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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2302436

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2302436

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2302436
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation9è ch Magistrat statuant seul
Avocat requérantBERREBI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un recours enregistrés le 10 mars 2023 et le 31 octobre 2024, M. C D, représenté par Me Berrebi :

1°) forme opposition à la contrainte émise le 22 février 2023 par la caisse des allocations familiales des Bouches-du-Rhône en tant qu'elle vise à recouvrer un indu de prime d'activité de 424,92 euros constitué sur la période du 1er mars 2020 au 31 août 2020, un indu de prime d'activité de 159,69 euros constitué sur la période du 1er mars 2020 au 31 mai 2020, et un indu d'aide Covid-19 d'un montant de 150 euros constitué sur la période de novembre et décembre 2020.

2°) de suspendre les effets de la contrainte ;

3°) d'enjoindre la restitution des sommes prélevées dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de la caisse des allocations familiales des Bouches-du-Rhône de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il n'a jamais repris la communauté de vie avec Mme B depuis leur séparation de fait au mois de mai 2019, il a d'ailleurs divorcé le 22 février 2022 ;

- il était hébergé chez sa demi-sœur.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2024, la caisse des allocations familiales des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 octobre 2024, le département des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'il n'est pas compétent en matière de prime d'activité et d'aide Covid-19.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 novembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné Mme Caselles, première conseillère, pour statuer sur le litige en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Ont été entendus à l'audience :

- le rapport de Mme Caselles, première conseillère,

- les observations de M. A et de Mme E, représentant le département des Bouches-du-Rhône.

Par une ordonnance du 4 novembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, au 12 novembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. D était allocataire de la caisse des allocations familiales des Bouches-du-Rhône. Il forme opposition à la contrainte émise le 22 février 2023 par la caisse des allocations familiales des Bouches-du-Rhône en tant qu'elle vise à recouvrer un indu de prime d'activité de 424,92 euros constitué sur la période du 1er mars 2020 au 31 août 2020, un indu de prime d'activité de 159,69 euros constitué sur la période du 1er mars 2020 au 31 mai 2020, et un indu d'aide Covid-19 d'un montant de 150 euros constitué sur la période de novembre et décembre 2020.

Sur l'indu d'allocations familiales pour la période comprise entre le 1er août 2014 et le 31 mai 2016 et sur la demande de versement des prestations familiales pour la période comprise entre le 1er juin 2016 et le 1er mai 2019 :

2. Aux termes de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale : " Le contentieux général de la sécurité sociale comprend les litiges relatifs : 1° A l'application des législations et réglementations de sécurité sociale et de mutualité sociale agricole () ". Aux termes de l'article L. 511-1 du code de la sécurité sociale : " Les prestations familiales comprennent : 1°) la prestation d'accueil du jeune enfant ; 2°) les allocations familiales ; 3°) le complément familial ; 4°) l'allocation de logement (); 5°) l'allocation d'éducation de l'enfant handicapé ; 6°) l'allocation de soutien familiale ; 7°) l'allocation de rentrée scolaire ; 8°) L'allocation forfaitaire versée en cas de décès d'un enfant ; 9°) l'allocation journalière de présence parentale. ()". Aux termes de l'article L. 142-8 du code de la sécurité sociale : " Le juge judiciaire connaît des contestations relatives : 1° Au contentieux général de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 () ".

3. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que les litiges en matière de prestations familiales ne relèvent pas de la compétence du tribunal administratif, mais de celle du juge judiciaire. Ainsi que le précise le requérant sans son dernier mémoire, les conclusions dirigées contre l'indu d'allocations familiales d'un montant de 10 740,94 euros et celles sollicitant le versement de prestations familiales pour la période comprise entre le 1er juin 2016 et le 1er mai 2019, seront portées devant le tribunal judiciaire, par suite la fin de non-recevoir soulevée en défense par le département doit être écartée.

Sur les conclusions tendant à former opposition visant à recouvrer un indu de prime d'activité de 424,92 euros constitué sur la période du 1er mars 2020 au 31 août 2020, un indu de prime d'activité de 159,69 euros constitué sur la période du 1er mars 2020 au 31 mai 2020, et un indu d'aide Covid-19 d'un montant de 150 euros constitué sur la période de novembre et décembre 2020

4. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de prime d'activité, il entre dans l'office du juge administratif d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

5. Aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre ". Aux termes de l'article L. 842-3 du même code : " La prime d'activité est égale à la différence entre : / 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer () ; / 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1° () ".

6. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que pour le bénéfice de la prime d'activité, le foyer s'entend du demandeur ainsi que, le cas échéant, de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin. Pour l'application de ces dispositions, le concubin est la personne qui mène avec le demandeur une vie de couple stable et continue. Une telle vie de couple peut être établie par un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges. Pour permettre à l'organisme chargé du versement de la prime d'activité et déterminer ses droits, l'allocataire doit déclarer les informations relatives à sa situation familiale et, s'agissant des membres du foyer, l'ensemble des ressources qu'ils perçoivent.

7. Il est établi par les pièces produites au dossier, et notamment deux conventions de divorce envoyées en recommandé le 17 mai 2019 et le 8 juin 2020, et deux décisions d'aide juridictionnelle totale du 6 mai 2019 et du 2 décembre 2021, que le couple formé par M. D et Mme B a entamé les démarches nécessaires pour se séparer dès le mois de mai 2019, le requérant justifiant l'engagement d'une seconde procédure de divorce en 2020 par les difficultés rencontrées par Mme B pour régler ses frais d'avocat. La double circonstance que le couple ait déposé une déclaration d'impôt commune au titre des revenus perçus en 2019, alors que les époux n'étaient toujours pas juridiquement séparés, et que M. D n'ait pas déclaré de changement d'adresse auprès de pôle emploi du 1er janvier 2020 au 20 septembre 2020 ne suffisent pas à remettre en cause, en l'absence de tout élément matériel en ce sens, l'absence de vie commune dont se prévaut le requérant. Dans ces conditions, la caisse des allocations familiales des Bouches-du-Rhône n'était pas fondée à émettre à l'encontre de M. D la contrainte en litige.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la contrainte émise le 22 février 2023 par la caisse des allocations familiales des Bouches-du-Rhône doit être annulée, y compris s'agissant de l'aide exceptionnelle de solidarité versée sur la période de novembre et décembre 2020.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Il résulte de ce qui a été dit au point 8 du présent jugement que les conclusions tendant à suspendre les effets de la contrainte attaquée sont devenues sans objet, et que les sommes qui auraient été prélevées pour procéder au recouvrement de l'indu doivent être remboursées à M. D.

Sur les frais de l'instance :

10. Les décisions prises par la caisse d'allocations familiales en matière de prime d'activité, d'aide exceptionnelle de fin d'année et d'aide exceptionnelle de solidarité le sont au nom de l'État. Par suite, les conclusions présentées par Me Berrebi sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administratives et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sont mal dirigées et ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : La contrainte émise le 22 février 2023 par la caisse des allocations familiales des Bouches-du-Rhône en tant qu'elle vise à recouvrer un indu de prime d'activité de 424,92 euros constitué sur la période du 1er mars 2020 au 31 août 2020, un indu de prime d'activité de 159,69 euros constitué sur la période du 1er mars 2020 au 31 mai 2020, et un indu d'aide Covid-19 d'un montant de 150 euros constitué sur la période de novembre et décembre 2020 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à l'administration de procéder au remboursement des sommes éventuellement recouvrées au titre des indus relevant de la compétence du tribunal, et mentionnées sur la contrainte annulée par l'article 1er du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et à la caisse des allocations familiales des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au département des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.

La magistrate désignée,

signé

S. CasellesLa greffière,

signé

S. Ibram

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N°2302436

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