jeudi 11 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2307216 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 5e Ch Magistrat statuant seul |
| Avocat requérant | SCP GOBERT & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 1er août 2023 et 20 décembre 2023, le Grand port maritime de Marseille (GPMM), représenté par Me Morabito, défère au tribunal, en tant que prévenue d'une contravention de grande voirie, l'association Emmaüs France et conclut, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à ce que le tribunal prenne acte de ce que l'association Emmaüs France et son assureur ont offert, par courrier du 25 septembre 2023, de régler la somme de 8 599,15 euros TTC correspondant aux frais définitifs que le GPMM a engagé pour la remise en état du domaine public endommagé ;
2°) à ce que le tribunal mette à la charge de la contrevenante et de son assureur la somme de 1 413,58 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Il soutient que :
- le 29 mai 2023 à 9h26, M. B A, conducteur d'un fourgon appartenant à l'association Emmaüs, a heurté et endommagé un panneau sur un gabarit de hauteur au niveau de l'un des accès routiers de la porte 4 de l'enceinte portuaire, et fait basculer le châssis entier ;
- un constat contradictoire a été dressé le 29 mai 2023, dans lequel M. A reconnaît les faits ;
- en conséquence, un procès-verbal de constat de contravention de grande voirie a été dressé le 31 mai 2023 à 11 heures et notifié par courrier recommandé du 15 juin suivant ;
- ces faits constituent une contravention de grande voirie en application de l'article L. 5335-2 du code des transports ;
- par un courriel du 20 juin 2023, il a informé des poursuites l'assureur de la contrevenante et lui a communiqué un chiffrage estimatif des travaux ;
- par un courrier du 10 octobre 2023, il avait informé Emmaüs de l'état définitif des frais de remise en état du domaine public, pour un montant total de 7 165,96 euros HT, soit 8 599,15 euros TTC, montant qui a fait l'objet d'une offre de règlement amiable par l'association Emmaüs et son assureur du 25 septembre 2023 ;
- le règlement amiable n'est pas encore intervenu ;
- les frais d'instance justifiés s'élèvent à 1 339,80 euros, somme à laquelle doivent s'ajouter les frais de signification du jugement à intervenir, pour 73,78 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 décembre 2023, l'association Emmaüs France et la MAIF, son assureur, représentés par Me Pontier, demandent au tribunal :
1°) de prendre acte de la proposition de règlement amiable de la somme de 8 599,15 euros TTC correspondant aux frais de remise en état du domaine public portuaire ;
2°) de rejeter les demandes présentées par le GPMM au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) de mettre à la charge du GPMM la somme de 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- le chauffeur du fourgon appartenant à l'association a reconnu les faits et la créance n'est pas contestée ;
- les poursuites du GPMM sont prématurées et abusives ;
- bien qu'elle ne conteste pas sa responsabilité, ni le quantum des réparations, les faits reprochés pourraient être considérés comme relevant de la voirie routière ;
- par un courriel du conseil de l'association Emmaüs adressé au conseil du GPMM, le règlement amiable des frais de remise en état du domaine public portuaire a été proposé ;
- les frais irrépétibles demandés ne sont pas justifiés et les frais sollicités pour la signification du jugement à intervenir correspondent à des dépens ; les jugements des tribunaux administratifs sont notifiés par le greffe et n'ont pas besoin d'être signifiés.
Vu :
- le procès-verbal de contravention de grande voirie dressé le 20 janvier 2023 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code pénal ;
- le code de procédure pénale ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code des transports ;
- le code de justice administrative, notamment son article L. 774-1.
Le président du tribunal a désigné Mme Ollivaux en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative pour statuer sur les litiges relevant de cet article.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Ollivaux,
- les conclusions de M. Boidé, rapporteur public,
- et les observations de Me Olmier pour le Grand port maritime de Marseille, ainsi que celles de Me Durand pour la MAIF et Emmaüs.
Une note en délibéré présentée par le GPMM, a été enregistrée le 3 avril 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Le 31 mai 2023, un procès-verbal de contravention de grande voirie a été dressé par l'officier de port adjoint au Grand port maritime de Marseille, constatant l'endommagement d'un panneau sur un gabarit de hauteur au niveau de l'un des accès routiers de la porte 4 de l'enceinte portuaire. Par un courrier recommandé du 15 juin 2023, le GPMM a notifié à l'association Emmaüs le procès-verbal du 31 mai 2023 précité.
Sur l'atteinte au domaine public :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 2132-2 du code général de la propriété des personnes publiques : " Les contraventions de grande voirie sont instituées par la loi ou par décret, selon le montant de l'amende encourue, en vue de la répression des manquements aux textes qui ont pour objet, pour les dépendances du domaine public n'appartenant pas à la voirie routière, la protection soit de l'intégrité ou de l'utilisation de ce domaine public, soit d'une servitude administrative mentionnée à l'article L. 2131-1. ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 5335-2 du code des transports : " Il est interdit de porter atteinte au bon état () du port et de ses installations () ". Et aux termes de l'article L. 5337-1 du même code : " Sans préjudice des sanctions pénales encourues, tout manquement aux dispositions du chapitre V du présent titre, à celles du présent chapitre et aux dispositions réglementant l'utilisation du domaine public, notamment celles relatives aux occupations sans titre, constitue une contravention de grande voirie réprimée dans les conditions prévues par les dispositions du présent chapitre () ". Aux termes de l'article L. 5337-3 de ce code : " Lorsqu'ils constatent une contravention en matière de grande voirie, les officiers de port, officiers de port adjoints, surveillants de port et auxiliaires de surveillance sont habilités à relever, dans les conditions définies par l'article L. 5336-7, l'identité de l'auteur de la contravention ".
4. Lorsque le juge administratif est saisi d'un procès-verbal de contravention de grande voirie, il ne peut légalement décharger le contrevenant de l'obligation de réparer les atteintes portées au domaine public qu'au cas où le contrevenant produit des éléments de nature à établir que le dommage est imputable, de façon exclusive, à un cas de force majeure ou à un fait de l'administration assimilable à un cas de force majeure.
5. D'une part, il résulte de l'instruction, et notamment du procès-verbal dressé le 31 mai 2023, non contesté, qu'un fourgon appartenant à l'association Emmaüs a heurté et endommagé un panneau sur un gabarit de hauteur au niveau de l'un des accès routiers de la porte 4 de l'enceinte portuaire du GPMM. Alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que l'état des installations aurait constitué un fait ayant mis la contrevenante dans l'impossibilité de prendre les mesures de nature à éviter tout dommage aux installations portuaires, ces faits contreviennent aux dispositions ci-dessus reproduites et constituent une contravention de grande voirie.
6. D'autre part, il est constant que l'association Emmaüs et son assureur ont donné leur accord au paiement de la somme de 8 599,15 euros réclamée par le GPMM au titre des frais de remise en état de l'ouvrage public endommagé. Cet engagement, confirmé par un courriel du conseil de l'association mise en cause du 25 septembre 2023, n'est pas contesté et l'association Emmaüs n'est pas davantage contredite lorsqu'elle affirme, lors de l'audience devant le tribunal, qu'elle n'a pu effectuer le paiement en cause faute pour le GPMM de lui transmettre les coordonnées bancaires nécessaires pour ce faire. En tout état de cause, s'il demande au tribunal de prendre acte de l'engagement évoqué du 25 septembre 2023, il résulte des dernières écritures du GPMM qu'il a abandonné ses conclusions initiales relatives à la somme évoquée de 8 599,15 euros.
Sur l'action publique :
7. Aux termes de l'article L. 2132-26 du code général de la propriété des personnes publiques : " Sous réserve des textes spéciaux édictant des amendes d'un montant plus élevé, l'amende prononcée pour les contraventions de grande voirie ne peut excéder le montant prévu par le 5° de l'article 131-13 du code pénal. /Dans tous les textes qui prévoient des peines d'amendes d'un montant inférieur ou ne fixent pas le montant de ces peines, le montant maximum des amendes encourues est celui prévu par le 5° de l'article 131-13. /Dans tous les textes qui ne prévoient pas d'amende, il est institué une peine d'amende dont le montant maximum est celui prévu par le 5° de l'article 131-13 ". Aux termes de l'article 131-13 du code pénal : " Constituent des contraventions les infractions que la loi punit d'une amende n'excédant pas 3000 euros. Le montant de l'amende est le suivant : () 5° 1 500 euros au plus pour les contraventions de la 5e classe () ".
8. Eu égard à la matérialité et à la nature de l'infraction susvisée, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et en application des dispositions précitées, de condamner la société Emmaüs à une amende de 100 euros au titre de l'infraction commise.
Sur les frais liés au litige :
9. D'une part, aux termes de l'article L. 774-2 du code de justice administrative : " Dans les dix jours qui suivent la rédaction d'un procès-verbal de contravention, le préfet fait faire au contrevenant notification de la copie du procès-verbal. / Pour les contraventions de grande voirie mentionnées au chapitre VII du titre III du livre III de la cinquième partie dudit code, les autorités mentionnées aux articles L. 5337-3-1 et L. 5337-3-2 du même code sont compétentes concurremment avec le représentant de l'Etat dans le département ". Aux termes de l'article L. 774-6 de ce code : " Le jugement est notifié aux parties, à leur domicile réel, dans la forme administrative par les soins des autorités mentionnées à l'article L. 774-2, sans préjudice du droit de la partie de le faire signifier par acte d'huissier de justice ". Il résulte de ces dispositions qu'il incombe au président du directoire du Grand Port Maritime de Marseille qui intervient en lieu et place du préfet pour la répression des atteintes à l'intégrité et à la conservation du domaine public qui lui est confié en application de l'article L. 5337-3-2 du code des transports, de procéder à la notification du contrevenant du procès-verbal de contravention ainsi que du jugement rendu en matière de contravention de grande voirie.
10. D'autre part, aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
11. Le GPMM demande la somme de 1 339,80 euros au titre des frais d'instance, ainsi qu'une somme de 73,78 euros au titre des frais de commissaire de justice qui seront exposés pour notifier le jugement. L'article L. 774-6 du code de justice administrative prévoyant la notification du présent jugement dans la forme administrative, et le GPMM n'apportant aucun élément sur la nécessité de recourir, afin d'accomplir une telle formalité, à la signification par commissaire de justice, les conclusions à ce titre doivent être rejetées. Par ailleurs, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'association Emmaüs la somme que le GPMM demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Enfin, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du GPMM, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme qu'Emmaüs demande sur le fondement de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : L'association Emmaüs France est condamnée à payer une amende de 100 (cent) euros.
Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera adressé au Grand port maritime de Marseille pour notification à l'association Emmaüs, dans les conditions prévues à l'article L. 774-6 du code de justice administrative.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.
La magistrate désignée,
signé
J. Ollivaux
Le greffier,
signé
P. Giraud
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026