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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2307087

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2307087

jeudi 11 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2307087
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation5e Ch Magistrat statuant seul
Avocat requérantSCP GOBERT & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 26 juillet 2023 et 12 février 2024, le Grand port maritime de Marseille (GPMM), représenté par Me Morabito, défère au tribunal, en tant que prévenue d'une contravention de grande voirie, la société Entreprise Nationale de Transport Maritime de Voyageurs (ENTMV), et demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner ladite société, en sa qualité de propriétaire du navire " EL DJAZAÏR II ", au versement du montant des frais de remise en état des installations portuaires endommagées le 5 mai 2023 par ce navire lors de son appareillage du poste 86, montant arrêté à la somme totale de 8 334,96 euros ;

2°) de mettre à la charge de la contrevenante la somme de 1 175,52 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, correspondant aux frais de justice engagés par le GPMM, pour un montant de 1 116,50 euros, ainsi qu'au titre des frais de signification du jugement à intervenir par voie d'huissier de justice, pour un montant de 59,02 euros.

Il soutient que :

- le 5 mai 2023, le navire " EL DJAZAÏR II ", battant pavillon algérien, appartenant à la société ENTMV, a endommagé sous la surface de l'eau avec son bulbe, au cours de son appareillage du poste 86, le quai situé entre les postes 86 et 93 ; l'impact se situant entre les deux bollards ;

- la société ENTMV, propriétaire du navire, commandé par M. A B, est à l'origine de l'accident ayant endommagé l'ouvrage public et constituant une contravention de grande voirie ;

- ces faits ont été reconnus par le commandant du navire et consignés, le 5 mai 2023 à 13h40, dans un procès-verbal de contravention de grande voirie établi par l'officier de port adjoint au Grand Port Maritime de Marseille, assermenté conformément à la loi ;

- par un courrier recommandé du 22 mai 2023, il a procédé à une notification du procès-verbal de contravention de grande voirie à l'endroit de la société ENTMV ; ce courrier a été doublé par un courriel du 23 mai 2023 ;

- à ce jour, ainsi que notifié à la contrevenante par un courrier de réclamation définitive du 18 décembre 2023, il est en mesure de présenter sa réclamation définitive au titre des frais de remise en état du domaine public, selon justificatifs à fournir, soit la somme totale de 8 334,96 euros HT ;

- à la suite de la notification du procès-verbal de grande voirie du 5 mai 2023, la contrevenante n'a émis aucune observation et n'a pris aucune mesure pour faire cesser l'atteinte au domaine public.

La procédure a été communiquée à la société ENTMV, qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu :

- le procès-verbal de contravention de grande voirie dressé le 20 janvier 2023 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code pénal ;

- le code de procédure pénale ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code des transports ;

- le code de justice administrative, notamment son article L. 774-1.

Le président du tribunal a désigné Mme Ollivaux en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative pour statuer sur les litiges relevant de cet article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ollivaux,

- les conclusions de M. Boidé, rapporteur public,

- et les observations de Me Olmier pour le Grand port maritime de Marseille.

Considérant ce qui suit :

1. Le 5 mai 2023, un procès-verbal de contravention de grande voirie a été dressé par l'officier de port adjoint au Grand port maritime de Marseille, constatant l'endommagement sous la surface de l'eau, par le bulbe du navire " EL DJAZAÏR II " et au cours de son appareillage au poste 86, du quai situé entre les postes 86 et 93, l'impact se situant entre les deux bollards. Par un courrier recommandé du 22 mai 2023 et un courriel du 23 mai 2023, le GPMM a notifié à la société ENTMV le procès-verbal du 5 mai 2023 précité.

Sur l'atteinte au domaine public :

2. Aux termes de l'article L. 2132-2 du code général de la propriété des personnes publiques : " Les contraventions de grande voirie sont instituées par la loi ou par décret, selon le montant de l'amende encourue, en vue de la répression des manquements aux textes qui ont pour objet, pour les dépendances du domaine public n'appartenant pas à la voirie routière, la protection soit de l'intégrité ou de l'utilisation de ce domaine public, soit d'une servitude administrative mentionnée à l'article L. 2131-1. ". Aux termes de l'article L. 5335-2 du code des transports : " Il est interdit de porter atteinte au bon état () du port et de ses installations () ". Aux termes de l'article L. 5337-1 du même code : " Sans préjudice des sanctions pénales encourues, tout manquement aux dispositions du chapitre V du présent titre, à celles du présent chapitre et aux dispositions réglementant l'utilisation du domaine public, notamment celles relatives aux occupations sans titre, constitue une contravention de grande voirie réprimée dans les conditions prévues par les dispositions du présent chapitre ".

3. Lorsque le juge administratif est saisi d'un procès-verbal de contravention de grande voirie, il ne peut légalement décharger le contrevenant de l'obligation de réparer les atteintes portées au domaine public qu'au cas où le contrevenant produit des éléments de nature à établir que le dommage est imputable, de façon exclusive, à un cas de force majeure ou à un fait de l'administration assimilable à un cas de force majeure. L'auteur d'une contravention de grande voirie doit être condamné à rembourser au gestionnaire du domaine public le montant des frais exposés ou à exposer par celui-ci pour les besoins de la remise en état de l'ouvrage endommagé. Il n'est fondé à demander la réduction des frais mis à sa charge que dans le cas où le montant des dépenses engagées en vue de réparer les conséquences de la contravention présente un caractère anormal.

4. Il résulte de l'instruction, et notamment du procès-verbal dressé le 5 mai 2023 par l'officier de port adjoint au GPMM, que le navire " EL DJAZAÏR II ", appartenant à la société ENTMV, a endommagé le soubassement du quai situé entre les postes 86 et 93. La société ENTMV, qui n'a pas produit d'observations en défense, n'allègue pas, ni n'établit, que ce dommage serait imputable à un cas de force majeure ou à un fait de l'administration assimilable à un cas de force majeure. Dans ces conditions, et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que l'état des installations auraient constitué un fait ayant mis la société contrevenante dans l'impossibilité de prendre les mesures de nature à éviter tout dommage aux équipements portuaires, les faits précédemment évoqués, dont la matérialité n'est pas contestée, contreviennent aux dispositions ci-dessus reproduites et doivent être regardés comme constituant une contravention de grande voirie dont la société ENTMV ne saurait être exonérée.

Sur la réparation :

5. Il résulte des dernières pièces produites par le GPMM, et notamment des factures versées à la procédure et accompagnées des certificats administratifs attestant des paiements correspondants, que le GPMM a acquitté au titre des frais de remise en état des installations endommagées une somme totale de 8 334,46 euros, correspondant d'une part aux travaux de réparation sous-marine pour un montant de 7 633,19 euros, auquel s'ajoute une révision de prix de 30,53 euros, et d'autre part à une inspection sous-marine et d'évaluation des dégâts causés par le navire, pour un montant de 592 euros, auquel s'ajoute une révision de prix de 78,74 euros. Par suite, et alors que la contrevenante, qui n'a pas défendu, doit nécessairement être regardée comme n'établissant pas le caractère excessif ou anormal du montant des sommes réclamées, il y a lieu de condamner la société ENTMV à payer au GPMM la somme précitée de 8 334,46 euros correspondant à la remise en état du domaine public portuaire.

Sur l'action publique :

6. Lorsqu'il retient la qualification de contravention de grande voirie s'agissant des faits qui lui sont soumis, le juge est tenu d'infliger une amende au contrevenant. Alors même que les dispositions précitées ne prévoient pas de modulation des amendes, le juge, qui est le seul à les prononcer, peut toutefois, dans le cadre de ce contentieux répressif, moduler leur montant dans la limite du plafond prévu par la loi et du plancher que constitue le montant de la sanction directement inférieure, pour tenir compte de la gravité de la faute commise, laquelle est appréciée au regard de la nature du manquement et de ses conséquences.

7. Aux termes de l'article L. 2132-26 du code général de la propriété des personnes publiques : " Sous réserve des textes spéciaux édictant des amendes d'un montant plus élevé, l'amende prononcée pour les contraventions de grande voirie ne peut excéder le montant prévu par le 5° de l'article 131-13 du code pénal. /Dans tous les textes qui prévoient des peines d'amendes d'un montant inférieur ou ne fixent pas le montant de ces peines, le montant maximum des amendes encourues est celui prévu par le 5° de l'article 131-13. /Dans tous les textes qui ne prévoient pas d'amende, il est institué une peine d'amende dont le montant maximum est celui prévu par le 5° de l'article 131-13 ". Aux termes de l'article 131-13 du code pénal : " Constituent des contraventions les infractions que la loi punit d'une amende n'excédant pas 3000 euros. Le montant de l'amende est le suivant : () 5° 1 500 euros au plus pour les contraventions de la 5e classe () ".

8. Eu égard à la matérialité et à la nature de l'infraction susvisée, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et en application des dispositions précitées, de condamner la société ENTMV à une amende de 1 500 euros au titre de l'infraction commise.

Sur les frais liés au litige :

9. D'une part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société ENTMV une somme de 1 000 euros au titre des frais d'instance, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

10. D'autre part, le GPMM demande la somme de 59,02 euros au titre des frais de commissaire de justice qui seront exposés pour notifier le présent jugement. Toutefois, l'article L. 774-6 du code de justice administrative prévoit la notification du jugement dans la forme administrative, et le requérant n'apporte aucun élément sur la nécessité de recourir, afin d'accomplir une telle formalité, à la signification par commissaire de justice. Par suite, les conclusions à ce titre doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La société ENTMV est condamnée à payer une amende de 1 500 (mille cinq cents) euros.

Article 2 : La société ENTMV est condamnée à verser au Grand port maritime de Marseille la somme de 8 334,46 euros (huit mille trois cent trente-quatre et quarante-six centimes) euros correspondant aux frais de remise en état du domaine public portuaire.

Article 3 : La société ENTMV versera au Grand port maritime de Marseille la somme de 1 000 (mille) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera adressé au Grand port maritime de Marseille pour notification à la société ENTMV, dans les conditions prévues à l'article L. 774-6 du code de justice administrative.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.

La magistrate désignée,

signé

J. Ollivaux

Le greffier,

signé

P. Giraud

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier,

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