vendredi 17 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2307030 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | JOURNAULT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 27 juillet 2023, 12 janvier 2024 et 8 février 2024, M. A B, représenté par Me Journault, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 13 juillet 2023, par laquelle la directrice générale du centre hospitalier (CH) Valvert a prononcé sa révocation à compter du 31 juillet 2023 ;
2°) d'enjoindre à la directrice générale du CH Valvert de procéder à sa réintégration effective avec reconstitution de ses droits et traitement dans le délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous peine d'astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du CH Valvert une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- cette décision est entachée d'un vice procédure dès lors que le président du conseil de discipline n'a pas informé l'autorité administrative ayant pouvoir disciplinaire qu'aucune des sanctions proposées n'avait retenu la majorité des voix ;
- elle a été prise postérieurement au délai de quatre mois de suspension des fonctions dont il a fait l'objet le 21 décembre 2022 ;
- elle est fondée sur des faits qui ne sont pas établis matériellement et qui ne sont pas fautifs ;
- la sanction prononcée à son encontre est disproportionnée compte-tenu notamment de l'altération de son discernement au moment des faits.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 décembre 2023 le CH Valvert, représenté par la SELARL Walgenwitz avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par lettre du 30 novembre 2023, les parties ont été informées en application de l'article R. 612-3 du code de justice administrative, de la période à laquelle il est envisagé d'appeler l'affaire à l'audience et indiquant la date à partir de laquelle l'instruction pourra être close dans les conditions prévues par le dernier alinéa de l'article R. 613-1 et le dernier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.
Une ordonnance portant clôture immédiate de l'instruction a été émise le 12 février 2024.
Un mémoire présenté pour le CH Valvert, a été enregistré le 15 février 2024, postérieurement à la clôture d'instruction et n'a pas été communiqué en application de l'article R. 612-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code pénal ;
- le code de procédure pénale ;
- le décret n° 89-822 du 7 novembre 1989 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de Mme C, magistrate rapporteure,
-les conclusions de Mme Lourtet, rapporteure publique,
- les observations de Me Journault pour M. B et celles de M. B,
- et les observations de Me Rougeyron pour le CH Valvert.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ouvrier principal de deuxième classe titularisé depuis 1998 exerçant ses fonctions au sein du CH Valvert au sein duquel il travaillait depuis 1997, a fait l'objet le 13 juillet 2023 d'un arrêté de la directrice de cet établissement prononçant à son encontre la sanction de la révocation et sa radiation des cadres à compter du 31 juillet 2023.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 9 du décret du 7 novembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux agents de la fonction publique hospitalière : " Si aucune des propositions soumises au conseil de discipline n'obtient l'accord de la majorité des membres présents, son président en informe l'autorité ayant pouvoir disciplinaire. () ".
3. Il ressort des pièces du dossier que l'avis émis par le conseil de discipline lors que sa séance du 2 juin 2023, au terme de laquelle aucune des sanctions soumises au vote n'a obtenu la majorité des membres présents, a été communiqué par sa présidente oralement tant à M. B qu'au CH Valvert représenté par le directeur des ressources humaines de l'établissement lequel a reçu par courriel le 20 juin suivant l'intégralité du procès-verbal de la séance. Il suit de là que le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté comme manquant en fait.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 531-1 du code général de la fonction publique : " Le fonctionnaire, auteur d'une faute grave, qu'il s'agisse d'un manquement à ses obligations professionnelles ou d'une infraction de droit commun, peut être suspendu par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire qui saisit, sans délai, le conseil de discipline. () Sa situation doit être définitivement réglée dans le délai de quatre mois. ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 531-2 du code général de la fonction publique : " Si, à l'expiration du délai mentionné à l'article L. 531-1, aucune décision n'a été prise par l'autorité ayant le pouvoir disciplinaire, le fonctionnaire qui ne fait pas l'objet de poursuites pénales est rétabli dans ses fonctions. Le fonctionnaire qui fait l'objet de poursuites pénales est également rétabli dans ses fonctions à l'expiration du même délai sauf si les mesures décidées par l'autorité judiciaire ou l'intérêt du service y font obstacle. ".
5. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 531-1 du code général de la fonction publique que le fonctionnaire qui fait l'objet d'une mesure de suspension est maintenu en position d'activité, a droit en cette qualité à des congés de maladie ou de longue maladie en cas de maladie dûment constatée le mettant dans l'impossibilité d'exercer les fonctions qu'il exercerait s'il n'était pas suspendu et bénéficie du régime de rémunération afférent à ces congés. En plaçant ce fonctionnaire en congé de maladie ou de longue maladie, l'autorité compétente met nécessairement fin, même implicitement, à la mesure de suspension, sans préjudice de la possibilité pour elle de décider de prendre une nouvelle mesure de suspension à l'issue du congé si les conditions prévues à l'article L. 531-1 du code général de la fonction publique demeurent remplies.
6. En l'espèce, M. B a été initialement suspendu dès le 21 décembre 2022 jusqu'au 21 avril 2023, soit pour une durée de quatre mois. Toutefois, le requérant, qui était en arrêt de travail jusqu'au 3 janvier 2023, a été à nouveau placé en arrêt de travail le 22 décembre 2022 jusqu'au 30 janvier 2023, arrêt prolongé jusqu'au 3 avril suivant. A la fin de son arrêt maladie, par une décision modificative de suspension du 7 avril 2023, la directrice du CH Valvert a suspendu M. B du 3 avril au 2 août 2023. Il suit de la que la sanction de révocation en litige, prise le 13 juillet 2023, est intervenue dans le délai de quatre mois de la suspension. Le moyen tiré de la méconnaissance du délai prescrit par l'article L. 531-1 du code général de la fonction publique doit par suite être écarté en ce qu'il manque en fait.
7. En troisième et dernier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 533-1 du code général de la fonction publique : " Les sanctions disciplinaires pouvant être infligées aux fonctionnaires sont réparties en quatre groupes : () 4° Quatrième groupe : () b) La révocation. ".
8. Le juge de l'excès de pouvoir exerce un contrôle normal sur les questions de savoir si les faits reprochés à un agent public constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
9. Pour prononcer la sanction disciplinaire de révocation avec radiation des cadres à compter du 31 juillet 2023 à l'encontre du requérant, la directrice du CH Valvert a retenu d'une part que M. B avait le 21 décembre 2022, sur le lieu de travail et devant témoins, commis une agression en se présentant cagoulé et armé d'une matraque, avec violences physiques et menaces de mort, alors qu'il était en congé depuis le 19 décembre 2022, sur son supérieur hiérarchique direct, ayant entraîné pour ce dernier une fracture des os propres du nez et du coude avec une incapacité temporaire totale de quinze jours, et d'autre part, l'existence d'un comportement global d'intimidation, de menaces et d'insultes envers les membres de son service, notamment au cours du mois de janvier 2023, alors que l'intéressé se trouvait de nouveau en congé de maladie.
10. Il ressort des pièces du dossier que M. B a admis, tant devant le conseil de discipline lors de sa séance du 2 juin 2023 que dans le cadre de la procédure de reconnaissance préalable de culpabilité qui a donné lieu à l'ordonnance d'homologation du 5 septembre 2023, être entré le 21 décembre 2022 alors qu'il était en congé maladie dans les locaux de l'établissement hospitalier muni d'une cagoule et en possession d'une matraque et avoir plaqué au sol son supérieur hiérarchique lui causant une fracture des os du nez et du coude. Ainsi, la matérialité de ces faits retenus à sa charge qui sont fautifs est établie.
11. Toutefois, M. B, qui présente depuis 2017 des antécédents médicaux pour des pathologies physiques, à l'origine d'un placement en temps partiel thérapeutique, produit, en particulier, un certificat du médecin psychiatre qui le suit, établi le 24 juillet 2023 et attestant de ce qu'il a présenté à cette date du 21 décembre 2022 un état clinique marqué par des troubles du comportement et un état délirant sur un mécanisme interprétatif, et sur un mode persécutif, pouvant relever d'une altération du discernement, qualifiée d' " assez marquée " par ce médecin, ainsi qu'un second certificat médical, établi par le même praticien antérieurement, le 10 juillet 2023, relevant que son état de santé avait nécessité une hospitalisation en secteur spécialisé psychiatrique pour cinq semaines à compter du 4 janvier 2023, suivie d'une prise en charge en hôpital de jours encore en cours à la date de l'établissement de ce certificat, et qu'au cours de sa période d'hospitalisation complète, il avait présenté des éléments délirants de type interprétatif ayant pu faciliter la production de messages sous la forme de menaces hétéroagressives par courriels à sa direction. Si le CH Valvert ne peut utilement invoquer la circonstance que le requérant ne s'est pas prévalu devant le juge judiciaire dans le cadre de la procédure de reconnaissance préalable de culpabilité d'une altération de son discernement, il produit un procès-verbal de police établi le 9 mars 2023 et restituant les conclusions du certificat médical établi le même jour par un médecin psychiatre de l'hôpital de la Conception, à Marseille, à la suite d'une évaluation psychologique de M. B, alors en garde à vue, indiquant notamment qu'il est accessible à une sanction pénale et que, dans l'hypothèse d'une culpabilité, il n'y a pas d'altération ni d'abolition de son discernement ou de contrôle de ses actes. Dès lors, les pièces produites par les parties, et notamment les certificats médicaux précités, apparaissent contradictoires sur l'existence d'un état d'altération du discernement de l'intéressé et sur son degré d'importance à la date du 21 décembre 2022 et dans les semaines qui ont suivies, ne permettent pas au tribunal de se prononcer de manière éclairée sur le caractère ou non disproportionné de la sanction de révocation dont M. B a fait l'objet.
12. Dès lors, il y a lieu d'ordonner avant dire droit une expertise aux fins précisées dans le dispositif du présent jugement et de réserver, jusqu'en fin d'instance, les droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement.
D E C I D E :
Article 1er : Il sera, avant de statuer sur la requête présentée par M. B, procédé à une expertise confiée à un médecin expert spécialisé en psychiatrie.
Article 2 : Cet expert sera désigné par le président du tribunal et aura pour mission, après avoir pris connaissance de l'ensemble des pièces du dossier :
1°) de se faire communiquer l'entier dossier médical de M. B et les différents rapports et documents établis dans le cadre de son suivi psychiatrique antérieur et postérieur à, l'altercation du 21 décembre 2022 dont M. B est à l'origine ainsi que ceux établis dans le cadre de la procédure pénale dont il a fait l'objet, et notamment à l'occasion de son placement en garde à vue en mars 2023 ;
2°) de prendre connaissance de ce dossier et de ces documents et de procéder à l'examen psychiatrique de M. B ;
3°) de se prononcer d'une part, sur l'existence ou non d'une altération du discernement de M. B le 21 décembre 2022, ainsi que sur le degré d'importance de cette altération du discernement si elle est établie et sur le degré de conscience et de contrôle que l'intéressé pouvait avoir de ses actes ce jour-là et dans les jours et mois qui ont suivis ;
4°) enfin, de joindre à son rapport la copie de toutes publications et de tous documents utiles à la compréhension de l'état de santé de M. B.
Article 3 : Ce médecin expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-1 à R. 621-14 du code de justice administrative.
Article 4 : L'expert déposera deux exemplaires de son rapport au greffe et notifiera un exemplaire à chacune des parties en cause, conformément aux dispositions de l'article R. 612-9 du code de justice administrative, dans un délai de six mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 5 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au centre hospitalier Valvert.
Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Frédérique Simon, présidente,
M. Alexandre Derollepot, premier conseiller,
Mme Ludivine Journoud, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2024.
La rapporteure,
signé
L. C
La présidente,
signé
F. Simon
La greffière,
signé
R. Berkat
La République mande et ordonne au directeur général de l'agence régionale de santé Provence-Alpes-Côte d'Azur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026