mardi 30 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2207692 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | RODRIGUEZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 septembre 2022, Mme A B, représentée par Me Rodriguez, demande au tribunal :
1°) d'ordonner avant-dire droit la réalisation d'une d'expertise afin de déterminer l'existence d'une faute s'agissant de la qualité des soins prodigués au sein de l'hôpital d'instruction des armées (HIA) Laveran relevant du ministre des armées, le caractère nosocomial de l'infection qu'elle a contractée et l'étendue des préjudices qui en découlent ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 2 000 euros à titre de provision à valoir sur l'indemnisation à venir de ses préjudices ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens.
Elle soutient que :
- l'HIA Laveran, qui relève du ministre des armées, a commis des manquements fautifs dans le cadre de sa prise en charge pour une intervention d'abdominoplastie le 12 avril 2018 au décours de laquelle elle a contractée une infection nosocomiale consécutive à un hématome et un abcès de la paroi abdominale ayant nécessité une reprise chirurgicale le 3 mai suivant et engageant la responsabilité sans faute de l'Etat ;
- elle est en droit d'obtenir l'indemnisation des préjudices dont l'étendue sera déterminée par l'expert.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 avril 2024, le ministre des armées conclut au rejet de la requête à titre principal et ne s'oppose pas à la réalisation d'une expertise avant-dire droit à titre subsidiaire.
Il fait valoir que :
- l'HIA Laveran doit être mis hors de cause ;
- aucun manquement fautif ne lui est imputable ;
- le caractère nosocomial de l'infection contractée par Mme B n'est pas établi ;
- l'hématome de la paroi abdominale est susceptible de constituer une cause étrangère ;
- en tout état de cause, l'intervention d'abdominoplastie était indiquée et la requérante a reçue l'information préalable nécessaire notamment s'agissant des risques et complications inhérents à ce type d'intervention ;
- les conclusions de Mme B tendant au versement d'une provision sont infondées.
Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle n°2022/015801 du 26 octobre 2022, Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Ludivine Journoud, magistrate rapporteure,
- et les conclusions de Mme Amélie Lourtet, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B a subi une intervention d'abdomino-plastie le 12 avril 2018 8 à l'HIA Laveran. A la suite de cette intervention, elle a été victime d'un hématome de paroi puis d'une infection de la paroi abdominale consécutive à un abcès qui fera l'objet d'une reprise chirurgicale le 3 mai 2018.
Sur la responsabilité :
2. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère ".
3. Doit être regardée comme présentant un caractère nosocomial au sens du second alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente, ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge.
4. Par ailleurs, aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision. L'expert peut se voir confier une mission de médiation. Il peut également prendre l'initiative, avec l'accord des parties, d'une telle médiation. Si une médiation est engagée, il en informe la juridiction. Sous réserve des exceptions prévues par l'article L. 213-2, l'expert remet son rapport d'expertise sans pouvoir faire état, sauf accord des parties, des constatations et déclarations ayant eu lieu durant la médiation. ".
5. La requérante soutient que l'Etat est responsable de manquements fautifs dans le cadre de sa prise en charge au sein de l'HIA Laveran à compter du 12 avril 2018, et à tout le moins sans faute de la contraction d'une infection nosocomiale au décours de l'intervention d'abdomino-plastie qu'elle a subi au sein de cet établissement et ayant entraîné un hématome puis un abcès de la paroi abdominale. Il résulte de l'instruction, et ce, malgré la production de son entier dossier médical au sein de l'établissement et de l'avis de la commission de conciliation et d'indemnisation de Provence-Alpes-Côte d'Azur, que le tribunal n'est pas en mesure de déterminer avec certitude l'existence ou l'absence de faute de l'Etat, s'agissant des conséquences dommageables subies par Mme B, ni le caractère nosocomial de l'infection qu'elle a contractée à la suite de sa prise en charge au sein de de l'HIA Laveran pour une intervention d'abdominoplastie le 12 avril 2018 et ayant nécessité une reprise chirurgicale le 3 mai suivant. Dans ces conditions, il y a lieu d'ordonner avant dire droit une expertise médicale confiée à un collège d'experts composé d'un spécialiste en chirurgie abdominale et d'un spécialiste en infectiologie sur ces points et de réserver, jusqu'en fin d'instance, les droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement.
Sur la charge des frais d'expertise :
6. En vertu de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. En vertu de l'article R. 761-4 du même code, la liquidation des dépens, y compris celle des frais et honoraires d'expertise définis à l'article R. 621-11, est faite par une ordonnance du président de la juridiction, après consultation, en cas de référé ou de constat, du magistrat délégué. L'article R. 621-13 dudit code dispose que lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et
R. 761-4. Cette ordonnance désigne la ou les parties qui assumeront la charge de ces frais et honoraires. Cette ordonnance est ainsi prise après le dépôt du rapport d'expertise. Il y a lieu, dès lors, de rejeter les conclusions de Mme B tendant à ce que les frais d'expertise soient totalement mis à la charge de l'Etat, cette demande étant prématurée.
Sur la demande de provision :
7. Mme B sollicite la condamnation de l'Etat au versement d'une provision. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit précédemment qu'en l'état de l'instruction, et dans l'attente notamment des conclusions de l'expertise, tant le principe que l'étendue d'une éventuelle responsabilité de l'Etat ne sont pas suffisamment établis. Dès lors, l'existence de l'obligation dont l'intéressée se prévaut à l'encontre de l'Etat ne présente pas un caractère non sérieusement contestable. Par suite, les conclusions de Mme B tendant au versement d'une provision doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Il sera, avant de statuer sur la requête de Mme B, procédé à une expertise médicale confiée à un collège d'experts en présence des parties à l'instance.
Article 2 : Ce collège sera désigné par le président du tribunal. Il accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative.
Article 3 : Ce collège, qui devra être composé d'un spécialiste en chirurgie abdominale et d'un spécialiste en infectiologie, aura pour mission de :
1°) se faire communiquer tous documents et pièces qu'il estimera utiles à l'accomplissement de sa mission ;
2°) procéder à l'examen médical de Mme B, décrire son état de santé actuel et son état de santé antérieur à son admission à l'HIA Laveran, à compter du 12 avril 2018, en ne retenant que les seuls antécédents qui peuvent avoir une incidence sur les séquelles en lien avec les soins dispensés ;
3°) décrire les conditions dans lesquelles l'intéressée a été prise en charge au sein de l'HIA Laveran à compter du 12 avril 2018 ; décrire notamment les examens pratiqués, les interventions et traitements entrepris et les soins reçus ;
4°) rechercher si les traitements administrés étaient adaptés à l'état de la patiente et si l'établissement hospitalier a pris toutes les précautions pour éviter la survenance de l'infection contractée par Mme B ;
5°) dire si les soins ont été attentifs, diligents, conformes aux données acquises de la science médicale et, dans la négative, analyser de façon détaillée et motivée la nature des fautes médicales, de soins, dans l'organisation ou le fonctionnement du service, erreurs, imprudences, manquements aux précautions nécessaires, négligences, maladresses ou autres défaillances afin d'éclairer le tribunal sur l'engagement, éventuel, de la responsabilité pour faute de l'établissement hospitalier ;
6°) rechercher à quelle date s'est manifestée l'infection subie par Mme B, quel type de germe a été identifié, quel acte médical ou paramédical peut être regardé comme étant à l'origine de l'infection et indiquer par quel intervenant il a été pratiqué, si cette infection a une origine endogène ou exogène, si elle présente un caractère nosocomial ;
7°) indiquer précisément les séquelles en relation directe et exclusive avec les fautes éventuelles de l'établissement et avec l'infection, et préciser, notamment, la durée du déficit fonctionnel temporaire partiel ou total, la date de consolidation, le taux de déficit fonctionnel permanent et ses répercussions sur les conditions d'existence de l'intéressée, l'importance des souffrances endurées, le préjudice esthétique, le préjudice d'agrément, ainsi que tout autre élément de nature à permettre au Tribunal de se prononcer sur les préjudices subis par Mme B ;
8°) dégager en les spécifiant tous les éléments de préjudice, notamment ceux propres à justifier une indemnisation ; le cas échéant, donner tous les éléments utiles sur les préjudices patrimoniaux subis par l'intéressé ; s'il y a lieu, évaluer le besoin d'assistance à une tierce personne et dans l'affirmative en définir les conditions, décrire les soins futurs et les aides compensatoires au handicap de la victime (dépenses de santé, logement adapté, frais divers, appareillage spécifique, véhicule adapté), en précisant la fréquence de leur renouvellement ;
9°) dire si l'état de l'intéressée est susceptible de modifications en aggravation ou en amélioration, et, dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, son degré de probabilité et, dans le cas où un nouvel examen lui apparaîtrait nécessaire, indiquer le délai dans lequel il devra y être procédé ;
10°) indiquer, dans sa conclusion, de façon récapitulative et succincte, les circonstances, les causes et l'étendue des dommages subis par la victime.
Article 4 : En application de l'article R. 621-9 du code de justice administrative, l'expert déposera son rapport au greffe du Tribunal administratif de Marseille en deux exemplaires dans le délai de quatre mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il notifiera une copie de son rapport à chacune des parties intéressées et, avec l'accord de celles-ci, utilisera à cette fin, dans la mesure du possible, des moyens électroniques.
Article 5 : Les conclusions de Mme B tendant à ce que l'Etat soit condamné à lui verser une provision sont rejetées
Article 6 : Les conclusions de Mme B tendant à ce que les frais d'expertise soient d'ores et déjà mis à la charge définitive de l'Etat sont rejetées.
Article 7 : Tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement, sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 8 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Rodriguez, au ministre des armées et à la caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône.
Délibéré après l'audience du 2 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Frédérique Simon, présidente,
M. Alexandre Derollepot, premier conseiller,
Mme Ludivine Journoud, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juillet 2024.
La rapporteure,
signé
L. JournoudLa présidente,
signé
F. Simon
La greffière,
signé
A. Vidal
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026