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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2307642

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2307642

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2307642
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation5ème Chambre
Avocat requérantLAGIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 août 2023, l'association Ligue de protection des oiseaux, délégation Provence-Alpes-Côte d'Azur et la société alpine de protection de la nature - France Nature Environnement Hautes-Alpes, représentées par Me Victoria, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 juin 2023 du préfet des Hautes-Alpes portant campagne d'ouverture et de clôture de la chasse pour la saison 2023/2024, en tant qu'il concerne l'espèce tétras-lyre (lyrurus tetrix) pour la saison de chasse 2023/2024 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que l'arrêté en litige méconnaît les dispositions combinées de la directive " oiseaux " du 30 novembre 2009 et les articles L. 420-1 et R. 424-1 du code de l'environnement, pris pour leur transposition, en autorisant la chasse du tétras-lyre.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 mars 2024, la fédération départementale des chasseurs des Hautes-Alpes, représentée par Me Lagier, conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge des associations Ligue de protection des oiseaux, délégation Provence-Alpes-Côte d'Azur et de la société alpine de protection de la nature - France Nature Environnement Hautes-Alpes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable, d'une part, en tant qu'elle est tardive, d'autre part faute d'avoir préalablement exercé des recours contre les actes autorisant le principe de la chasse des espèces en litige, antérieurs à l'arrêté contesté, et enfin en tant qu'elle est dirigée contre un arrêté qui n'a pas pour objet d'autoriser un nombre maximal d'oiseaux à prélever, mais simplement de rappeler les dates d'ouverture et de fermeture de la chasse dans le département ;

- à titre subsidiaire, les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 juillet 2024, le préfet des Hautes-Alpes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 2 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ollivaux,

- les conclusions de M. Boidé, rapporteur public,

- et les observations de Me Victoria pour l'association Ligue de protection des oiseaux, délégation Provence-Alpes-Côte d'Azur et la société alpine de protection de la nature - France Nature Environnement Hautes-Alpes, ainsi que celles de M. A pour la préfecture des Hautes-Alpes.

Une note en délibéré à été enregistrée le 13 septembre 2024 pour la Ligue de protection des oiseaux délégation Provence Alpes Côte d'Azur et la Société alpine de protection de la nature -France nature environnement Hautes-Alpes, qui n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 9 juin 2023, le préfet des Hautes-Alpes a autorisé l'ouverture de la chasse pour la campagne 2023/2024 dans le département des Hautes-Alpes. Les associations Ligue de protection des oiseaux - délégation Provence-Alpes-Côte d'Azur (LPO Provence-Alpes-Côte d'Azur) et société alpine de protection de la nature - France Nature Environnement Hautes-Alpes (SAPN -FNE 05) demandent au tribunal d'annuler cet arrêté, en ses dispositions relatives à l'espèce tétras-lyre.

Sur la recevabilité :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () ". Sauf texte contraire, les délais de recours devant les juridictions administratives sont, en principe, des délais francs, leur premier jour étant le lendemain du jour de leur déclenchement et leur dernier jour étant le lendemain du jour de leur échéance, et les recours doivent être enregistrés au greffe de la juridiction avant l'expiration du délai.

3. Le présent recours contre l'arrêté attaqué, daté du 9 juin 2023, et publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 12 juin suivant, a été enregistré au greffe du tribunal administratif le 14 août 2023. Dès lors, en application de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, le délai de recours contentieux a commencé à courir le 13 juin 2023 et a expiré le 14 août 2023, soit le lendemain du jour d'échéance. Par suite, la fin de non-recevoir opposée à ce titre par la fédération départementale des chasseurs des Hautes-Alpes doit être écartée.

4. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient la fédération départementale des chasseurs des Hautes-Alpes, la circonstance que les associations requérantes n'auraient pas contesté l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 8 novembre 2022 fixant le schéma départemental de gestion cynégétique 2022/2028 et l'arrêté-cadre du 20 avril 2023 fixant le schéma départemental de gestion cynégétique 2023/2024 pour les galliformes de montagne, qui fixent un cadre prospectif, ne faisait pas obstacle à ce qu'elles contestent l'arrêté en litige décidant des dates d'ouverture et de clôture de la chasse, qui rend effectif ces schémas prévisionnels, notamment pour l'espèce tétras-lyre. La fin de non-recevoir opposée à ce titre doit donc être écartée.

5. En dernier lieu, un arrêté fixant les dates d'ouverture et de clôture d'une campagne de chasse n'est pas un acte indivisible de l'arrêté fixant les prélèvements maximaux des espèces concernées. Dans ces conditions, la fédération départementale de chasse n'est pas fondée à soutenir que la requête, en tant qu'elle est dirigée contre une décision qui n'a pas pour objet d'autoriser un nombre maximal d'oiseaux à prélever, mais de fixer les dates d'ouverture et de fermeture de la chasse dans le département, est irrecevable par son objet même. Par suite, cette fin de non-recevoir devra également être écartée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

6. Aux termes de l'article L. 420-1 du code de l'environnement, " La gestion durable du patrimoine faunique et de ses habitats est d'intérêt général. La pratique de la chasse, activité à caractère environnemental, culturel, social et économique, participe à cette gestion et contribue à l'équilibre entre le gibier, les milieux et les activités humaines en assurant un véritable équilibre agro-sylvo-cynégétique. / Le principe de prélèvement raisonnable sur les ressources naturelles renouvelables s'impose aux activités d'usage et d'exploitation de ces ressources. Par leurs actions de gestion et de régulation des espèces dont la chasse est autorisée ainsi que par leurs réalisations en faveur des biotopes, les chasseurs contribuent au maintien, à la restauration et à la gestion équilibrée des écosystèmes en vue de la préservation de la biodiversité. Ils participent de ce fait au développement des activités économiques et écologiques dans les milieux naturels, notamment dans les territoires à caractère rural ". Et aux termes de l'article R. 424-1 du code de l'environnement : " Afin de favoriser la protection et le repeuplement du gibier, le préfet peut dans l'arrêté annuel prévu à l'article R.424-6, pour une ou plusieurs espèces de gibier : 1° Interdire l'exercice de la chasse de ces espèces ou d'une catégorie de spécimen de ces espèces en vue de la reconstitution des populations / 2° Limiter le nombre des jours de chasse / 3° Fixer les heures de chasse du gibier sédentaire et des oiseaux de passage ".

7. Il résulte de ces dispositions que le tétras-lyre est au nombre des espèces énumérées aux annexes I B et II B de la directive 2009/147/CE du parlement européen et du conseil du 30 novembre 2009 concernant la conservation des oiseaux sauvages et fait partie des espèces qui " peuvent être chassées seulement dans les États membres pour lesquels elles sont mentionnées ". Cependant, la chasse de cette espèce doit être réglementée de manière à ce que le nombre maximal d'oiseaux prélevés ne compromette pas les efforts de conservation de cette espèce dans son aire de distribution, en tenant compte de son niveau de population, de sa distribution géographique et de son taux de reproductivité.

8. Il ressort des pièces du dossier que cette espèce, bien que non menacée au niveau mondial, ainsi que la fédération de chasse le fait valoir sans être contredite, est néanmoins considérée comme vulnérable en région Provence-Alpes-Côte d'Azur, c'est-à-dire présentant un risque relativement élevé de disparition, par le classement réalisé par l'union internationale pour la conservation de la nature (UICN) Provence-Alpes-Côte d'Azur en 2020, après avoir figuré dans la catégorie des espèces quasi menacées dans le précédent classement 2016. Une étude sur l'espèce de 2018 de l'Observatoire des galliformes de montagne (OGM) fait par ailleurs état d'une tendance au déclin de l'espèce pour la période 2000-2018 dans le massif alpin, de -17% à 0%, et il ressort également d'une note technique de l'office national de la chasse et de la faune sauvage de juillet 2019 que le déclin de l'espèce est estimé de - 6 à - 25 % sur dix ans. De plus, le bilan démographique de l'OGM 2019 de l'espèce fait apparaître " une grande incertitude sur l'estimation du taux d'accroissement de l'espèce ", liée d'une part aux variations de l'abondance de l'espèce au cours du temps, et d'autre part aux aléas des résultats des comptages, le risque de double comptage et donc de surestimation de la population réelle étant également pointé. Ce bilan 2019 estime ainsi le déclin de l'espèce de -18% à + 0% pour l'ensemble des Alpes, avec 90 à -50% dans les Préalpes du sud, et le déclin de l'espèce ressort également du bilan 2023 de l'OGM, qui relève une baisse de l'indice de reproduction de l'espèce dans le département en 2023, passé de 1,81 en 2022 à 1,69 en 2023. En se bornant à faire valoir que seuls vingt-huit jours de chasse ont été autorisés pour l'espèce pour la saison cynégétique en cause, que sa chasse participe de l'équilibre agro-sylvo-cynégétique au sens de L. 420-1 code de l'environnement, la chasse des galliformes étant une chasse de spécialistes et non une chasse massive, que l'Etat mène des actions en faveur de la conservation de l'espèce, se traduisant notamment par un plan d'action pour la conservation du tétras-lyre et de ses habitats 2017-2022, et que des prélèvements à zéro sur l'ensemble du département conduiraient à l'absence de données de comptage et amoindrirait la connaissance de l'espèce, les défendeurs ne démontrent pas, au regard de l'ensemble des données sur le déclin de l'espèce, que l'arrêté attaqué met en œuvre l'objectif de préservation prévu par l'article L. 420-1 du code de l'environnement et le principe de précaution prévu par l'article R. 424-1 du même code. Par suite, les associations requérantes sont fondées à soutenir que l'arrêté préfectoral du 9 juin 2023 méconnaît les dispositions précitées.

9. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que les associations requérantes sont fondées à demander l'annulation de l'arrêté du 9 juin 2023 par lequel le préfet des Hautes-Alpes a déterminé, pour la saison cynégétique 2023-2024, les dates d'ouverture et de clôture de la chasse, en tant qu'il concerne l'espèce tétras-lyre.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'association LPO -délégation Provence Alpes-Côte d'Azur et de l'association société alpine de protection de la nature - France Nature Environnement Hautes-Alpes, qui ne sont pas, dans la présente instance, les parties perdantes, la somme que la fédération départementale des chasseurs demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de l'association LPO- délégation Provence Alpes-Côte d'Azur et de l'association société alpine de protection de la nature - France Nature Environnement Hautes-Alpes présentées sur le fondement des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 9 juin 2023 fixant, pour la saison cynégétique 2023-2024, les dates d'ouverture et de clôture de la chasse, est annulé en ses dispositions relatives à l'espèce tétras-lyre.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association Ligue de protection des oiseaux - délégation Provence-Alpes-Côte d'Azur, à l'association société alpine de protection de la nature - France Nature Environnement Hautes-Alpes, au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire, au préfet des Hautes-Alpes et à la fédération départementale des chasseurs des Hautes-Alpes.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Niquet, première conseillère,

Mme Ollivaux, première conseillère,

Assistées de M. Giraud, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.

La rapporteure,

Signé

J. Ollivaux

La présidente,

Signé

M. Lopa Dufrénot

Le greffier,

Signé

P. Giraud

La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Alpes en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier,

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