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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2304203

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2304203

mercredi 28 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2304203
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantCOLAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 mai 2023, Mme B A, représentée par Me Colas, demande au juge des référés :

1°) sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, de condamner la préfecture des Bouches-du-Rhône à lui verser, à titre de provision, la somme de 9 138,56 euros au titre des préjudices subis en raison de l'illégalité fautive du refus de délivrance d'un récépissé de renouvellement de carte de séjour et de l'arrêté du 8 mars 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) de mettre à la charge de la préfecture des Bouches-du-Rhône la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'illégalité fautive du refus de lui délivrer un récépissé de renouvellement de carte de séjour entre le 15 octobre 2021 et le 10 février 2022 et de l'arrêté du 8 mars 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de renouveler son titre de séjour sont de nature à engager la responsabilité de l'administration ;

- elle a subi un préjudice financier s'élevant à la somme de 7 138, 56 euros correspondant au montant des salaires non perçus pendant 7 mois ainsi qu'à la perte de chance de bénéficier d'un contrat à durée indéterminée ;

- elle a subi un préjudice moral s'élevant à la somme de 2 000 euros.

- ces décisions étant illégales, l'existence de ces créances n'est pas sérieusement contestable.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juin 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante algérienne, a bénéficié, d'un premier certificat de résidence algérien en qualité de " conjoint de français " valable du 12 décembre 2017 au 11 décembre 2018, renouvelé jusqu'au 21 juin 2021, le dernier en qualité de " salarié ". Le 24 mars 2021, elle sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le même fondement. Par un arrêté du 8 mars 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de faire droit à sa demande et l'a obligée à quitter le territoire. Cet arrêté a été retiré le 20 juin 2022 et la requérante s'est vue délivrer un certificat de résidence algérien valable du 29 juin 2022 au 28 juin 2023. Par lettre du 12 septembre 2022 réceptionnée le 20 septembre 2022, elle a adressé une demande indemnitaire préalable au préfet des Bouches-du-Rhône visant à obtenir réparation des préjudices subis en raison de l'illégalité fautive d'une part, du refus de délivrance de récépissés de sa demande de titre de séjour et d'autre part, de l'arrêté du 8 mars 2022. Mme A demande au tribunal le versement, par le préfet des Bouches-du-Rhône, d'une somme provisionnelle de 9 138,56 euros au titre de ses préjudices.

Sur la demande de provision :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ".

3. Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état.

En ce qui concerne le refus implicite de délivrer un récépissé de demande de titre de séjour à Mme A :

4. Aux termes de l'article R. 431-12 du même code : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise () ". Il résulte de ces dispositions qu'en dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer, et de délivrer le récépissé y afférent, que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet.

5. Il résulte de l'instruction qu'à la suite de sa demande enregistrée le 24 mars 2021, Mme A a bénéficié d'un récépissé de demande de titre de séjour valable jusqu'au 14 octobre 2021, puis d'un nouveau récépissé le 10 février 2022 valable jusqu'au 9 mai 2022. Il ne résulte pas de l'instruction que le dossier de Mme A était incomplet à la date où elle a déposé sa demande, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que la préfecture ait sollicité des pièces complémentaires en date du 15 avril 2021, du 5 juillet 2021 puis du 19 octobre 2021. Par suite, la préfecture des Bouches-du-Rhône était tenue de lui délivrer un récépissé de sa demande pendant la durée d'instruction de son dossier. Dans ces conditions, le préfet des Bouches-du-Rhône a commis une faute en ne délivrant pas à la requérante de récépissé de demande titre de séjour pour la période du 15 octobre 2021 au 9 février 2022, soit 3 mois et 25 jours.

En ce qui concerne de l'arrêté du 8 mars 2022 :

6. Aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes les professions et toutes les régions, renouvelable et portant la mention "salarié" ; cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française () ".

7. Il résulte de l'instruction que le préfet de Bouches-du-Rhône a refusé de renouveler le titre de séjour de Mme A au motif que cette dernière ne justifiait pas de l'existence d'un contrat de travail ou d'une promesse d'emploi dès lors qu'elle avait seulement produit un contrat à durée déterminée prenant fin le 21 juin 2021. Toutefois, la requérante a produit, le 13 novembre 2021, une attestation d'aide au retour à l'emploi justifiant une période d'indemnisation du 1er août au 20 septembre 2021 puis, le 18 novembre 2021, un contrat à durée déterminée conclu pour les périodes de juin et juillet 2021 et du 2 septembre au 14 octobre 2021. Dans ces conditions, le préfet des Bouches-du-Rhône n'était pas fondé à lui refuser le renouvellement de son titre de séjour pour ce motif. Il résulte d'ailleurs de l'instruction que par un arrêté du 20 juin 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône a retiré l'arrêté du 8 mars 2022 et a accordé à Mme A un certificat de résidence algérien " salarié ". L'illégalité de l'arrêté du 8 mars 2022 est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.

Sur le montant de la provision :

8. Le refus illégal de délivrer un titre de séjour à un ressortissant étranger qui en a fait la demande constitue une faute susceptible d'engager la responsabilité de l'Etat à son égard, pour autant qu'il en soit résulté pour lui un préjudice direct et certain.

9. Il résulte de l'instruction que la requérante, qui travaillait régulièrement pour la Ligue de l'enseignement depuis le 25 novembre 2019 en tant qu'animatrice périscolaire par le biais de contrats à durée déterminée à temps partiel, a bénéficié d'un contrat de travail du 2 septembre au 14 octobre 2021, moyennant un salaire brut mensuel de 584,46 euros pour 56,33 heures, lequel n'a pu être renouvelé du fait de l'absence de titre de séjour valide. Si Mme A était également titulaire d'un contrat à durée déterminée conclu du 6 janvier au 16 juin 2021 avec la ville de Marseille en qualité d'animatrice vacataire dans différents équipements de la mairie des 9ème et 10ème arrondissements, elle ne justifie toutefois pas du non renouvellement de ce contrat en raison de l'absence de titre de séjour valide. Elle n'établit donc pas que son salaire s'élevait à la somme mensuelle de 734, 08 euros. La requérante a ensuite bénéficié d'un nouveau contrat de travail conclu avec la Ligue de l'enseignement pour la période du 3 mars 2022 au 9 mai 2022, date de fin de validité de son récépissé. Ainsi qu'il a été dit, Mme A a été en possession d'un titre de séjour à compter du 29 juin 2022, de sorte que le préjudice direct et certain résultant de l'illégalité fautive de l'absence de délivrance de récépissé de demande titre de séjour ainsi que de l'arrêté du 8 mars 2022 couvre les périodes du 15 octobre 2021 au 9 février 2022 et du 10 mai au 29 juin 2022, soit 5 mois et 14 jours. En conséquence, il sera fait une juste appréciation du préjudice financier subi par Mme A, qui n'a pu bénéficier d'un revenu de remplacement sur cette période, en lui allouant la somme provisionnelle de 3 200 euros.

10. Mme A ne justifie pas de la perte de chance de bénéficier d'un contrat à durée indéterminée auprès de la Ligue de l'enseignement par la seule production de deux attestations de cet employeur, datées du 15 mars et du 26 juillet 2022, évoquant le projet de la positionner sur une formation BAFD pour devenir référente périscolaire ainsi que de l'embaucher sous réserve d'un titre de séjour valide à compter de septembre 2022. Par suite, la demande de provision à ce titre est sérieusement contestable et doit être rejetée.

11. Enfin, la requérante invoque la souffrance psychologique causée par le refus de lui délivrer un titre de séjour qui lui a été opposé et le délai d'instruction de sa demande. Il résulte toutefois de l'instruction que le délai de presque un an qui s'est écoulé entre sa demande et l'arrêté du 8 mars 2022 est pour partie dû au fait que l'intéressée a été sollicitée à plusieurs reprises par la préfecture entre avril et octobre 2021 pour produire des pièces complémentaires, ce qu'elle n'a fait qu'en novembre 2021. Si Mme A invoque également des difficultés financières, elle n'en justifie pas. Par suite, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par la requérante en raison de la situation dans laquelle elle a été placée pendant plusieurs mois en lui allouant une somme de 500 euros.

12. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'État à verser à Mme A une provision de 3 700 euros en réparation de ses préjudices.

Sur les frais d'instance :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros à Me Colas, avocate de la requérante, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme A la somme provisionnelle de 3 700 euros.

Article 2 : L'État versera la somme de 1 000 euros à Me Colas au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et à la préfecture des Bouches-du-Rhône

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

La juge des référés,

Signé

C. C

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P. La greffière en chef,

La greffière,

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