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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2302272

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2302272

lundi 6 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2302272
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation9è ch Magistrat statuant seul
Avocat requérantCOLAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 mars 2023, le 28 novembre 2024 et 2 décembre 2024, M. C B, représenté par Me Sandrine Colas, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône, prise sur recours administratif préalable obligatoire en date du 11 mai 2022 reçu le 18 mai 2022, mettant à sa charge un indu d'un montant de 6 750 euros au titre du revenu de solidarité active constitué sur la période de novembre 2020 à janvier 2022 ;

2°) d'annuler la décision implicite de la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône, prise sur recours administratif préalable obligatoire en date du 11 mai 2022, reçu le 18 mai 2022, mettant à sa charge un indu d'un montant de 4 340 euros au titre de l'allocation de logement sociale constitué sur la période d'octobre 2020 à janvier 2022 ;

3°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer ces sommes et d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône de procéder à la restitution des sommes déjà recouvrées ;

4°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône et du conseil départemental des Bouches-du-Rhône, chacun en ce qui le concerne, le versement, à son conseil, d'une somme de 1500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision mettant à sa charge les indus litigieux n'est pas motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle a tenu compte, dans le calcul de ses ressources, de celle de son épouse alors que celle-ci réside en Algérie.

Par un mémoire en défense, enregistré 19 novembre 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 décembre 2024, le conseil départemental des Bouches-du-Rhône, conclut d'une part à sa mise hors de cause, s'agissant des conclusions dirigées contre l'indu d'aide personnelle au logement et, d'autre part, au non-lieu à statuer s'agissant des conclusions aux fins d'annulation de l'indu relatif au revenu de solidarité active au rejet de la requête.

Par un courrier du 26 novembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions relatives au revenu de solidarité active, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, en ce qu'elles sont dirigées contre la caisse d'allocations familiales.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code civil ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Charbit, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Charbit, magistrate désignée,

- les observations de Me Colas, représentant M. B,

- et les observations de Mme D et M. A, représentant le conseil départemental des Bouches-du-Rhône.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a été bénéficiaire du revenu de solidarité active et de l'aide personnalisée au logement dans le département des Bouches-du-Rhône. A la suite d'une modification de sa situation, la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône lui a, par courrier du 2 mai 2022 demandé le reversement d'une somme de 10 947,50 euros au titre du revenu de solidarité active et de l'allocation de logement sociale. Par un recours administratif préalable du 12 mai 2022, adressé à la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône, M. B a contesté le bien-fondé des indus. Par une décision implicite née du silence gardé par l'administration, la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône a confirmé l'existence des indus. M. B demande l'annulation de cette décision.

Sur l'indu de revenu de solidarité active :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. ". L'article L. 262-9 du même code dispose que : " Le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 est majoré, pendant une période d'une durée déterminée, pour : 1° Une personne isolée assumant la charge d'un ou de plusieurs enfants ; Est considérée comme isolée une personne veuve, divorcée, séparée ou célibataire, qui ne vit pas en couple de manière notoire et permanente et qui notamment ne met pas en commun avec un conjoint, concubin ou partenaire de pacte civil de solidarité ses ressources et ses charges. Lorsque l'un des membres du couple réside à l'étranger, n'est pas considéré comme isolé celui qui réside en France ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 212 du code civil : " Les époux se doivent mutuellement (), secours, assistance ". Aux termes de l'article 214 du même code : " Si les conventions matrimoniales ne règlent pas la contribution des époux aux charges du mariage, ils y contribuent à proportion de leurs facultés respectives () ".

4. Il résulte de ces dispositions que l'ensemble des ressources du foyer doit en principe être pris en compte pour le calcul de l'allocation de revenu de solidarité active. Toutefois, lorsque l'un des membres du foyer ne peut être pris en compte pour le calcul du revenu garanti du fait de sa résidence à l'étranger, il convient de prendre en considération non l'ensemble de ses ressources, mais les sommes qu'il verse au bénéficiaire du revenu de solidarité active ou les prestations en nature qu'il lui sert, au titre, notamment, de ses obligations alimentaires.

5. Par une décision en date du 6 décembre 2024, le conseil départemental des Bouches-du-Rhône a annulé l'indu de revenu de solidarité active, d'un montant de 6 750 euros, constitué sur la période de novembre 2020 à janvier 2022 et a demandé aux services de la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône de procéder au remboursement des sommes déjà versées. Par suite, les conclusions de la requête relatives au revenu de solidarité active sont devenues sans objet.

Sur l'indu d'allocation de logement sociale :

6. En premier lieu, il convient de mettre hors de cause le conseil départemental des Bouches-du-Rhône s'agissant des conclusions relatives à l'aide personnelle au logement.

7. En second lieu, aux termes de l'article L. 351-3 du code de la construction et de l'habitation : " Le montant de l'aide personnalisée au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. / Ce barème est établi en prenant en considération : / 1. La situation de famille du demandeur de l'aide occupant le logement et le nombre de personnes à charge vivant habituellement au foyer ; / 2. Les ressources du demandeur et, s'il y a lieu, de son conjoint () ".

8. Il résulte de ces dispositions que les ressources prises en considération pour le calcul de l'allocation d'aide personnalisée au logement sont celles qui sont perçues par le bénéficiaire, son conjoint, son concubin ou son partenaire lié par un pacte civil de solidarité et les personnes vivant habituellement au foyer. Il est constant que M. B réside en France et que son épouse réside en Algérie, depuis la date de leur mariage célébré le 5 septembre 2020. M. B précise qu'il ne dispose pas de ressources suffisantes pour faire bénéficier son épouse du regroupement familial. M. B soutient, et au demeurant, sans être contredit, que chacun des époux subvient à ses propres besoins, avec ses propres ressources. Par suite, alors qu'il n'est pas contesté que l'épouse du requérant ne vit pas au foyer de celui-ci, c'est à tort que la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône a intégré dans les ressources de M. B la pension de retraite de son épouse.

9. Il résulte, de ce qui précède, que M. B est fondé à demander au tribunal d'annuler la décision par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône a confirmé le bien-fondé d'un indu d'allocation de logement sociale d'un montant de 4 340 euros. En conséquence, les conclusions à fins de décharge doivent également être accueillies.

10. Eu égard au motif d'annulation de la décision implicite de la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône, rejetant la contestation de M. B, il y a lieu d'enjoindre à l'administration de rembourser au requérant les sommes déjà recouvrées au titre de cet indu, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761 du code de justice administrative et 37 de la loi du 11 juillet 1991 :

11. Dans les circonstances de l'espèce, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Colas renonce à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône versera à Me Colas la somme de 1 000 euros et le conseil départemental des Bouches-du-Rhône versera à Me Colas la somme de 500 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Le département des Bouches-du-Rhône est mis hors de cause dans la présente instance en ce qui concerne les conclusions relatives à l'aide personnalisée au logement.

Article 2 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. B aux fins d'annulation de la décision implicite de la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône, prise sur recours administratif préalable obligatoire en date du 11 mai 2022 reçu le 18 mai 2022, mettant à sa charge un indu d'un montant de 6 750 euros au titre du revenu de solidarité active constitué sur la période de novembre 2020 à janvier 2022.

Article 3 : La décision implicite de rejet, du recours administratif formé par M. B contre la décision de la caisse d'allocations familiales mettant à sa charge un indu d'un montant de 4 340 euros au titre de l'aide personnalisée au logement constitué sur la période d'octobre 2020 à janvier 2022, est annulée.

Article 4 : M. B est déchargé de l'obligation de payer la somme mise à sa charge par la décision implicite de rejet annulée à l'article 3r du présent jugement.

Article 5 : Il est enjoint à la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône de rembourser à M. B les sommes éventuellement déjà recouvrées au titre de l'indu d'allocation de logement sociale, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Article 6 : La caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône versera à Me Colas, une somme de 1000 euros (mille euros) en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 7 : Le conseil départemental des Bouches-du-Rhône versera à Me Colas, une somme de 500 euros (cinq cent euros) en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 8 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 9 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, au département des Bouches-du-Rhône et à la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 janvier 2025.

La magistrate désignée,

signé

C. CharbitLa greffière,

signé

S. Ibram

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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