jeudi 22 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2210074 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SCHMITT AVOCATS A.A.R.P.I |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés le 30 novembre 2022, le 12 janvier 2023 et le 21 avril 2023, le Grand port maritime de Marseille (GPMM), représenté par Me Gobert, défère au tribunal, en tant que prévenue d'une contravention de grande voirie, la société La Méridionale et demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner ladite société, en sa qualité de propriétaire du navire " Piana ", au versement du montant des frais de remise en état des installations portuaires endommagées le 11 juillet 2022 par ce navire lors de son accostage au poste 070 dans les Bassins Ouest, montant arrêté à la somme totale de 15 912 euros ;
2°) de mettre à la charge de la contrevenante la somme de 1 900 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le 11 juillet 2022, le navire " Piana ", appartenant à la société La Méridionale, a endommagé le quai du poste 070 dans les Bassins Ouest, au cours de sa manœuvre d'accostage ;
- ces faits ont été consignés, le 13 juillet 2022, dans un procès-verbal de contravention de grande voirie établi par l'officier de port adjoint au GPMM, assermenté conformément à la loi ;
- par un courrier recommandé du 22 juillet 2022, il a été procédé à la notification du procès-verbal de contravention de grande voirie auprès de la société La Méridionale ; aucune observation n'a été formulée par la société contrevenante ;
- dès lors que l'existence d'un contact entre le navire " Piana " et la défense du tenon du poste 080 ne peut être contestée, la société ne peut soutenir que la matérialité des faits n'est pas rapportée ;
- le chiffrage estimatif des frais de réparations a été retenu à hauteur de 15 912 euros et a été communiqué à la société par courriel le 22 novembre 2022 ;
- la vétusté de l'ouvrage n'a aucune incidence sur la responsabilité du contrevenant et sa condamnation au paiement intégral des frais de réparation ;
- eu égard au coût de remplacement de l'ensemble d'un système de défense et a fortiori au détail des travaux envisagés, eux-mêmes encadrés par les règles de la commande publique, le coût des travaux présentés ne saurait revêtir un caractère anormal.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 23 décembre 2022 et le 30 janvier 2023, la société La Méridionale, représentée par Me Tabouis, conclut :
1°) à titre principal, au rejet de l'indemnité demandée au titre de l'action domaniale, en ce que n'est pas apportée la preuve du lien de causalité direct entre la manœuvre du navire " Piana " et le dommage allégué ;
2°) à titre subsidiaire, à la prescription d'une expertise ;
3°) à titre infiniment subsidiaire, à la minoration du montant de l'indemnisation demandée au titre de l'action domaniale, en la limitant au remplacement rendu nécessaire par le seul dommage découlant directement de l'éventuel contact du navire avec le tenon n° 80 ;
4°) à la mise à la charge du GPMM des entiers dépens.
Elle fait valoir que :
- les dépenses de réparation invoquées par le GPMM sont anormales en ce qu'aucun lien de causalité n'est démontré entre le contact du navire avec le poste n° 80 et les dommages affectant les protections du tenon concerné ;
- compte tenu de l'état de vétusté des installations, les frais de remise en état invoqués sont également anormaux en ce qu'ils excèdent les seuls travaux de réparation directement nécessaires ;
- dans l'hypothèse où les pièces du dossier ne permettraient pas au juge de se prononcer sur ce point, ce dernier peut ordonner une expertise pour déterminer la nature et l'étendue des dommages découlant directement du fait fautif.
Un mémoire produit par la société La Méridionale a été enregistré le 28 avril 2023, et n'a pas été communiqué en application du dernier alinéa de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.
Vu :
- le procès-verbal de contravention de grande voirie dressé le 13 juillet 2022 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code pénal ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code des transports ;
- le code de justice administrative, notamment son article L. 774-1.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Laso ;
- les conclusions de Mme Beyrend, rapporteure publique ;
- les observations de Me Ponsot, représentant le Grand port maritime de Marseille.
Considérant ce qui suit :
1. Le 13 juillet 2022, un procès-verbal de contravention de grande voirie a été dressé par l'officier de port adjoint au Grand port maritime de Marseille, constatant l'endommagement d'une défense de type bouclier, située au sud du tenon du poste 080 dans les bassins Ouest, par le navire " Piana " appartenant à la société La Méridionale, lors d'une manœuvre d'accostage réalisée le 11 juillet 2022 au poste 070. Par courrier recommandé du 22 juillet 2022, le GPMM a notifié à la société La Méridionale, le procès-verbal du 13 juillet 2022 précité.
Sur l'atteinte au domaine public :
2. Aux termes de l'article L. 2132-2 du code général de la propriété des personnes publiques : " Les contraventions de grande voirie sont instituées par la loi ou par décret, selon le montant de l'amende encourue, en vue de la répression des manquements aux textes qui ont pour objet, pour les dépendances du domaine public n'appartenant pas à la voirie routière, la protection soit de l'intégrité ou de l'utilisation de ce domaine public, soit d'une servitude administrative mentionnée à l'article L. 2131-1. ". Aux termes de l'article L. 5335-2 du code des transports : " Il est interdit de porter atteinte au bon état () du port et de ses installations () ". Aux termes de l'article L. 5337-1 du même code : " Sans préjudice des sanctions pénales encourues, tout manquement aux dispositions du chapitre V du présent titre, à celles du présent chapitre et aux dispositions réglementant l'utilisation du domaine public, notamment celles relatives aux occupations sans titre, constitue une contravention de grande voirie réprimée dans les conditions prévues par les dispositions du présent chapitre ".
3. Lorsque le juge administratif est saisi d'un procès-verbal de contravention de grande voirie, il ne peut légalement décharger le contrevenant de l'obligation de réparer les atteintes portées au domaine public qu'au cas où le contrevenant produit des éléments de nature à établir que le dommage est imputable, de façon exclusive, à un cas de force majeure ou à un fait de l'administration assimilable à un cas de force majeure.
4. En l'espèce, il résulte de l'instruction, et notamment du procès-verbal dressé le 13 juillet 2022 par l'officier de port adjoint, que le navire " Piana ", appartenant à la société La Méridionale, a, lors de sa présentation d'accostage au poste 070, heurté et endommagé le couronnement du quai et la défense type bouclier située au sud du tenon du poste 080. Pour soutenir qu'elle doit être relaxée de la contravention de grande voirie reprochée et, par suite, déchargée de toute obligation de réparation, la société fait valoir que les dommages prétendument infligés au domaine public le 11 juillet 2022 ne sont pas démontrés et ne sont corroborés par aucun élément de l'instruction. A cet égard, elle se prévaut d'un extrait du livre de bord dans lequel le commandant du navire mentionne uniquement " une situation rapprochée " lors de l'accostage mais également sur une fiche de notification d'événement, rédigée le jour même du sinistre, dans laquelle le commandant précise qu'aucun dommage n'a été causé aux installations portuaires. Toutefois, il résulte de l'instruction que cette même fiche d'événement fait état d'un appui du navire sur la défense du tenon du poste 080, en ces termes : " Barre tout à droite et en avant demi, nous nous appuyons légèrement sur la défense du tenon du poste 80 n'entraînant aucun dommage aux installations portuaires et seulement une éraflure de peinture sur la bande de ragage du navire ". De même, l'officier de port adjoint, témoin des faits, indique dans son procès-verbal du 13 juillet 2022, lequel fait foi jusqu'à preuve du contraire : " Avons constaté que le navire PIANA () a heurté et endommagé, lors de sa présentation d'accostage au poste 070, la défense type bouclier située au sud du tenon du poste 080 ". Compte tenu de ces éléments, et alors que les photographies du tenon 080 prises le jour du sinistre révèlent des fissures et dégradations dont il ne peut être exclu qu'une partie résulte directement d'un contact, même léger, avec le navire " Piana ", les faits précédemment évoqués, dont la matérialité n'est pas utilement contestée, contreviennent aux dispositions ci-dessus reproduites et doivent être regardés comme constituant une contravention de grande voirie dont la société La Méridionale ne saurait être exonérée. A cet égard, si la vétusté des installations a pu contribuer à la détérioration de l'ouvrage par le navire, elle ne peut être regardée ni comme la cause exclusive des dommages, ni comme traduisant un défaut d'entretien fautif par le GPMM, assimilable à un cas de force majeure. Par suite, l'infraction est constituée.
Sur la réparation :
5. Le juge, saisi d'un litige relatif à l'évaluation par l'administration du dommage causé au domaine public par l'auteur d'une contravention de grande voirie, n'en remet pas en cause le montant, sauf si ce dernier présente un caractère anormal.
6. Il résulte des pièces produites par le GPMM que les frais de remise en état des installations endommagées sont estimés à la somme totale de 15 912 euros, correspondant à la dépose d'une défense à jambage équipée de boucliers pour 1 072 euros, à la fourniture d'une défense tronconique pour 3 800 euros, à la fourniture d'un bouclier pour 5 350 euros, à la pose d'une défense tronconique pour 5 280 euros, à la mise en décharge adaptée de la partie en caoutchouc des défenses pour 390 euros et à la mise en décharge adaptée d'éléments métalliques pour 20 euros. Si la société La Méridionale fait valoir que les dommages invoqués trouvent leur origine dans une absence d'entretien des installations portuaires lesquelles présentaient un état de vétusté avancé au moment du contact avec le navire " Piana ", cette circonstance ne peut, ainsi qu'il a été dit au point 4, être regardée comme la cause exclusive des atteintes relevées sur le domaine portuaire. En outre, eu égard aux dommages constatés, et nonobstant l'état préexistant des installations en litige, il ne résulte pas de l'instruction que le montant auquel le GPMM estime la remise en état du domaine public présenterait un caractère anormal. Dans ces conditions, et sans qu'il soit besoin d'ordonner une expertise, il convient, eu égard à ce qui a été dit au point 5, de condamner la société La Méridionale à verser au GPMM la somme de 15 912 euros au titre des frais de remise en état du domaine public portuaire.
Sur l'action publique :
7. Lorsqu'il retient la qualification de contravention de grande voirie s'agissant des faits qui lui sont soumis, le juge est tenu d'infliger une amende au contrevenant. Alors même que les dispositions précitées ne prévoient pas de modulation des amendes, le juge, qui est le seul à les prononcer, peut toutefois, dans le cadre de ce contentieux répressif, moduler leur montant dans la limite du plafond prévu par la loi et du plancher que constitue le montant de la sanction directement inférieure, pour tenir compte de la gravité de la faute commise, laquelle est appréciée au regard de la nature du manquement et de ses conséquences.
8. Aux termes de l'article L. 2132-26 du code général de la propriété des personnes publiques : " Sous réserve des textes spéciaux édictant des amendes d'un montant plus élevé, l'amende prononcée pour les contraventions de grande voirie ne peut excéder le montant prévu par le 5° de l'article 131-13 du code pénal. /Dans tous les textes qui prévoient des peines d'amendes d'un montant inférieur ou ne fixent pas le montant de ces peines, le montant maximum des amendes encourues est celui prévu par le 5° de l'article 131-13. /Dans tous les textes qui ne prévoient pas d'amende, il est institué une peine d'amende dont le montant maximum est celui prévu par le 5° de l'article 131-13 ". Aux termes de l'article 131-13 du code pénal : " Constituent des contraventions les infractions que la loi punit d'une amende n'excédant pas 3 000 euros. Le montant de l'amende est le suivant : () 5° 1 500 euros au plus pour les contraventions de la 5e classe () ".
9. Eu égard à la matérialité et à la nature de l'infraction susvisée, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et en application des dispositions précitées, de condamner la société La Méridionale à une amende de 1 500 euros au titre de l'infraction commise.
Sur les dépens :
10. La présente instance n'a généré aucun dépens. Par suite, et en tout état de cause, les conclusions présentées à ce titre par la société La Méridionale tendant à la condamnation du GPMM au dépens ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société La Méridionale le versement au GPMM d'une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La société La Méridionale est condamnée à payer une amende de 1 500 (mille cinq cents) euros.
Article 2 : La société La Méridionale est condamnée à verser au Grand Port Maritime de Marseille la somme de 15 912 euros (quinze mille neuf cent douze euros) correspondant aux frais de remise en état du domaine public portuaire.
Article 3 : La société La Méridionale versera au Grand port maritime de Marseille la somme de 1 000 (mille) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera adressé au Grand Port Maritime de Marseille pour notification à la société La Mériditionale, dans les conditions prévues à l'article L. 774-6 du code de justice administrative.
Délibéré après l'audience du 7 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Laso, président,
Mme Niquet, première conseillère,
Mme Ollivaux, première conseillère,
Assistés de M. Giraud, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juin 2023.
Le président-rapporteur,
Signé
J-M. LASOL'assesseure la plus ancienne,
Signé
A. NIQUET
Le greffier,
Signé
P. GIRAUD
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026