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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2207596

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2207596

vendredi 23 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2207596
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantLEXCASE SOCIETE D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 8, 19 et 21 septembre 2022, la société Gedifer, représentée par la société d'avocats Lexcase, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre à la régie départementale des transports des Bouches-du-Rhône de lui communiquer les informations sollicitées concernant l'appréciation portée sur les caractéristiques de l'offre du candidat retenu ;

2°) d'annuler la décision du 30 août 2022 par laquelle la régie départementale des transports des Bouches-du-Rhône a rejeté son offre ;

3°) d'enjoindre à la régie départementale des transports des Bouches-du-Rhône de reprendre la procédure de passation du marché au stade de l'analyse des offres ;

4°) de mettre à la charge la régie départementale des transports des Bouches-du-Rhône la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 19, 20 et 22 septembre 2022, la régie départementale des transports des Bouches-du-Rhône, représentée par Me Boiton, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la société Gedifer la somme de 3 000 euros au titre des frais de l'instance.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la commande publique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Gonneau, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 21 septembre 2022 tenue en présence de Mme Martinez, greffière d'audience, M. A a lu son rapport et a entendu les observations de :

- Me Arpante, représentant la société Gedifer qui a conclu aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens ;

- Me Boiton, représentant la régie départementale des transports des Bouches-du-Rhône qui a maintenu les termes de son mémoire en défense et a fait valoir que le moyen tiré de la neutralisation du critère technique n'était pas fondé.

La clôture de l'instruction a été reportée au 22 septembre 2022 à 15h00.

Considérant ce qui suit :

1. Par un avis publié le 27 mai 2022 la régie départementale des transports des Bouches-du-Rhône a engagé une procédure pour l'attribution d'un accord-cadre à bons de commandes ayant pour objet la fourniture et l'application de produits phytosanitaires. L'offre de la société Gedifer a été rejetée par une décision du 30 août 2022. La société Gedifer demande, sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, à titre principal, la reprise de la procédure de passation au stade de l'analyse des offres.

2. Aux termes de l'article L. 551-1 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation, la délégation d'un service public ou la sélection d'un actionnaire opérateur économique d'une société d'économie mixte à opération unique. () ". Aux termes de l'article L. 551-10 du même code : " Les personnes habilitées à engager les recours prévus aux articles L. 551-1 et L. 551-5 sont celles qui ont un intérêt à conclure le contrat ou à entrer au capital de la société d'économie mixte à opération unique et qui sont susceptibles d'être lésées par le manquement invoqué () ".

3. Il n'appartient pas au juge du référé précontractuel, qui doit seulement se prononcer sur le respect, par le pouvoir adjudicateur, des obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation d'un contrat, de se prononcer sur l'appréciation portée sur la valeur d'une offre ou les mérites respectifs des différentes offres. Il lui appartient, en revanche, lorsqu'il est saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le pouvoir adjudicateur n'a pas dénaturé le contenu d'une offre en en méconnaissant ou en en altérant manifestement les termes, et procédé ainsi à la sélection de l'attributaire du contrat en méconnaissance du principe fondamental d'égalité de traitement des candidats.

4. Aux termes du règlement de la consultation les offres devaient être jugées selon le prix, à hauteur de 40 % et selon un critère technique tenant à la qualité du produit et aux résultats dans le temps avant repousse, à hauteur de 60 %. Il résulte de l'instruction que la seule donnée fournie sur ce dernier point par la société Gedifer dans une fiche technique relative à un produit était une persistance d'action de cinq à six mois. Lors de l'analyse des offres la régie départementale a estimé que tant l'offre de la société Gedifer que celle de la société attributaire du marché proposait des produits de bonne qualité, mais que dans les deux cas de plus amples détails étaient attendus s'agissant du temps estimé de repousse avant le renouvellement de l'intervention. Dans ces conditions il n'apparaît pas que la régie aurait dénaturé l'offre de la société Gedifer, comme celle-ci le soutient, en ignorant les informations fournies. L'appréciation portée par la régie sur le caractère peu détaillé de l'offre n'est par ailleurs pas susceptible de discussions devant le juge du référé précontractuel.

5. Le pouvoir adjudicateur définit librement la méthode de notation pour la mise en œuvre de chacun des critères de sélection des offres qu'il a définis et rendus publics. Toutefois, ces méthodes de notation sont entachées d'irrégularité si, en méconnaissance des principes fondamentaux d'égalité de traitement des candidats et de transparence des procédures, elles sont par elles-mêmes de nature à priver de leur portée les critères de sélection ou à neutraliser leur pondération et sont, de ce fait, susceptibles de conduire, pour la mise en œuvre de chaque critère, à ce que la meilleure note ne soit pas attribuée à la meilleure offre, ou, au regard de l'ensemble des critères pondérés, à ce que l'offre économiquement la plus avantageuse ne soit pas choisie.

6. D'une part il résulte de l'instruction qu'aucune méthode de notation n'a été mise en œuvre pour l'appréciation du critère technique tenant à la qualité du produit et aux résultats dans le temps avant repousse. D'autre part la circonstance que la société requérante et la société attributaire se soient vues attribuer la même note sur ce critère technique, alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que la régie aurait eue pour but de neutraliser ce critère technique afin de ne juger les offres que sur le critère du prix, n'est pas propre à révéler une méconnaissance de ses obligations par la régie départementale. Par suite le moyen tiré de ce que le critère technique aurait été neutralisé doit être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède, et alors que la régie départementale des transports des Bouches-du-Rhône a fourni les informations pertinentes demandées par la société Gedifer, que la requête présentée par celle-ci doit être rejetée.

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la régie départementale des transports des Bouches-du-Rhône, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande la société Gedifer au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la société Gedifer le versement d'une somme de 1 500 euros à la régie départementale des transports des Bouches-du-Rhône au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête présentée par la société Gedifer est rejetée.

Article 2 : La société Gedifer versera une somme de 1 500 euros à la régie départementale des transports des Bouches-du-Rhône au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Gedifer, à la société SEFA environnement et à la régie départementale des transports des Bouches-du-Rhône.

Le juge des référés,

Signé

P-Y. A

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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