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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2301293

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2301293

mercredi 15 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2301293
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation7ème chambre
Avocat requérantSELARL CARLINI & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 février 2023, M. A B, représenté par Me Felli, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Assistance Publique - Hôpitaux de Marseille (AP-HM) à lui verser une somme globale de 80 139,15 euros en réparation des préjudices qu'il a subi à la suite de sa prise en charge à l'hôpital de la Timone à compter du 13 septembre 2020 ;

2°) de mettre les frais d'expertise taxés et liquidés à la somme de 1 250 euros à la charge définitive de l'AP-HM ;

3°) de mettre à la charge de l'AP-HM une somme de 2 000 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

4°) de communiquer sur le siège le dispositif de la décision à intervenir compte-tenu de l'urgence inhérente à sa situation ;

5°) d'ordonner l'exécution provisoire du jugement à intervenir.

Il soutient que :

- l'AP-HM a commis une faute en omettant de l'informer de la nécessité de suspendre le traitement à la Metformine préalablement à la réalisation de la coronarographie et du scanner qu'il a subi lors de son hospitalisation à l'hôpital de la Timone entre le 13 et le 16 septembre 2020 ;

- l'AP-HM a également commis une faute en ne suspendant effectivement pas le traitement à la Metformine préalablement à l'injection de produit de contraste entrainant une acidose lactique qui le fera tomber dans le coma et entrainera des conséquences dommageables importantes ;

- compte-tenu des fautes commises, il est en droit d'obtenir la réparation de ses préjudices, à savoir son déficit fonctionnel temporaire à hauteur de 1 370,25 euros, ses souffrances endurées à hauteur de 8 000 euros, son déficit fonctionnel permanent à hauteur de 64 800 euros, son besoin en assistance par une tierce personne post-consolidation à hauteur de 5 824 euros et ses frais d'acquisition d'un fauteuil de douche à hauteur de 144,90 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 août 2023, l'AP-HM, représentée par la SELARL Carlini et associés, conclut au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à l'application d'un taux de perte de chance de 25%.

Elle fait valoir que :

- aucune faute prouvée ne peut être retenue à son encontre ;

- à titre subsidiaire, si le tribunal devait retenir une faute de non-suspension de la Metformine à l'origine de l'acidose lactique et du coma de M. B, celle-ci n'aurait entrainé qu'une perte de chance pour l'intéressé de ne pas voir son état s'aggraver compte-tenu de son état antérieur et de son refus d'aller aux urgences le 19 septembre 2020 ;

- dans ces conditions, l'indemnisation du requérant ne saurait excéder la somme globale de 2 319,55 euros.

Par un mémoire, enregistré le 27 novembre 2023, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Haute-Corse, agissant pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Corse-du-Sud, demande au tribunal :

1°) de condamner l'AP-HM à lui verser la somme totale de 39 769,44 euros au titre de ses débours avec intérêts au taux légal à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

2°) de condamner l'AP-HM à lui verser la somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 alinéa 9 du code de la sécurité sociale.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance du 8 septembre 2022 par laquelle la présidente du tribunal administratif de Marseille a taxé et liquidé les frais d'expertise à hauteur de 1 250 euros et les a mis à la charge de M. B.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ludivine Journoud, magistrate rapporteure,

- les conclusions de Mme Amélie Lourtet, rapporteure publique,

- les observations de Me Felli pour M. B et celles de Me Baverel, du cabinet Carlini et associés, pour l'AP-HM.

Considérant ce qui suit :

1. Le 13 septembre 2020, M. B, retraité alors âgé de 79 ans, est hospitalisé dans le service de cardiologie de la Timone, relevant de l'AP-HM, pour faire le bilan d'une cardiopathie valvulaire. Durant cette hospitalisation du 13 au 16 septembre 2020, il effectuera plusieurs examens dont une coronarographie et un scanner. M. B regagnera son domicile, situé à Ajaccio, le 16 septembre, avec un diagnostic de valvulopathie moyennement sévère peu symptomatique, nécessitant un nouveau contrôle sous six mois. Dès le lendemain, le 17 septembre 2020, M. B présente des symptômes digestifs avec des douleurs abdominales, des vomissements et des diarrhées. Le 19 septembre les douleurs persistent et M. B fait appel à SOS médecin. Il se rend finalement aux urgences dans la nuit du 20 au 21 septembre suivant. Dès son admission à l'hôpital d'Ajaccio il est placé en coma artificiel pour une acidose lactique profonde et regagnera son domicile le 11 octobre 2020. M. B demande la condamnation de l'AP-HM à l'indemniser des préjudices qu'il estime avoir subis à la suite de sa prise en charge à l'hôpital de la Timone entre le 13 et le 16 septembre 2020.

Sur la responsabilité de l'AP-HM :

En ce qui concerne le défaut d'information fautif :

2. Aux termes de l'article L. 1111-2 du même code : " Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus. () / Cette information incombe à tout professionnel de santé dans le cadre de ses compétences et dans le respect des règles professionnelles qui lui sont applicables. Seules l'urgence ou l'impossibilité d'informer peuvent l'en dispenser. / Cette information est délivrée au cours d'un entretien individuel. / () / En cas de litige, il appartient au professionnel ou à l'établissement de santé d'apporter la preuve que l'information a été délivrée à l'intéressé dans les conditions prévues au présent article. Cette preuve peut être apportée par tout moyen () ". Il résulte de ces dispositions que doivent être portés à la connaissance du patient, préalablement au recueil de son consentement à l'accomplissement d'un acte médical, les risques connus de cet acte qui, soit présentent une fréquence statistique significative, quelle que soit leur gravité, soit revêtent le caractère de risques graves, quelle que soit leur fréquence.

3. En cas de manquement à cette obligation d'information, si l'acte de diagnostic ou de soin entraîne pour le patient, y compris s'il a été réalisé conformément aux règles de l'art, un dommage en lien avec la réalisation du risque qui n'a pas été porté à sa connaissance, la faute commise en ne procédant pas à cette information engage la responsabilité de l'établissement de santé à son égard, pour sa perte de chance de se soustraire à ce risque en renonçant à l'opération. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction, compte tenu de ce qu'était l'état de santé du patient et son évolution prévisible en l'absence de réalisation de l'acte, des alternatives thérapeutiques qui pouvaient lui être proposées ainsi que de tous autres éléments de nature à révéler le choix qu'il aurait fait, qu'informé de la nature et de l'importance de ce risque, il aurait consenti à l'acte en question. En outre, indépendamment de la perte d'une chance de refuser l'intervention, le manquement des médecins à leur obligation d'informer le patient des risques encourus ouvre pour l'intéressé, lorsque ces risques se réalisent, le droit d'obtenir réparation des troubles qu'il a subis du fait qu'il n'a pas pu se préparer à cette éventualité.

4. En l'espèce, si le rapport du 18 aout 2022 de l'expertise diligentée par le tribunal relève que, alors même qu'aucun document d'information n'a été remis au requérant, ce dernier a toutefois été informé des enjeux de son hospitalisation le jour de son hospitalisation par le médecin prescripteur puis par les infirmières, il ne résulte pas de l'instruction, notamment faute de production par l'AP-HM d'un document formalisant le consentement éclairé du patient sur ce point précis, que M. B a reçu une information quant à la nécessité de suspendre le traitement à la Metformine préalablement à la réalisation de la coronarographie et du scanner qu'il a subis durant son hospitalisation à la Timone du 13 au 16 septembre 2020 ni des risques encourus, notamment d'acidose lactique, en cas de non-suspension de son traitement, lui permettant de donner son consentement aux examens qu'il a subi de manière éclairée. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que l'AP-HM a manqué à son obligation d'information préalable. Toutefois, l'intéressé n'ayant pas sollicité l'indemnisation de son préjudice d'impréparation, il n'est pas fondé à obtenir la condamnation de l'AP-HM au titre du non-respect de cette obligation.

En ce qui concerne la faute médicale :

5. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ".

6. Il résulte de l'instruction et principalement du rapport d'expertise précité, que M. B présentait lors de son hospitalisation à l'hôpital de la Timone un état antérieur de cardiopathie valvulaire associée à d'autres pathologies telles qu'une insuffisance rénale et un diabète de type 2, combinés à des facteurs de risques non négligeables consistant en un surpoids et une hypertension artérielle. Il résulte également de l'instruction que le requérant du fait de ses multiples pathologies suivait plusieurs traitements, dont la Metformine pour traiter son diabète de type 2. A cet égard, dans la perspective de la réalisation d'une coronarographie et d'un scanner, nécessitant l'injection de produits de contraste tels que l'iode, l'administration de Metformine exposait le requérant, et compte tenu de son insuffisance rénale connue, à une acidose lactique. Toutefois, il résulte de l'instruction que si l'expert n'a pas retrouvé dans le dossier médical de M. B la trace de la suspension du traitement par Metformine ni la trace de l'information du requérant sur la nécessité de suspendre ledit traitement, il n'a pas non plus retrouvé d'indication dans le dossier du patient de son administration effective durant la période d'hospitalisation de l'intéressé à l'hôpital de la Timone du 13 au 16 septembre 2020. Par suite, et dès lors qu'il n'est pas possible d'établir formellement qu'un manquement puisse être retenu à l'encontre de l'AP-HM, aucune faute clairement établie n'est susceptible d'engager sa responsabilité.

7. Il résulte de ce qui précède que M. B, dont la situation ne relève pas non plus d'un accident médical non fautif mais est imputable à son état antérieur, n'est pas fondé à soutenir que la responsabilité pour faute de l'AP-HM doit être engagée. Par suite, ses conclusions indemnitaires doivent être rejetées.

Sur les conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie de Haute-Corse pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie de Corse-du-Sud :

8. Il résulte tout de ce qui a été dit ci-dessus que la CPAM de Haute-Corse pour le compte de la CPAM de Corse-du-Sud n'est fondée à demander à l'AP-HM ni le remboursement de ses débours ni l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale. Il y a lieu par suite de rejeter l'ensemble de ses conclusions.

Sur les frais d'expertise :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de laisser les frais d'expertise, taxés et liquidés à la somme globale de 1 250 euros par une ordonnance de la présidente du tribunal administratif de Marseille du 8 septembre 2022, à la charge définitive de M. B.

Sur les frais du litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'AP-HM, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, verse au requérant la somme qu'il demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

Sur la lecture du dispositif sur le siège :

11. Aux termes de l'article R.741-1 du code de justice administrative : " Sous réserve des cas où elle est lue sur le siège, la décision est prononcée par sa mise à disposition au greffe de la juridiction. ". En l'espèce le litige n'est pas au nombre de ceux qui doivent faire l'objet d'une lecture sur le siège. Par suite, les conclusions du requérant tendant à ce que, compte-tenu de l'urgence inhérente à sa situation, le dispositif de la décision à intervenir soit lue sur le siège ne peuvent qu'être rejetées.

Sur l'exécution provisoire du présent jugement :

12. Aux termes de l'article L. 11 du code de justice administrative : " Les jugements sont exécutoires ". Le jugement étant exécutoire de plein droit par application de ces dispositions, seules applicables devant les juridictions administratives, les conclusions du requérant tendant à ce que l'exécution provisoire du présent jugement soit ordonnée ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la CPAM de Haute-Corse, pour le compte de la CPAM de Corse-du-Sud sont rejetées.

Article 3 : Les frais d'expertise taxés et liquidés à la somme globale de 1 250 euros restent à la charge définitive de M. B.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à l'assistance publique - hôpitaux de Marseille et à la caisse primaire d'assurance maladie de Haute-Corse pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie de Corse-du-Sud.

Copie en sera adressée au Dr C, expert médical.

Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Frédérique Simon, présidente,

M. Alexandre Derollepot, premier conseiller,

Mme Ludivine Journoud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mai 2024.

La rapporteure,

signé

L. JournoudLa présidente,

signé

F. Simon

La greffière,

signé

R. Berkat

La République mande et ordonne au directeur général de l'agence régionale de santé Provence-Alpes-Côte d'Azur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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