 euros.

En ce qui concerne la révision des prix :

8. Aux termes de l'article 13.4.4 du CCAG travaux : " Le représentant du pouvoir adjudicateur notifie au titulaire le montant des révisions de prix au plus tard dix jours après la publication de l'index de référence permettant la révision du solde. La date de cette notification constitue le point de départ du délai de paiement de ce montant. " L'article 5.2 du cahier des clauses administratives particulières du marché prévoit une révision des prix du marché suivant la formule Cn= 0.15+ (0.85 x (In/Io)).

9. D'une part, la société requérante n'est pas fondée à solliciter une révision de prix sur un montant incluant le solde des travaux du décompte général définitif qu'elle estime lui être dû, réévalué à 560 125,42 euros HT, dès lors que ce montant fait l'objet d'une réclamation et est donc sérieusement contestable. D'autre part, il résulte de l'instruction que le montant de la révision des prix retenu par la CCIMP dans son projet de décompte général, lequel s'élève à 1 582,45 euros TTC, correspond à la révision de prix sur le solde admis du marché, d'un montant de 55 390,65 euros TTC, alors qu'il devrait inclure le montant de la révision de prix sur le montant total du marché. Toutefois, il résulte également de l'instruction et notamment du tableau de révision des prix joint par la CCIMP avec le projet de décompte général du 27 juillet 2021 que le maître d'ouvrage a versé à la société requérante le montant des acomptes, non contesté, augmenté du montant des révisions de prix définitives, soit un montant total de révisions de prix de 48 569,60 euros HT. Il ne résulte pas de l'instruction que l'indice appliqué par la CCIMP était erroné, dès lors qu'a été appliqué, pour chaque acompte, l'indice définitif et, s'agissant du solde du marché, l'indice pour le mois d'avril 2021. Dès lors, la créance dont la société Castel et Fromaget demande le versement au titre de la révision de prix est sérieusement contestable et il y a lieu de la rejeter.

En ce qui concerne les intérêts moratoires et l'indemnité de recouvrement :

10. Aux termes de l'article 40 de la loi du 28 janvier 2013 portant diverses dispositions d'adaptation de la législation au droit de l'Union européenne en matière économique et financière : " Le retard de paiement donne lieu, de plein droit et sans autre formalité, au versement d'une indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement, dont le montant est fixé par décret. Lorsque les frais de recouvrement exposés sont supérieurs au montant de cette indemnité forfaitaire, le créancier peut demander une indemnisation complémentaire, sur justification. L'indemnité forfaitaire et l'indemnisation complémentaire sont versées au créancier par le pouvoir adjudicateur. () ". Aux termes de l'article 7 du décret du 29 mars 2013 relatif à la lutte contre les retards de paiement dans les contrats de la commande publique : " Lorsque les sommes dues en principal ne sont pas mises en paiement () à l'expiration du délai de paiement, le créancier a droit, sans qu'il ait à les demander, au versement des intérêts moratoires et de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement prévus aux articles 39 et 40 de la loi du 28 janvier 2013 susvisée ". Aux termes de l'article 9 de ce décret : " Le montant de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement est fixé à 40 euros ". En application de l'article 8 du CCAP du marché litigieux : " Le paiement des sommes dues est effectué dans un délai global maximum de 30 jours. Les conditions de mise en œuvre du délai maximum de paiement sont celles énoncées par la loi n°2013-100 du 28 janvier 2013 et le décret n°2013-269 du 29 mars 2013. Le taux des intérêts moratoires prévu à l'article 8 du décret précité est égal au taux d'intérêt de la principale facilité de refinancement appliquée par la Banque Centrale Européenne à son opération de refinancement principal la plus récente, en vigueur au premier jour du semestre de l'année civile au cours duquel les intérêts moratoires ont commencé à courir, majoré de huit points de pourcentage. En vertu de l'article 40 de la loi du 28 janvier 2013, le retard de paiement donne lieu, de plein droit et sans autre formalité, au versement d'une indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement de 40 euros conformément à l'article 9 du décret du 29 mars 2013. "

11. Le défaut de mandatement du solde d'un marché dans les délais qu'il prévoit fait courir de plein droit et sans autre formalité, au bénéfice du titulaire, des intérêts moratoires lesquels s'appliquent à l'ensemble des créances de l'entrepreneur trouvant leur origine dans le contrat ou dans une faute commise par l'administration dans l'exécution de ce contrat. La circonstance que le solde du marché ne puisse être établi par les parties elles-mêmes est sans incidence sur le point de départ de ces intérêts qui doit être fixé à la date à laquelle ce solde aurait dû être établi. De même, la circonstance que le solde du marché donne lieu à réclamation est sans incidence sur l'assiette de calcul des intérêts, qui doit inclure l'ensemble des sommes restant à payer par le maître d'ouvrage au titre du règlement du marché.

12. En application de l'article 13.4.4 du CCAG-travaux précité, le délai de paiement des sommes admises dans le décompte final, hors révisions de prix définitives, court à compter de la date à laquelle le mémoire en réclamation de la société requérante a été réceptionné, soit le 9 août 2021. La société requérante réclame le paiement des intérêts sur la somme de 76 138,42 euros TTC, toutefois ce montant est sérieusement contestable dès lors qu'il inclut le montant de la révision de prix qu'elle réclame, à hauteur de 61 119,74 euros TTC. La société Castel et Fromaget a seulement droit aux intérêts moratoires au taux contractuel sur la somme de 9 798,91 euros à compter du 9 septembre 2021, correspondant au solde admis du marché, ainsi que l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement de 40 euros. Ces intérêts seront capitalisés au 9 septembre 2022 et à chaque échéance annuelle ultérieure.

13. La requérante sollicite, outre l'indemnité forfaitaire, le versement d'une indemnité de recouvrement complémentaire d'un montant de 12 000 euros correspondant aux honoraires d'avocat qu'elle a exposés pour obtenir le paiement du solde du marché. Toutefois, il résulte de l'instruction que ces frais correspondent à la rédaction du mémoire en réclamation adressé au Comité consultatif interrégional de règlement amiable des différends, lequel ne porte pas seulement sur les sommes demandées dans le présent litige mais sur l'ensemble des demandes de rémunérations complémentaires de la requérante au titre du décompte général. Cette créance étant sérieusement contestable, il y a lieu de la rejeter.

Sur les frais d'instance :

14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la CCIMP une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais exposés par la société Castel et Fromaget et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu de mettre une somme à la charge de la société les Escampons au titre des mêmes dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : La CCIMP est condamnée à verser la somme provisionnelle de 9 798,91 euros à la société Castel et Fromaget, assortie des intérêts moratoires aux taux contractuel à compter du 9 septembre 2021, ainsi que l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement de 40 euros. Les intérêts échus à la date du 9 septembre 2022 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 2 : La CCIMP versera la somme de 1 500 euros à la société Castel et Fromaget au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Castel et Fromaget, à la Chambre de commerce et d'industrie Marseille Provence et à la société les Escampons.

La juge des référés,

Signé

C. A

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P. La greffière en chef,

La greffière,

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