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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2300748

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2300748

mercredi 3 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2300748
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation9è ch Magistrat statuant seul
Avocat requérantLEDUC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires enregistrés le 23 janvier 2023, le 30 janvier 2023 et le 31 mars 2023, Mme D A, représentée par Me Leduc, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 24 juin 2022, prise sur recours administratif préalable par laquelle la présidente du département des Bouches-du-Rhône a décidé de radier ses droits au bénéfice du revenu de solidarité active, et a mis à sa charge un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 11 334,28 euros constitués sur la période de novembre 2019 à juillet 2021, et un indu complémentaire d'un montant de 1 142,90 euros constitués sur la même période ;

2°) de condamner le département des Bouches-du-Rhône à lui verser une indemnisation au titre de son préjudice moral ;

3°) de mettre à la charge du conseil départemental des Bouches-du-Rhône la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ainsi qu'aux entiers dépens.

Elle soutient que :

- elle habite seule chez elle avec sa fille ;

- son ex-mari, M. B, s'est installé chez ses parents, âgés et malades, pour s'en occuper, puis à leur décès chez son frère ;

- elle produit des justificatifs qui démontrent l'absence de vie en communauté avec M. B.

Le département des Bouches-du-Rhône a produit l'entier dossier de l'allocataire le 21 février 2024.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné Mme Caselles, première conseillère, pour statuer sur le litige en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Ont été entendus à l'audience :

- le rapport de Mme Caselles, première conseillère,

- les observations de Me Leduc, qui s'en rapporte à ses écritures.

- - les observations de M. C, représentant du conseil départemental des Bouches-du-Rhône.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après que les parties ont formulé leurs observations orales.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A était allocataire du revenu de solidarité active depuis mai 2014. Elle était connue des services de la caisse des allocations familiales des Bouches-du-Rhône en qualité de personne isolée, divorcée de M. B, avec un enfant né en 1997. A la suite d'un contrôle effectué le 21 juillet 2021, le département des Bouches-du-Rhône a décidé le 24 juin 2022 de la radier du dispositif du revenu de solidarité active, et a mis à sa charge un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 11 334,28 euros constitués sur la période de novembre 2019 à juillet 2021, et un indu complémentaire d'un montant de 1 142,90 euros constitués sur la période de novembre 2019 à mai 2020, en considérant que la situation de son foyer n'était pas conforme à ses déclarations. Mme A demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active ou d'aide exceptionnelle de fin d'année, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

3. D'autre part, lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne à l'allocation de revenu de solidarité active, à la prime d'activité ou à l'aide personnelle au logement, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention dans la reconnaissance du droit à cette allocation ou à cette aide qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative . Au vu de ces éléments, il appartient au juge administratif d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision en fixant alors lui-même les droits de l'intéressé, pour la période en litige, à la date à laquelle il statue ou, s'il ne peut y procéder, de renvoyer l'intéressé devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation sur la base des motifs de son jugement.

4. Enfin, aux termes de l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux ". Aux termes de l'article R. 262-35 du même code : " Le revenu de solidarité active cesse d'être dû à compter du premier jour du mois civil au cours duquel les conditions d'ouverture du droit cessent d'être réunies. Toutefois, en cas de décès du bénéficiaire, d'un enfant ou d'un autre membre du foyer, l'allocation ou la majoration d'allocation cesse d'être due au premier jour du mois civil qui suit celui du décès. ". Aux termes de l'article R. 262-37 du code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ".

5. Il résulte de ces dispositions que le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation notamment ses activités et l'ensemble des ressources dont il dispose. L'organisme chargé du service de la prestation qui constate son empêchement à procéder aux contrôles prévus par le chapitre II du titre VI du livre II du code de l'action sociale et des familles, peut suspendre le versement du revenu de solidarité active en vertu du 4° de l'article L. 262-37 du même code, en mettant en œuvre la procédure prévue par cet article, ou en vertu de l'article L. 161-1-4 du code de la sécurité sociale. Si l'autorité administrative est, en outre, en mesure d'établir que le bénéficiaire ne peut prétendre au bénéfice de l'allocation de revenu de solidarité active ou qu'il n'est pas possible, faute de connaître le montant exact des ressources des personnes composant le foyer, de déterminer s'il pouvait ou non bénéficier de l'allocation pour la période en cause, elle est en droit de mettre fin à cette prestation.

6. Il résulte de l'instruction que pour fonder les décisions en litige le département des Bouches-du-Rhône s'est fondé sur le maintien d'une vie en communauté entre Mme A et son ex-mari, M. B, dissimulée aux services de la caisse des allocations familiales des Bouches-du-Rhône. Il résulte en effet d'un contrôle de la situation personnelle de l'allocataire, et d'un rapport d'enquête du 29 juillet 2021, que M. B est domicilié à la même adresse que son ex épouse auprès de sa banque depuis janvier 2020, auprès de la caisse primaire d'assurance maladie depuis février 2019, de l'assurance vieillesse depuis décembre 2012, et de son opérateur de téléphonie mobile depuis mars 2018. Par ailleurs, M. B, qui s'est porté garant pour la location du logement de l'allocataire, règle les factures d'eau. Si les pièces produites en défense, composés de bulletin de pension de l'Etat et de relevés fiscaux confirment que M. B a pu occasionnellement donner une adresse différente de celle de Mme A, elles ne suffisent pas à établir qu'il disposerait d'un logement distinct de celui de l'allocataire, dès lors notamment que ces adresses correspondent à celle de ses parents ou de son frère, et qu'une enquête de voisinage a confirmé l'existence d'une vie en communauté avec son ex femme.

7. Par ailleurs, l'étude des relevés bancaires de Mme A révèlent des dépôts de chèques et d'espèces dont l'allocataire n'établit pas qu'il s'agirait, ainsi qu'elle le soutient, d'aides financières reçues de sa famille.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation et à fin d'indemnisation, au demeurant non chiffrées et non étayées, présentées par Mme A doivent être rejetés.

Sur les frais de l'instance :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise, à ce titre, à la charge du département des Bouches-du-Rhône qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et au département des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2024.

La magistrate désignée,

Signé

S. CasellesLe greffier,

Signé

I. Abed

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N°2300748

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