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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2306021

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2306021

jeudi 5 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2306021
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation6ème Chambre
Avocat requérantLEVY-DRUON

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la demande de Mme A... visant à obtenir la décharge de rappels de TVA pour la période 2019-2021. La juridiction a jugé que la requérante, dont l'activité de "centre de bien-être" était soumise à taxation d'office en l'absence de déclaration, n'avait pas rapporté la preuve du caractère exagéré de l'imposition, comme l'exigent les articles L. 193 et R. 193-1 du Livre des Procédures Fiscales. Le tribunal a également considéré que les conditions pour bénéficier de la franchise en base de TVA (article 293 B du Code Général des Impôts) n'étaient pas établies en l'espèce.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête et un mémoire enregistrés le 26 juin 2023 et le 21 février 2024, Mme B... A..., représentée par Me Levy-Druon, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier 2019 au 31 décembre 2021 ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 3 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Elle soutient qu’elle exerce une activité de fourniture d’hébergement et de repas diététiques, qui n’est pas soumise à taxe sur la valeur ajoutée lorsque le chiffre d’affaires annuel est inférieur à 85 800 euros, en application de l’article 293 B I 1° a du code général des impôts.


Par un mémoire en défense enregistré le 20 décembre 2023, la directrice régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d’Azur et du département des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.

Un mémoire enregistré le 16 juillet 2024, présenté par la directrice régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d’Azur et du département des Bouches-du-Rhône, qui conclut aux mêmes fins que celles de ses précédentes écritures et par les mêmes moyens, n’a pas été communiqué.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Brossier,
- et les conclusions de Mme Charpy, rapporteure publique.



Considérant ce qui suit :

1. Mme A... exerce à titre personnel une activité de « centre de bien être avec activités diététiques et relaxation sans massage », selon l’extrait K-bis correspondant à son entreprise. Elle a fait l’objet d’un contrôle sur pièces aux termes duquel l’administration fiscale lui a adressé le 20 juillet 2022 une proposition de rectification portant sur l’imposition de son activité à la taxe sur la valeur ajoutée pour la période du 1er janvier 2019 au 31 décembre 2021. Mme A... doit être regardée comme demandant au tribunal de la décharger des rappels de taxe sur la valeur ajoutée émis pour cette période.


Sur le bien-fondé de l’impôt :


En ce qui concerne la charge de la preuve :

2. Aux termes de l’article L. 66 du livre des procédures fiscales : « Sont taxés d'office : / (…) 3° aux taxes sur le chiffre d'affaires, les personnes qui n'ont pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'elles sont tenues de souscrire en leur qualité de redevables des taxes (…) ». Aux termes de l’article L. 193 du même livre : « Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ». Et aux termes de l’article R. 193-1 de ce livre : « Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré ».


3. Il résulte de l’instruction que l’administration a appliqué la procédure de taxation d’office aux rappels de taxe sur la valeur ajoutée pour la période du 1er janvier 2019 au 31 décembre 2021, en l’absence de déclaration souscrite pour cette période. Dans ces conditions, la charge de la preuve du caractère exagéré de l’imposition mise à sa charge incombe à la requérante.


En ce qui concerne l’application de la franchise en base de taxe sur la valeur ajoutée :

4. D’une part, aux termes de l’article 256 du code général des impôts : « I. - Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel (…) ». Aux termes de l’article 256 A du même code : « Sont assujetties à la taxe sur la valeur ajoutée les personnes qui effectuent de manière indépendante une des activités économiques mentionnées au cinquième alinéa, quels que soient le statut juridique de ces personnes, leur situation au regard des autres impôts et la forme ou la nature de leur intervention (…) ». Aux termes de son article 283 : « 1. La taxe sur la valeur ajoutée doit être acquittée par les personnes qui réalisent les opérations imposables (…) ». Aux termes de l’article 293-0 B du même code : « I.- Aux fins de la présente section : / 1° Est considéré comme un assujetti établi en France : / a) Tout assujetti dont le siège de l'activité économique est situé en France (…) ».


5. D’autre part, aux termes de l’article 293 B de ce code, dans sa version applicable jusqu’au 25 juillet 2020 : « I. – Pour leurs livraisons de biens et leurs prestations de services, les assujettis établis en France, à l'exclusion des redevables qui exercent une activité occulte au sens du deuxième alinéa de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales, bénéficient d'une franchise qui les dispense du paiement de la taxe sur la valeur ajoutée, lorsqu'ils n'ont pas réalisé : / 1° Un chiffre d'affaires supérieur à : / a) 82 800 € l'année civile précédente ; / b) Ou 91 000 € l'année civile précédente, lorsque le chiffre d'affaires de la pénultième année n'a pas excédé le montant mentionné au a ; / 2° Et un chiffre d'affaires afférent à des prestations de services, hors ventes à consommer sur place et prestations d'hébergement, supérieur à : / a) 33 200 € l'année civile précédente ; / b) Ou 35 200 € l'année civile précédente, lorsque la pénultième année il n'a pas excédé le montant mentionné au a. / II. – 1. Le I cesse de s'appliquer : / a) Aux assujettis dont le chiffre d'affaires de l'année en cours dépasse le montant mentionné au b du 1° du I ; / b) Ou à ceux dont le chiffre d'affaires de l'année en cours afférent à des prestations de services, hors ventes à consommer sur place et prestations d'hébergement, dépasse le montant mentionné au b du 2° du I. / 2. Les assujettis visés au 1 deviennent redevables de la taxe sur la valeur ajoutée pour les prestations de services et les livraisons de biens effectuées à compter du premier jour du mois au cours duquel ces chiffres d'affaires sont dépassés (…) ». En vertu de ce même article, dans sa version applicable du 25 juillet 2020 au 1er janvier 2022, les seuils fixés aux a) et b) du 1° du I sont respectivement portés à 85 800 euros et 94 300 euros, et ceux fixés aux a) et b) du 2° du I sont respectivement portés à 34 400 euros et 36 500 euros.


6. Il est constant que le revenu professionnel déclaré par Mme A... pour l’année civile 2018 est de 82 649 euros, celui déclaré pour l’année civile 2019 est de 81 530, celui pour l’année 2020 de 36 435 euros et celui pour l’année 2021 de 67 440 euros. Mme A... soutient qu’elle pouvait bénéficier du régime de franchise en base de taxe sur la valeur ajoutée, dès lors que son activité professionnelle est celle de ventes à consommer sur place et de prestations d’hébergement, et que le bénéfice de la franchise en base de taxe sur la valeur ajoutée lui avait été confirmé par un courriel du service du 26 août 2019.

7. En premier lieu, il résulte de l’instruction que par courrier du 22 août 2019, Mme A... a indiqué au service qu’elle exerçait une activité d’hébergement partagé ou individuel et des repas diététiques, lors de cures proposées à ses clients. L’administration, sur le fondement de ces informations délivrées par l’intéressée elle-même, a répondu par courriel du 26 août suivant que, compte tenu des chiffres d’affaires alors réalisés, Mme A... était dispensée de souscrire une déclaration de taxe sur la valeur ajoutée. Toutefois, lors du contrôle sur pièces de l’activité de Mme A..., le service a constaté que l’activité de Mme A... était déclarée sur l’extrait K-bis comme étant un « centre de bien être avec activités diététiques et relaxation sans massage », et qu’elle distinguait, ce qui n’est plus le cas désormais, le séjour de l’hébergement. Par ailleurs, l’administration a constaté que cette activité était exercée au « domaine de Genty », détenu par une société civile immobilière, elle même détenue par une société anonyme, sans que Mme A... ne figure comme exploitante de ce lieu d’hébergement, par ailleurs référencé comme un gîte, situé dans un parc de vingt hectares, avec piscine et terrasses panoramiques à proximité de la montagne Saint-Victoire.


8. En deuxième lieu, si Mme A... fait valoir qu’elle ne pratique plus la naturopathie, qu’elle fait appel à des prestataires extérieurs pour les activités proposées telles que la naturopathie, les randonnées, les conférences ou encore les ateliers, elle ne l’établit pas par ses seules déclarations, alors que la charge de la preuve lui incombe comme il a été dit au point 3. Ensuite, si Mme A... expose que son activité entre dans le champ d’application de la franchise en base de taxe sur la valeur ajoutée dès lors qu’elle consiste à héberger les personnes accueillies pour des séjours et assurer la vente de denrées à consommer sur place ou à emporter, toutefois, les repas consistant en des jeûnes « hydriques » ou cure de jus frais ne peuvent être regardés, combinés avec les stages de remise en forme, comme des prestations qui bénéficieraient de la franchise en base de taxe sur la valeur ajoutée à hauteur de 82 800 ou 85 800 euros, Mme A... devant être regardée, dans l’exercice de son activité, comme vendant des prestations globales.


9. En troisième lieu, Mme A... soutient que les prestations d’hébergement et de fourniture de repas diététiques étaient indissociables. Toutefois, il résulte de l’instruction qu’alors même que les participants aux stages étaient hébergés, l’hébergement n’était alors pas assuré par Mme A..., qui ne justifie ni des conditions dans lesquelles les stagiaires étaient hébergés, ni de ce qu’elle n’assurait pas les différents modules proposés pendant le stage.


10. En quatrième lieu, si Mme A... soutient que l’information délivrée par l’administration fiscale par courriel du 26 août 2019 l’a induite en erreur, il résulte de l’instruction que les informations qu’elle avait alors délivrées étaient partielles et n’ont pas permis au service de disposer d’un panorama complet de l’activité, et ainsi de délivrer une information fiable. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que l’administration se serait « contredite » doit être écarté.


11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A..., dont les chiffres d’affaires pour les années précédentes aux années en litige, 2019, 2020 et 2021 excèdent les seuils de 33 200 euros et 34 400 euros, n’est pas fondée à demander la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier 2019 au 31 décembre 2021.



Sur les intérêts et pénalités :

12. D’une part, aux termes de l’article 1728 du code général des impôts : « 1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : / a. 10 % en l'absence de mise en demeure ou en cas de dépôt de la déclaration ou de l'acte dans les trente jours suivant la réception d'une mise en demeure, notifiée par pli recommandé, d'avoir à le produire dans ce délai (…) ».


13. Mme A... ne conteste pas ne pas avoir souscrit de déclaration de taxe sur la valeur ajoutée pour la période en litige. Par suite, le moyen soulevé, tiré de ce que la pénalité prévue à l’article 1728 du code général des impôts n’aurait pas dû être appliquée, doit être écarté.


14. D’autre part, aux termes de l’article 1727 du même code : « I. – Toute créance de nature fiscale, dont l'établissement ou le recouvrement incombe aux administrations fiscales, qui n'a pas été acquittée dans le délai légal donne lieu au versement d'un intérêt de retard. A cet intérêt s'ajoutent, le cas échéant, les sanctions prévues au présent code (…) ».


15. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que le service était fondé à réclamer la taxe sur la valeur ajoutée non acquittée dans le délai légal. Par suite, le service était également fondé à solliciter le versement de l’intérêt de retard correspondant.


Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu’il soit fait droit aux conclusions de la requérante tendant à leur application et dirigées contre l’État, qui n’est pas partie perdante.






D E C I D E :







Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.


Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A... et à la directrice régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d’Azur et du département des Bouches-du-Rhône.


Délibéré après l'audience du 5 février 2026, à laquelle siégeaient :

M. Brossier, président,
Mme Arniaud, première conseillère,
Mme Pouliquen, conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 mars 2026.


L’assesseure la plus ancienne,
Signé
C. Arniaud
Le président,
Signé
J.B. Brossier


Le greffier,


Signé


P. Giraud


La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier.


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